GWL Terrein: un quartier sans voitures à Amsterdam

«Nous voulons créer un projet d’habitations sans voiture et écologique. Seriez-vous intéressés à y participer?»

Quand un groupe de citoyens d’Amsterdam a fait paraître cette petite annonce dans le journal local, ils étaient loin de se douter de l’intérêt que susciterait leur projet. Pas moins de 6000 personnes ont répondu à l’appel (1).

GWL-terrein (2) est le premier projet sans voitures en Europe. Situé à trois km du centre-ville d’Amsterdam, à la limite des extensions urbaines du début du 20ème siècle, GWL-terrein est au départ une ancienne station de traitement de l’eau potable occupant six hectares.

terrein

Au total, 600 logements ont été réalisé sur ce terrain entre 1996 et 1998, répartis en 17 immeubles d’appartements (dont deux tours d’habitation de 10 étages). L’ensemble comprend des habitations pour enfants handicapés, des studios pour artistes, des logements pour retraités et une habitation communautaire.

Malgré le fait que les quartiers résidentiels sans voitures sont nombreux à Amsterdam dans les anciens quartiers des canaux, cette réalisation est exceptionnelle par son échelle : un parking de 110 places seulement a été créé pour les 600 appartements. Les places ont été attribuées par une loterie. La possession d’automobile n’est pas interdite mais les résidents ne sont pas autorisés à stationner dans les quartiers environnants. Le quartier est desservi par une ligne de tramway.

Selon David BOUVIER (3), le projet urbain prend la forme d’un grand îlot ouvert de 6 hectares et la disposition des immeubles respecte la trame viaire. L’absence de contraintes liées à la présence de l’automobile a autorisé une plus grande liberté dans l’agencement des bâtiments. De vastes espaces extérieurs ont ainsi été libérés et traités avec une forte présence de la végétation. Une attention particulière a été apportée aux transitions entre espaces publics, semi-publics et privés. Les nuisances (parking) ont été externalisées du côté des zones d’activité.

gwl-terrein-carte

GWL est un quartier résidentiel dense. Les bâtiments réhabilités conservent l’identité du site. Les nouvelles constructions sont toutefois dominantes dans cette opération. 591 logements ont été construits dans de nouveaux immeubles. 273 sont à caractère social, 318 sont habités par les propriétaires. Cela en fait un quartier de haute densité (100 logements/hectare). Deux longs immeubles de 4 à 9 étages protègent le quartier du bruit et du vent.

Les autres logements sont répartis dans 14 immeubles en forme de blocs. Les objectifs écologiques et sociaux ainsi que le choix des architectes confèrent aux immeubles une certaine qualité et quelques originalités (couloirs intérieurs, appartements sur plusieurs étages pour que chacun ait une entrée en rez-de-chaussée…).

Le projet offre une mixité dans l’offre de logements : propriété (6 immeubles), location sociale (9 immeubles et près de 50% des logements), pour personnes âgées (dans un seul immeuble), et pour personnes handicapées (au rez-de-chaussée de trois immeubles). Le peuplement est relativement homogène dans chaque bâtiment, la mixité sociale existant au niveau du quartier.

Toutefois, une part importante de la population appartient à la classe supérieure ; les prix des logements privés auraient augmenté de près de 100% entre 1998 et 2003. Le caractère social ou nonsocial des immeubles n’est pas visible ; la qualité de l’architecture est la même pour tous.

L’usage et la possession d’automobile par les habitants de GWL sont découragés; l’objectif est d’atteindre 0,3 automobiles par logement. Le quartier est exclusivement sans voiture, à l’exception des véhicules d’urgence. Une compagnie d’auto-partage propose des véhicules en libre service (2 et bientôt 5) ; elle est utilisée par 10% des résidents. Des aménagements cyclables, des mesures d’apaisement de la circulation sur les rues périphériques et le terminus du tramway complètent le dispositif. On compte 172 voitures (chiffre en baisse de 20% depuis l’emménagement des résidents) et 1346 vélos pour 1000 résidents. 73% des déplacements des résidents se font à pied ou à vélo, 17% en transports publics et 10% en voiture (chiffres 2000).

Le projet a favorisé les matériaux de construction «écologiques», la réutilisation de matériaux issus de démolitions et a interdit l’utilisation de bois issu d’une production non-durable. Un concept social a été développé: l’attention portée aux espaces extérieurs notamment aux transitions entre espace public et espace privé est censée favoriser la convivialité, la cohésion sociale et la bonne cohabitation entre populations différentes. Parmi les mesures favorisant l’appropriation de l’espace extérieur: nombreuses portes d’entrée au rez-de-chaussée, 260 petits jardins privatifs (location de 26 euros par an), souci apporté à l’espace semi-public des immeubles, visibilité depuis les appartements, lieux de rencontre, centre communautaire. Une forme de contrôle social garantit l’atmosphère paisible du quartier.

Le projet GWL a abouti rapidement grâce à une forte volonté politique. L’initiative de ce quartier «écologique» vient d’abord des urbanistes et des élus. En ce qui concerne la vie du quartier, les résidents sont investis dans la vie et la gestion du quartier via différentes instances de participation et groupes. En arrivant dans le quartier, chaque résident doit signer une charte précisant les devoirs de chacun.

Cette expérience est porteuse d’une vision alternative de la ville voire d’une utopie: ville compacte et des courtes distances, ville sans voiture, ville conviviale et socialement mixte, redécouverte de la rue, de la ville et de l’environnement. L’opération a réussi à améliorer l’image de ce territoire initialement dévalorisé. Ce projet a nécessité une expertise importante et constitue une expérience pionnière.

Voir aussi au format pdf (6 pages):
GWL Terrein à Amsterdam, Les potentialités d’un quartier sans voitures
Quartier neuf sur friche industrielle, Amsterdam, Pays-Bas
Agence de développement et d’urbanisme de Lille métropole

(1) ELKOURI R., Interdit aux voitures, La Presse, 20 mai 2002.
(2) http://www.gwl-terrein.nl/
(3) BOUVIER D., GWL Terrein à Amsterdam, Les potentialités d’un quartier sans voitures, Agence de développement et d’urbanisme de Lille Métropole, 2005.

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