Nicolas Hulot et la survie en milieu hostile

Bon, il ne paraît pas concevable de ne pas dire un mot de l’arrivée tonitruante de Nicolas Hulot à la tête d’un ministère de la transition écologique. Cela ressemble en effet à une victoire (de l’écologie), même si cela rappelle plutôt la célèbre phrase du Guépard: « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change. »

Nicolas Hulot est sans doute une des personnalités les plus aimées des Français. Son arrivée au ministère de la transition écologique a donc été logiquement saluée par le plus grand nombre. Vous vous rendez compte, nous allons enfin avoir une grande ambition écologique!

Il ne paraît pas nécessaire de rappeler certaines zones obscures de Nicolas Hulot, en particulier ses liens originels avec un grand nombre de multinationales destructrices de la nature, l’homme est sans doute complexe. Il est même possible de lui accorder le crédit d’une assez longue évolution personnelle vers une écologie plus profonde, et donc plus radicale. Il y a effectivement un monde entre le Nicolas Hulot des débuts et celui, par exemple, des trois dernières années. Un seul exemple, le nucléaire: pendant longtemps Hulot défendait un nucléaire permettant de réduire nos émissions de CO2 jusqu’à Fukushima et une prise de conscience, un peu tardive, de ses dangers.

Rien que pour cela, l’homme est attachant. Il a montré une capacité d’évolution sur de nombreux sujets et défend aujourd’hui une vision de l’écologie que l’on pourrait qualifier de globale, où le lien est de plus en plus clair entre destruction de la nature et exploitation des hommes. Nicolas Hulot n’est certes pas dans le jeu et la manipulation, on peut lui accorder le crédit de ses convictions.

Mais, car il y a toujours un mais, ses premiers pas au ministère de la transition écologique montrent déjà les limites du personnage, avant même de parler des limites qui vont lui être de facto imposées. Lors de la cérémonie de passation de pouvoir avec Ségolène Royal, Nicolas Hulot a commencé par dresser un portait élogieux de Ségolène Royal au ministère de l’écologie. Espérons que cela soit seulement de la courtoisie… car il y aurait beaucoup à dire sur l’électro-dépendante Ségolène Royal.

Plus Hulotien, et Macronien par la même occasion, Nicolas Hulot s’est empressé de déclarer qu’il avait accepté le poste, après plusieurs refus à Chirac, Sarkozy ou Hollande, parce que ce gouvernement était « et de droite et de gauche ». Il aurait ainsi été séduit par le caractère transpartisan de l’aventure Macron. En cela, il montre une grande naïveté, mais la naïveté fait aussi partie du personnage.

On serait tenté de croire qu’il a négocié durement son entrée au gouvernement, par exemple sur des sujets emblématiques comme l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Cela n’est même pas sûr et le contraire est sans doute vrai: Macron aurait plutôt négocié l’arrivée de Hulot en faisant de l’aéroport un préalable indispensable. Le deal macronien serait le suivant: « ne fais pas un blocage sur l’aéroport et tu pourras « agir sur des dizaines de sujets dans le respect de la discipline gouvernementale. »

Quels sont ces sujets, on ne le sait pas encore, mais on voit déjà qu’il va falloir « respecter la discipline », celle d’Édouard Philippe d’Areva et de Bruno Le Maire à l’économie? On atteint ici rapidement la limite de l’exercice.

Nicolas Hulot est sans doute quelqu’un de bien, un grand naïf de l’écologie qui va très vite découvrir que l’écosystème politique est peuplé de requins.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

12 commentaires sur “Nicolas Hulot et la survie en milieu hostile

  1. Jeanne à vélo

    Les journalistes et autres commentateurs patentés ne s’y trompent pas en évoquant une « belle prise » pour Macron. Il devra bien avaler sa cravate son t-shirt.

  2. Pédibuspedibus

    c’était quoi ce deal, avec cette chouette personnalité médiatique… ?

     

    …transformer le projet NDDL en héliport, rien que pour môssieur le ministre motorisé à hélice horizontale???

     

    boaaaaaaaaaaaaaaa, qu’on est bien vache, avec ce faux niais-naïf…

  3. emmp

    « L’homme est attachant » : tu veux dire collant, oui ! Depuis combien d’années agite-t-il son pinceau imbibé de peinture verte financé par Véolia et TF1 ?

    « Je ne suis pas contre le libéralisme par principe mais par réalité », disait-il en 2009. Quelqu’un lui a expliqué de quel gouvernement il allait faire partie ? Et, si on admet qu’il ait pu réviser ses idées et convictions depuis huit ans, alors il n’a pas évolué dans le bon sens.

    Je garde la dernière phrase de l’article, même si elle me semble très indulgente : un grand naïf. Le problème, c’est qu’aucun grand naïf n’a jamais fait reculer le kapitalisme.

  4. Vincent

    MR > Un seul exemple, le nucléaire: pendant longtemps Hulot défendait un nucléaire permettant de réduire nos émissions de CO2 jusqu’à Fukushima et une prise de conscience, un peu tardive, de ses dangers.

    La production d’électricité au Japon avant/après l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima N°1 (la N°2 va très bien, merci):

    https://www.eia.gov/todayinenergy/detail.php?id=19951

    Et on parle ici d’un des pays les plus riches et les plus avancés sur le plan technique.

    En Allemagne, l’éolovoltaïque, c’est 20% de la production électrique.

  5. Martoni

    «En Allemagne, l’éolovoltaïque, c’est 20% de la production électrique.»

    En Allemagne c’est surtout 50% de production électrique au charbon !

  6. jean-Louis

    @ Vincent

    L’article que vous présentez dans le but de prouver que le nucléaire est indispensable pour réduire sinon éviter les émissions de GES vient de l’EIA, un think tank financé par les néo conservateurs du parti républicain-ceux qui ont soutenu la campagne de Trump- c’est dire comme sont importantes leurs préoccupations climatiques.

    Cette EIA pronucléaire avait publiée une étude en 2009 (avant Fukushima) pour proposer de construire 610 nouveaux réacteurs nucléaires d’ici 2030 (soit 41 par an!) afin de porter la puissance électrique nucléaire à 833 GW afin de réduire les émissions de CO2 de …..6%! (pour rappel le GIEC en 2015 demandait 50% de réduction).

    De plus cette étude est basée sur l’hypothèse fallacieuse que l’énergie nucléaire est une énergie décarbonée; hors selon une étude de l’ADEME , reconnue par EDF (je l’ai entendu dire en conférence par un cadre dirigeant) la production d’un kWh nucléaire émet 50 g de CO2. Et ce chiffre ne parle que de la production en centrale il ne tient pas compte du bilan carbone pour l’extraction du minerai, son transport, la préparation du combustible, le transport et le traitement des déchets etc…

    Par contre le point intéressant de l’étude présentée par l’EIA est la baisse de la consommation électrique depuis 2011 encore insuffisante certes.

    Un conseil: renseignez vous sur les scénario types NégaWatt ou de l’ADEME. et découvrez le potentiel formidable de la sobriété énergétique heureuse (sans privation) ainsi que la technologie Volt-gaz-Volt .

    Pour finir, je partage globalement l’opinion de Marcel Robert sur Nicolas Hulot, sauf que je le trouve un peu trop gentil avec le personnage. Mais on ne peut pas reprocher un excès de gentillesse.

     

  7. Anne-Lise

    Analyse nettement plus sévère de Fabrice Nicolino sur l’écologiste médiatique en hélicoptère : http://fabrice-nicolino.com/

    Franchement, quand on se traine un bilan carbone comme ce monsieur, tel que le plus invétéré des conducteurs de 4X4 ne pourra jamais égaler, devenir ministre de l’écologie, c’est farce.

     

  8. karim ben mustapha

    En effet, depuis que j ai appris la nomination du nouveau ministre a la tete de ce département, je me demande, quelles sont ses limites physiques de contorsions, en admettant (hélas rien n’est sur) que le hulot nouveau est arrivée. De toute évidence que ce soit lui ou n importe qui d’autre, ce ministère n’a pas lieu d’être ni en France ni ailleurs, car les gouvernements productivistes sont partout et il existe un réel problème entre écologie réelle, c’est a dire radicale et rigoriste sans concessions -au vu des urgences planétaires et régionales-  et politiques économiques et financières outrageuses, pédantes, orgueilleuses et  narcissiques.

    C est de la rigolade, de la politique de facade

  9. The Flying Dutchman

    Certainement un beau coup médiatique pour le malin Macron, pour l’écologie, c’est moins sûr…

    Mais laissons-lui un peu de temps; il vient d’arriver… Et nous verrons ensuite s’il est à la hauteur de ses convictions lorsque, « bloqué » par l’économique qui prime par-dessus tout, et essayant de faire entendre la voix de l’éthique, il restera à son poste comme un chien-chien à sa mémère pour avoir une jolie existence dorée de ministre, ou s’il claquera la porte…

    De toute façon, Hulot ne peut pas être pire que Ségolène Royal…

  10. Vince

    Je ne saisis pas pourquoi il y a et un ministère de l’écologie (de la transition écologique) et un ministère du transport.

    Que peut un ministre de l’écologie sans la mainmise sur le transport ???

    Bon elle vient du métro et du train c’est plutôt positif (c’est pas une vendeuse de 4 roues)…

     

  11. Pédibuspedibus

    en effet…

    l’idéal serait de regrouper le logement, le transport et l’urbanisme sous l’autorité du ministre de l’environnement… et d’y laisser s’installer  un politique teigneux toute la durée du quinquennat…

  12. Hdkw

    Je te trouve bien gentil Marcel. Pour moi Hulo est la pire chose qui soit arrivé a l’écologie politique en France ces 20 dernières années!

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