L’indépendance énergétique de « La France »

Contribution à la critique de la notion « d’indépendance énergétique ». 4ème partie.

Interrogé par Le Monde peu après la catastrophe de Fukushima, VGE, assumait fièrement son œuvre. Élu président en 1974, victorieux de René Dumont, il est l’héritier légitime des grandes ambitions de ses illustres prédécesseurs et à ce double titre il devient le père bâtisseur de « l’indépendance énergétique » de « La France ».

En mars 2011, sans regret il confirmait le choix stratégique du nucléaire et exprimait en plus la satisfaction de la mission accomplie. Si à l’origine et en coulisse le nucléaire en France c’est le Général de Gaulle et Pierre Guillaumat son « monsieur énergie », guerre, atome et pétrole à la fois ; l’indépendance énergétique proprement dite et « démocratisée », c’est lui Valéry Giscard d’Estaing.

Dans l’adversité du premier choc pétrolier, le Général mort en 1970, VGE n’a pas hésité une seconde, avec Pierre Guillaumat en instructeur, il s’est fait pilote d’essai d' »avion renifleur » pour l’indépendance énergétique de « La France ». En ces temps difficiles de pénurie relative d’énergie, le chef de l’État aux manettes dans le cockpit a montré l’exemple du courage dans le combat pour la survie nationale… Le crash politique de ces appareils a mis fin à la longue carrière de Pierre Guillaumat. C’est de l’histoire ancienne presque oublié, elle n’entrera pas dans l’épopée officielle de l’indépendance énergétique de la République Française. VGE l’élu du peuple, désormais seul aux commandes, enclenche le programme d’énergie nucléaire pour la France.

Le 25 mars 2011, deux semaines après la catastrophe nucléaire, VGE, toujours vif homme politique dans les arcanes de l’Europe, répond au journaliste et rappelle les circonstances historiques à l’origine du parc nucléaire français: « Ce choix a été débattu dans les enceintes compétentes, et les meilleurs ingénieurs du pays y ont été associés. Il été validé scientifiquement et politiquement, y compris par le parti communiste… (…) Nous l’avons fait au nom de notre indépendance énergétique. Nous nous étions fixé comme objectifs de produire en 1985, 78% de notre énergie électrique à partir des centrales nucléaires et de ramener notre dépendance énergétique à environ 50%. La France a atteint ces objectifs« .

Comment ce miracle a-t-il été accompli? L’énergie du désespoir, possible: face aux menaces redoutables en provenance du Monde Arabe avec l’ »arme politique du pétrole  » brandie par l’OPEP et dirigée contre « La France », il fallait réagir vite et avec énergie… Mais, passée l’épopée des temps difficiles, plus prosaïquement aujourd’hui, l’artifice comptable est évoqué par les « écolos », en toute rigueur il offre une plus grande et plus rapide efficacité…

Inutile de sortir de polytechnique… le calcul d’un taux d’indépendance énergétique est facile puisqu’il doit être compréhensible à tout le monde par simple nécessité politique de mobilisation nationale. Une fois n’est pas coutume, les experts l’ont justement prévu d’une simplicité biblique. Il suffit de faire le rapport entre l’énergie primaire produite localement en France et l’énergie totale consommée dans le pays.

Ce taux d’indépendance énergétique est censé donner une mesure de la capacité d’un pays à satisfaire ses besoins d’énergie.

Benjamin Dessus et Bernard Laponche dans leur livre « En finir avec le nucléaire » ont refait le calcul de VGE pour l’année 2009. La somme des énergies produites sur le territoire est la suivante: Fossile 3 Mtep, Biomasse 14 Mtep, Renouvelables électriques, éolien, barrage, solaire, géothermie 6 Mtep et surtout Nucléaire 106 Mtep. Mtep veut dire Méga tonne équivalant pétrole, mais peu importent les unités puisqu’il s’agit de faire un rapport et d’exprimer le résultat en pourcentage. Le total de ces énergies produites localement est de 129 Mtep. L’énergie consommée en France est la somme des énergies produite localement plus celles des énergies importées. Durant l’année 2009, elle a été de 251 Mtep.

Le rapport, énergies produites sur les énergies consommées, 129/ 253 donne environ 51% « d’indépendance énergétique » à « La France » ou en d’autres termes « La France » assure 51% de ses besoins. Sur le plan mathématique, il s’agit d’un exploit unique et non renouvelable. Si « La  France » s’entêtait dans son exception nucléaire et décidait d’accroitre encore son parc de réacteurs pour doubler sa production d’électricité, l’exploit en indépendance énergétique ne pourra pas être de la même ampleur que la première fois.

129 + 106 / 253 + 106 ≈ 65 %. Avec le même effort quantitatif on gagne seulement 14 point d’indépendance théorique. Une fuite en avant supplémentaire dans le nucléaire est d’emblée frappée par la loi du rendement décroissant.

Indépendamment de sa faisabilité matérielle, cette stratégie de surenchère énergétique ne fait que masquer en la diluant la lourde dépendance de la France aux produits pétroliers.

Peu importe l’arnaque de l’artifice comptable, un problème majeur a été immédiatement repéré sans difficulté par les « écolos antinucléaire » : d’où provient le combustible nécessaire aux centrales nucléaires?

En toute objectivité géographique, l’uranium est à 100% importé en France de pays étrangers. Les conséquences sont inquiétantes pour la France, car en toute logique technique l’énergie nucléaire, même si elle est produite en France, ne doit pas apparaître au numérateur. L’Uranium Français provient du Niger, du Canada et du Kazakhstan. En supprimant du numérateur les 106 Mtep d’énergie électrique des centrales nucléaire le taux d’indépendance énergétique nationale s’effondre brutalement à moins de 10% (23/253).

Qui dit la vérité, VGE ou les « écolos »? Car avec des résultats aussi divergeants: 51% contre moins de 10%, il n’est pas possible de les réconcilier.

A suivre.

(1) Le Monde vendredi 25 mars 2011. « VGE, l’Atome tranquille ».
(2) Benjamin Dessus et Bernard Laponche dans « En finir avec le nucléaire », Seuil 2011.

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

2 commentaires sur “L’indépendance énergétique de « La France »

  1. laurent

    Bonjour, je me permets une objection:
    Les 106 Mtep d’origine nucléaire représentent l’énergie calorifique produite par les coeurs des réacteurs nucléaire et non l’énergie électrique disponible aux compteurs des utilisateurs.
    Sachant que la 2ème représente environ 25% de la première
    (la différence provient du rendement des turbines et du réseau de distribution) et que seule la deuxième est vraiment utile on ne retrouve plus le ratio de 51% même en considérant que le nucléaire contribue à l’indépendance énergétique, ce qui est dailleurs contestable comme il est précisé dans l’article.
    De plus le manque de souplesse du nucléaire induit la nécessité de gaspiller l’énergie électrique aux heures creuses.
    Certes le rendement des autres énergies est lui aussi inférieur à 100%
    mais sans doute plus élevé que 25% dans de nombreux cas autres que la production d’énergie mécanique.

  2. Vincent

    Deux choses:
    1. Présenter les centrales nucléaires comme solution pour atteindre l’indépendance énergétique est bien sûr une bêtises : par définition, une centrale nucléiare ne produit « que » de l’électricité. Et qu’on sache, on est encore loin de faire rouler le parc automobile à l’électricité, et ça ne règle pas le problème de comment se passer de pétrole pour faire voler des avions, fabriquer du plastique, des engrais, des médicaments.

    Le nucléaire a permis de ferme les centrales au charbon et de réduire significativement les centrales au gaz (de toute façon indispensables puisqu’une centrale nucléaire est moins réactive). L’Allemagne que les écolos nous présentent systématiquement comme un modèle produit 50% de son électricité avec des centrales au lignite, plus polluant encore que le charbon…

    Sachant que les Japonais sont au top sur le plan industriel, ont subi deux bombes et vivent dans un pays sous la menace permanente des tremblements de terre, on se doute qu’ils n’auraient pas fait le choix du nucléaire s’il y avait eu une alternative viable dans un pays sans charbon ni gaz.

    2. Il est très peu probable qu’on puisse se passer de nucléaire si l’on veut pouvoir amortir le choc de la fin du pétrole/gaz et l’obligation de diviser par quatre nos émissions de CO².

    Si le sujet de l’énergie vous intéresse, un site: http://www.manicore.com

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