Pour un New Deal des Transports Publics

En ces temps troublés de crise pétrolière, crise climatique, crise financière, crise automobile et pour finir, récession généralisée qui s’annonce dans un contexte de réchauffement climatique et de pollution globale, certaines idées novatrices apparaissent, en particulier depuis les Etats-Unis.

Le site Urban Design propose ainsi rien de moins qu’un New Deal pour les USA, en référence au New Deal du Président Roosevelt initié aux USA entre 1933 et 1935 et qui a consisté à lancer un vaste programme de grands travaux publics afin de relancer l’activité et créer des millions d’emplois à la suite de la crise économique de 1929.

Mais ce New Deal consiste pour 2009 à investir massivement dans les transports publics, que ce soit les trains rapides à l’échelle nationale, les trains régionaux entre les villes, et les transports en commun au sein des agglomérations américaines.

Ce plan doit permettre la création de millions d’emplois en soutenant l’activité économique. Il s’agit de reconvertir l’industrie automobile américaine actuellement à la dérive et proche de la faillite dans la construction de trains et d’infrastructures ferroviaires. Egalement, le New Deal prévoit de reconvertir une partie du complexe militaro-industriel dans le domaine des énergies propres (éoliennes, panneaux solaires).

Il s’agit donc de répondre à la fois à la crise économique et automobile en créant des millions d’emplois, à la nécessaire évolution d’un système de mobilité fortement dépendant du pétrole,  et à apporter une réponse au réchauffement climatique en diminuant fortement les émissions de CO2.

Parmi les solutions innovantes proposées, signalons:

– Transformation des constructeurs automobiles en constructeurs de trains et tramways. L’industrie américaine s’est très vite adaptée durant la seconde guerre mondiale dans la production massive d’avions de guerre et d’armements en tous genres; pourquoi l’industrie automobile ne pourrait-elle pas s’adapter rapidement à la nouvelle donne en mettant son expertise et son expérience au service des transports collectifs?

– Transformation des sous-traitants et équipementiers automobiles en producteurs de bicyclettes.  Face à l’arrêt de la production automobile, la production de vélos par toutes les entreprises du secteur automobile permettrait à la fois de créer des emplois verts et de réduire les importations de Chine.

– Transformation des constructeurs d’avions en constructeurs d’éoliennes. Avec la disparition annoncée du pétrole et son coût qui sera de plus en plus élevé, la demande de mobilité en avion est condamnée à diminuer. L’aviation sera bientôt une industrie obsolète alors que la technologie développée par les constructeurs pourrait être mise au service de la production à grande échelle d’éoliennes.

– Transformation des entreprises du BTP consacrées à la construction de routes et d’autoroutes en entreprises de travaux publics spécialisées dans les infrastructures ferroviaires.

– Transformation des entreprises du complexe militaro-industriel en entreprises de pointe spécialisées dans les technologies vertes: production en masse de panneaux solaires, d’éoliennes, ou de systèmes informatiques pour le contrôle des trains.

– Passage de l’autopie (urbanisme de l’automobile caractérisé par les autoroutes et les échangeurs, les hypermarchés et les rocades, les lotissements et les parkings) à un urbanisme adapté à l’échelle du piéton: mise en place des notions de ville compacte, de densité, de proximité, de mixité, etc.

Il est vrai que les Etats-Unis partent de loin en matière d’urbanisme, de mobilité ou d’économie pétrolière et guerrière. Mais ce plan apparaît comme une véritable alternative dans le contexte actuel et si seuls quelques points sont déjà réalisés, ce sera sans aucun doute un progrès pour les USA et un progrès pour la planète. Barack Obama serait bien avisé de s’en inspirer… Yes We Can!

Et en France, on fait quoi au fait, à part distribuer des milliards aux constructeurs automobiles et sabrer la lutte contre le réchauffement climatique sous le prétexte fallacieux de maintenir la croissance et sauver les emplois?

Source: http://www.urbandesign.org/newdeal2009.html

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

2 commentaires sur “Pour un New Deal des Transports Publics

  1. Yôm

    Toutes ces propositions relèvent du « bon sens commun ».
    Sauver une industrie en déclin revient à éviter le chômage et son corollaire de misères.
    Une société sans voiture, sans chômage et sans pollution s’accorde avec la nécessité de réduire la consommation mondiale d’un pétrole en raréfaction.
    Le déclin des industries aéronautique et militaire conditionne les politiques économiques à venir.
    Les échanges seront limités et il ne sera plus possible d’exploiter la main d’oeuvre à bas coût à l’autre bout de la planète.
    La fin de la mondialisation économique annonce le retour de la notion de « bien public » et de mesures protectionnistes.
    Il ne s’agira plus de tenter de moraliser le capitalisme mais d’en finir avec le modèle croissanciste qui confère à une minorité de spéculateurs le contrôle des richesses produites.
    Le peuple, à travers l’état devra se réapproprier les moyens de production et de répartition de ses richesses.
    La première nationalisation souhaitable serai celle des banques, afin que les 700 milliards de $ alloués par l’état soit investis au profit du peuple à travers cette New Deal et pourquoi pas une redistribution égalitaire des terres spoliées.
    Qu’on se le dise, la fin de la société de l’automobile va lacérer les gueules de journalistes et politiques qui depuis trente ans éructent en sifflant des dents plutôt que de se fracturer leurs mandibules ostéoporosées de suceurs d’actionnaires en articulant ces termes:
    peuple, bien public, nationalisation, réappropriation, égalitarisme, salarié, travailleur, usager, fraternité, partage, anarchie, utopie, souveraineté populaire…

  2. CarFree

    « Qu’on se le dise, la fin de la société de l’automobile va lacérer les gueules de journalistes et politiques qui depuis trente ans éructent en sifflant des dents plutôt que de se fracturer leurs mandibules ostéoporosées de suceurs d’actionnaires en articulant ces termes »

    J’aime particulièrement bien cette phrase…

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