Le futur cauchemardesque de la voiture autonome

Un article de TreeHugger décrit ce que pourrait être l’avenir de nos villes à l’ère de la voiture autonome. Malgré ce que beaucoup de gens pensent, la généralisation de la voiture autonome pourrait être un facteur de congestion automobile généralisée.

La plupart des gens associent la voiture autonome (voiture qui n’a pas besoin de conducteur humain) à la notion de voiture partagée. L’idée générale est que ces voitures autonomes seraient nécessairement des voitures partagées, plus petites, plus légères, plus lentes, et en moins grand nombre que les voitures actuelles. C’est un peu comme le taxi autonome du film de science-fiction culte Total Recall avec Arnold Schwarzenegger.

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Le Johnnycab de Total Recall (1990)

Dans ce monde idéal, qu’on nous vend sous le concept de « voiture servicielle, » il n’est plus nécessaire de posséder en propre une ou deux voitures comme dans le modèle actuel. En gros, au 20ème siècle on était propriétaire d’une voiture, au 21ème siècle on utilisera des voitures autonomes partagées, si possible électriques ou à hydrogène.

Toutefois, un expert en transport du nom de Jarrett Walker ne voit pas les choses comme cela. Selon lui, l’avènement de la voiture autonome pourrait bien au contraire provoquer une congestion généralisée des réseaux routiers.

En effet, il n’est pas du tout évident pour lui que les voitures autonomes seront nécessairement des voitures partagées, parce que « le modèle de propriété actuel conserve un énorme pouvoir. » Seule une minorité est prête au renversement de valeurs consistant à accepter de ne plus posséder en propre des objets comme les voitures.

Pour illustrer le problème posé par la voiture autonome, il décrit un scénario de cauchemar imaginé par l’universitaire Mark Hollenbeck:

Un père de banlieue monte dans sa voiture sans conducteur pour aller travailler, tout en déposant sa fille à l’école. Mais, plutôt que de se garer au centre-ville avec sa voiture, il dit tout simplement à sa voiture de rentrer à sa maison en banlieue. Pendant la journée, sa voiture autonome réalise quelques courses pour la famille. À 15 heures, la voiture autonome va à l’école chercher sa fille pour la ramener à la maison ou la conduire à diverses activités para-scolaires. Ensuite, la voiture autonome retourne en ville pour chercher le papa à sa sortie du travail. Mais alors, le papa décide de faire du shopping en centre-ville avant de rentrer. Comme il est très difficile et très couteux de stationner sa voiture en centre-ville, il dit à sa voiture de tourner en rond dans le centre pendant une heure tandis qu’il fait les boutiques, avant de rentrer enfin à la maison.

Walker mentionne également un rapport de KPMG sur la voiture autonome qui prédit que beaucoup plus de gens pourraient être en voiture sur la route, y compris les plus âgés qui jusqu’à présent n’utilisaient plus la voiture, ou les plus jeunes qui ne peuvent pas encore conduire. Les chiffres sont énormes; selon KPMG, cela pourrait représenter selon les hypothèses retenues entre deux et quatre fois plus de kilomètres parcourus par les voitures en 2050.

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Tom Vanderbilt/via

Au-delà de la congestion, la massification de la voiture autonome pourrait être un facteur aggravant de l’étalement urbain: « si vous pouvez lire votre iPad, déguster un cocktail ou jouer à un jeu vidéo pendant le trajet, le temps passé dans la voiture devient du temps libre, quelque chose de désirable. »

Sauf que ce « temps libre » sera principalement utilisé dans les embouteillages… Il est grand temps de se mettre au vélo!

Source: http://www.treehugger.com/cars/self-driving-cars-might-be-coming-congestion-disaster.html

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

3 commentaires sur “Le futur cauchemardesque de la voiture autonome

  1. Vincent

    > La plupart des gens associent la voiture autonome (voiture qui n’a pas besoin de conducteur humain) à la notion de voiture partagée

    On se demande pourquoi, d’ailleurs. Encore un exemple d’idée bizarre répétée en boucle par les média, sans que personne ne s’arrête un instant pour réfléchir à la pertinence d’une idée.

    > Dans ce monde idéal, qu’on nous vend sous le concept de « voiture servicielle, » il n’est plus nécessaire de posséder en propre une ou deux voitures comme dans le modèle actuel.

    Ça ne tient pas un instant : la plupart des gens ont besoin d’une bagnole à 8h pour aller bosser.

    > En gros, au 20ème siècle on était propriétaire d’une voiture, au 21ème siècle on utilisera des voitures autonomes partagées, si possible électriques ou à hydrogène.

    La voiture « à hydrogène » est _aussi_ une voiture électrique (H2 pile à combustible courant électrique moteur). Et est tout aussi débile (pas les ressources pour généraliser aux dizaines de millions de bagnoles qui se fabriquent chaque année dans le monde).

  2. PMeBC

    Rien ne change, c’est toujours déplacer une machine de 1000 kg pour transporter une personne.

  3. Pédibusnaturenville

    En effet, on ne sort pas plus du système automobile et de ses impasses socio-environnementales avec une motorisation électrique nucléaire, aux effluves de bouses de vaches ou encore en « autonomie » de conduite avec un véhicule loué ou acheté…

    Autant distinguer un fiacre d’un fardier ou d’un carrosse au XVIIIe siècle dans la ville classique, et dire qu’avec le dernier véhicule cité on a révolutionné les trajets hippomobiles et le réseau viaire qui allait avec.

    On va finir par être tous nomades et embullés dans des soucoupes volantes à roulettes « autonomisées », quelque part sur une bande de Moebius macadamisée, parce qu’on trouvera là le remède au logement toujours trop cher et trop loin de là où on a le moins envie d’aller, c’est-à-dire le plus souvent le boulot…

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