La guerre des modes

Si vous pensez tomber sur un article qui va vous expliquer que tous les modes de déplacement doivent gentiment cohabiter au sein d’une multimodalité harmonieuse, passez votre chemin. Pour cela, il existe une multitude de blogs sur internet spécialisés en « mobilité durable » ou autres fadaises grenello-compatibles.

La réalité, c’est que la mobilité est une guerre de mouvement. Les forces en présence sont constituées d’une armée principale, celle de l’empire automobilistique, et d’une multitude d’armées déviantes, citons les guerriers de la pédale ou l’infanterie piétonne par exemple.

L’empire automobilistique est constitué d’une armée de clones motorisés pilotés par des humains lobotomisés, les Lobos. Les guerriers de la pédale tentent de rétablir la république et la démocratie définitivement éradiquées en l’an 1 de Ford. L’infanterie piétonne se fait massacrer régulièrement par les forces de l’empire automobilistique mais tente de mettre au point sans succès des techniques de résistance passive. La Coalition pour le Progrès des transports en commun souhaite recruter massivement les soldats de l’infanterie piétonne pour contrecarrer les plans de l’empire automobilistique. Pour être complet, il faut signaler aussi l’existence de quelques forces rebelles disparates comme les skaters de la nuit, les rollers-mop et les guerriers de la trotinette.

L’empire automobilistique est dirigé par Capital Noir, un conglomérat mondial industrialo-pétrochimique dont l’objectif est l’éradication de la race humaine. Depuis l’an 53 de Ford, les clones motorisés de l’empire ont pris le pouvoir à l’échelle planétaire. Aujourd’hui, il y a plus d’un milliard de clones en circulation et l’empire en fabrique chaque année près de 100 millions supplémentaires.

Capital Noir est en train de gagner la guerre des modes. Les ressources de la planète s’épuisent, l’air devient irrespirable pour les humains, les clones sont de plus en plus perfectionnés. Par ailleurs, l’empire est en train de basculer dans sa dernière étape avec un saut technologique de grande ampleur. Les techno-ingénieurs ont inventé le clone motorisé sans conducteur. Désormais, il ne sera même plus nécessaire d’entretenir une armée d’humains lobotomisés pour piloter les clones. Les nouveaux clones seront en outre tous connectés à Internet et deviendront une force brute de destruction dans les mains de Capital Noir.

Les mass-médias sous le contrôle de Capital Noir prévoyaient 3 milliards de clones motorisés en circulation en l’an 142 de Ford. Ces clones devaient méticuleusement bétonner la planète et achever de la rendre invivable. Face à l’épuisement des ressources, l’empire s’apprêtait même à utiliser les humains lobotomisés comme carburant renouvelable.

Heureusement, en l’an 107 de Ford, des guerriers de la pédale créent une école de hacking au fond d’un atelier de réparation de vélos. Quelques temps plus tard, un cyclo-geek du nom de Sven Wingqvist invente un code informatique permettant de désactiver tous les clones. Les guerriers de la pédale mettent alors en place l’Alliance mondiale des modes alternatifs et libèrent les Lobos afin d’instaurer la démocratie et la république.

Mais, les Lobos refusent d’intégrer l’Alliance mondiale des modes alternatifs car, après avoir été drogués par Capital Noir, ils sont devenus dépendants du pétrole et de l’huile de vidange. L’infanterie piétonne construit un gigantesque mur pour isoler Suburbia du reste du monde. Les Lobos vont alors s’entre-tuer dans Suburbia pour la moindre goutte d’essence tandis que les skaters de la nuit essayent tant bien que mal de maintenir l’ordre dans les zones pavillonnaires.

Après le renversement de Capital Noir et la disparition de Suburbia dans un gigantesque incendie provoqué par une seringue d’essence mal éteinte, les derniers Lobos fuient dans les campagnes durant le grand exode de la fin du pétrole. L’Alliance mondiale des modes alternatifs fonde la république de la liberté en l’an 1 de Pédale (an 111 de Ford), mais les anciens agents de Capital Noir tentent de reprendre le pouvoir en créant le Mouvement hybride pour une énergie propre, ralliant d’anciens Lobos à leur cause.

L’Alliance décide alors d’interdire tous les clones à l’échelle de la planète et lance un vaste programme de rééducation des Lobos, à l’aide de quadricycles ressemblant à des clones motorisés.

En l’an 33 de Pédale, les premiers Lobos tentent de passer à la bicyclette et, malgré quelques accidents, arrivent à faire du vélo tous seuls sans tomber. Dès lors, l’Alliance mondiale des modes alternatifs se dissout et la guerre des modes se termine.

La planète est sauvée.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

8 commentaires sur “La guerre des modes

  1. Pédibuspédibus

    T’en fais pas Marcel!

    Les kroknos arrivent prêter main forte aux biklous!

    zeussaussi viennent occuper le terrain…

    zon plus qu’à marmonner dans leur armure sarcophagique, les bagnolos et leurs suppôts:

    « à cheval mémé v’la les Indiens, dien, dien, à cheval mémé…!!! »

  2. KOVANOV

    psychelau =>la photo est-elle réelle? où se situe ce cauchemar?

    aux états unis sans doute, encore heureux qu’en France nous n’en sommes pas arrivé la

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