Les magouilles de l’industrie du carbone

Avec le scandale des moteurs truqués de Volkswagen et de nombreuses autres marques de voitures, dont des voitures françaises, il y a un autre scandale qui est jugé cette semaine par les tribunaux. C’est celui de la collusion entre chercheurs et industrie au travers du procès du pneumologue Michel Aubier.

Car, s’il apparaît que les constructeurs de voitures ont sciemment triché sur les émissions réelles de polluants de leurs voitures, en particulier diesel, l’industrie du carbone dans son ensemble est soupçonnée de payer des chercheurs comme Michel Aubier par exemple pour propager la « bonne parole » sur l’innocuité des émissions de particules dans l’environnement.

En fait, c’est tout un système qui s’effondre. La combustion des moteurs qui est au cœur de notre système industriel, génère des polluants extrêmement dangereux pour la santé et aux multiples conséquences, dont la mort. C’est toute l’industrie du carbone, dont les pétroliers et les constructeurs de voitures, qui est responsable de ce scandale de santé publique.

Comme pour le réchauffement climatique, dont ils sont aussi responsables, ils utilisent une partie de leurs immenses profits pour mener un lobbying intensif afin de persuader les gens que leurs activités sont sans danger. On sait désormais que ce lobbying intensif passe par le financement de scientifiques peu scrupuleux qui utilisent leur autorité scientifique ou leur notoriété pour dire ce que l’industrie du carbone souhaite dire aux gens.

Le cas du pneumologue Michel Aubier est à ce titre exemplaire. Chercheur reconnu, membre de l’Académie de Médecine, il était rémunéré par le groupe Total 150.000 euros par an.

Bien qu’il le nie, cette rémunération n’est pas sans poser question quant à l’indépendance de ses prises de position et de ses travaux scientifiques concernant les émissions polluantes du diesel.

Sur le site de l’Académie Nationale de Médecine, on trouve encore un de ses articles dont le titre est évocateur: « Impact sanitaire des particules diesel : entre mythe et réalité? »

L’article est court, il bénéficie de toute l’autorité de l’Académie de Médecine, et se présente comme une démolition en règle de tous les arguments évoquant la dangerosité du diesel. Que ce soit en matière d’asthme, de cancer du poumon, de maladies cardiovasculaires ou de surmortalité, la dangerosité du diesel est soit niée soit amoindrie.

Dans la conclusion de l’article, il est possible de trouver quelques perles au regard de ce que l’on sait maintenant autant en ce qui concerne la mortalité liée au diesel que des pratiques de tricherie des constructeurs de voitures sur les émissions réelles de leurs voitures. Exemple: « Le filtre (à particules) supprime toutes les particules dans toutes les conditions de circulation. »

Autre perle, qui relève directement de l’argumentaire habituel des constructeurs de voitures en affirmant que l’air qui sort du pot d’échappement est identique à l’air ambiant: « Depuis 2011, toutes les voitures particulières à moteur Diesel vendues sont équipées de filtres à particules. Ceux-ci filtrent toutes les granulométries de particules (fines et ultrafines) avec une très grande efficacité (> 99,9% en nombre, > 99% en masse pour les véhicules les plus émissifs), produisant une teneur en particules en sortie du pot d’échappement similaire à celle de l’air ambiant. »

Le plus incroyable, alors qu’on sait maintenant que Michel Aubier était rémunéré par Total depuis 1997, c’est que l’article, écrit en 2002, porte la mention suivante sur le site de l’Académie de Médecine: « L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêt en relation avec le contenu de cette information. »

Le plus inquiétant, c’est que Michel Aubier n’était pas juste un professeur anonyme publiant des travaux de recherche confidentiels. Il était la coqueluche des médias, invité régulièrement sur les plateaux de télévision ou de radio pour tous les sujets relatifs à la qualité de l’air… Pendant des années, il a martelé sur les ondes et donc au grand public que le diesel n’était pas vraiment dangereux. Et alors même que le très officiel Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), agence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), classait dès 2012 les particules diesel comme « cancérogène certain« .

Ce négationnisme, comme le négationnisme climatique, illustre les forces à l’œuvre dans l’industrie du carbone. Cette industrie, qui génère des profits faramineux (6,2 milliards de dollars de bénéfices pour Total en 2016), tente de réécrire les faits afin d’abuser les gens.

Ils croulent sous une telle pluie de dollars qu’ils peuvent financer à tout va des scientifiques, des équipes de recherche, des universités, etc. Qu’est-ce que 150.000 euros par an pour un groupe comme Total au regard du bénéfice obtenu du fait des multiples interventions de Michel Aubier dans les médias?

Le pire, c’est qu’il s’agit moins de prouver que le diesel n’est pas dangereux, ce qui serait quand même difficile, que d’instiller le doute, cette petite musique qui fait entendre « qu’on ne sait pas vraiment » ou que « les scientifiques ne sont pas tous d’accord« . C’est exactement le même procédé à l’œuvre concernant le financement de scientifiques climato-sceptiques par l’industrie du carbone.

Parce que notre société industrielle repose sur le carbone (charbon, gaz, pétrole), cette industrie est sans doute celle qui a cumulé le plus de profits dans l’histoire. Cette masse considérable d’argent a servi et sert entre autres à façonner le monde dans lequel nous vivons, afin de le rendre bien entendu carbono-dépendant.

Quitte à payer le nombre de personnes nécessaires pour écrire une belle histoire où les pots d’échappement rejettent de l’air ambiant et les voitures respectent les normes de pollution.

Cet épisode rappelle par ailleurs un ancien slogan publicitaire de Total: « Vous ne viendrez pas chez nous par hasard. » Était-ce de l’ironie? Effectivement, en cherchant à manipuler l’opinion publique, Total montre bien qu’il n’y a pas de hasard. Pour aller faire le plein chez Total, mieux vaut ne pas savoir que le produit que vous mettez dans votre réservoir est un produit mortel qui risque de vous tuer, vous, votre famille et vos enfants.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

3 commentaires sur “Les magouilles de l’industrie du carbone

  1. Vince

    Personnellement j’attends avec impatience l’épuisement des ressources pétrolières pour respirer un peu.

  2. Vince

    En ce moment les cours du pétrole baisse à vue d’oeil car les producteurs ne voient que leur intérêt à court terme c’est à dire vendre le plus possible, évidement ils préféreraient vendre à prix élevé mais pour cela il faudrait que les autres producteurs limitent leur vente sinon ça baisse, c’est la loi de l’offre et de la demande.

    Les producteurs américains produisent en masse, si ça se trouve dans 15 ans il n’y aura plus une goutte de pétrole et pourtant on dilapide le stock à vite fait bien fait pour un profit à court-terme en se détruisant la santé.

     

     

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