Écraseurs! Les méfaits de l’automobile

Où l’on (re-)découvre que la critique de l’automobile n’est pas apparue au tournant des années 1970 à la suite du mouvement écologiste. En fait, dès son apparition l’automobile cristallise les critiques, à vrai dire de la plupart des gens. Cette anthologie regroupe des articles de presse, des extraits d’ouvrages et des caricatures publiés entre la fin des années 1860 et le début des années 1900.

Au départ, l’automobile est une machine réservée aux riches. Très vite, ses nombreux inconvénients apparaissent clairement aux yeux du reste de la population. Les critiques fusent et l’automobile aurait très bien pu devenir une invention aussi vite oubliée qu’elle a été créée. Il faudra tout le mépris des classes sociales aisées qui présentent les opposants à l’automobile comme des cul-terreux hostiles au progrès et toute la force du système médiatico-industriel qui voit l’automobile comme une corne d’abondance de profits pour transformer cette machine réservée à une élite en l’automobile de masse que nous connaissons aujourd’hui.

Extrait:


L’apothéose de l’Automobilisme ne saurait resplendir sans la formalité de quelques taches, dont l’une, et pas la moindre, s’appelle le Piéton. Qu’importe à ces gens-là que quelqu’un se trouve sur leur passage lorsqu’ils veulent faire du soixante, du quatre-vingts, du cent à l’heure ! Tant pis pour le malencontreux gêneur qui entrave leur circulation. On corne quelquefois, quand on veut être aimable ou généreux pour le passant. Et s’il n’est pas content, s’il n’a pas le temps de se garer en vous remerciant de votre prévenance, eh bien, c’est très simple : on lui passe sur le corps et on l’écrabouille ! »

Ci-dessous la quatrième de couverture de l’ouvrage:

L’automobile est un instrument de progrès à tout casser, à tout enfoncer, à tout écraser

Les automobilistes reprochent aux paysans de semer des clous sur les routes, ce qui fait éclater fâcheusement les pneus. Pourquoi les paysans ne sèmeraient-ils pas des clous sur les routes ? Il est moins dangereux de rencontrer des clous qu’une automobile faisant du cent vingt à l’heure.

Messieurs les automobilistes ne veulent pas comprendre que leurs machines, utilisées pour le seul plaisir des riches, sont odieuses à tous. Elles empuantissent l’air de pétrole ; elles souillent les routes d’huile ; elles font voltiger des poussières nocives ; elles écrasent poulets, dindons, chiens, enfants et femmes. Elles répandent partout la saleté et la mort. L’automobiliste est, en général, brutal, grossier et insolent. Il traite les villages en pays conquis, nargue les habitants et file à toute vitesse quand il s’est offert une victime. L’automobile de luxe est le parfait symbole de la richesse hautaine et arrogante.

En semant des clous, les paysans accomplissent un acte de légitime défense. Ils iront un jour à l’assaut des autos comme autrefois à l’assaut des châteaux, puisque les pouvoirs publics ne veulent pas les protéger contre les excès de ces monstres destructeurs.

Il est vrai que les automobilistes se cassent parfois la gueule. Ce n’est que justice, et personne ne les plaint.

Écraseurs! Les méfaits de l’automobile
Anthologie établie par Pierre Thiesset.
Éditions Le Pas de côté.
Pages : 334
Format : 15,2 cm x 24 cm
Prix : 16 €
ISBN : 978-2-9542183-7-3
Mise en vente : septembre 2015.

Pierre Thiesset

A propos de Pierre Thiesset

Journaliste et écrivain français, auteur du blog "L'Europe du Nord à vélo"

7 commentaires sur “Écraseurs! Les méfaits de l’automobile

  1. Psychelau

    @carfree, je trouve anormal d avoir mis la vidéo en autoplay, m obligeant sans que sans que je m y attende à voir un homme vraisemblablement mourir dans un accident.

  2. Pédibuspedibus

    eh!

    ti roule ou ti roule pas ti crève quand même…!

    vivement li couscoussier i les clous di girofle… i pis mieux encore la fayots i les clous di girofle dans la cocotteminoute… et plouf aplé la firmantation…

    boaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

  3. SeptentrionalSeptentrional

    Ça rappelle que l’opposition à l’automobile existe depuis sa mise en circulation même si je me fais accuser encore de suivre une mode par beaucoup d’universitaires sans esprit critique.

    Au sujet de l’encadré animé servant à annoncer un autre article que certains croient être un vidéo en « autoplay ». C’est un fichier .gif et non pas un vidéo, je crois que c’est différent parce que ça s’anime sous Linux et que ma distribution Linux bloque « l’autoplay ».

    D’ailleurs, pratiquement tous les jours, en marchant à Montréal, les automobilistes tournent sans m’apercevoir, plutôt en le feignant, pour effectivement me couper la route. C’est dommage, mais ça rappelle aussi à bien des gens que ce n’est pas une vue de l’esprit que de se sentir constamment menacé en se déplaçant le plus naturellement du monde. Ça montre également que cela n’est pas nécessairement de la responsabilité du « piéton » d’éviter « l’accident » virtuel.

    Au moment d’écrire ces lignes, je suis toujours en vie.

  4. Gwenael De Boodt

    Un grand bravo à Pierre Thiesset pour avoir déniché ces articles et extraits issus de toute la presse et la littérature de la fin du XIXème et du début du XXème siècle et de les avoir réunis dans cette anthologie.

    Il s’agit d’un travail remarquable et unique en son genre. C’est absolument l’ouvrage qui manquait aux sceptiques et aux détracteurs du monde automobile d’aujourd’hui pour reprendre de l’enthousiasme dans leur combat quotidien contre la machine infernale. Nos ancêtres visionnaires ne manquaient ni d’audace, ni de perspicacité, ni d’humour pour ferrailler à la pointe du verbe, avec le panache d’une langue riche et généreuse, contre le piston machiavélique de l’engeance automobile.

    L’ouvrage s’ouvre sur une excellente introduction dans laquelle Pierre Thiesset, par ailleurs journaliste à La Décroissance, se révèle à nouveau le digne héritier de ces littérateurs enragés et poètes qui manquent tant au monde intellectuel de notre époque.

    L’anthologie commence par « Les embarras de Paris » de Boileau, passe par une critique parodique délirante de 3 pages de l’Automobile Club titrée « L’authomicide-club » parue dans la revue Pêle-Mêle en 1905 et questionne la croissance de cette invention et de ses nuisances face à l’inertie de ceux qui la subissent dans un article de Fred Isly dans ce même Pêle-Mêle en 1906, dont je ne peux me retenir de reproduire ici quelques extraits :

    « Actuellement, vingt ou trente mille machines suffisent à jeter la terreur et à semer la mort. Que sera-ce quand il y en aura cent ou deux cent mille? Car les usines fonctionnent avec une activité fébrile, déversant tous les jours dans le public un nouveau flot d’engins homicides. Où se réfugiera-t-on pour leur échapper? Je me le demande avec angoisse…

    … Dépêchez-vous donc de jouir de votre petit coin isolé, car l’auto saura vous y dénicher bientôt. Et il ne sera plus un village, plus un hameau qui ne soit sillonné par les terribles machines. Douce perspective en vérité pour nos fils. Espérons, cependant, qu’ils seront moins veules que nous, et qu’ils sauront réagir là où nous nous soumettons lâchement. Cependant, nous sommes la grande majorité, et il nous serait si facile de nous révolter contre nos bourreaux. Mais pour cela, il nous faudrait un effort de volonté, un groupement, une levée en masse, la conscience de notre force et de nos droits, toutes choses qui sont contraires à notre habituelle passivité… »

    Lecteurs de Carfree, procurez-vous cet ouvrage et lisez-le ou donnez-le à lire à votre entourage! Nous l’avons fait à La Station-Théâtre ou les convictions utilitaires de spectateurs automobilistes ont été véritablement ébranlées par la profusion séculaire et les visions de la critique automobile dont ils n’avaient jusqu’alors pas un instant pensé qu’elles pouvaient procéder d’un tel héritage.

    Nous sommes forts de plus d’un siècle de critique, faites-le savoir grâce à cet ouvrage!

     

  5. Haricophile

    Il faut relativiser l’actualité de ces très vieux articles :

    – Un truc de riche sûrement, mais ne pas oublier que les riches roulaient déjà dans des calèches tout aussi dangereuses que les autos limitées à 16kmh en ville – on pourrait remettre cette limitation d’ailleurs ;)* Bref, de toute manière moteur ou cheval, ça n’a vraiment changé la vie des riches que lorsque elles ont commencé à se diffuser auprès des moins riches, et qu’on ait commencé à faire des routes pour transformer ces jouets en moyens de transport.

    – Je vois d’un très mauvais œil le dépôt de clous sur la chaussée, c’est bien plus dangereux pour les vélo que pour les pneus modernes de voiture, déjà je peste comme un charretier à chaque fois qu’un [##CENSORED##] casse une bouteille de bibine en verre. Je verrais d’un bien meilleur œil l’obligation d’avoir des bouteille en verre CONSIGNÉES à un prix motivant comme en allemagne, les [##CENSORED##] seraient plus civiques par intérêt, et refondre le verre est certainement plus énergivore que nettoyer des bouteilles standardisées.

    – Ce qui aurait pu arriver sans le lobby militaro-pétrolier c’est le développement de voiture électriques plus légères et moins agressives en terme athmosphérique et de vitesse. Tous les prétendus problème d’autonomie et obstacles techniques à la voiture électrique moderne c’est du pipo, c’est juste que la circulation des tanks-TGV modernes qui ont établi les normes actuelles de circulation pose aussi des problèmes de compatibilité avec des véhicules motorisés plus légérs et moins rapides. https://youtu.be/iQ0XzbnRfuE Tout n’est que politique, ce sont des choix et non des raisons techniques, comme pour les transports train+vélo, transports fluviaux de marchandises etc.

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