Les gros mots de la voiturologie

Ce n’est certes pas par hasard si l’automobilisme est devenu le champ d’expansion de l’injure, où fleurissent l’invective, le sarcasme, le défi, la goujaterie et souvent la haine qui va quelquefois jusqu’au meurtre. Lire la suite…

Pourquoi la voiture rend agressif?

J’ai déjà entendu des psychologues développer avec talent leur point de vue sur la question: « pourquoi la voiture rend-elle agressif? », mais je ne les ai jamais entendu aborder cette question de la manière que je me propose de développer ici. C’est peut-être parce qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de se déplacer en ville avec un vélo entre les jambes, ce qui leur aurait permis de comparer le transport automobile à un autre mode de transport individuel, et de comprendre tout de suite pourquoi il est si éprouvant pour les nerfs. Lire la suite…

Dépasser la ville-campagne

L’ancienne relation ville/campagne associait deux termes nettement distincts par leur forme autant que par leur fonction. Or la fonction agricole n’étant plus exercée que par une fraction minime de la population totale, des populations au genre de vie urbain ont remplacé dans les campagnes la paysannerie d’autrefois, tandis que, sous l’effet du desserrement, de l’étalement et de la dissémination périurbaine, la définition morphologique de la ville devenait de plus en plus floue. Lire la suite…

Le vélo, transport public ou propriété privée?


Ramassage scolaire dans l’Etat du Rajhastan (Inde)

La LAURE (Loi sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle de l’Energie) de 2000 oblige les villes de plus de 100.000 habitants à harmoniser les deux générations de plans de déplacements urbains (avant/après la LAURE) dans le but de « renforcer la compétitivité des différents modes de transports » par l’intermodalité notamment (horaires compatibles, etc.) et pour diminuer l’usage de la voiture en ville. Lire la suite…

Réflexions sur l’automobile

nez

– Est-ce que l’automobile est liée au réchauffement climatique?
– Combien de morts sont causées par l’automobile?
– Quelle planète va-t-on laisser à nos enfants?
– Est-ce que j’ai fait la révision des 10.000 kilomètres?

Photos: Trafic, Jacques Tati, 1971

Automatrix

La consommation mondiale de pétrole est d’environ 85 millions de barils par jour, ce qui représente environ 2,25 litres par jour et par habitant de notre belle petite planète bleue, fourrée à l’or noir… Lire la suite…

À bas la voiture…vive le vélo !

À bas la voiture…vive le vélo !
Par Caroline Granier

La voiture n’est pas simplement un moyen de locomotion, comme certaines personnes particulièrement naïves pourraient le penser. L’invention de la voiture n’a pas non plus été un pas de géant sur le chemin du progrès, comme les publicitaires voudraient nous le faire croire.

Non, la voiture est un instrument de pouvoir et de destruction. Elle est l’ennemie des hommes : non seulement parce qu’elle les tue (piétons imprudents, passants distraits, victimes des meurtriers ordinaires, les chauffards), mais aussi parce qu’elle les déforme, les défigure, les nie : un homme au volant n’est plus un être humain.

Prenez un homme ordinaire, pacifique, réservé et habituellement calme. Mettez-lui entre les mains un volant et sous les pieds une pédale. Jetez-le dans un embouteillage, mettons par exemple le périphérique à six heures du soir. Regardez-le… Vous ne le reconnaissez plus ? Et pourtant c’est lui, cette brute inhumaine, le teint livide, interpellant les autres automobilistes à coup d’insultes obscènes et hargneuses… Il vous fait peur ? Ajoutez-lui un portable, vous multipliez par trois son pouvoir de tuer. C’est comme si vous donnez un revolver à quelqu’un… Rares sont ceux qui vont refuser de s’en servir.

Réjean Ducharme, un écrivain québécois, a particulièrement bien analysé ce processus qui transforme l’humain en automobiliste. D’ailleurs, il propose de ne plus dire automobiliste, mais automobile, tant il est vrai que tout conducteur fait corps avec son véhicule :

« Quand je dis automobiles, je veux dire automobilistes ; l’automobile et l’automobiliste font partie d’une seule et même chose : l’automobile. »

« On n’a pas une automobile ; on est une automobile. »

« On ne peut pas naître automobile : on devient automobile, tout à coup. »

(Extraits de : Le Nez qui voque, NRF, Gallimard, 1967)

Pour finir, voici un poème que compose le narrateur du roman de Ducharme :

Les automobiles

Sur le chemin des édicules,

Passent des hommes et des femmes

Greffés avec des véhicules

Qui éteignent le sang et l’âme.

Il passent en automobile,

Ces hommes fous, ces femmes folles.

Et ils se croient, hélas, habiles

De ne vivre que de pétrole.

Ils ne parlent pas, ils klaxonnent.

Et ils ne marchent pas : ils roulent.

Vu qu’à deux jambes, je fonctionne,

Ils rient ; ils me traitent de poule.

Ils sont jaunes, ou verts, ou noirs.

Entre eux, point de ségrégation :

Ils bougent entre les trottoirs

Côte à côte et à l’unisson.

Soyons vigilants !

Mais que faire, me demanderez-vous, si nous ne voulons pas devenir, à notre tour, des « automobiles » ?

La réponse est simple : soyons des cyclistes ! Le cycliste est le contraire de l’ « automobile » : même sur son vélo il conserve tout son libre-arbitre, il peut s’arrêter lorsqu’il le veut, se garer où bon lui semble… Il ne menace pas constamment la vie de ses voisins. Il est à l’écoute du dehors : au lieu de se blinder peureusement en s’entourant de tôle, il se plonge courageusement dans son environnement – qu’il évite par ailleurs de polluer. Il perd rarement le contrôle de soi, et se laisse guider par deux principes : la liberté et le respect d’autrui.

On voit donc que le choix d’un moyen de transport est avant tout un choix de vie : un état d’esprit.

Refuser la voiture, c’est refuser un mode de vie qui nous rend dangereux (pour nous-mêmes, pour les autres et pour l’environnement), c’est vouloir une vie autre que celles que nous proposent les publicitaires et que nous impose la société moderne.

Ce n’est pas seulement avec des mots qu’on change la société…

À tous ceux qui prônent l’individualisme, le communisme, l’écologisme… etc…

… je réponds : le cyclisme !

Caroline Granier

Automobilisme

L’automobilisme est un concept inventé par André Gorz en 1973, dans le cadre de son ouvrage « L’idéologie sociale de la bagnole »

L’automobilisme de masse matérialise le triomphe absolu de l’idéologie bourgeoise au niveau de la pratique quotidienne : il fonde et entretient en chacun la croyance illusoire que chaque individu peut prévaloir et s’avantager aux dépens de tous. L’égoïsme agressif et cruel du conducteur qui, à chaque minute, assassine symboliquement « les autres », qu’il ne perçoit plus que comme des gênes matérielles et des obstacles à sa propre vitesse, cet égoïsme agressif et compétitif est l’avènement, grâce à l’automobilisme quotidien, d’un comportement universellement bourgeois.

L’homme motorisé

Projection de l' »ego »

L’homme motorisé est un personnage stupéfiant. Le « je » qui vient de s’installer au volant ne ressemble plus que par de vaines apparences au « je » qui, l’instant d’avant, vaquait à ses occupations de citoyen, l’homme de métier ou le père de famille.

Dès que, contact mis, le tremblement rituel a saisi l’officiant, que la cadence du moteur secoue à peu près comme celle de la frénésie collective secouant les adeptes du Vaudou, un être nouveau se substitue au débonnaire personnage dont il a pourtant tous les traits. Il ne s’agit plus d’utiliser un moyen pratique de se rendre d’un point à un autre. Il s’agit de conquérir l’espace, par l’effet d’une connivence avec l’invisible.

Georges Portal et Robert Poulet
Pour ou contre l’automobile
Ed. Berger-Levrault, 1967