Le développement des écoquartiers en France

L’écoquartier – ou quartier durable – cristallise en ce moment une énorme attention en France et en Suisse. C’est vrai aussi bien dans la société civile qu’au sein des autorités publiques, tandis que les professionnels de la construction n’ont aucun intérêt à rester à l’écart de cette tendance.

L’écoquartier vise tout à la fois pour le milieu urbain des économies d’énergie et de matière, une meilleure gestion de l’eau, la mobilité douce et une diminution de la place de l’automobile, une qualité de vie faisant la part belle à la nature en ville et, plus fondamentalement, un urbanisme et des styles de vie durables. A la fois vitrine et symbole d’une évolution positive en profondeur de la société, l’écoquartier est l’expression tangible d’une politique intelligente de la ville et, en même temps, un faire-valoir pour ses promoteurs.

A vrai dire, l’écoquartier propulse une écologie habituée à provoquer rejet et dénonciation en fer de lance d’un projet de société constructif et enthousiasmant, associant un mieux-être immédiat à la prise en compte à long terme de l’environnement. En apportant en outre une réponse à la dimension collective du défi écologique et en permettant de réelles avancées sur ce plan, l’essor des écoquartiers maintient à flot l’espoir que l’humanité saura relever la tête.

Des écoquartiers en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Suède et au Danemark sont désormais très connus. Citons principalement le quartier Vauban, à Fribourg-en-Brisgau (Allemangne), le quartier BedZED près de Londres et le quartier GWL-Terrein à Amsterdam. Il n’y a ni définition officielle ni label mais, en synthèse, ces quartiers utilisent le sol avec parcimonie et font la part belle aux constructions économes en énergie, à la mobilité douce et l’interdiction partielle ou complète de l’automobile, à la végétation et à la mixité sociale et fonctionnelle. L’enjeu est maintenant, en France comme en Suisse, de répondre aux attentes en matière d’écoquartiers.

La Revue Durable

L’écoquartier, brique d’une société durable

Le n° 28 de La Revue Durable, paru en février 2008, est consacré aux écoquartiers. Il traite toutes les grandes questions que soulèvent ces aménagements exemplaires : où faut-il les implanter ? Comment convaincre promoteurs et élus de les réaliser ? Combien coûtent-ils et comment les financer ? Comment et pourquoi impliquer les habitants dans leur élaboration ? Comment déployer leurs effets bénéfiques sur l’ensemble de la ville ?

Un éco-quartier c’est quoi ?

Ces quartiers déclinent toutes les thématiques du développement durable à l’échelle de la ville. Leurs objectifs consistent à intégrer, à l’échelle locale, des enjeux planétaires comme par exemple la lutte contre le dérèglement climatique. Pour cela, les écoquartiers ou quartiers durables sont avant tout des quartiers sans voitures, ou des quartiers dits « pauvres en voitures », car l’automobile y garde une place très limitée (véhicules d’urgence et quelques véhicules en autopartage).

Bientôt des écoquartiers en France

Des associations poussent les écoquartiers à voir le jour

C’est une première : un mouvement social est en train d’éclore sur l’aménagement du territoire et l’urbanisme. A Paris, à Genève, à Lausanne, des associations tentent de persuader la population, les élus et, par ricochet, les urbanistes, les architectes et les promoteurs de l’intérêt majeur des écoquartiers. Pour convaincre leurs interlocuteurs et leurs propres membres, la visite du quartier Vauban, à Fribourg-en-Brisgau, s’impose d’autant plus qu’une association pionnière en est à l’origine.

A Amsterdam (Hollande), un groupe de citoyens avait fait paraître cette petite annonce dans le journal local: «Nous voulons créer un projet d’habitations sans voiture et écologique. Seriez-vous intéressés à y participer?». Ils étaient loin de se douter de l’intérêt que susciterait leur projet. Pas moins de 6000 personnes ont répondu à l’appel, ce qui a donné naissance au quartier GWL-Terrein d’Amsterdam.

Pour tirer profit des infrastructures d’un écoquartier, l’adhésion de ses habitants est cruciale. Un bon moyen d’obtenir cette adhésion est de solliciter leur avis et de les inclure dans les discussions nécessaires pour concevoir puis gérer leur cadre de vie. Plus encore, la participation permet de dégager des valeurs communes qui facilitent la coconstruction de solutions inventives propices à la durabilité, la promotion de styles de vie durables et l’implication des citoyens dans la vie de la cité.

En route pour « dévoituriser » la ville

Un écoquartier offre une formidable opportunité pour tempérer la place de la voiture en ville. Pour atteindre ce but hautement désirable, ses artisans doivent anticiper les flux de déplacements de ses futurs habitants pour définir les services de transports publics et privés correspondants à leurs besoins. Le grand gagnant est l’habitant. Des études de marché démontrent l’attrait que ces quartiers soustraits au bruit et à la pollution de l’air exercent sur une partie croissante de la population.

En cela, on ne peut penser un éco-quartier sans réduire de manière drastique la circulation automobile. Le véritable quartier durable est donc un quartiers sans voitures.

L’écoquartier, pivot d’une politique durable de la ville

A la fois vitrine, symbole et manifestation concrète d’avancées de la politique écologique et durable globale de la ville, l’écoquartier rend visible une intention, attire le regard des citadins sur les mutations urbaines amorcées pour négocier le virage de la durabilité. En outre, le chantier d’un écoquartier offre l’opportunité de former ou de renforcer la formation des professionnels du bâtiment aux nouvelles pratiques. Un écoquartier est ainsi autant un lieu pilote qu’un aboutissement : il tire la ville vers le durable autant que la politique de durabilité de la ville le pousse à éclore.

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Des écoquartiers en France… et à Paris

Selon la Revue Durable, 18 projets d’écoquartiers doivent voir le jour très bientôt en France. Car les écoquartiers deviennent de plus en plus réalité. Ils ne sont plus seulement des concepts théoriques d’urbanisme et de développement durable, ils répondent à une demande pressante des associations et d’une grande partie de la population. On connaissait d’ailleurs déjà l’EcoZAC ou ZAC écologique de la Place de Rungis dans le 13ème arrondissement de Paris.

Mais il y aussi des projets d’écoquartiers un peu partout en France. La ville de Merville (59) a lancé la commercialisation en mars 2007 de l’écoquartier « Les jardins de Flandres » qui accueillera 350 logements dans un soucis de mixité sociale et de développement durable.

La CAHC (Communauté d’Agglomération d’Hénin-Beaumont) et la ville de Courcelles (62) développent un écoquartier « Le Domaine de la Marlière » sur un espace de 68 ha qui accueillera à terme environ 1.230 logements.

Douai a créé la ZAC du Raquet en 2006, très vaste écoquartier de 12 000 habitants, mêlant préoccupations sociales et écologiques car il est associé à un secteur ANRU et sera desservi par la seconde ligne de tram et 15 km de pistes cyclables.

D’autres projets d’écoquartiers sont en cours d’élaboration à Lille, Narbonne, Grenoble, Rennes, Chalon-sur-Saône, Lisle sur Tarn, Strasbourg, Besançon, etc.

Mais les Verts de Paris souhaitent aller plus loin et proposent la création de nombreux écoquartiers à Paris, en distinguant les éco-quartiers en éco-construction (construction d’écoquartiers ex nihilo) des éco-quartiers en éco-rénovation (rénovation de quartiers existants en appliquant les normes des quartiers durables). En tout, cela représente 40 projets d’écoquartiers pour la seule ville de Paris! Quels sont donc les objectifs des écoquartiers proposés par les Verts?

Ces quartiers sont dit éco-quartiers car ils ont pour objectifs :

– d’avoir des consommations énergétiques très basses, puis d’atteindre une autonomie énergétique avec des centrales de proximité et un recours massif aux énergies renouvelables. Avec comme objectif à long terme que tous les bâtiments soient à « énergie positive », c’est-à-dire qu’ils produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment.

– la récupération des eaux pluviales, la perméabilisation des sols et le traitement des eaux usées

– la réduction des déchets et le tri

– la mobilité durable avec une offre en transports en commun, auto partage, pistes cyclables

– la végétalisation de l’espace public, des bâtiments (toitures, façades), l’intégration d’espaces verts sauvages.

– la diversité architecturale avec la promotion de petites parcelles

– la mixité des fonctions, activité économique et habitat, afin de mettre en oeuvre la ville des courtes distances.

– la mixité sociale et générationnelle

– la démocratie participative : la concertation et l’implication des habitants à ces projets

– le mieux vivre ensemble. La vie de quartier, la vie associative est encouragée grâce à des structures d’accueil et d’accompagnements qui prolongent les étapes de concertation initiales.

Le projet des Verts

L’objectif des Verts est de développer ces éco-quartiers dans Paris à la fois en repensant les constructions nouvelles selon les critères cités précédemment et en intégrant le concept d’éco-rénovation.

A l’heure actuelle les éco-quartiers sont surtout mis en œuvre lors de grands projets urbains tels que la ZAC Pajol, la ZAC rungis, l’îlot Fréquel-Fontarabie, la ZAC Clichy Batignolles…

Cependant les Verts ne souhaitent pas s’arrêter aux constructions nouvelles, ils veulent développer le concept d’éco-quartiers grâce à l’éco-rénovation du bâti existant. Ils souhaitent transformer tous les quartiers « politique de la ville » ou classés GPRU, en éco-quartiers pour que ceux qui ont le moins accès à la qualité environnementale n’en soient pas exclus. Mais ces rénovations ne devront pas être centrées seulement sur ces quartiers, de nombreux arrondissements peuvent également être rénovés en respectant le concept de développement durable .

Concevoir un éco-quartier, c’est cesser de considérer le sol comme un simple actif à valoriser à court terme, mais pour l’envisager comme un bien non renouvelable dont on assure l’économie, la cohérence, et le devenir. C’est penser les extensions urbaines d’aujourd’hui comme le patrimoine de demain. C’est appréhender le cadre de vie des habitants actuels comme étant celui des générations futures. C’est savoir que l’énergie est précieuse ; que les territoires, l’eau, l’air, le climat ont leurs logiques propres, qu’ils sont indispensables à nos vies mais que si on ne s’inscrit pas dans leur logique, ils constituent aussi un risque. C’est comprendre que la proximité est une richesse et une valeur pour les habitants.

La démarche des éco-quartiers est bonne et indispensable dans le contexte actuel de l’environnement local, national et mondial. La France, avec ses bonnes intentions affichées, trop souvent mises au placard des intérêts financiers, saura-t-elle aller dans le bon sens ?

Sources:

Ecoquartier sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89coquartier
L’écoquartier, brique d’une société durable, La Revue Durable, Numéro 28 (février – mars – avril 2008).
Le site sur les éco-quartiers animé par la Mission de l’aménagement durable (MEDAD) Une boîte à outil pour les collectivités, les professionnels et toute autre personne intéressée par les écoquartiers.
Les quartiers sans voitures (Carfree France)
Le quartier GWL-Terrein d’Amsterdam
Le quartier Vauban de Fribourg
Le quartier BedZED près de Londres
Télécharger la liste des éco-quartiers que les Verts veulent réaliser à Paris (pdf).
Les éco-quartiers, sur le site centpourcentnaturel.fr

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