Diesel Papers

En plein scandale sur les Panama Papers, le journal Le Monde lève le voile sur un autre scandale, de santé publique, sur la nature cancérigène du diesel. Les scientifiques, les pouvoirs publics et les industriels de l’automobile savaient depuis au moins 1997 que le diesel est cancérogène, mais l’information est restée confidentielle jusqu’à aujourd’hui…

On savait déjà, à la suite du scandale Volkswagen, que les États et les institutions européennes étaient depuis longtemps au courant de la généralisation de la tricherie sur les normes antipollution en Europe. En fait, autant les États européens que les institutions publiques savaient que tous les constructeurs de voitures ne respectent pas les normes en matière d’émissions polluantes, démontrant en cela toute l’hypocrisie du système automobile.

Aujourd’hui, les « Diesel Papers » révèlent que tout ce beau monde savait depuis près de 20 ans que le diesel provoque le cancer, tout en favorisant malgré tout le développement du diesel dans les années 1990 et 2000, puis en fermant les yeux sur la triche massive du secteur automobile en matière de normes anti-pollution.

En fait, il ne s’agit pas d’une base de données de 245 Go, mais d’un rapport de 245 pages réalisé en 1997 par une quarantaine de chercheurs français du CNRS et intitulé « Diesel et santé ». Ce rapport s’appuyait sur 25 études épidémiologiques publiées sur le sujet et mettait en évidence le lien entre les fumées des moteurs diesel et le risque de cancer: « L’action mutagène et génotoxique [qui provoque des dommages à l’ADN] des émissions diesel a été démontrée in vitro, écrivaient les auteurs. A long terme, chez le rat, [elles] induisent la formation de tumeurs pulmonaires (…). Il semble que les particules soient plus particulièrement responsables de cette carcinogenèse. »

Nous sommes en 1997, soit seize ans avant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe les gaz d’échappement des moteurs diesel dans la catégorie des cancérogènes certains pour l’homme. Et ce rapport n’est pas un simple travail isolé, mais le document scientifique le plus ambitieux conduit à cette époque sur le sujet.

Pourtant, tout ceci va terminer aux oubliettes. Une fois transmis au ministre de la recherche de l’époque, un certain Claude Allègre, le rapport servira uniquement à caler les armoires dans les archives du CNRS.

Tout ceci mérite quelques explications. En premier lieu, nous sommes à l’époque héroïque des motorisations diesel. La France se présente déjà comme la championne du diesel et met en avant ce carburant au travers de ses grands constructeurs, Renault et surtout Peugeot PSA. En 1990, seulement 16% des voitures roulent au diesel en France. En 2000, ce taux passe à 36%. Aujourd’hui, il est stable depuis plusieurs années autour de 60%.

Le début des années 1990 est donc la période qui voit se massifier progressivement le diesel en France, porté par le patron emblématique de Peugeot à cette époque Jacques Calvet. Nous sommes donc en plein boom du diesel, qui est en train de passer d’une motorisation minoritaire réservée aux représentants de commerce à une motorisation majoritaire utilisée par la plupart des automobilistes.

On peut donc dire que ce rapport du CNRS tombe au plus mal pour la filière automobile. Du moins, il est en complète contradiction avec la stratégie des constructeurs à cette période qui misent tout sur le diesel.

Ensuite, il faut quand même dire un mot sur l’inénarrable Claude Allègre, le ministre de l’époque. Climato-sceptique convaincu, il est aussi connu pour s’être opposé à cette époque à la publication d’une autre expertise collective sur l’amiante. Le 16 octobre 1997, la revue Nature déclenche un scandale en révélant que M. Allègre bloque la publication d’un rapport de l’Inserm sur cette fibre hautement cancérogène – révélations qui ont conduit à ce que le document en question soit finalement publié. Le rapport sur le diesel restera, lui, dans les limbes.

Claude Allègre a-t-il bloqué la publication du rapport intitulé « Diesel et Santé »? On peut sérieusement se poser la question. D’autant plus quand on sait que Claude Allègre créait en 2010 sa fondation « Claude Allègre Écologie d’avenir » qui deviendra vite « Écologie d’avenir » et dont on trouvait à sa création au sein de son conseil d’orientation… des représentants de PSA Peugeot!

Enfin, il faut aussi dire un mot sur les scientifiques. Si les auteurs du rapport ont fait honnêtement leur travail de scientifique, la position de la direction du CNRS de l’époque reste pour le moins ambiguë. La direction du CNRS informe en effet son ministère de tutelle, et sans réponse de sa part, le rapport n’est pas publié. Seul un bref communiqué est publié au mois d’août 1998 et ce communiqué n’évoque aucun des risques sanitaires soulevés par le rapport lui-même.

Plus étonnant, le communiqué associe les industriels à l’affaire alors qu’à aucun moment ils n’avaient participé aux travaux des auteurs du rapport: « Le CNRS, les constructeurs automobiles PSA et Renault, les représentants des pétroliers Total et Elf ont décidé de poursuivre leur investigation, en partenariat avec l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité et l’Inserm, indiquait ainsi le texte. Un groupe de travail est constitué (…), chargé de poursuivre les études (…). La première réunion de travail de ce groupe doit se tenir au mois d’octobre [1998]. »

Bien entendu, ce groupe de travail ne s’est jamais réuni…

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

3 commentaires sur “Diesel Papers

  1. Vincent

    Au final, sachant que…

    1. 80% des Français vivent en zone urbaine
    2. la grande majorité des déplacements du quotidien ne font pas plus de 20-30km (75% des déplacements en IdF font moins de 5km)
    3. le conducteur moyen parcourt autour de 15.000km/an

    … acheter une voiture diesel est-elle financièrement une bonne idée? J’ai lu que ces voitures sont plus chères à l’achat et que la maintenance est également plus coûteuse qu’un moteur essence. Quelqu’un peut confirmer/infirmer?

  2. Pédibuspedibus

    y a pas qu’au royaume du Danemark qu’il y a quelque chose de pourri…

    notre anti réchauffiste, géologue amiantophile, à vraiment l’envergure d’un super Papon, avec le potentiel de mortalité/morbidité des agissements dont il aurait pu être l’auteur, si tout ça se révélait consistant :

    que le ministère public se bouge putain, si les Socialos ont encore une molécule d’éthique dans les tripes, bon sang…

  3. guillaume

    @Vincent

    Tu n’es pas sur le bon site, là… Tes interrogations financières trouveront réponse sur les forums d’automobilistes.

    La réponse que tu vas obtenir sur carfree c’est que financièrement, acheter une voiture diesel n’est pas une bonne idée, mais une voiture essence non plus 🙂

Les commentaires sont clos.