Les Animaux nuisibles, boucs émissaires de la République des privilèges

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Les Animaux Nuisibles boucs émissaires de la République des privilèges.

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Prévu pour une parution en août 2013, cet ouvrage choc sur la République des privilèges, très original dans sa démarche, arrive avec quelques mois de retard en mars 2014, mais il s’est fortement vivifié et bonifié dans l’intervalle.

Pour décrire de manière imagée le capitalisme du désastre et sa stratégie du choc dans sa nouvelle ère de l’Anthropocène, l’auteur, en référence aux thèses du philosophe Günther Anders, introduit les catégories politiques d’Érostrate démocrate et de République des privilèges.

Dans ce monde saturé de science et de technique, le saccage environnemental se produit aujourd’hui en pleine conscience au nom de l’intérêt général et, de manière de plus en plus régulière avec l’idyllique maquillage écologique.

L’originalité de la démarche dans ce livre provient d’une réponse globale à une question simple d’écologiste naturaliste : pourquoi existe-t-il toujours en France une liste officielle d’animaux nuisibles ?

C’est le fil conducteur du livre.

Dans l’effondrement global de la biodiversité, comment le Législateur arrive-t-il à trouver et définir une menace en provenance de la faune sauvage ?

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, l’ensemble de la classe politique droite-gauche découvre toujours dans la biodiversité autochtone des espèces susceptibles de menacer les biens, les personnes et comble de l’absurde la biodiversité elle-même. Toutes ces menaces insoupçonnables du commun des mortels justifient aux yeux du Législateur des lois scélérates, une sorte de « Patriot Act » contre la faune sauvage.

Dans quel monde de fous vivons-nous ?

En mise en bouche voici le sommaire et l’introduction.

1 Nuisibles, animaux nuisibles

2 Nuisible, nouveau paradigme contre ancien manichéisme

3 La « transition écologique » vers le pire

4 L’élection du « Roi des Rois » des nuisibles

5 De la « chasse sous terre » au « déterrage de nuisibles »

6 La Rage et la « loi canonique » de la  modernité

7 Hécatombe royale, le Renard, arrive en ville.

8 Statut du Renard de part et d’autre de la Manche

9 Le Lièvre et ses « nuisibles », le Renard ou les chasseurs…

10 Les « Ennemis du Peuple » : le Renard et la Loutre

11 Les Mustélidés dans la modernité

12 A deux jours de l’ouverture de la chasse dans un champ…

13 Le Chat et la Belette, utile et nuisible dans le monde économique.

14 La Loutre, mise en retraite anticipée de sa « fonction publique »

15 Le Corbeau croasse

16 Cormoran menaçant  et « Poisson menacae »

17 Le Geai des chênes « pillard de vergers » « pilleur de nids »

18 Le Sanglier : « bête noire » bouc émissaire

19 Le Sanglier, l’usager de la route et l’Effraie des clochers

20 La Sécurité Routière et sa chasse aux sourcières dans la faune sauvage

21 « Gabegie ! » « Massacre et Abus de pouvoir !»

22 Gabegie généralisée et subventionnée.

23 La République des privilèges

24 Le Petit Prince et le Renard

Nuisibles, animaux nuisibles

Existe-t-il encore en France une « Liste des Nuisibles » au Journal Officiel ?

La réponse est oui !

Existe-t-il en France des individus susceptibles de penser qu’une menace sérieuse puisse encore se manifester en provenance des espèces de la faune sauvage ?

La réponse est oui !

Existe-t-il en France des groupements d’individus fermement convaincus de l’utilité sociale de la chasse aux « Nuisibles » ?

La réponse est oui !

Existe-t-il en France des organisations mobilisées pour assumer cette traque ingrate d’éradication des espèces déclarées « nuisibles » au Journal Officiel ?

La réponse est encore oui !

Il existe en effet en France des associations départementales de piégeurs et une Union Nationale des Associations de Piégeurs Agréés de France. Cette UNAPAF est officiellement « agréée protection de l’environnement ». A ce titre et au moyen de pièges homologués elle veut « contribuer au maintien et au rétablissement des équilibres écologiques par la régulation des espèces invasives et proliférantes qui portent atteinte à l’agriculture, au gibier, aux biens des personnes, à la santé et à la sécurité publique ou aux espèces protégées en mauvais état de conservation. » Vaste programme… d’autres personnes tout aussi préoccupées par l’environnement regardent vers le ciel les nuées menaçantes et veulent piéger le gaz carbonique ; il n’y a pas de sot piégeage

Un siècle entier est passé au cours duquel des notions d’écologie ont émergé, mais si en science de la nature les idées ont beaucoup évolué, la liste des nuisibles est toujours active en France avec sa large base de masse militante pour la défendre à travers les âges et les alternances politiques. Non seulement rien n’a changé, mais au tournant du millénaire cette liste reprend du service sous l’autorité suprême d’un ministère de l’écologie. La chasse aux « nuisibles » s’éterniser donc en longueur dans notre pays. Elle a pu traverser le 20e siècle sans jamais rien perdre de sa vigueur. Fortement institutionnalisée comme exception culturelle de la France en Europe, elle se réactive chaque année presque comme un mécanisme d’horlogerie. La crise écologique majeure et l’effondrement accéléré de la biodiversité aujourd’hui reconnu n’ont eu aucune influence pour enrayer cette institution mortifère bien Française. La machinerie est remontée et rétablie dans son intégrité, les alternances politiques au pouvoir sont sans conséquence, la liste des nuisibles plane comme véritable malédiction pour la faune sauvage… Les notions les plus élémentaires d’écologie n’ont pas droit de citer au sein même du ministère de l’écologie…

En 2009, juste après le Grenelle de l’environnement, un élu du peuple, député de la Moselle, missionné par le ministre de l’écologie, a pu présenter en public un rapport accablant sur la faune sauvage (1). Avançant l’antinomie du « concept de protection » d’avec le « principe de précaution », il préconisait rien moins que l’extension libre et sans entrave de la « notion d’espèce nuisible ». L’anthropocentrisme de ses analyses est proprement sidérant. Son nouveau « paradigme » brandi contre « l’ancien manichéisme » des lois de protection permettrait d’englober dans une politique de gestion régulatrice la plupart des espèces animales à partir du moment où elles ont été repérées comme susceptible d’être délétères à une quelconque activité humaine. En conséquence logique de ce nouveau paradigme, les personnes les mieux outillées et les plus à même d’être mises en « posture de gestionnaire » ne sont autres que les piégeurs et les chasseurs.

En 2012, juste avant la « Conférence Environnementale » de la nouvelle majorité « Rose Verte », le pouvoir légiférait sur le sujet. Comme pour botter en touche cette question sur la biodiversité, la liste des nuisibles a été confirmée dans son intégralité après un simulacre de consultation publique. Dans une fenêtre très étroite de deux semaines au cours du mois de juillet 2012 les citoyens étaient invités à exprimer leur point de vue sur le sujet ; le mois suivant, le 2 août ce qu’il était prévu d’arrêter a été arrêté (2) Le rapport du député de la Moselle « sur la notion d’espèce nuisible » a manifestement été utile au nouveau ministre.

Vers la fin des années 1960, Bernard Charbonneau en débutant son livre « Le Jardin de Babylone » faisait une remarque d’ordre anthropologique sur la question : « Si l’homme du 19e siècle l’avait pu, il aurait détruit tous les « nuisibles » parce qu’il n’était pas encore assez savant pour comprendre leur utilité profonde (3) ». Cinquante ans plus tard après cette sentence plutôt optimiste pour l’avenir de la Nature, l’homme du 21e siècle et plus justement ici son élite dirigeante, pensante, hautement instruite et savante d’élus du peuple souverain se donnent en France les grands moyens institutionnels de cette destruction. La différence anthropologique la plus préoccupante d’avec « l’homme du 19e » c’est qu’aujourd’hui cette entreprise proprement insensée s’opère en pleine conscience de « l’utilité profonde » de ce qu’elle détruit. Dans quel monde étrange vivons-nous ?

Pour l’ensemble des naturalistes ce statu quo reste totalement incompréhensible. Les «avancées » des sciences de la nature ont ôté depuis longtemps tout fondement « scientifique » à la notion de « nuisible ». Et les préoccupations écologiques aujourd’hui partagées, semble t-il, par tout le monde, ont supprimé toutes validation sociale à cette activité de chasse aux nuisibles. Pour beaucoup, elle semble même n’être rien d’autre qu’une « survivance d’un autre âge », « l’homme du 19e » de Bernard Charbonneau.

Après les canonnades généreuses de la « chasse à la française » durant les « Trente Glorieuses » et l’effondrement rapide des espèces sauvages ; les lois de protection des années 1970 avaient réussi à calmer en partie les ardeurs « civilisatrices » des chasseurs contre la faune sauvage. Beaucoup d’espèces animales avaient atteint le statut protection… Des espèces classées nuisibles, arrivées au bord de l’extinction avaient quitté in extremis « La Liste des Nuisibles ». Mais, comme par inertie, cette liste s’est maintenue et active toujours une farouche population d’individus voulant, plus que jamais, en découdre avec la faune sauvage, perçue comme une menace générale, pour les individus et les activités économiques…

Les argumentaires conjugués des simples citoyens « amoureux de la nature » et des écologistes ainsi que ceux autorisés des naturalistes scientifiques, semblent toujours sans aucune efficacité. Une sorte de puissance surnaturelle protège et perpétue la « Liste des Nuisibles ». Tout cet arsenal se maintient dans un contexte toujours plus menaçant pour l’ensemble de la faune sauvage. Depuis deux décennies, on ne cesse plus d’alerter sur « l’érosion  accélérée » voire « l’effondrement de la biodiversité » et cette nouvelle entité est maintenant modélisée mise en chiffre et en perspective…

Est-il encore possible de comprendre cette situation absurde et paradoxale qui perdure et se renforce même dans ce contexte général reconnu « d’effondrement de la biodiversité » ?

Au niveau politique national c’est la surenchère dans l’art du double langage, la dissociation schizophrénique est permanente entre les bonnes intentions dans les déclarations et les actes de toute évidence délétères, la volonté affichée de prise en compte de la crise écologique et le maintien du statu quo mortifère de la notion de nuisible, la reconnaissance de l’effondrement de la biodiversité et le maintien des pratique bien identifiées que en sont les causes. Dans les faits et gestes des pouvoir publics on assiste à un renforcement permanent de lois « sécuritaires » comme si l’État se sentait assiégé par la biodiversité.

Qu’est ce qui assure la perpétuelle modernité de la « Liste des Nuisibles » ?

Quelles sont donc, les emprises idéologiques, les puissances politiques et les forces économiques qui s’activent derrière la « Listes des Nuisibles » ?

En suivant les mésaventures interminables de ce groupe de la faune sauvage de France déclarée « nuisible » au Journal Officiel, on traversera l’Anthropocène et sa République des privilèges. Toujours sur les traces de ces damnés de la terre, véritables boucs émissaires d’un monde moderne malade de ses pestes industrielles, on découvrira en chemin les nombreuses gabegies subventionnées et les multiples tyrannies d’Érostrate démocrates.

Les Animaux Nuisibles boucs émissaires de la République des privilèges.
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Notes

(1) Rapport de l’étude sur la notion d’espèce nuisible réalisée par Pierre Lang, Député de la Moselle, Juin 2009. http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/094000357/0000.pdf

(2) Journal Officiel de la République française 18 août 2012, Arrêté du 2 août 2012 pris pour l’application de l’article R. 427-6 du code de l’environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces d’animaux classées nuisibles.

(3) Bernard Charbonneau « Le Jardin de Babylone » (1969) Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances 2002

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

3 commentaires sur “Les Animaux nuisibles, boucs émissaires de la République des privilèges

  1. Laurent

    Cette liste n’a rien d’étonnant dans notre système capitaliste où le besoin de planification est patent car une culture ou l’élevage d’un animal est une plus-value en devenir. Par conséquent, les « nuisibles » sont des externalités négatives qu’il convient de combattre (pesticides, OGM, piégeage) car ils peuvent compromettre de futurs investissements ou plus-values. Ce même besoin de maîtrise et de planification capitaliste se retrouve sur la question du temps ; ainsi est née toute une industrie de la prévision météorologique à destination des agriculteurs ou des industries du tourisme.
    Au moyen âge, la distinction animale ne se fondait pas sur le côté « nuisible » mais « maléfique » de certains animaux (le serpent, la chouette ou le chat noir sont proches du diable quand les cervidés ou les colombes sont proches de Dieu) mais cela était tout à fait normal dans un monde largement dominé par la religion. Ainsi, lorsqu’une récolte ou un champ était dévasté par des animaux, on parlait de malédiction (les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables ?).
    Avant Descartes qui considérait l’animal comme une pure mécanique (ce fameux esprit rationnel qui introduit si bien le capitalisme), l’homme ancien pouvait même attribuer une âme aux animaux, quels qu’ils soient, d’où les procès d’animaux. Cela étant, il s’agit d’une âme sensitive et non spirituelle comme les hommes (St Thomas d’Aquin) : mais les animaux sont toutefois reconnus comme « créatures de Dieu » et traitées comme telles (interdiction de la souffrance animale inscrite dans les textes bibliques).
    Aujourd’hui, plus besoin de partir sur des disputes du type de celle de Valladolid sur la question animale : le simple coup de crayon d’une tête d’oeuf installée dans les méandres d’un ministère suffit à classifier un animal.

    La vraie pertinence d’aborder un sujet comme celui-ci aurait été de s’intéresser à l’histoire de cette classification animale entre les nuisibles et les autres.

  2. LomoberetLomoberet

    Les nuisibles, c’est les sangliers qui foncent 110, 130 ou 150 à l’heure la nuit dans les forêts en toute impunité car il n’y a presque jamais de contrôles radars la nuit dans les forêts et qui percutent les gentils automobilistes qui roulent prudemment à 30 ou 40 à l’heure pour respecter le calme de la forêt et ne pas polluer exagérément la planète.

  3. Jean-Marc

    Merci, Lomoberet, d’enfin dénoncer les abus de ces sales bêtes…


    2 BDs autour du sujet :
    http://www.maliki.com/strip.php?strip=252

    et Franquin :
    http://ideesnoires.free.fr/index/pl22.htm

    (le commentaire, à droite, parle d’une autre planche, dans Gaston;
    dont celle-ci est une sorte de « le retour de la vengeance ! » :

    une voiture dont les pneus explosent,
    les policiers du panier à salade qui la suivaient découvrent que c est dû à des hérissons, qui résistent aux voitures, et font exploser leurs pneus.

    (question finale engoussée, du policier en bas à droite, qui scrute les environs, pour voir si d autres hérissons ne se pointent pas »et çà se reproduit vite, ces petites bêtes? » )

    p.s. désolé, la planche d’idée noire est illisible, mais on devine l’histoire cependant :
    le texte di dernier policier est donné de mémoire : c est bien l’idée, pas les mots exacts.

    précision : (première vignette) je crois que cette voiture et ce car étaient là, car ils venaient d’un autre accident d auto par crevaison…

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