Le lobby automobile européen réussit le braquage du siècle

Nous l’avions annoncé ici même le 6 octobre dernier, le lobby automobile européen préparait le casse du siècle, à savoir faire payer le contribuable européen à hauteur de 40 milliards d’euros pour pouvoir fabriquer des voitures un peu moins sales qui seront vendues toujours aussi chères au même contribuable européen… L’astuce était un peu grosse, et pourtant elle a fonctionné à merveille, les constructeurs auront bien leurs 40 milliards, et les contribuables paieront deux fois pour avoir des voitures juste un peu moins sales…

La Commission européenne a en effet apporté son soutien à l’idée d’un programme de prêts de 40 milliards d’euros pour permettre à l’industrie automobile européenne de développer des « véhicules plus écologiques« . Non, il ne s’agit pas de voitures à pédales, mais de voitures qui polluent juste un peu moins, dans le genre 100 grammes de CO2 au lieu de 120… C’est dire, il fallait au moins 40 milliards d’euros pour une telle avancée écologique et technologique…

L’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA), qui a dit s’attendre à une nouvelle baisse des ventes au quatrième trimestre (sortez les violons…), réclamait un tel plan depuis plusieurs semaines pour aider les acteurs européens du secteur à « préserver leur compétitivité mondiale tout en se conformant aux critères environnementaux ambitieux de l’Union européenne » (de toute façon, c’est la faute à l’Europe qui est méchante!).

« Des prêts aidés pourraient être apportés via la Banque européenne d’investissement (BEI)« , a déclaré le commissaire chargé de l’Industrie, Gunter Verheugen, après une rencontre du groupe de haut niveau « Cars 21 ». Comme par un heureux hasard, le montant des prêts proposé par la commission européenne, à savoir 40 milliards d’euros, correspond au milliard près à ce que demandait de manière insistante Fantômette, heu pardon, l’ACEA…

Dans un premier temps, la commission européenne avait envoyé une fin de non recevoir au lobby automobile européen: en pleine crise financière et alors qu’on distribue des milliards aux banques, il aurait fallu en plus filer du fric aux constructeurs de bagnoles qui font pourtant des profits par milliards depuis des années… Une source proche de la Commission européenne déclarait même le 7 octobre dernier: « Cette idée ne mérite même pas d’être débattue« . (Source: Carfree)

Moins de trois semaines plus tard, non seulement l’idée est débattue, mais la commission européenne la reprend à son compte! Les constructeurs automobiles européens auront bel et bien leurs 40 milliards d’euros…


Le braquage s’est déroulé comme prévu: on commence par faire peur (« attention, les emplois vont morfler! »), on réclame du fric d’un ton pressant (« les ricains ont eu la même chose et de toute manière si on a pas notre pogon, on délocalise en asie! »), la commission européenne joue dans un premier temps les banquières effarouchées (« vous n’aurez pas l’argent des contribuables européens! »), Sarkozy s’en mèle (« si on ne file pas de fric aux constructeurs, j’organise un G8 de la bagnole! »), les allemands font pression (« qui sait qui va les acheter nos grosses bagnoles qui coûtent un max si on a des contraintes écolos énormes? »), Sarkozy s’impatiente et en remet une louche au mondial de la bagnole (« cette année on rase gratis, je file 400 millions d’euros aux constructeurs »), les constructeurs finissent par appuyer là où ça fait mal (« toutes les usines seront en chômage technique à la fin de l’année! »), Sarkozy s’énerve (« maintenant on leur file du fric, point barre! »), et pour finir, la commission européenne change miraculeusement de position (« Nous sommes ouverts à la possibilité d’un soutien pour le développement de véhicules avec de faibles émissions, qui permettra à l’industrie automobile européenne de maintenir sa compétitivité mondiale »).

Résultat: le lobby automobile européen repart avec 40 milliards d’euros dans les fouilles… La suite au prochain numéro!

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

6 commentaires sur “Le lobby automobile européen réussit le braquage du siècle

  1. Association Européenne des Industriels de la Bicyclette

    Au nom de l’égalité face à l’argent public, nous, Association Européenne des Industriels de la Bicyclette (AEIB), demandons instamment à la Commission Européenne d’attribuer immédiatement un prêt de 40 milliards d’euros aux industriels de la bicyclette afin de développer le vélo propre à base de technologies innovantes…

  2. FRONT de LIBERATION des USAGERS des ROUTES en PENTES

    Nous demandons d’équiper la France de routes à forte pente.

    Nous demandons 40 milliards d’euros pour créer des routes en pentes,qu’il n’y ai plus d’ascension mais des descentes.
    Notre slogan au F-L-U-R-P est:

    « La route est droite,mais la pente est forte ».

    Ni dieu,ni maitre,vive le VELO

  3. Guillermo

    Hé, les amis, ce sont des prêts. C’est bien d’être antibagnole, mais comme les gens ne sont pas prêts à renoncer à leurs joujous / bites sur pates, la seule solution c’est d’avoir des merdes moins polluantes. Et comme on ne peut pas les forcer (ou plutot, comme l’Europe et la classe politique en général ne VEUT pas), et qu’on n’ose pas aller plus loin que le petit bonus / malus (d’ailleurs une prime au diesel a particules), on leur file du fric. Mais c’est un prêt, donc rien de scandaleux non ?

  4. CarFree

    Effectivement, dans la presse, on parle de « prêts » mais parfois aussi « d’avantages fiscaux au profit de la construction d’automobile écologique », mais sans préciser du tout de quoi il s’agit vraiment… prêts à 0% ou à quel taux exactement, à taux variables ou à taux fixes, etc. J’ai bien peur que l’on parle ici de « prêt » pour éviter de dire tout haut qu’on leur file tout simplement de l’argent qu’on ne reverra pas…

  5. CarFree

    Débloquer des fonds d’Etat pour sauver les constructeurs de la faillite reviendrait à « jeter notre argent au feu ». Car attendre d’eux qu’ils accèdent aux nouvelles exigences du marché et de l’environnement, « vu leur bilan, c’est aussi ridicule que demander aux fabricants de cigarettes de lutter contre le cancer » (David Yermack, professeur de finances à l’université de New York, dans le Wall Street Journal du 15 novembre). Source: http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/11/20/le-crepuscule-de-l-automobile-americaine_1120768_1101386.html#ens_id=1100912

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