Grenelle et conséquences – vers un naufrage de l’industrie automobile française

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« Le Grenelle m’a tuer » hurlent en choeur les constructeurs automobiles français. Leurs voitures ne se vendent plus. Affolé par l’ampleur d’un naufrage aussi catastrophique que fut celui de la sidérurgie, le gouvernement multiplie les traitements d’urgence, pour s’acharner à sauver un secteur qui n’a pas su prévoir que le vent allait tourner, continuant de mitonner des 4×4 alors que le marché réclame du « low cost ».

Quand le malade a la fièvre, le premier geste du médecin est de la faire tomber. Ainsi s’explique le retour de la tristement célèbre « prime à la casse » automobile, destinée à faire boire cet âne d’automobiliste qui s’obstine à ne plus avoir soif des modèles qu’on avait concoctés pour lui.

Mais on sait bien que ce n’est pas suffisant, et qu’il faudra bien un jour s’attaquer à la racine du mal, si l’on veut éviter une longue et inexorable agonie.

Le bon fonctionnement de l’économie de marché suppose un consommateur intelligent et averti. En effet si le constructeur a les moyens (medias, pub etc ) d’orienter les choix des consommateurs selon ses propres désirs, il peut conduire l’économie à un grave dysfonctionnement, affectant des ressources rares, comme l’argent ou les matières premières, dans une mauvaise direction.

C’était bien l’enjeu du Grenelle de l’Environnement que de faire émerger d’autres enjeux de société que la simple poursuite d’une croissance vue de la lucarne des constructeurs.

Le développement durable suppose des consommateurs avertis, capables de lutter à armes égales avec des fournisseurs de biens et de services qui n’auraient, et c’est légitime, d’autre objectif que d’améliorer leur offre et d’augmenter leurs profits.

Si comme on le découvre à présent l’automobile, ce vieux fleuron de l’industrie française, est inexorablement en train de se casser la figure, qui en sera le plus responsable?

– les brillants ingénieurs qui se sont acharnés à perfectionner au dela du raisonnable le vieux moteur à pistons?
– les publicitaires qui ont réussi à faire croire au public qu’il avait envie d’acheter les modèles qu’on avait prévu de lui vendre?
– l’Etat qui n’a pas su orienter les programmes de recherche (PREDIT)?
– les automobilistes eux-mêmes, qui ont fini par se libérer de leurs fantasmes liés à la « bagnole », symbole de leur statut social?

En dernier ressort, si on respecte la loi du marché, c’est le consommateur qui doit décider. Pas les autres. L’appareil industriel doit savoir s’adapter aux attentes du marché, et non l’inverse.

Après le Grenelle de l’environnement, plus rien ne sera pareil.

Christian Scherer
Un article Cawa d’AdmiNet

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Théoricien de la crise automobile

Un commentaire sur “Grenelle et conséquences – vers un naufrage de l’industrie automobile française

  1. Yôm

    « Le bon fonctionnement de l’économie de marché suppose un consommateur intelligent et averti »
    « Le développement durable suppose des consommateurs avertis »
    « si on respecte la loi du marché, c’est le consommateur qui doit décider »

    Merci M.Scherer pour nous faire part de votre vision de haut fonctionnaire convaincu.

    La démocratie elle, suppose une participation des citoyens aux orientations économiques et sociales d’une société.
    Vous résumez notre société à ce à quoi elle a été réduite aux USA grâce notamment à Edward Bernays:
    le champs d’application des lobbys industriels et financiers soit-disons contrebalancé par les modes de consommations ou de boycott de citoyens-consommateurs abrutis par la propagande.
    Cette conception substitue la souveraineté économique (la voix des actionnaires) à celle du peuple (qui produit les richesses).
    S’il y a bien une loi que l’on ne veut plus respecter, c’est celle d’un marché dérégulé où le taux de rendement de l’action impose des licenciements massifs.
    De quelle forme de pouvoir le « consommateur intelligent et averti » disposera lorsque lui aussi sera devenu la cible idéale des journalistes: ce chômeur fainéant et râleur typiquement français.
    Or si l’on considère qu’un consommateur sans argent ne pèse rien face à des actionnaires disposant à leur guise des instruments de propagande appelés « presse », qu’adviendra-il de notre démocratie?
    La destruction (fallacieusement appelée « modernisation ») continuelle des biens et services publics constitue purement et simplement un vol.
    Comment qualifier autrement la privatisation d’entreprises non seulement rentables mais surtout au service d’une population qui les a financées durant des décennies?
    C’est bien en flattant le consommateur et en lui promettant de meilleures offres à meilleur prix que l’on a convaincu le citoyen de céder son bien.
    De la sorte, l’accès à l’électricité, à l’eau, au téléphone et bientôt au train, à l’éducation et à la santé ne sont plus des droits garantis par la république mais juste des biens de consommation.
    Et il suffit de se rappeler de la crise électrique que traversa en 1996 la Californie pour envisager les conséquences catastrophiques que seront celles de la privatisation de l’industrie nucléaire.
    Si « les consommateurs avertis » sont à la fois les garants de « l’économie de marché » et du « développement durable » soyons certains que seuls les citoyens sont les garants des précurseurs du bonheur: la gratuité des soins de santé, de l’éducation, des transports…

    C’est seulement sans vos considérations M.Scherer, et hors le grenelle de M.Sarkozy que demeurent des possibles.

    A lire: « Propaganda » de Edward Bernays
    A voir: « Service public: EDF, les apprentis sorciers… » de Gilles Balbastre.

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