Les automobilistes, ces vaches à lait de l’Etat ? (vraiment ?)

Un sentiment commun ressenti par de nombreux automobilistes est celui d’être traité tels des “vaches à lait” par l’Etat, à la vue de la proportion jugée excessive que représentent les taxes dans le prix du carburant (2/3 du prix environ).

Qu’en est-il réellement ? Et si l’on “libéralisait” totalement la route en France -après tout on fait bien pareil pour le rail- en mettant son coût dans le prix du carburant, ce serait le paradis avec un litre d’essence à quelques dizaines de centimes d’euros, non ?

Et bien calculons tout cela ! Pour cela, évaluons le coût de la route (infrastructures, entretien, coût de la pollution provoquée, etc…) et voyons à quel prix de carburant on arrive.

Note: l’analyse ci-dessous a été simplifiée pour faciliter la lecture. Toutefois, tous les chiffres annoncés proviennent de sources sérieuses et officielles détaillées à la fin de l’article.

Analyse de coûts:

1- Coût des infrastructures routières en France:

D’après l’Etat (source a), ce coût est de 2,2 milliards d’€ pour le réseau national en 2013 (1,2Md€ d’entretien + 1Md€ d’investissement), auquel il faut rajouter le coût de 14Md€ (5,2 + 8,8) supporté par les collectivités locales.

Soit 16,2Md€ au total

2- Coût de l’insécurité routière en France:

Le calcul a été réalisé par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière. Il prend en compte notamment le coût médical (représentant la plus grande part des coûts), le coût humain (baisse de la qualité et de l’espérance de vie), le coût administratif (police, pompiers) et les dommages matériels (aux véhicules et infrastructures).

Ceci amène à un coût total de 38,3Md€ pour les seuls accidents corporels (chiffres de 2016), auquel se rajoutent 10,4Md€ de coûts matériels.

Soit 48,7Md€ au total.

3- Coût de la pollution de l’air engendrée:

Coût évalué à 101,3 Md€ par an en France selon une commission d’enquête du Sénat (source c). Toutefois, le transport routier n’est responsable qu’à “seulement” 70% de cette pollution, nous prendrons donc en compte 70% de ce coût.

Soit 71Md€ au total.

Note importante: ce calcul n’inclue pas d’autres postes de coûts dus à l’automobile, tels que ceux liés au manque d’activité physique des automobilistes (productivité, soins médicaux), ceux liés à l’étalement urbain, ceux liés au réchauffement climatique, aux pollutions visuelles et sonores, etc… Ces postes de coût se sont révélés trop compliqués à évaluer factuellement, mais si quelqu’un trouve des éléments je suis preneur.

4- Total

Nous en sommes donc à un total de 16,2+48,7+71=135,9Md€ par an.

Pour comparaison, la somme perçue par les taxes carburant sont de 24Md€/an, auquel s’ajoute 2Md€ pour la taxe “carte grise” et 1Md€ pour la taxe sur les assurances. L’automobiliste français paie donc directement 27Md€, soit 20% de ce que coûte l’automobile à la société.

Pour ramener cela à un prix du carburant “juste”, étant donné que 30 milliards de litres sont consommés par an (428,5 Md de km parcourus pour les VL -source a- à 7l/100 de moyenne), on arrive donc à 135,9/30 = 4,5€ de taxe par litre de carburant. Avec un prix détaxé de carburant à 0,6€ (source d) on arrive donc à 5,1€ le litre.

Le vrai coût du carburant…

C’était quoi cette histoire de vache à lait ?

Sources:

a- “Financement des infrastructures et transport routier”, rapport final de Juin 2015 dressé par le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie,
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-25009-rapport-cgedd-financement-infrastructures-transport.pdf

b- https://www.lesechos.fr/09/01/2018/lesechos.fr/0301122124333_combien-coute-l-insecurite-routiere.htm

c- Rapport du Sénat nommé “Rapport sur le coût économique et financier de la pollution de l’air”
https://www.scribd.com/document/271649687/Rapport-sur-le-cout-economique-et-financier-de-la-pollution-de-l-air
Résumé dans cet article:
https://www.lemonde.fr/planete/article/2015/07/15/la-pollution-de-l-air-coute-chaque-annee-101-3-milliards-d-euros-a-la-france_4683432_3244.html

d- https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/structuration-des-prix-de-l-essence-et-du-gazole-france

A propos de fredG

Contributeur de Carfree France

12 commentaires sur “Les automobilistes, ces vaches à lait de l’Etat ? (vraiment ?)

  1. Xavier

     

    Ironiquement, la part de financement des transports publics par les tickets et abonnement est aussi de 20 % du coût de fonctionnement (en 2012, source ici). Mais je n’ai pas trouvé de chiffre pour l’ensemble des transports ferrés au niveau national, c’est du même ordre ?

    Je précise, qu’il ne faut pas voir là un amoindrissement de la critique de l’usage généralisé de la voiture, a prix égal, les TC déplacent 30 % de gens en plus, polluent moins, écrasent moins de monde, accaparent moins de m2, etc, etc…

  2. vince

     

    Ce qui est étonnant c’est de réaliser à contrario combien sont prêts à débourser les automobilistes pour l’achat de leur joujou auprès des constructeurs automobiles, sans sourciller.

    Le prix moyen d’une voiture neuve ne fait que grimper depuis des années (et je t’ajoute telle fonction) pompant royalement dans le budget des ménages, sans que personne n’y trouve à redire, c’est normal de payer un bras et les yeux de la tête pour son plaisir personnel.

    http://www.leparisien.fr/vie-quotidienne/conso/automobile-le-prix-moyen-des-voitures-neuves-en-hausse-de-720-euros-27-04-2017-6893772.php

    La participation au bien commun est plus problématique.

     

  3. rendezmoimonbmc

    ça vaudrait le coup d’ajouter le total des amendes, vu que c’est l’un des gros critères pour justifier le vache à lait.

    1,6 milliard d’euros en 2015 d’après l’association 40 millions d’automodébilistes.

  4. Toto

    Pour être objectif, il manque quand même beaucoup de critères dans votre calcul :
    – TVA sur les voitures neuves
    – TVA sur le contrôle technique, la révision, les pneus, les pièces et réparations
    – taxes perçues par l’Etat sur les péages autoroutiers
    – amendes des radars / stationnement
    – stationnement payant dans les villes

    Je pense que là, on obtiendrait un résultat un peu différent.

  5. Hdkw

    Et là soudain, à 5euros le litre, tous ces gens qui m’ont dis « je voudrais faire autrement mais je peux pas vivre sans voiture » se mettent à faire autrement!

  6. Zfred

    @rendezmoimonbmc apparemment 0,4Md€ pour les radars, donc quantité négligeable. Pour les amendes de stationnement, en soi le calcul n’inclue pas le coût foncier des espaces de parking (après tout l’Etat pourrait vendre ou louer ces espaces) donc je ne l’ai volontairement pas fait figurer.

     

    @Toto je n’ai pas inclus la TVA car elle s’applique à tous les produits de consommation, donc les gens la paieraient quand même s’ils achetaient un bateau, un téléphone ou un vélo, ou s’ils allaient au cinéma (par exemple) plutôt qu’acheter une voiture.
    Pour les taxes perçues par l’Etat pour les autoroutes, c’est de l’ordre de 0,3Md€, donc quantité négligeable.

  7. brubru

    Article fort intéressant à transmettre en urgence à Bercy, la court des comptes , nos députés,  TF1 , l’auto-journal,  40 millions de vaches à lait  pleurnicheuses , le MEDEF,  PSA , les bonnets rouges, la commission européenne   …

    Ce faussement du libéralisme  économique n’a que trop duré  .

     

     

  8. moimeme

    Pour pondérer:

    -sur le coût de l’infrastructure routière, elle ne bénéficie pas uniquement au motorisé, mais aussi au non motorisé (piétons cyclistes), bien que ces derniers en utilise une part nettement plus faible par klm/usagers.

    -pour le cout de l’insécurité routière, on mélange choux et patate la. La « baisse de la qualité et de l’espérance de vie » est un cout pris en charge par le sinistré, la victime pouvant demandé au coupable le pretium doloris. Ce n’est pas un cout collectif.

    On peut aussi ajouter qu’il manque la majorité des coûts:

    -occupation du foncier public

    -effet de serre mondial (pour la construction et destruction du véhicule, son entretiens, l’entretiens des routes, son stockage en garage et parking, la fabrication du carburant qu’il soit nucleaire ou au pétrole, etc…)

    -effet de serre local,en ville,  par le goudronnage systématique de tout l’espace public urbain, avec la destruction de tout espace vert et les ilots de chaleur peu médiatisé, mais extrêmement sensible quand on se déplace a vélo. Le cout estimé est celui de la mise en place et de l’entretiens de la clim (et du l’effet de serre mondial, et du bruit qu’il ajoute).

    -la pollution visuelle et sonore donc

    -la destruction de l’espace public comme lieu de rencontre, mais on peut le compter dans l’occupation du foncier

    -le prix des subvention écologique que reçoivent les automobiliste francais, contrairement au pietons et cycliste francais (fun facts: avec le montant des aides que reçoit un type qui roule dans une bagnole nucléaire, on peut subventionner une assos d’auto réparation cycliste  de 700 adhérents pendant un an).

    -les défiscalisation et aide en tout genre que tu reçois de l’etat quand tu roules en voitures

    -le prix du chaos social, notamment les guerres du pétrole (et le terrorisme qui s’en suit) pour assurer la continuité de la dépendance.

    et je doit en oublier. Mais taxer l’essence ne serait pas vraiment juste, dans le sens ou la consomation de petrole n’est pas forcement proportionnelle a toute les nuisance qu’engendre le système motorisé. Ainsi, une voiture au lithium-uranium ne serait pas taxé alors qu’elle engendre au moins autant d’externalité négative.

  9. Rob

    Lol, les automobilistes – comme tout le monde – payent aussi les impôts qui financent les infrastructures sus-citées !

  10. Alexandre

    @Rob Effectivement, et c’est bien dit dans l’article. Ce que dit l’article c’est juste que, étonnamment, les ultra-libéraux au pouvoir semble prêt à privatiser tout et n’importe quoi mais pas le réseau routier. Or quand on regarde la couverture des coûts par les usagers (on compte souvent comme ça en mobilité/transport), on se rend compte que le « pauvre automobiliste vache à lait » est en fait au moins autant, voire plus, subventionné par les impôts que les usagers des transports collectifs urbains et les transports ferroviaires régionaux (ces gouffres financiers, dixit les automobilistes sus-cités). Et même bien plus que les usagers des transports ferroviaires nationaux et des modes actifs.

    Donc se moquer des chouineurs automobilistes « obligés » de prendre leur voiture et qui payent toujours plus semblent justifiés, car en fait, s’ils devaient payer ne serait-ce que l’équivalent des usagers des liaisons ferroviaires longue distance, le coût de leur déplacement serait au moins multiplier par 3.

    Enfin, concernant la comparaison route/rail, on pourrait dire que le TGV est un peu l’équivalent de l’autoroute à péage, celui qui veut aller plus vite paye. Sauf que la grande différence c’est que pour le train, il n’y a pas toujours d’alternative, ou celle-ci est très pénalisante avec plusieurs correspondances, pas toujours bien calées. Du côté de la route, vous avez systématiquement une alternative sans péage, souvent plus courte en distance, et donc, un peu plus longue en temps de trajet du fait de la vitesse plus faible, mais dans des proportions bien moindres qu’entre un TGV et trois TER.

  11. Adrien L.

    Parlons-en des impôts de nos petits amis les caisseux !

    1- le barème kilométrique retenu par les impôts est surévalué d’au moins 30% cf page 2 de l’étude ci-dessous

    http://www.adetec-deplacements.com/cout_utilisation_voiture_3p.pdf

    2- plus la bagnole est puissante, plus la défiscalisation est importante. A ranger à côté des pantalonnades autour de l’IKV vidée de sa substance par le précédent « gouvernement »… Vive le système inégalitaire !

    http://carfree.fr/index.php/2010/07/13/acheter-une-grosse-bagnole-pour-payer-moins-dimpots/

    3- 80% des trajets domicile-travail en France font 8 km ou moins, soit une distance très facilement faisable en vélo. Je ne comprends pas pourquoi la déduction des frais réels kilométrique n’est pas dans ces conditions sujette à un plancher de 10 km par exemple ? Ce serait à mon sens à la fois une source potentielle d’économie pour l’Etat et de limitation massive de la présence des bagnoles en ville…

    4- j’ajoute que (données ADEME) 80% des trajets en ville quelque soit le contexte font moins de 10 km, et 50% moins de 5 km…  Je dis ça dans un souci de précision, et afin de ne pas discriminer les ramiés façon « Gnaaaah mais euh gn’ai absolumennnnnt besoin de ma ‘oiture pour aller cravailler« . Oui, parce qu’après ma remarque ci-dessus j’en ai entendu murmurer « Ah mais alors dans ces situations 80% des caisseux quotidiens  seraient des grosses feignasses ? ».

    Alors POURQUOI ne pas se servir des Euros économisés au point 3 pour financer un VRAI dispositif d’incitation à l’usage du vélo au quotidien ?  Appelons-le, je sais pas moi, IKVRS (pour Indeminité Kilométrique Vélo Réelle et Sérieuse ?)

     

    Et rappelez-vous, je m’énerve pas, juste je questionne…

    A bon entendeur !

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