La voiture électrique n’est pas « propre »

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Le 3 juillet dernier, Nicolas Sarkozy annonçait la construction en France d’un deuxième réacteur nucléaire de troisième génération EPR (réacteur pressurisé européen). Le réseau Sortir du nucléaire, qui s’oppose déjà à Flamanville 3, la tête de série du réacteur de troisième génération en construction dans la Manche, a appelé à une grande manifestation, le 12 juillet, à Paris.

L’annonce de la construction du second EPR a été justifiée par Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie et du développement durable, par la nécessité impérieuse de développer le nucléaire pour faire face à l’électrification massive du parc automobile: « Si demain les voitures sont presque toutes électriques, il va bien falloir produire de l’électricité, et on ne va pas le faire avec des centrales au charbon qui aggravent l’effet de serre ». [1]

Derrière cette affirmation, on perçoit d’une part la volonté du gouvernement d’électrifier le parc automobile français à plus ou moins brève échéance, sans débat public et sans aucune concertation, et d’autre part la mise en avant d’un mythe qui a la dent dure, à savoir l’hypothèse fallacieuse selon laquelle la voiture électrique serait « propre », c’est-à-dire sans émissions de CO2 qui participent au réchauffement climatique.

Chaque fois que l’occasion se présente, la voiture électrique est en effet présentée comme une option propre et économique. C’est un point de vue qui mérite très largement d’être reconsidéré.

En effet, le Réseau « Sortir du nucléaire » rappelle que, si ses batteries sont rechargées avec de l’électricité nucléaire, une voiture électrique contribue à toutes les tares de l’industrie atomique : production de déchets radioactifs, risques d’accident nucléaire, rejets de produits radioactifs et chimiques dans l’environnement, etc.

Qui plus est, contrairement à une idée reçue, l’électricité produite par EDF est fortement responsable d’émissions de gaz à effet de serre [2], ce qui vient d’être reconnu par une étude de l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) à propos du chauffage électrique : ce serait inévitablement aussi le cas si les batteries d’un parc de voitures électriques étaient rechargées en se branchant sur le secteur.

Par ailleurs, il faut aussi se poser quelques questions de bon sens :
– est-il acceptable de consacrer à des véhicules électriques d’immenses quantités d’électricité… quand celle-ci commence déjà à manquer à des milliards de gens pour leurs besoins fondamentaux ?
– un embouteillage n’est-il pas toujours absurde, qu’il soit constitué de voitures à essence ou de véhicules électriques ?
– est-il raisonnable de lancer un nouveau plan massif de développement du nucléaire afin d’électrifier le parc automobile français alors même que la question des déchets radioactifs ne connaît toujours pas de réponse satisfaisante?

En France, où l’énergie électrique est majoritairement produite à partir du nucléaire, Jean-Marc Jancovici a en effet pu calculer que pour faire rouler l’ensemble du parc automobile français à l’électrique, il serait nécessaire d’augmenter d’environ 50% le parc de centrales en France [3].  Avec environ 60 réacteurs nucléaires en activité aujourd’hui en France, il serait donc souhaitable que le gouvernement annonce clairement la couleur et présente un plan de construction d’environ 30 réacteurs nucléaires supplémentaires, avec la localisation exacte des nouvelles centrales prévues!

Enfin, Carfree France rappelle que la voiture électrique, qui n’est rien d’autre qu’une voiture nucléaire dans le contexte énergétique français, n’est pas seulement un mythe technologique, mais elle constitue également une arnaque écologique [4]. Dans un monde où le pétrole se fera de plus en plus rare, on ne peut pas se payer le luxe de développer à grande échelle une technologie qui, au mieux déplace le problème de la pollution et de l’épuisement des ressources fossiles, et au pire produit plus de problèmes que l’utilisation actuelle du pétrole, en particulier le développement du nucléaire ou des centrales électriques aux hydrocarbures qui ne résolvent pas le problème de la pénurie des ressources fossiles et qui connaissent en outre un bilan plus négatif que l’utilisation directe du pétrole.

Après la voiture au pétrole et ses nombreux problèmes, la voiture aux agrocarburants a fait illusion quelques temps avant d’apparaître à juste titre comme une impasse. Désormais, le nouvel eldorado automobile devient la voiture électrique. Quel que soit le mode de propulsion envisagé, le développement de l’automobile à l’échelle de la planète est une impasse et la seule alternative crédible tient dans la fin de la société de l’automobile.

[1] La construction d’un second EPR diversement appréciée, Le Monde, 8 juillet 2008.
[2] Pour « justifier » le nucléaire, la consommation française d’électricité a volontairement été démultipliée depuis des années par EDF et l’Etat. A tel point que, de plus en plus souvent, malgré 58 réacteurs, le parc nucléaire français est dépassé : sont alors des centrales thermiques (gaz, fuel, charbon), françaises ou étrangères, qui sont mises en service, dégageant de grandes quantités de CO2.
[3] La voiture électrique est-elle la panacée ?, Jean-Marc Jancovici, septembre 2003, manicore.com
[4] Voiture électrique : mythe technologique et arnaque écologique, 1er juillet 2008, Carfree France.

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Un commentaire sur “La voiture électrique n’est pas « propre »

  1. Philippe Schwoerer

    Si l’utilisation massive de véhicules électriques signifie obligatoirement d’accroître le recours et le risque nucléaire, c’est effectivement un gros problème.

    Cependant, il faut noter que :
    – en ne laissant aucun appareil en veille, en utilisant de manière raisonnée eau chaude, chauffage, four, séche-linge… électriques, en s’équipant de lampe basse consommation, en prenant soin de ne pas laisser allumer appareils et lampes inutiles, on peut économiser suffisamment sur sa consommation électrique pour charger un véhicule électrique qui pourrait assurer les besoins courants indispensables (tout en privilégiant les transports en commun et la marche dès que possible),
    – en encourageant un fournisseur d’accès au réseau électrique comme Enercoop, on peut faire entendre notre refus de consommateur de développer le nucléaire et utiliser une source beaucoup plus propre,
    – par ses limites, le véhicule électrique nous réapprend à nous passer d’automobile pour beaucoup de déplacement (d’où une certaine relativisation à effectuer avec les chiffres annoncés),
    – dans les bouchons, un véhicules thermique pollue énormément le site concerné, le véhicule électrique non (il deviendrait largement plus vivable d’habiter près des grandes artères ou des périphériques par exemple),
    – en transformant des véhicules thermiques existants en électriques, on limite largement les effets de la pollution,
    – le véhicule thermique est souvent l’occasion d’affirmer sa personnalité à grand renfort de bruit, d’accélération, de freinage brusque… ce que ne permet pas un véhicule électrique qui exige une conduite souple en toute circonstance (finis les déplacements pour la frime, impressionner ou se passer les nerfs…).

    Il faudrait en outre rééduquer les automobilistes à se passer de leur véhicule pour certains déplacements et encourager les achats pérennes et la réparation plutôt qu’un changement systématique. Un moteur de véhicule électrique comme celui d’une Clio électrique sait avaler 1.500.000 km et ses batteries peuvent assurer entre 150.000 et 200.000 km avec un bon entretien.

    La voiture électrique n’est effectivement pas plus propre qu’un vélo ou une paire de chaussures qui ne le sont pas non plus en poussant loin le raisonnement.

    Je reste persuadé que l’utilisation d’un véhicule électrique est un premier pas dans les pays industrialisés vers un moindre intérêt sur le monde automobile.

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