Pourquoi les transports en commun sont bons pour les enfants

« Le mythe qui veut que des bons parents transportent leurs enfants en voiture nous empêche de voir les solutions de rechange. » — Captifs de la voiture: La culture de l’automobile et ses effets sur nos vies , par Lutz Catherine et Anne Lutz Fernandez.

Pourquoi les transports en commun sont bons pour les enfants

par Carla Saulter

Mon mari et moi vivons à Seattle (USA) dans un quartier peu dense et très peu adapté à la marche. Nous avons deux enfants, âgés de 9 mois et trois ans. Nous aimons les livres, les sorties et le basket-ball. Nous visitons souvent le Centre des sciences et la collection du Musée des enfants et, quand le temps le permet, nous allons à la plage et dans les parcs. Nous assistons à l’église le dimanche. Nous vivons pratiquement à la bibliothèque. Oh, j’ai oublié de préciser que nous ne possédons pas de voiture.

Vivre sans voiture à Seattle n’est pas un mode de vie particulièrement répandu. Depuis 8 ans que nous vivons ensemble mon mari et moi, nous sommes les seules personnes sans voiture dans notre cercle social. Lorsque notre premier enfant est arrivé au début de 2007, tout le monde nous a alors dit que notre admirable (et si incroyablement peu pratique) «expérience» de vie sans voiture était terminée. Avoir des enfants, ils nous ont informés en connaissance de cause, signifie que vous devez avoir une voiture.

Bien sûr, c’est ce qu’ils ont dit. C’est devenu un élément du système de croyance collective américaine: les voitures constituent le mode de transport privilégié (si ce n’est pas le seul acceptable) pour nos enfants. Les voitures sont maintenant considérées comme un outil essentiel de la parentalité de la classe moyenne – à la fois comme un moyen de protéger nos enfants contre les maux du monde extérieur et de fournir un accès pratique à des destinations multiples auxquelles nous sommes tenus de les emmener.

Nous n’avons pas acheté de voiture. Depuis la naissance de notre première fille, Rosa, il y a trois ans, nous sommes devenus des « métro-parents ». Rosa a pris son premier bus pour aller à la maison depuis la maternité, et elle le prend depuis quasiment chaque jour.

Ce que j’ai appris, c’est qu’il y a des défis importants à la parentalité sans voiture. Ce n’est pas parce qu’il y aurait quelque chose de malsain ou d’incommode d’emmener les enfants dans les transports en commun, mais parce que la plupart des villes des États-Unis, y compris la mienne, ont été construites (ou reconstruites) pour accueillir les voitures. J’ai aussi appris que le choix de continuer notre vie sans voiture en utilisant les transports en commun a été un excellent choix pour la santé de nos enfants et leur bien-être. Voici pourquoi.

Les voitures sont mauvaises pour les enfants

D’une part, les voitures découragent l’exercice physique. À l’ère d’une épidémie massive d’obésité infantile, tout le monde, depuis l’infirmière de l’école jusqu’à la femme du président des Etats-Unis, tente d’amener les enfants américains à se mettre en mouvement. Egalement, l’urbanisme auto-centrique (fait et pensé pour la voiture) rend la marche et le vélo désagréables, peu pratiques et assez souvent, dangereux. Cela encourage à conduire plus et explique sans doute pourquoi la majorité des déplacements en voiture concerne des trajets inférieurs à 3 kilomètres et pourquoi moins de 15% des enfants vont à l’école à pied ou à vélo.

Les voitures polluent l’air que respirent les enfants. Nous savons presque tous que les voitures dégradent la qualité de l’air extérieur. Mais nous sommes peu nombreux à savoir que l’air intérieur des voitures est extrêmement malsain – surtout pour les enfants. L’air intérieur des voitures a des concentrations significativement plus élevées en monoxyde de carbone que l’air directement extérieur. Il vaut mieux pour les poumons de l’enfant qu’il se tienne debout au bord d’une autoroute plutôt que de s’asseoir sur le siège arrière de la voiture familiale.

Mais le plus important, c’est que les accidents de voiture sont la principale cause de décès des enfants américains. Les voitures sont plus meurtrières que n’importe quelle maladie ou autre menace, et beaucoup plus dangereuses que les autobus ou les trains. Pour aller à l’école, un enfant est huit fois plus en sécurité dans un bus – même sans ceinture de sécurité ou autre airbag – que dans une voiture. Même si l’on tient compte des rares cas de criminalité dans les transports publics, les bus sont encore la meilleure façon de circuler sur les routes américaines. Ce qui m’amène à mon deuxième point…

Le transport public est bon pour les enfants


Ne pas essayer de le faire pendant que vous conduisez. Photo Carla Saulter

Dans un pays où la majorité des déplacements en voiture concerne des trajets inférieurs à 3 km, un nombre important d’usagers des transports en commun, y compris ma fille de trois ans à peine,  peut marcher sans problème trois kilomètres dans le cadre d’une journée normale. Selon une étude réalisée par l’Université de Colombie-Britannique, les usagers du transport public sont trois fois plus susceptibles de répondre aux besoins quotidiens en exercice physique que ceux utilisant uniquement la voiture.

Quand ils ne sont pas en train de faire de l’exercice, les usagers des transports en commun attirent l’attention. Les parents libérés de la nécessité de se concentrer sur la route, peuvent interagir avec leurs enfants: lecture, jeux (j’ai vu un père et son fils jouer à un jeu de société à un arrêt de bus), ou simplement en parlant face à face. Non pas que les enfants qui montent en bus ont besoin de beaucoup d’attention. Ils s’amusent trop. Pour les enfants, le trajet est au moins aussi intéressant que la destination: clochette du bus, tourniquets, portes automatiques, etc.

Comme ils grandissent en utilisant bus et trains, les enfants maîtrisent les compétences nécessaires pour se déplacer. Ils commencent doucement, comme ma fille, qui a récemment commencé à avoir son propre sac (un sac à dos rose avec un train, à sa demande) et peuvent passer ensuite à la reconnaissance des arrêts de bus, la lecture des horaires et la planification des déplacements. Bien avant que les autres enfants soient assez âgés pour conduire, les enfants qui pratiquent régulièrement les transports en commun acquièrent les compétences nécessaires pour rouler en solo. La confiance qui vient de ces capacités pourra les aider quand ils rencontreront des problèmes et que maman et papa ne seront pas là pour les aider.

Dans le même ordre d’idées… Les enfants qui passent le plus clair de leur temps dans des espaces contrôlés – de la maison à la voiture puis à l’école / centre / cours / activité sportive – ont des contacts très limités avec les personnes avec qui ils partagent le monde. Les enfants qui voyagent en transports en commun ont quant à eux de nombreuses occasions d’interagir avec leurs compagnons humains. Ils apprennent à accepter les différences, à interagir poliment avec des inconnus, à établir et respecter les limites.

Et parfois, ils s’assoient à côté d’un vieil homme qui fait des grues en papier à partir de vieux journaux et qui les fait passer autour de lui, comme ça, sans raison.

Carla Saulter

Source: http://www.grist.org/article/2010-11-01-why-public-transportation-is-good-for-kids

Traduction approximative Carfree France

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9 commentaires sur “Pourquoi les transports en commun sont bons pour les enfants

  1. MOA

    Beau témoignage fort instructif… un transfert à mon entourage de bagnoleux, s’impose. Allez hop.

  2. Nicolas

    Remplacez, par exemple, un déplacement en auto avec vos enfants par le même trajet en train. Vous réaliserez que ce trajet sera beaucoup plus serein.
    Dans le train, on peu lire, jouer à quelques jeux de société, se lever, bouger, tout cela sans stresser le conducteur.

  3. axel

    Les plus gros inconvénients des transport en commun seraient résolus si plus de monde les prenaient… lenteur et fréquence reviennent souvent comme inconvénients… mais plus le réseau est utilisé, plus il s’intensifie et devient efficace. Au contraire, une ligne peut utilisée risque de disparaitre ou d’avoir des horaires moins efficace (soir et week-end surtout…)

    Bref, on a tout à gagner à utiliser les transports en commun…

  4. Pim

    Et pendant ce temps là, l’obésité et le surpoids continuent de faire des ravages!
    Selon une dépêche AFP, on compte 1.5 milliard d’adultes en surpoids dans le monde, c’est à dire 20% de la population mondiale!

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