Un Grand Paris sans voitures? Faut pas rêver!

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Quelle est la différence entre ces deux images? Environ 50 ans… La première image est une projection du futur réalisée aux USA dans les années 1950: des autoroutes partout et des transports en commun aériens. La seconde image constitue un des projets présentés lors de la consultation récente sur l’avenir du Grand Paris, en l’occurrence une « vision » de l’équipe Portzamparc pour le Grand Paris de demain: des autoroutes partout et des transports en commun aériens…

Que dire si ce n’est constater le manque total d’imagination… Comme le dit très justement François Bellanger sur son excellent blog Transit-City, « Les soit disants grands architectes ont toujours autant de mal à penser la mobilité urbaine ». Et dans le cas présent, c’est particulièrement vrai:

Pas une seule équipe n’a proposé une vision d’un Paris sans voiture ce qui est quand même incroyable quand on sait que le prix de l’essence risque d’exploser dans les quinze ans qui viennent, que la sensibilité à la pollution urbaine et au réchauffement climatique entraîne déjà un vrai rejet de la voiture et que pour les jeunes la mobilité c’est tout « sauf la bagnole ». Mais cela les archis l’ont pas intégré. Ils ont donc fait des réponses traditionnelles d’archis avec surtout beaucoup de bâtiments, beaucoup de verdures et peu de réponses innovantes sur les nouvelles formes de la mobilité urbaine du futur.

Et sans même « rêver » d’un Grand Paris sans voitures, il faut déplorer l’immense retard conceptuel d’un Portzamparc. Son projet consiste en effet à apposer un axe lourd de transport collectif sur le périphérique actuel! Tous les ingénieurs et spécialistes en mobilité urbaine savent désormais que la réussite d’un Transport Collectif en Site Propre (TCSP) ne peut s’opérer qu’en limitant la place accordée à l’automobile. Autrement dit, là où en crée une offre attractive de transport collectif (tramway par exemple), il est nécessaire de réduire les files de circulation automobile pour envisager un report modal de la voiture vers les transports en commun.

Au lieu de cela, Portzamparc maintient le périphérique actuel, dans toute sa laideur et son anachronisme. La peur sans doute de choquer le bourgeois, les commerçants et donc les élus?

Et sans même parler de la laideur d’un tel projet ou de son côté délibérément passéiste, il faut déplorer son absence totale d’ambition et sa méconnaissance intrinsèque du fonctionnement de la mobilité urbaine.

Ces architectes internationaux qui se présentent comme les penseurs de la ville de demain ne sont rien d’autre que les adeptes de la ville d’hier et les fossoyeurs de la ville d’aujourd’hui. Une ville, c’est des voitures, des voitures et encore des voitures! Sans la bagnole, point de salut. Cet exemple illustre une fois de plus la nécessité de décloisonner les disciplines et d’en finir avec les architectes qui « pensent » la ville dans leur coin, les urbanistes qui « aménagent le territoire » et les ingénieurs qui tentent de mettre tout ça en musique…

Parmi tous les projets présentés pour imaginer le Grand Paris de demain, un seul pose vraiment la question de la place de l’automobile dans la ville. C’est le projet de l’architecte Richard Rogers qui  s’appuie sur l’idée d’une ville «responsable quant à la question de l’environnement», avec des quartiers «équilibrés, avec une bonne mixité entre riches et pauvres».

Plusieurs nouveaux réseaux de tramways périphériques connectent mieux la banlieue, font oublier la voiture. «En 10 ans, on peut avoir un Paris sans voitures marchant aux hydrocarbures», dit l’architecte qui veut «intégrer la nature» dans la ville, en utilisant les 400 km2 de toitures comme espaces verts.

On remarquera toute l’étendue du projet: il ne s’agit pas de faire un Paris sans voitures, mais un Paris « sans voitures marchant aux hydrocarbures ». La nuance est de taille, car dans ce projet, il s’agit en fait de substituer un parc de voitures probablement atomiques (pardon, électriques) au parc automobile actuel composé essentiellement de « voitures à pétrole ». L’architecte ne pousse pas son projet jusqu’à l’estimation du nombre de centrales nucléaires qu’il va falloir construire pour transformer le parc automobile actuel du Grand Paris… Ce genre de calculs ne cadrerait sans doute pas avec l’image « écolo-chic » du grand architecte.

Le retard conceptuel de tous ces projets semble ainsi abyssal. Avec la disparition attendue du pétrole, le réchauffement climatique, la pollution généralisée, l’absence de solution concernant le traitement des déchets nucléaires, les accidents de la circulation, etc. on était en droit d’attendre des projets un peu plus visionnaires pour le futur. Et bien non, ce sera de la bagnole, de la bagnole et encore de la bagnole!

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

2 commentaires sur “Un Grand Paris sans voitures? Faut pas rêver!

  1. ParisCyclette

    Comme vous, je ne puis que regretter ce qui ressemble à une incapacité à penser la ville sans voiture. Par contre :
    Concernant le train de Portzamparc au-dessus du périphérique, il s’agit d’après ce que j’ai compris d’une proposition « court terme », permettant d’exploiter le vide marqué par le périphérique pour proposer un remède rapide à certaines lacunes actuelles des transports en commun.
    D’autre part, il me semble que si difficulté il y a à laisser tomber la voiture, chacun des architectes s’accorde sur la nécessité de limiter sa place.
    Ceci dit, tous à bicyclette!

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