Pauvre écolo

Comme son nom l’indique, Stéphane Marcheur est un véritable écologiste. Des convictions, il en a à la pelle, depuis la destruction de la planète qui nous attend au coin de la rue jusqu’à l’effondrement de la vie sur Terre pour l’année prochaine ou presque.

Selon lui, la situation est grave, surtout le climat qui se dérègle et la pollution qui se généralise, sans parler de la 6ème extinction qui menace la biodiversité sur Terre.

Comme Stéphane Marcheur veut changer le monde, il a choisi un métier en rapport avec ses convictions: il est devenu ingénieur chargé de la protection de l’environnement. Avec un tel métier, il a l’impression de vivre en accord avec lui-même, de gagner sa vie en protégeant ce en quoi il croit.

Comme son travail se trouve en plein centre-ville et qu’il a choisi de vivre « par conviction » au plus proche de la nature, c’est-à-dire dans un petit hameau perdu à 40 kilomètres de son travail, il fait tous les jours l’aller-retour en voiture entre son domicile et son travail. Comme il fait quand même beaucoup de kilomètres, Stéphane Marcheur a choisi d’acheter une petite voiture qui consomme peu, parce que « c’est bon pour la planète » et pour son porte-monnaie.

Du fait de son expertise dans le domaine environnemental, Stéphane Marcheur se croit autorisé à faire la morale aux autres à tout bout de champ sur le thème « l’heure est grave, le climat se dérègle, on va tous crever. » En particulier, il aime bien taquiner à table tous les dimanche midi son frère Jean-Paul Marcheur, un adepte du 4×4 « irresponsable. » Même si son 4×4 ne consomme pas vraiment beaucoup plus que sa « petite voiture » et qu’en plus il fait moins de kilomètres que lui, Stéphane Marcheur ne supporte pas le 4×4, cette « voiture climaticide. »

Parce que les gens sont forcément des « cons de pollueurs, » Stéphane Marcheur ne supporte pas non plus les gilets jaunes, ces « pauvres irresponsables prêts à détruire la planète pour s’acheter un écran plat avec l’argent des allocs. » C’est pourquoi, il ne faut pas lui parler des gilets jaunes à Stéphane Marcheur, c’est bien simple, le sujet est tabou.

Ce qui compte vraiment, c’est de sauver la planète. Alors, quand il y a eu la « Marche pour le climat » un samedi dans le centre-ville, Stéphane Marcheur s’est décidé à aller manifester pour la première fois de sa vie. Pour une fois, il a eu l’impression que cette « Marche pour le climat » allait vraiment changer les choses et que c’était une mobilisation vraiment utile, pas comme manifester pour le pouvoir d’achat ou pour les droits des salariés. Alors, Stéphane Marcheur a pris sa petite voiture et a fait les 40 kilomètres le séparant du centre-ville pour aller « marcher pour le climat. » Il faisait beau et chaud, c’était une belle journée de printemps. Une fois sa voiture garée dans le parking souterrain du centre-ville, il a rejoint la « Marche, » car on dit plutôt « marche » que « manifestation. » La « manifestation, » c’est surtout pour les syndicats…

Durant la « Marche pour le climat, » il a retrouvé quelques collègues de travail, qui comme lui, avaient pris aussi leur voiture depuis leur maison isolée pour venir marcher « car c’est vraiment important d’être là. »

Comme la « Marche pour le climat » était quand même un peu longue, il s’est mis à discuter avec ses collègues des prochaines vacances. Cette année, c’est décidé, il ira en famille au Costa Rica, car là-bas « la nature est vraiment préservée.. Même en low-cost le billet d’avion coûte un peu cher, mais avec Airbnb il a pu trouver une location bon marché chez l’habitant. Il espère trouver là-bas des paysages aussi sauvages et préservés que ce qu’il a pu visiter l’année dernière en Islande. Un de ses collègues le félicite pour son choix judicieux, car lui se contentera cette année d’aller « aux States » car il n’a toujours pas visité New-York.

A la fin de la « Marche, » Stéphane Marcheur s’est dit que les choses étaient vraiment en train de changer. Dans sa petite voiture sur la route du retour, il s’est dit qu’il y avait enfin un début de prise de conscience. Malgré tous les populistes qui ne parlent que de leur pouvoir d’achat ou de leurs conditions de vie, une avant-garde éclairée montrait enfin le chemin.

Avec un peu de « pédagogie, » on allait la sauver la planète!

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

4 commentaires sur “Pauvre écolo

  1. Loïc

    Bonjour,

    je me suis tout de suite reconnu dans ce texte et merci d’avoir changé mon nom

    signé
    Un Stéphane 

  2. peter

    Bonjour

    Ce texte est parfaitement caricatural de notre société au travers duquel beaucoup peuvent se reconnaître. Est il suffisant pour une réelle prise de conscience et faire évoluer les esprits? Les communicants les lobby se mettent à la disposition de la société de consommation sans prendre en considération la nécessité de changer le type de consommation, la croissance et le paradigme de la pensée collective.

    Comment mieux faire prendre conscience d’aller vers un autre monde à tous et surtout à ceux qui détiennent le pouvoir. Regardons les dirigeants qui nous gouvernent qui se moquent de nous tous.

    Continuons sans doute sous d’autre forme permettant une meilleure compréhension entre tous.

    Peter

  3. Letard

    Bonjour à tous,

    Pour moi, il faut d’abord lutter pour respirer un air plus pur avant de lutter contre le réchauffement climatique. Ceux ou celles qui veulent lutter contre le réchauffement climatique sans chercher à (faire) améliorer l’air qu’ils ou elles respirent ou que la population doit respirer tous les jours ne me semblent rien faire de bon. Ils ou elles font juste semblant.

    Ainsi, ils ou elles agissent comme tous ces gens qui s’empoisonneraient (selon les dernières statistiques de l’OMS) tous les jours à leur volant et ne semblent rien faire pour l’éviter.

    Pour moi, ils devraient dès que possible essayer au maximum de garder, en voiture ou camion ou camionnette ou bus ou car, au moins 30 mètres entre eux et le véhicule motorisé thermique en fonctionnement qui les précèdent et ils ou elles ne seront plus coincés dans un embouteillage et chercherons, alors, une solution plus propre pour se déplacer.

    C’est ce que semble me suggérer cet article.

  4. Françoise

    Moi je pense aussi au gaspillage qui consiste à brûler bêtement et inutilement une ressource  (le pétrole) qui va, par leur faute, disparaître en fumée alors que l’humanité risque d’en avoir cruellement besoin pour simplement survivre dans les décennies à venir.

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