Pétrole : Total, en crise, incrimine écolos et « décroissants »

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Le pétrolier « Total », en crise en France, cherche des boucs émissaires pour échapper à ses responsabilités. Les écologistes avec leur taxe carbone et leur discours sur la nécessité de réduire les consommations sont tout désignés. Et, plus étonnant, les (encore) très confidentiels tenants de la décroissance. Tout indique pourtant qu’il s’agit d’une tendance lourde, de plusieurs décennies, liée à l’évolution des sociétés industrielles. « Démontage » de cette accusation réductrice.

Répété comme une antienne par certains éditorialistes, le coupable de la fermeture de la raffinerie Total de Dunkerque et donc des problèmes d’emploi, ce sont les écolos et les avocats de la décroissance. Alexandre Adler, sur France Culture, est même allé jusqu’à citer nommément Cécile Duflot, leader des Verts, pour la crise déclenchée par l’affaire Total.

A la mi-janvier, les syndicats de la raffinerie de Dunkerque se mobilisent lorsqu’ils comprennent que la réduction d’activité de leur usine va aboutir à sa fermeture. En grève depuis une semaine, ils ont été rapidement suivis par les cinq autres raffineries du groupe, inquiètes pour leur avenir.

Total s’est pour l’instant engagé à ne fermer aucune raffinerie dans les cinq ans, mais aucune assurance n’a été obtenue pour le site de Dunkerque. Car ni Total, ni l’Ufip (Union française des industries pétrolières) ne le cachent, l’industrie du raffinage est en danger. En cause : la baisse de la demande de produits pétroliers dans les pays occidentaux. Total produit de l’essence quand la France consomme du diesel

Chez Total, on explique agacé que la fermeture s’impose en raison de la chute de la demande de produits pétroliers :

« Pour la 15 000e fois de la journée, on répète : il y a, en France, un déséquilibre entre la demande d’essence et de diesel. Tout le monde veut du diesel mais on ne peut pas produire 100% de diesel.

Les Etats-Unis étaient nos clients pour les excédents d’essence jusque-là. Ce n’est plus le cas, on ne peut plus rien leur vendre. Or, ce qui ne trouve pas preneur est inutilisable !

En 1995, la demande de produits pétroliers tournait autour de 134 millions de tonnes pour les pays de l’Union européenne. En 2010, elle n’est que de 100 millions de tonnes. »

Pour Marcel Croquefer, délégué CGT de Polimeri Europa, la baisse de la consommation est conjoncturelle :

« En 2007, les raffineries tournaient plein pot ! Ça devrait repartir à la fin de l’année. D’accord, le débat sur l’avenir des énergies fossiles est posé, mais on doit en discuter et savoir si une mutation industrielle répond à une réelle nécessité. »

Bien avant la taxe carbone, la demande pétrolière chutait depuis des années

Le discours de plusieurs syndicalistes va dans ce sens. Dans Le Monde, Patrick Sciurca, coordinateur et délégué européen CGT à LyondellBasell, dont la raffinerie est à Berre-l’Etang, s’en prend, lui, aux politiques environnementales comme la taxe carbone :

« Ce ne serait plus rentable de raffiner ici. C’est ça ce que M. Estrosi appelle défendre l’outil industriel en France ? »

Noël Mamère, député Vert, estime que les écolos ne sont pas responsables d’un mal, mais plutôt d’un bien :

« Je comprends la colère des syndicats mais on fait croire qu’on peut conserver des usines alors que c’est faux. Doit-on être condamnés à attendre que le ciel nous tombe sur la tête – comme avec la sidérurgie – avant d’envisager des reconversions ? Total devrait s’employer à ça ! Si on ne paye pas maintenant, nos enfants payeront plus tard. »

Francis Perrin, spécialiste des questions pétrolières, rappelle que la demande pétrolière est en chute depuis des années :

« Dire que c’est uniquement à cause des politiques environnementales, c’est aller un peu vite. Il y a eu le passage au nucléaire chez EDF qui a entraîné l’effondrement de la consommation de fuel lourd. Ça alimentait les centrales électriques à l’époque. Ensuite, le fuel domestique a été concurrencé par l’utilisation croissante de l’électrique dans les années 70… »

Lisez la suite de cette intéressante analyse sur le site de RUE89

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10 commentaires sur “Pétrole : Total, en crise, incrimine écolos et « décroissants »

  1. Vincent

    Chez Total, on est vraiment « Totalement » con ! C’est tellement plus facile de chercher un bouc émissaire quand on a pas le courage de se remettre en question. C’est le début de la fin de l’industrie pétrolière, qu’ils aient au moins le courage d’en prendre conscience !

  2. CarFree

    Si les « décroissants » commencent à être accusés d’être responsables de la baisse de la consommation de carburant, c’est que le monde est en train de changer… En tout cas, une sacré pub pour les objecteurs de croissance!

  3. veloce

    C’est la faute des cyclistes et des piétons. Si tous ces égoïstes se déplaçaient en bagnoles, y aurait pas de problème…

  4. Legeographe

    Si les gens achetaient tous des couverts jetables en plastique (gobelets, assiettes, cuillères et fourchettes, et même couteaux merdiques en plastique), la pétrochimie française se porterait mieux !

    Et que Laguiole ferme sa gueule, c’est une entreprise de bouseux qui n’ont rien compris au capitalisme (ah si, quoique… Puisqu’ils déménagent en Chine pour certaines productions médiocres, c’est qu’ils commencent à comprendre le système capitaliste) !

  5. Legeographe

    « Totalement » d’accord avec Carfree : cela veut dire que le message est entendu par certains, même qu’il arrive jusqu’aux oreilles de Total et qu’ils le considèrent, à raison, totalement subversif, et même dangereux pour eux (ils ont encore raison !).

  6. LGV

    Total accorde ici beaucoup de pouvoir aux écolos et décroissant qui malheureusement en France n’en ont pas autant !

  7. Pim

    A propos de Total, C. de Margerie, PDG de Total était invité au 20H de F2 mer 24 (7min30 –> 14min30 dans la video sur le site de F2).
    Il a osé dire qu’aujourd’hui les français voulaient consommer moins de pétrole et mieux, pour redorer son image verte. Très fort ce monsieur. Ceci dit, il avait quand meme du mal à parler de ce sujet, les mots lui venaient très lentement 😉
    Il a aussi montré une image d’employeur altruiste, en assurant les emplois de ses salariés, quitte à les reconvertir. C’est vrai qu’avec 10GEur de bénéf annuel, il n’y a pas de gros risque à avoir quelques salariés sur des postes placards.
    En tant qu’homme très intelligent (si si il faut le dire, il l’est), il a déja clairement assuré sa reconversion à l’ère post pétrole.

  8. Gilles ChomelLécoLomobiLe

    Total appuie là où ça fait mal. Le capitalisme fonctionne très bien tout seul. L’idéologie de la gauche traditionnelle et historique, celle des « travailleurs », ne gêne pas le capitalisme. L’idéologie de la décroissance gêne le capitalisme et il est très facile pour la société Total de dénigrer cette idéologie en appuyant à gauche à l’endroit où ça fait mal, c’est-à-dire à l’endroit où cette contradiction de la gauche est la plus criante: la défense de l’emploi.

    L’idéologie écologique met les gens au chômage, c’est pourquoi je trouve ridicule ces affirmations, d’autant plus péremptoires qu’elles ne sont fondées sur aucun principe de réalité, selon lesquelles la défense de l’environnement serait pourvoyeuses d' »emplois verts ». Regardez comme Europe Ecologie donne dans l’emploi vert: je me tords de rire.

  9. Legeographe

    Ci-dessous, un lien redirigeant vers un face-à-face mené par Terra-Éco entre Luc Ferry et Daniel Cohn-Bendit, où il est question entre autres de l’espérance ou de la méfiance en la décroissance.
    Il est intéressant de noter que Luc Ferry ne dénigre pas autant que Nicolas Sarkozy la décroissance. Il sait ce que le mot veut dire et ne triche pas avec lui. c’est une question de pari*, comme si c’est bien dit. J’ai bien peur que, en ne pariant rien, l’UMP se contente de se terrer sous son discours.

    http://www.terra-economica.info/%E2%80%89L-ecologie-c-est-du-long-terme,8765.html

    Sinon, il est drôle de voir comment le sujet devient très à la mode, même si cela fait longtemps qu’Ivan Illich a sereinement écrit ses bouquins : décroissance et simplicité volontaire sont tombées aux épreuves écrites des concours d’éducateurs spécialisés (à Strasbourg, lors des épreuves 2010) !

    *(hommage à Blaise Pascal dont la notion de pari a été rappelée plusieurs fois dans la soirée Europe Écologie de Clermont-Ferrand, jeudi dernier)

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