Quelques exemples de maîtrise de l’étalement urbain en France

Les villes dont les stratégies de lutte contre l’étalement urbain sont régulièrement citées dans les études internationales sont essentiellement étrangères. Pourtant, des exemples locaux ouvrent des pistes intéressantes pour la maîtrise de l’étalement urbain en France. Certains cas relèvent de véritables stratégies, inscrites dans la durée, d’autres sont plus ponctuels (limités à un quartier) ou encore à l’état d’orientations pour l’avenir. Ces expériences s’articulent autour d’un ensemble de principes : organiser la croissance de l’agglomération, investir dans le renouvellement urbain, accompagner les communes périphériques et mettre en place des outils économiques.

1. Organiser la croissance de l’agglomération

Estimer précisément les besoins en logements et les possibilités de renouvellement urbain. Le Schéma de cohérence territoriale (SCOT) de Montpellier, par exemple, planifie la croissance de l’agglomération en s’appuyant sur une estimation des futurs besoins en logements neufs, qui tient compte des projections démographiques, de la décohabitation, des effets du vieillissement et de l’évolution de la demande de confort.

Limiter l’offre foncière pour l’urbanisation. Dans le souci de limiter l’extension périphérique de la ville, de protéger des espaces naturels et de mieux rentabiliser les réseaux existants, la municipalité de Frontignan a choisi de déclasser 250 hectares urbanisables (soit 25 % de l’espace bâti ou à urbaniser) et de valoriser les friches industrielles au sein des limites actuelles de la ville. Le nouveau projet de Schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) prévoit lui aussi de limiter les surfaces ouvertes à l’urbanisation mais non encore urbanisées, en les réduisant de 30 % par rapport au SDRIF de 1994. Afin de limiter l’augmentation des prix fonciers qui pourrait en découler, ces mesures s’accompagnent de politiques de densification, de mobilisation des friches urbaines et d’habitat social.

Promouvoir le développement multipolaire. Dès le début des années 1980, l’agglomération de Rennes a choisi un développement polycentrique, privilégiant la densification des bourgs anciens autour desquels sont préservées des ceintures vertes agricoles et naturelles. Cette stratégie a conduit à un modèle multipolaire, de type « ville archipel », souvent cité en exemple.

Fixer des normes de densité, notamment le long des voies de transports en commun. L’extension du réseau de tramway, prévue dans le nouveau projet de plan de déplacements urbains (PDU) de Grenoble, est conçue comme un véritable outil d’aménagement urbain. Il est prévu que l’autorité organisatrice de transport (SMTC) conclura une charte d’objectifs et un contrat d’axe avec les communes concernées, pour convenir d’une politique foncière, d’une politique d’habitat social et de stationnement automobile. Des centres d’activité compacts seront créés autour des axes de transport et les secteurs de moins de 6 000 habitants par km2 devront être densifiés. Une stratégie de densification autour des stations de train et de tram est aussi déclinée, par exemple, dans le SCOT de Nantes-Saint-Nazaire et dans celui de Montpellier, comme dans le projet de Schéma directeur de la région Île-de-France.

De manière plus générale, des valeurs minimales de densité guides sont définies en fonction de la hiérarchisation des territoires, dans des documents de planification récents, dont le projet de SDRIF.

Préserver des trames ou charpentes vertes, des corridors biologiques. Le SCOT de Montpellier propose la définition d’une trame verte et de corridors biologiques avec un statut de protection. D’autres collectivités locales, comme Lille Métropole, la Région Alsace, le Parc naturel régional Oise-Pays de France, ont déjà fait des efforts en ce sens.

2. Investir dans le renouvellement urbain

Financer et organiser la mise en valeur des friches urbaines. Lorsqu’elle lance l’idée de la « ville renouvelée », la communauté de Lille Métropole est la première à définir une stratégie de reconquête urbaine. Cette politique prévoit que, d’ici 2015, deux tiers des logements construits ou réhabilités le seront dans les quartiers existants, ce qui passe notamment par le traitement des friches industrielles urbaines. La politique de la ville renouvelée concerne aujourd’hui 45 quartiers dans 20 communes. Dans son récent agenda 21, Lille Métropole a également annoncé la création d’un futur éco-quartier de 10 000 habitants. Prévu sur 80 hectares d’anciennes friches industrielles, ce quartier devrait respecter les critères de haute qualité environnementale (HQE), tout en assurant une mixité sociale. Un effort de dépollution important sera nécessaire.

Densifier en rénovant les centres anciens. La requalification de l’îlot de l’Arc de Triomphe à Saintes avait pour objectif de résorber un secteur d’habitat insalubre tout en le densifiant et donc en luttant contre l’étalement urbain. Cette opération, réalisée sur un hectare de centre-ville, innove tout en respectant la morphologie urbaine et le caractère patrimonial du site. Les architectes ont su densifier en surimposant une strate de construction nouvelle sur la structure urbaine existante. Par ailleurs, le projet aborde de manière innovante la gradation entre espaces privés et publics, avec une alternance entre bâti, jardins privés et venelles publiques.

Recréer des centres-villes denses, socialement mixtes et vivants, en banlieue. A Villeparisis, banlieue nord-est de Paris, un promoteur immobilier a cherché à créer un centre-ville dense à l’image d’un village ancien. Le nouveau quartier, composé d’un habitat très diversifié, est articulé autour d’une petite place commerçante centrale et situé à proximité d’une gare de RER. Cette opération est considérée comme une piste pour densifier les banlieues. L’établissement public d’aménagement de Marne-la-Vallée s’en est inspiré à Bailly-Romainvilliers, en essayant de renforcer encore la proximité des commerces et des services. Dans la communauté urbaine de Rennes, Saint-Jacques-de-la-Lande est aussi cité comme un bon exemple de création, a posteriori, d’un centre urbain dense dans une commune de banlieue peu structurée.

3. Accompagner les communes périphériques

Promouvoir un habitat dense, agréable et adapté aux besoins. L’agglomération de Rennes s’est engagée dans la formation et la sensibilisation des élus et techniciens des communes périphériques aux exigences de la qualité urbaine et du développement durable. Un groupe de travail, intitulé « formes urbaines », organise des conférences, expositions et visites d’étude, crée des circuits de « promenades urbaines » présentant des opérations exemplaires et anime un appel à projets sur l’habitat innovant. À Nantes, des ateliers d’information sont organisés pour prouver aux communes périphériques qu’il est possible de construire un habitat agréable plus dense.

Accompagner les communes périphériques dans leurs opérations d’urbanisme. À Nantes, comme à Rennes, cet effort de sensibilisation se double d’un dispositif d’accompagnement des communes périphériques dans leurs opérations d’urbanisme. A Montpellier, un Guide des plans locaux d’urbanisme (PLU) et un Guide des projets d’urbanisme assisteront les communes dans la déclinaison du SCOT sur leur territoire.

4. Mettre en place des outils économiques

Prêts a taux zéro spécifiques : Pour limiter l’effet du prêt à taux zéro sur l’étalement urbain, Nantes Métropole a mis en place un prêt à taux zéro spécifique avec des plafonds plus élevés pour les habitants qui investissent dans la communauté urbaine.

Taxe sur les logements vacants. Depuis le 13 juillet 2006, les agglomérations de moins de 200 000 habitants peuvent elles-aussi percevoir une taxe sur les logements vacants, en les assujettissant à la part communale de la taxe d’habitation. En septembre 2006, la ville de Pau a décidé d’appliquer cette disposition afin de réduire le nombre de logements vacants en ville, estimé à plus de 1700.

Appui au maintien de l’agriculture périurbaine. Lille et Nantes, par exemple, investissent dans le maintien de l’agriculture périurbaine, en soutenant la vente directe, l’amélioration de la qualité paysagère des prairies ou l’entretien des friches…

5. Conclusion

Les initiatives pour limiter l’étalement urbain commencent à se développer en France. Cependant, elles sont confrontées à certains points de blocage :

* Les périmètres de planification ne sont pas toujours fonctionnels ; ils ne couvrent pas forcément la totalité de l’aire urbaine.
* Les différents éléments de la politique urbaine (urbanisme, mobilité, habitat, etc.) relèvent de niveaux de planification et de décisions multiples, ce qui ne favorise pas la cohérence et les synergies, essentielles à une politique de maîtrise de l’étalement urbain. L’intercommunalité, qui pourrait jouer un rôle crucial, ne se voit généralement pas transférer les compétences d’urbanisme.
* Les capacités à mobiliser du foncier sont très inégales selon les collectivités. Les fonds disponibles pour mobiliser des friches urbaines et au besoin les dépolluer restent souvent insuffisants, en particulier pour les petites collectivités.

Elen LEMAITRE

Article paru dans la Lettre Evaluation du mois de juin 2007

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3 commentaires sur “Quelques exemples de maîtrise de l’étalement urbain en France

  1. Nicolas

    Beaucoup d’initiatives, en effet, et qui, probablement, visent juste. Contre l’étalement urbain, il y a le choix de la densité, à condition que celle-ci ne soit pas un renoncement à l’idée d’une ville agréable. La densité ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen afin que la voiture ne puisse plus être concurrentielle des modes de transports collectifs ou individuels non polluants.
    Dans le cas particulier de Rennes qui est énoncé, on maitrise probablement l’étalement urbain, mais on incite pas au report modal. La plupart des petites villes de l’agglomération restent peu desservies par les lignes de bus, incomparablement moins que dans la ville centre. L’historique pavillonnaire y maintient aussi une grande partie des habitants à une grande distance des arrêts de bus. L’auto y garde donc une place prépondérante.
    Ce choix de modèle en archipel ne peut donc répondre qu’à une partie du problème et risque même, si on ne veut pas céder sur le principe de ceinture verte qui enferme la ville centre, d’accentuer la tension foncière à l’intérieur de son périmètre.

  2. jeff14

    Bonjour,
    L’étalement urbain horizontal est probablement du à la misère des propositions et de l’histoire des développements verticaux : les immeubles !
    Quelles sont les motivations d’achat d’une maison, qui plus est de plus en plus grande ? Sans être spécialiste je donnerai en premier la tranquillité, l’intimité, l’aspect « isolé » de la maison. Quand-est-il du terrain ? Ou est le réel besoin ?
    Des immeubles : Ils peuvent être grands, allant au-delà des 3 étages. Seuls ceux qui n’ont jamais vécu en immeuble peuvent affirmer que LE problème est le nombre d’étage.
    Ils peuvent être locatif ou de bureau, les logiques s’apparentent.
    Ils peuvent jouer sur les parties communes intérieures ET extérieures, être bien conçu.
    Pourquoi faire une multitude de bâtiments sur une multitude de terrains quand on pourrait grouper le tout et par exemple : Y mettre une crèche, des terrains et cours de sport, une pièce insonorisé pour de la musique, un vrai parc, une cafeteria, des arrêts de bus … Du collectif.

    Un mauvais exemple parmi tant d’autres : Caen. Je vois s’étendre des zones d’activités sans en comprendre le sens.

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