L’odieuse stratégie communicative de la Société Renault

Je ne suis pas très loin de penser que les récentes plaintes d’espionnage de Renault ont l’effet positif pour cette firme de rendre plus crédible dans la population et, par suite pour sa clientèle, son investissement dans la voiture électrique et la réalité du leadership qu’elle entend prendre dans cette mutation industrielle.

Pendant un siècle, sa stratégie commerciale a été, comme les autres constructeurs, de se rendre indispensable auprès de la population en rendant l’espace routier public infernal pour les modes de déplacement concurrents, notamment les modes doux. Aussi fallait-il concevoir les modèles les plus puissants et les plus rapides possibles pour mieux terroriser l’espace routier, pour mieux profaner les biotopes naturels et pour stériliser l’espace urbain de toute forme de convivialité piétonne.

Avec son projet de voiture électrique elle doit modifier son image dans un sens de plus grande responsabilité sociale et environnementale au lieu de vanter, comme avant, les performances de ses modèles.

Un moyen simple et peu coûteux d’améliorer son image dans ce sens consiste à parrainer un concours de sécurité routière. C’est la deuxième étape de son plan machiavélique: (1) se rendre incontournable grâce à la vitesse de ses modèles en stérilisant l’espace public et (2) éduquer la population à accepter la violence routière.

En effet, il est impératif d’apprendre le plus tôt possible à nos enfants d’éviter de jouer dans l’espace public et d’accepter la violence intrinsèque de ce mode de déplacement individualiste en les pré-formatant le plus tôt possible au paradigme automobile qui ne doit laisser aucune alternative dans leurs esprits naïfs.

C’est facile et c’est pas cher de procéder ainsi mais cette politique de communication consistant à se positionner sur le terrain de la morale est dangereuse pour Renault parce que la morale ne se divise pas. Se poser en défenseur de la noble cause de la sécurité routière oblige d’accepter et de défendre les autres légitimités morales comme la gestion urbaine, le respect de la nature et la sobriété énergétique.

Nous n’en doutons donc pas: nous verrons bientôt le losange fleurir au bas de toutes les indispensables opérations de sensibilisation adolescente comme de pratiquer une heure de marche par jour pour lutter contre l’obésité, d’éviter le transit en ville, de préférer le covoiturage et les transports publics ou d’éviter d’encombrer l’espace public.

Avant le 23 mars 2011, je propose d’envoyer à www.securite-pour-tous.fr comme slogan d’une « idée neuve, évidente et qui interpelle sur le thème de la sécurité routière« : Laissons nos voitures au garage! :D

GC
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Gilles Chomel

A propos de Gilles Chomel

Administrateur des sites Agonie automobile, LécoLomobiLe et du Laboratoire Alternatif et Coopératif de Prospective Automobile

5 commentaires sur “L’odieuse stratégie communicative de la Société Renault

  1. Legeographe

    Très bon point de vue, Gilles Chomel. Les enseignants ne sont plus du tout dans une école sans marques. Même les bolides sont rentrés dans les classes… et formatent au *monde de demain* que les industriels espèrent identiques à celui d’aujourd’hui.

  2. JiBOM

    A vomir ! On rend les enfants acteurs et responsables d’un espace public peuplé d’interdictions et de dangers, espace phagocyté par l’automobile que ces mêmes enfants n’ont pas choisie et qui leur garantit pourtant un rythme de vie médiocre et malsain.

    Quand je vois, sur http://www.securite-pour-tous.fr, que le dessin gagnant de l’année 2009/2010 porte le texte « la rue n’est pas un cirque, ne fais pas le clown », on est forcé de penser qu’il ne reste plus beaucoup de place pour s’amuser et courir. La liberté restreinte est entrée dans les moeurs, le conditionnement est réussi. Pas étonnant, dans ces conditions, que la seule issue « visible » soit la maison 4 façades avec jardin et voiture(s), loin de la jungle urbaine polluée et ironiquement conspuée par ceux qui n’y habitent pas et la polluent !

  3. BromptonAddictBromptonaddict

    A défaut d’être perçu comme un acteur principal des voitures électriques (technologie inutile et nocive pour l’environnement), Renault sera au moins perçu comme un persécuteur d’employés ( suicides et accusation d’espionnage) et comme un délocaliseur (de moins en moins d’études et de fabrications dans des pays lointains à bas coût).

  4. Legeographe

    Jibom, je suis allé voir le concours 2009-2010 que vous indiquez en lien : http://www.securite-pour-tous.fr/securite-routiere-france/pour-les-enfants/inscription/retrospective/index.aspx
    Eh bien, le jury Renault n’a pas récompensé d’autres dessins beaucoup plus Carfree-compatibles… 😉
    À savoir « Jouez avec vos enfants et pas avec la vie » (c’est sec envers la voiture, ce slogan !!!), ainsi que « Stop à la casse, dans la rue chacun sa place » (un peu plus tiré par les cheveux, parce qu’on a tendance à penser que l’auto est une personne. Or, il y a bien quelqu’un à l’intérieur et il peut très bien gagner sa place de piéton s’il daigne marcher un peu).

    Bref, Renault sélectionne les dessins qui lui font plaisir dans la docilité régulationniste (la régulation viendra du piéton SUR le piéton lui-même et non pas SUR la voiture) : on voit des panneaux, on dit de ne pas s’amuser, on montre des véhicules de secours qui vont sauver les imprudents qui coûtent en impôts à la société tout entière ce que le SAMU a daigné envoyer sur place pour la réanimation…

    On m’a toujours dit que, dans le dessin d’un gosse, on pouvait lire plein de choses : on peut même lire la stratégie marketing d’une multinationale !

Les commentaires sont clos.