Archéologie de l’automobile

Ce dessin de Matt Pearson apparaît comme une proposition de recherche sur le thème de l’archéologie de l’automobile. La voiture a une histoire, un début avec des mythes fondateurs, un âge d’or avec la massification de son usage et une fin, avec la destruction avancée de la planète et de la santé des gens.

FossilCar-600dpi Et surtout, avec la fin annoncée du pétrole et l’incapacité de notre société à fournir une source d’énergie alternative à l’échelle du milliard de voitures actuellement en circulation sur Terre.

L’automobile apparaît ainsi située quelque part entre diverses couches géologiques profondes, probablement entre l’Holocène et l’Anthropocène… Tels les dinosaures du Crétacé, le destin de l’automobile est sans doute une extinction massive suite à de profonds bouleversements climatiques dans le monde.

Le climaticide a bien eu lieu à l’orée du 3ème millénaire… et même les lapins Duracel ont trépassé!

Aujourd’hui, il fait beau et les survivants du cataclysme peuvent encore faire du vélo. C’est une belle journée pour creuser la terre à la recherche de trouvailles archéologiques. Une vieille carcasse automobile viendra récompenser les efforts de ces travaux de recherche.

L’automobile apparaît ainsi comme le fossile de la société de consommation actuelle.

Une fois nettoyée, la voiture fossilisée pourra être exposée avec d’autres au Museum de l’Histoire Climatique, afin que personne n’oublie. Le travail de mémoire doit en effet se poursuivre afin que plus jamais, l’Homme n’oublie les risques qu’il a fait encourir à sa si fragile planète.

Car aujourd’hui, les enfants ne veulent plus croire qu’on a risqué de tout détruire pour ce dérisoire assemblage d’acier et de métal en voie de putréfaction.

Dessin: MattPearson.net

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

6 commentaires sur “Archéologie de l’automobile

  1. Philippe Schwoerer

    Les plus anciens se souviendront sans doute, probablement grâce une transmission orale que l’automobile a connu un tel développement après laseconde guerre mondiale du lointain XXe siècle car on a longtemps cru qu’elle comblait bien des manques ou se positionnait en rituel d’accès à l’âge de l’indépendance.

    Tout d’abord, l’ouvrier ou le petit paysan se voyait dans la peau du bourgeois ou du plus riche qui sommeillait en lui. Aller à la messe, au marché, au café… avec une voiture… vous pensez !

    Et puis, l’auto est devenue la maîtresse que l’épouse tolérait : une tôle-errance ! Parfumée l’un liquide écoeurant, mais dôtée parfois de courbes sensuelles, l’homme moderne aimait à lui passer l’éponge partout. Certains lui donnaient un nom ou lui parlait, lui prêtait toutes les qualités. Parmi les 2 ou 3 générations qui suivirent, la psychologie du conducteur fut bien tourmenté par un monde trop rapidement en constant changement. Les êtes humains avaient parfois bien du mal à communiquer. Alors l’auto se fit ersatz affectif, empêchant bien des jeunes en mal d’amour de se suicider. On lui offrait des cadeaux (enjoliveurs sport ou chromés, boule de levier de vitesse en bois ou cuir, parfums synthétiques…). Heureusement qu’Internet vint s’y substituer plusieurs dizaines d’années après.

    Pour un jeune aussi, décrocher le permis de conduire signifiait entrer dans le monde des hommes, des grands, des adultes… 18 ans… L’auto symbolisait la liberté, le parenticide nécessaire pour prendre son envol tout en restant chez papa, maman pour faire face à un monde toujours plus curieux, plus dur et plus incompréhensible.

    Conduire pour la jeune femme, c’était militer pour l’égalité des sexes, afficher son indépendance et s’enfuir au moindre conflit dans du couple naissant.

    L’auto comme moyen d’amour pour visiter familles et amis ou découvrir musées et richesses régionales annonçait les bons sentiments de nombre de conducteurs endormis pour les publicité et les usages. Mais combien plus voyait-on le conducteur devenir un monstre tout puissant accordant sa grâce en s’arrêtant à un passage pour piétons dans un acte de bonté, courser un rival pour lui faire ravaler son affront d’avoir transformé un ‘stop’ en ‘cédez le passage’ à son approche, beugler du klaxon à la moindre gène, ignorer une espèce bizarre composée de cyclistes ou motocyclistes, exprimer haut et fort des opinions machistes, racistes…

    Combien peut-on admirer le conducteur qui aura su garder (ou essayer de garder) calme et humilité, courtoisie et civisme, serviabilité et écologisme en pensant à ses enfants, assis là-derrière, potentiel projectile dont la vie au moindre choc est soumise à la solidité d’une sangle. Ce type de conducteur a d’abord cherché à transformer le monde automobile, car il est difficile de se priver d’un prolongement de soi, d’un totem ou d’un blason qui définit par sa couleur, sa puissance, sa taille, son aspect…

    Et puis, lassé de se battre contre d’autres ‘lui-même’ aux allures de grands frères dealers, il a laissé le plus souvent possible son tas de feraille, plastique et électronique au garage pour reconstruire une vie plus cohérente et chercher à délivrer un message aux générations futures.

    C’est un descendant de cette trempe d’hommes, critiqués et attaqués de toute part, qui figure sur le dessin de Matt Pearson. Il est reconnaissant à ses ascendants de lui avoir ouvert une voie différente et les yeux de l’important dans le monde. Il pense à tous ceux qu’ils ont aimés et n’ont su faire le pas décisif.

    Parfois, dans une carcasse mis au jour pour les nouveaux archéologues, on découvre un squelette au volant. Monsieur Martin ou Muller, qu’on a cherché pendant des années… S’est-il volontairement tué devant l’impasse de ses choix ? Est-il tombé dans un ravin en se rappelant quelques phrases d’un livre oublié de Jean Yann qui annonçait l’apocalypse automobile ? A-t-il été victime d’un autre joueur sur le circuit sans pitié des autoroutes ?

  2. Marcel RobertMarcel Robert

    bonjour, je suis intéressé par le livre de Jean Yann dont vous parlez… impossible de trouver ça sur google. C’était une blague ou bien il a vraiment écrit un livre sur le sujet?

  3. Philippe Schwoerer

    Bonjour,
    Le titre exact du livre est ‘L’apocalypse est pour demain ou les Aventures de Robinson Cruso’. Il a dû être publié en 1977 pour la première fois. J’espère que vous le trouverez facilement chez les spécialistes du livre d’occasion. Sa lecture est très intéressante.

  4. Philippe Schwoerer

    Sans doute, mais on peut fortement en limiter son usage pour améliorer les choses.

  5. K_az

    A croire ce site on va sauver le monde en se débarrassant de la bagnole… Alors que c’est pas ça du tout le problème.

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