Une excursion à Wendisch Rietz – un exemple de mobilité sans voiture

Pour vivre sans voiture, le point de départ est que les horaires des transports en commun doivent être construits pour permettre aux gens de changer leurs plans à la dernière minute. Le contraire – les personnes devant planifier leurs déplacements en fonction des horaires de transport – signifie qu’elles utiliseront plutôt la voiture. C’est ce qu’explique ici Jon Worth, un britannique résidant à Berlin, à travers l’exemple d’une excursion à Wendisch Rietz, à près de 80 kilomètres du centre de Berlin.

L’un de mes passe-temps favoris est d’explorer le Brandebourg, le Land qui entoure Berlin la capitale allemande. L’un de ces voyages m’a conduit au village de Wendisch Rietz (1620 habitants), au sud-est de Berlin, à l’extrémité sud du lac Scharmützelsee – marcher le long du lac était la raison de mon voyage.

Wendisch Rietz est desservie par la ligne ferroviaire RB36 Königs Wusterhausen – Storkow (Mark) – Beeskow – Frankfurt (Oder), exploitée par la Niederbarnimer Eisenbahn, au sein du Verkehrsverbund Berlin Brandenburg. Actuellement, la ligne est exploitée par des trains diesel à une seule voiture Stadler Regio-Shuttle RS1, qui devraient être remplacés par des trains électriques à batterie à partir de 2024.

Voici l’horaire pour s’y rendre, depuis la station de S-Bahn de Berlin la plus proche, Hermannstrasse. Il faut prendre le S-Bahn (TER berlinois) jusqu’à Königs Wusterhausen, puis le RB36 à partir de là (cliquez pour agrandir):

Il y a un train toutes les heures toute la journée, avec une seule heure manquante – entre 20h39 et 22h39. Cela signifie que quoi que je veuille faire, il me faudra au maximum une heure pour que le prochain train passe. Un trajet régulier de banlieue à banlieue? En effet. Réunion de travail en milieu de matinée? Bien sûr. Déjeuner? Pas de problème. Dîner et bière à Berlin? Ça marche aussi. Et puis, il y a du nouveau, je dois changer mes plans – pas de problème!

C’est ce que les Allemands appellent un Taktfahrplan – un horaire à cadran – où les trains circulent à intervalles réguliers toute la journée.

Et c’est tellement mieux qu’un bus. Un Regio-Shuttle peut transporter 8 bicyclettes – c’est difficile dans un bus. Il y a des toilettes entièrement accessibles – trouvez-en une dans un bus! Et comme il s’agit d’un train plutôt que d’un bus, il ne risque pas d’être bloqué dans les embouteillages et d’être retardé.

Et surtout, il me permet à moi (quelqu’un de Berlin qui veut se rendre à Wendisch Rietz), ou à quelqu’un de Wendisch Rietz qui veut se rendre à Berlin, de disposer d’un moyen de transport totalement flexible qui peut s’adapter à tous mes besoins, quels qu’ils soient, et à peu près n’importe comment. Et si je veux amener un vélo avec moi, ou si je suis une personne à mobilité réduite, cela fonctionne également.

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Comparez cela à un itinéraire que je veux essayer d’emprunter en France plus tard cet été – entre Belfort (population: 46954) et Vesoul (population: 14973). Les dates sont différentes car les lignes sont fermées pour des travaux d’ingénierie en été, mais voici l’horaire régulier (cliquez pour agrandir):

Il est essentiellement adapté aux écoliers et aux collégiens – pour les amener à leurs cours le matin, et les ramener le soir, et c’est à peu près tout. Il y a un écart de presque 6 heures au milieu de la journée, et le dernier train part à 18h39 – ce qui signifie que faire à peu près n’importe quoi après une journée de travail va être impossible ici. Dîner à Belfort avant de rentrer chez soi? Pas question. Besoin soudain de faire un voyage à l’heure du déjeuner? Pas question. Cela signifie – et c’est le plus important – qu’une personne ne peut pas compter sur le train ici. Personne ne peut l’intégrer dans sa vie quotidienne comme je peux le faire avec le train de Wendisch Rietz. Et ce, entre deux centres régionaux relativement importants de l’est de la France!

D’accord, me direz-vous, je ne compare pas ce qui est comparable. C’est exact. Les structures de population et le niveau d’urbanisme sont différents. Mais le problème est le même: si vous voulez que les gens abandonnent leur voiture, vous devez fournir un service ferroviaire 24 heures sur 24 sur des lignes régionales, ce qui signifie que le train peut répondre à leurs besoins de mobilité, au lieu que la personne ajuste ses besoins en fonction de l’horaire du train. Le seul moyen flexible de voyager entre Vesoul et Belfort est la voiture. Alors même qu’une ligne ferroviaire existe, ce n’est tout simplement pas suffisant et ce n’est en tout cas pas un service adéquat!

Source: https://jonworth.eu/

5 commentaires sur “Une excursion à Wendisch Rietz – un exemple de mobilité sans voiture

  1. mat b

    Hier, je passais à coté de la station service de Leclerc, des ouvriers bricolaient quelque chose sur le panneau de prix. Qqchose de long puisque je les ai aperçu à l’aller et au retour. J’en ai déduit qu’ils installaient un affichage électrique du prix de l’essence pour pouvoir l’adapter chaque jour aux variations internationales à moindre cout.

    Comme quoi, la flexibilité, on connait en France.

    Bon, je vais pas parler des trains ici dans le sud ouest tant la catastrophe est annoncées déjà sur le parking de la gare

  2. zaph

    Il est possible en tout lieux de vivre sans voitures .

     

    Une étude, parue en janvier 2022, indique que 75 % de nos déplacements du quotidien pourraient se faire à vélo.

    A partir des données INSEE, les auteurs mettent en évidence que quelque soit le territoire ( zone urbaine ou rurale) 70 % des déplacements sont inférieurs à 10 kilomètres.

    Les enquêtes ménage déplacement montrent que la voiture est utilisée pour 72 % de déplacement de plus de 5 km même à 50 % pour des déplacements inférieurs à 1km. Ces déplacements sont facilement réalisables à vélo

    Les auteurs ont donc tenter d’explorer le potentiel de l‘usage du vélo à partir du seul critère d’accessibilité en temps de trajet à des établissements scolaires, des commerces et des gares.

    Les résultats :

    – La mobilité scolaire :

    12 millions d’élèves se déplacent 4 à 6 fois par semaine .

    L’étude des cartes scolaires montre que

    -90 % des élèves du primaire habitent à moins de 8 minutes à vélo d’une école

    – 80 % des collégiens sont à moins de 20 minutes à vélo de leur collège

    – 67 % des lycéens sont situés à moins de 20 minutes à vélo de leur lycée

    –  Commerces :

    – 75 % de la population habite à moins de 10 minutes à vélo d’un hypermarché ou d’un super marché

    – 80 % des français habitent à moins de 10 minutes à vélo d’une épicerie

    – 80 % des français habitent à moins de 5 minutes à vélo d’une boulangerie

    – Gares :

    il existe 3016 gares de voyageurs en France. 70 % de la population française habitent à moins de 20 minutes à vélo d’une gare.

    Conclusion de l’étude :

    « Le potentiel du vélo est phénoménal mais nécessite une approche radicalement différente de nos modes de vie »

    Le vélo est un mode qui devrait avoir toute sa place dans nos déplacements du quotidien. Il faut plus de volonté d’aménagement pour rendre ces déplacements sécures et agréables. Il faut également réorganiser la société autour des déplacements plus courts.

    Voila qui inhibe l’argument  » on ne peut pas faire autrement »

    source : http://www.bl-evolution.com/publication/la-france-a-20-minutes-a-velo/

     

  3. Bernard G

    Le plus con, avec ces horaires Belfort-Vesoul, c’est que les trains, la Sncf les a déjà. Mais elle les gare après la pointe du matin, et ne les ressort qu’en fin d’après midi.

    Certains penseront que c’est la faute de la Région, qui ne commande pas et ne paye pas des trajets en heure creuse. Mais il faut comprendre la Région : la Sncf facture un prix moyen, alors que la mise en route des ces trains garés ne représenterait pour la société cheminote qu’un coût marginal.

    Chez la plupart de nos voisins outre frontières, la facturation est au coût marginal, ce qui incite « naturellement »  à utiliser le matériel au maximum, et donc à améliorer le service.

    pour mieux comprendre (si nécessaire) : http://transportrail.canalblog.com/pages/les-petites-lignes-sont-elles-un-gros-probleme–/34012237.html

  4. Bernard G

    @zaph, oui.

    Quoique, étant perso plutôt feignasse, j’ai fait en sorte d’être  à ces mêmes « temps » A PIED.

    (et même des temps inférieurs, à vrai dire)

    Je reconnais que tout le monde peut pas, mais … qu’est ce que c’est confortable, et économique

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