Chronique d’une disparition annoncée

Il semble que l’on soit en train de franchir une nouvelle étape dans la disparition progressive de l’industrie automobile en France. Face à la liquidation judiciaire qui s’annonçait, les salariés de GM&S, un équipementier automobile basé à La Souterraine, dans la Creuse, ont tout simplement menacé de faire sauter leur usine.

Avant cela, ils ont commencé à détruire leur outil de travail, poussés par la colère et la crainte de perdre leur emploi. Les 279 salariés en sont réduits à détruire leurs machines et à menacer de faire exploser leur usine pour réclamer tout simplement des commandes à Renault et Peugeot.

Au moment même où Emmanuel Macron était élu président, cela faisait tâche. Car, il y a sans doute beaucoup d’autres usines qui sont actuellement en train de fermer en France, mais ces salariés ont eu la bonne idée de médiatiser leur action, les caméras filmant les machines-outils en pleine destruction ou les bouteilles de gaz posées sur le site industriel.

Le nouveau ministre de l’économie Bruno Le Maire a donc pris son téléphone et appelé directement Carlos Ghosn, PDG de Renault, et Carlos Tavares son homologue du groupe PSA, pour les inciter fortement à augmenter leurs volumes de commandes. Dans le même temps, l’Etat et la région Nouvelle Aquitaine mettaient la main à la poche avec 1,7 million d’euros d’argent public.

Le site est donc très provisoirement sauvé, sans garantie pourtant pour l’année 2017. Apparemment, GM&S bénéficierait désormais de 25 millions d’euros de commandes alors que les syndicats estiment qu’il est nécessaire d’avoir 40 millions d’euros de commandes annuelles pour survivre. Et le plus incroyable, c’est que le même Bruno Le Maire s’est permis une mise en garde destinée aux salariés : « l’entreprise devra adapter son organisation pour gagner en productivité. »

Les salariés sont désespérés, ils réclament, pour ne pas dire ils mendient du travail auprès de Renault et Peugeot, quitte à tout faire péter. Et Bruno Le Maire leur dit en substance: voici quelques miettes de travail pour vous occuper quelques temps (du moins tant que la pression médiatique est là), pour le reste il va falloir vous mettre à bosser vraiment bande de feignasses!

Vous comprenez, il y a quand même dans le monde tout un tas de pays où les droits sociaux et environnementaux sont proches de zéro, ce qui revient quand même beaucoup moins cher…

En tout état de cause, c’est la chronique d’une disparition annoncée qui s’écrit ici. Que le site soit sauvé ou pas en 2017, c’est de toute manière reculer pour mieux sauter. Le sort de l’industrie automobile française sera celui de la sidérurgie dans les années 1980. On aura beau subventionner tel ou tel site, faire pression temporairement sur tel ou tel constructeur, l’issue est malheureusement déjà connue. A terme, il n’y aura quasiment plus de production automobile en France.

En fait, cela fait déjà quelques années que l’on produit de moins en moins de voitures en France. Les deux champions « nationaux » de l’industrie automobile française, Renault et PSA, délocalisent massivement la production de voitures à l’étranger depuis des années. En 2003, ils produisaient encore 3,2 millions de voitures par an en France. En 2015, ils ne produisent plus que 1,7 millions de voitures en France. Renault et PSA délocalisent depuis longtemps pour augmenter leurs profits et rémunérer leurs actionnaires. Pendant ce temps-là, les sous-traitants trinquent et les salariés avec.

A la création de l’entreprise GM&S en 1962, les salariés fabriquaient… des guidons de bicyclettes et de trottinettes pour enfants.

Si on pouvait donner un conseil aux salariés de GM&S, envoyez paître Renault, Peugeot et Bruno Le Maire. Reprenez le contrôle de votre entreprise en auto-gestion et lancez-vous dans la production de vélos.

Ces gens-là vous baladent et vous font aujourd’hui l’aumône pour mieux fermer votre site demain. Reprenez votre destin en mains.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

4 commentaires sur “Chronique d’une disparition annoncée

  1. Francis Vergier

    Non, conservez Peugeot : moi je roule en Peugeot depuis 20 ans et je n’ai pratiquement jamais de pannes ! Un super VTC qui a déjà fait en distance de quoi faire le tour du monde !

  2. emmp

    Francis, J’allais faire la même vanne, tu m’as doublée au poteau !

    @ Marcel : « Faire tâche » : « faire tache » serait déjà pas mal.

  3. Vincent

    > Si on pouvait donner un conseil aux salariés de GM&S, envoyez paître Renault, Peugeot et Bruno Le Maire. Reprenez le contrôle de votre entreprise en auto-gestion et lancez-vous dans la production de vélos.

    A-t-on des exemples d’entreprises industrielles qui ont réussi avec succès à passer en auto-gestion et de manière pérenne ?

  4. sam

    Oui Vincent il y a une entreprise de thé dans le sud est qui a été reprise par ses salariés : 1331 thea ou quelque chose comme ça. C’était Lipton et l’éléphant qui voulait fermer et il l’ont reprise. Il y a même un film dessus.

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