Un cri déchire la ville

L’instrumentalisation des enfants dans la publicité automobile est l’un des aspects les plus visible et les plus attristant du rapport entre voiture et enfant…

La mortalité infantile est un autre aspect important et déjà connu… Lorsque l’on voit une mère de famille consciencieusement harnacher son enfant dans le dispositif spécial et homologué sur la banquette arrière de sa voiture ; on est d’emblée informé de la dangerosité de la circulation automobile. Elle a intégré mentalement le risque et applique une procédure rendue obligatoire pour protéger son enfant « en bas âge », passager de sa voiture…

Les barrières et autres dispositifs sécuritaires à la sortie des écoles, nous renseignent encore sur la dangerosité automobile par rapport aux enfants piétons…

Un autre aspect, moins évident et peut-être non exploré, est relatif aux conséquences psychopathologiques sur l’enfant, liées à tous ces dispositifs de sécurité imposés par la circulation automobile et devenus les exigences même de la « Sécurité Routière » appliquées à toute la population…

Ce texte est extrait d’un long article inachevé sur Strasbourg.

« Recyclé» ici, il fait suite à l’article mis en ligne sur carfree sur le « pédowashing » automobile (1). Il peut être intéressant, si non d’étudier, du moins de questionner les problèmes psychopathologiques de l’enfant liés au monde de la circulation automobile…

Pour situer le contexte et l’esprit général  de l’article d’origine, son titre et son sous titre ainsi que son introduction sont donnés ici.

Guerre et Paix dans la ville – Trois jours d’un promeneur à Strasbourg

« Strasbourg est une belle ville ! » Mais comme pour toutes les villes ce qu’il y a de beau à Strasbourg date des siècles passés, de tous les siècles sauf le dernier, celui de la Civilisation du pétrole, le Siècle de la « Guerre Froide », celui où les machines sont sorties des usines et ont envahi la ville. Le siècle où les affrontements politiques Droite Gauche, dans les villes, se faisaient à coût de chantiers publics devenant de plus en plus pharaoniques au fur et à mesure des avancés technologiques…

L’art du marcheur dans les villes d’aujourd’hui consiste justement à éviter le 20e siècle.
Mais l’art est de plus en plus difficile…


Un cri déchire la ville
L’enfant, l’automobile et « Le Grand Renfermement »

(La scène se passe sur le chemin de l’auteur. Parti du centre ville de Strasbourg il marche pour rejoindre la ville de Kehl en Allemagne)

D’après mon plan je devrais bientôt apercevoir le Parc de la Citadelle. C’est un grand jardin vestige des « temps passés », je m’y arrêterai, si j’ai le temps, à mon retour d’Allemagne. Sur ma gauche la « quat’ voies » débite à plein régime ses décibels automobiles. Sur ma droite l’eau d’un canal s’écoule en silence et des cygnes tuberculés glissent en paix et sans bruit pour symboliser l’éternité. Me voici arrivé dans le virage quand soudain, un cri de femme déchire la ville. Au sortir du jardin de la Citadelle, un tout petit bonhomme à petit pas trottinant s’approche dangereusement de la « quat’ voies ». La mère vient soudain de s’apercevoir qu’elle n’est plus en mesure de rattraper son enfant. Une seconde d’inattention et le drame, un cri de détresse pour un appel à l’aide ; mais personne n’est là pour arrêter l’enfant dans sa course inconsciente vers le monde meurtrier des voitures.

Miracle ! En ses premiers jours de la marche, l’enfant perd l’équilibre et tombe en lisière du trottoir. Il est sauvé, il n’a pas rencontré le 20e siècle et son flux automobile. La mère initialement paralysée par l’anticipation du drame, se précipite sur lui et le « sécurise ».

Dans le jardin des « temps passés », librement et sans danger, l’enfant pouvait s’exercer à la liberté et sa mère de son côté pouvait relâcher sa vigilance. Mais dans le siècle des machines l’enfant doit être obligatoirement « sécurisé », sous une surveillance permanente, tenu par la main et parfois même attaché en laisse. Les distances étaient immenses pour l’enfant dans le Jardin des « Temps Passé » et se réduisent pour lui à presque rien dans le siècle des voitures. A l’orée de sa libération, par la marche, l’enfant a failli perdre la vie. Sur le trottoir, il est en larme et se fait sermonner violemment par sa mère qui a dû voir impuissante la mort soudaine de son premier enfant. Sauvé miraculeusement par sa propre maladresse l’enfant grandira. Dans sa mémoire, l’épisode ne laissera aucune trace. Dans la mémoire de sa mère, la trace s’effacera avec le temps. Tout l’art du promeneur dans la ville est d’éviter le 20e siècle, le siècle des machines sorties en toute liberté en masse des usines.

Cet événement en apparence insignifiant, qui n’a même pas pu atteindre le stade du « fait divers » dans la presse, impose pourtant une réflexion générale sur l’urbanisation, l’enfant et la folie.

Le développement contemporain des villes s’est fait par leur adaptation à la circulation automobile. Les voitures à l’arrêt ou en mouvement occupent toute la rue.

Je suis en train de marcher sur un trottoir où les piétons doivent cohabiter avec les « deux roues ». Je viens de m’en apercevoir, des pictogrammes l’indiquent au sol. Je comprends maintenant l’agacement et le regard méchant des deux cyclistes croisés il y a un instant…

Pour qu’aucune ombre ne vienne obscurcir le triomphe de la voiture sur la ville, pour limiter les séries des « faits divers », réduire au minimum le nombre de cadavres d’enfants sur la voie publique, et pour ne pas « gâcher la fête » de la modernité ; l’adaptation des villes à la circulation automobile a imposé le « Grand Renfermement » sécuritaire des enfants. La rue désormais n’appartient plus aux piétons et encore moins aux enfants.

Si ce « Grand Renfermement » sécuritaire de l’époque contemporaine est, comme à « l’Age Classique », « créateur d’aliénation » (2) on peut faire des hypothèses sur la psychopathologie des enfants des villes modernes…

La réduction à néant de l’espace de jeu et de socialisation des enfants dans la rue par son envahissement par les automobiles ; a-t-elle une incidence sur leur développement psychologique ? Avec le dégorgement des machines des usines et l’arrivée massive des voitures, en moins d’un quart de siècle tous les enfants ont dû subir un enfermement sécuritaire. Pour leur survie, ils ont dû évacuer la rue. L’enferment est devenu obligatoire et la rue ne leur appartient plus. Pendant que les voitures envahissaient la ville et imposaient l’enfermement sécuritaire des enfants, à la radio la « pédopsy » « parlait aux Français » (3). Les parents découvraient inquiets et culpabilisés, la psychopathologie de leur enfants.

Le « Grand Renfermement » sécuritaire des enfants a-t-il quelque chose à voir avec « Le Syndrome des « Enfants Rois » ? » Pour rendre recevable cette question, il faut bien sûr sortir des paradigmes psychopathologiques traditionnels, élargir le « champ d’analyse », se dégager des cadres nucléaire et psychanalytique du « papa-maman-caca ».

Mais la Voiture qui règne sans partage sur la ville, acceptera-t-elle une telle dissidence dans les champs d’analyse psychopathologique ? Acceptera-t-elle une éventuelle exploration de cette hypothèse ?

Du Jardin de la Citadelle le chemin est encore long vers la ville de Kehl…

(Ce journal rassemble toutes les scènes marquantes vécues par l’auteur pendant ses trois jours de visite passés à Strasbourg en 2006. Les titres des autres paragraphes rédigés et finalisés sont notés ici à titre indicatif)

Dans le Jardin de l’Orangerie, le face à face des victimes de la PAC

Sur le Barrage Vauban, Passériformes et Apodiformes « über alles » « totalitarismus »

En direction de Kehl. Une chaussée à nouveau défoncée.

Une fauvette à tête noire dans un carré de verdure en sursis

Tours le 6 octobre 2009 – Jean-Marc Sérékian

(1) Après le GreenWashing, les constructeurs nous font le coup du “PédoWashing”
(2) Michel Foucault « Histoire de la folie à l’Age Classique » Ed. Gallimard 1961 – Foucault Archive
(3) Dans les années 1970 Françoise Dolto la « célébrissime » psychanalyste française assurait une émission de radio sur France-Inter…

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

6 commentaires sur “Un cri déchire la ville

  1. Pim

    He oui, dur d’être un gosse aujourd’hui. Sauf qu’il ne s’en aperçoit pas car comme nous, il n’a pas connu les siècles précédents.
    Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas tant l’aspect psychologique, mais l’aspect direct sur la santé à cause de toutes ces émissions toxiques. Asthme et maladies respiratoires infantiles, puis à l’âge adulte cancers et stérilité sont des maux qui se généralisent dans notre société. La ville et ses trop nombreuses voitures y est très probablement pour quelque chose.
    Je vois déjà les gens de mauvaise foi dire : « oui mais on n’a rien prouvé, alors shut up ». Je leur réponds : « On a eu la preuve scientifique que le tabac était directement responsable du cancer dans les années 90, alors que tout le monde le savait depuis bien avant ». C’est un peu comme nier le réchauffement climatique, tout ça parce que 3 pauvres cons scientifiques payés une fortune par Total&Cie ont affirmé le contraire de toute la communauté scientifique…

  2. Jean-Marc SérékianJMS

    Bien vu ! En effet les problèmes respiratoires liés à la pollution atmosphérique sont eux reconnus par la médecine officielle. Ils ont été oubliés dans l’introduction. Merci de l’avoir rappelé.

  3. Gilles ChomelLécoLomobiLe

    Bravo pour ce texte même si je ne partage pas son pessimisme.

    Bien vue aussi la notion de « vestige » des siècles où la marche était normale. Il se trouve que je recense la motricité piétonne dans mon département 06 (www.LecoLomobiLe.fr) et il reste des morceaux de ces voies vestigielles qui ont été préservées à cause d’un contournement ou d’une « pénétrante ».

    Tout d’un coup, on retrouve ces aménagements offerts au piéton fatigué: des bancs, lavoir, une rampe pour se tenir, un raccourci: une traverse piétonne, une calade ou un pas d’âne, une fontaine pour que le voyageur puisse se désaltérer, une voie sinueuse: forme bannie par l’urbanisme moderne… Cet urbanisme vestigiel est frappant à constater. Des porches trop étroits pour les voitures ont été conservés: le centre des villages et des villes conservent cette motricité piétonne avec se places pour permettre aux enfants de jouer (quand la place n’est pas un parking). Des espaces ombragés pour se reposer…

  4. alain corrigible

    Le plus rigolo dans cette histoire triste, c’est que la femme après
    avoir réconforté son chérubin l’a certainement ramené a la maison en voiture.

    Bon, trève de pleurnicheries sur le bon vieux temps qu’est parti et qui
    reviendra plus, moi je vous propose,( roulement de tambours ),
    LA SOLUTION a tous nos ennuis.

    Hé ho , pas juste la solution a nos petits problemes de déplacement
    urbain et de vilaines autoroutes toutes grises qui défigurent nos cités.

    Non, moi je vous propose LA SOLUTION a tous nos problemes de boulot,
    de crise mondiale, de pognon et d’avenir radieux pour nos petits nenfants
    qu’on sait pas ce qu’ils vont devenir quand on sera vieux.

    Bon, prévenez Sarko parce que là y a du lourd.

    La solution c’est de tout péter, tout ce qui est gris, qui est moche, qui
    est en béton et qui date d’après les années cinquantes.

    On garde que le joli, le qui flatte l’oeil, le truc qui attire le touriste de bon
    gout et plein de sous.

    Toutes les marinas en béton;explosées, on refait des jolis petits villages a
    l’ancienne tout parfumés de fleurs a la place.

    Toutes les autoroutes; désintègrées, on se déplace plus qu’en train.

    Toutes les usines moches et qui puent; buldozèrisées, on s’en fout on fait
    tout venir de l’étranger, notre industrie crève de toute façon.

    Tous les grands ensembles de banlieues qui rendent tristes et méchant;
    remplacés par de petits pavillons entourés de potagers déservis par des
    rues a taille humaine qui mènent a des plaçettes ombragées et a des
    commerces tout jolis tout mignons.

    Ouais mais là je vous entend déjà hurler a la mort.

    ET NOS EMPLOIS DANS NOS BELLES USINES QU’ON EN EST FIER?

    Fini tout ça, on s’en tape.
    D’abord pour tout détruire faudra au moins dix ans de plein emploi, ensuite on forme les gamins dans les meilleures
    écoles d ‘hotellerie et on vit plus que du tourisme de luxe qu’on loge dans
    des supers hotels nouveau style et dans des petits gites trois épis.

    Et le touriste, ce qu’il veut trouver au bout du monde c’est pas de la zone
    commerciale qui donne sur l’usine d’incinération, il a ça chez lui cette andouille, non ce qu’il veut c’est de la qualité de vie a la française, des
    ruelles pavées ou il croise des jolies filles pendant qu’un clodo pittoresque
    joue de l’accordéon sous les aubépines en fleurs.

    ET L’ARGENT POUR FAIRE TOUT CA , HEIN OU ON LE TROUVE?

    Alors ça c’est rigolo parce que en fait c’est le plus facile a faire.

    Ya qu’a devenir un paradis fiscal.

    A nous les grosses valises de biftons venues d’on ne sait ou mais qui
    trouveront bien une place dans les coffres de nos banques.
    Oui je sais, nos banquiers seront traumatisés de devoir faire affaire avec des maffieux russes mais ils s’y feront très vite.

    Et puis franchement si vous aviez le choix entre faire un voyage d’affaire dans un pays producteur de chocolat, un minable rocher monégasque
    couvert de buildings moches ou alors LA FRANCE ou coule le lait, le miel
    le beaujolais et les petites femmes, hein franchement.

    Bon allez c’est l’heure de mes pilules, pis zou au lit.

  5. Jean-Marc Sérékianjms

    Félicitation pour cette belle et longue envolée lyrique. Le problème des vieux « aviateurs », les premiers « des temps passés », était justement de resté le plus longtemps en vol plané et de ne pas se crasher en retournant au sol. L’envolée a été de longue durée et l’atterrissage réussi.

    Que peut nous dire l’analyse de la performance aéronautique dans ce qu’elle a d’utile pour le sujet traité ici. Pour le vol plané et l’atterrissage, il n’y a rien à redire. Voyons la procédure de décollage : « trêve de pleurnicheries sur le « bon vieux temps » qu’est parti et qui reviendra plus ».
    Le « bon vieux temps » n’est pas « parti » tout seul « avec le temps » il a, en fait, été détruit. Et s’il apparaît aux yeux des gens qui le pleurent aujourd’hui comme « le bon vieux temps » c’est bien parce qu’ils soupçonnent qu’il a bien fait et fait toujours l’objet d’une entreprise de destruction planifiée. Ce qui est pleuré dans le « bon vieux temps » c’est aussi le drame d’une mémoire humaine devenu inutile et rendu obsolète dans la précarisation du changement permanent. Et à travers la mémoire c’est la perception intérieure (inconsciente) de sa propre destruction. L’homme qui pleure les « vieilles pierres » se pleure en fait lui-même comme déjà « une vieille pierre ». Il a prit conscience que ce qui est à l’œuvre dans ces destructions accélérés qui construisent ici le nouvel espace urbain c’est sa propre destruction en tant qu’homme.
    La ville livrée aux « engins de chantier » et aux « accélérations automobiles » se présente comme le théâtre d’une destruction du « bon vieux temps », mais en définitive c’est toujours l’homme vivant actuellement qui est visé et qui par conséquent se sait visé. On entre dans une précarisation permanente des individus. C’est la guerre et elle est devenue permanente pour finir par envahir la paix.
    Dans la guerre le soldat et le chef militaire engagés dans les combats sont condamnés à vivre constamment dans l’instant présent. Dans le « feu de l’action » ils doivent constamment vivre dans une étroitesse du temps. Entouré de cadavres de cris et de souffrance ils doivent les ignoré. Les hommes, à peine mort ou blessé, appartiennent au passé et doivent être ignoré par les survivants. La mémoire du passé immédiat peut altérer leur performance au combat et pour la victoire, ils doivent garder la « tête froide ». Pas d’apitoiement possible sur les morts et le blessés, le soldat dans l’action doit extraire en temps réel de sont esprit tout ce monde de souffrance pour qu’il n’interfère pas avec sa capacité au combat. Ce sujet a déjà été abordé dans « La Guerre et la Paix » par Léon Tolstoï. Le roman fait 1500 pages et tente justement de saisir les hommes en situation de précarisation permanente, dans une guerre qui les dépasse… Bonne lecture…
    La capacité énergétique colossale de mettre la ville en chantier et en mouvement mécanique permanent représente la guerre envahissant la paix. Le « bon vieux temps » est l’expression de la paix, la plainte en face de la précarisation présente et permanente. Le « bon vieux temps » appartient donc entièrement aux temps présents.

  6. MinouMinou

    « Les titres des autres paragraphes rédigés et finalisés sont notés ici à titre indicatif »

    Cher Jean-Marc, où peut-on les trouver ?

Les commentaires sont clos.