Un Jardin de la France en béton armé (3)

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Résumé : Urbanisme et Totalitarisme

Cette série d’articles est partie d’une question simple : pourquoi, dans un contexte général de crise écologique on continue à abattre des arbres dans la ville de Tours? En janvier 2009 une allée de 65 platanes centenaires est abattue, puis on découvre qu’il ne s’agit pas d’un événement isolé mais d’un programme d’abattages systématisés.

La réflexion menée à partir de ce fait incompréhensible vise à montrer les mobiles cachés et les intérêts économiques soutenus par la politique municipale : création d’un bassin de chalandise, spoliation de la population, confirmation de l’emprise de la circulation automobile sur la ville, privatisation de l’espace public, fonctionnalisation économique des habitants comme « usagers » d’une « ville supermarché »…

Le texte est long, mais se présente sous forme de tableaux pouvant être lus de manière individuelle après l’introduction.

Première partie: http://carfree.fr/index.php/2009/06/26/un-jardin-de-la-france-en-beton-arme/
Deuxième partie: http://carfree.fr/index.php/2009/07/10/un-jardin-de-la-france-en-beton-arme-2

…Troisième partie…

« On replantera des arbres ! » « Ils replanteront des arbres ! »

L’Arme de propagande fatale pour abattre les grands arbres et le faire sans mauvaise conscience, tient en une seule petite phrase : « on replantera des arbres ! ». La phrase est d’une efficacité redoutable, elle forclos dans l’instant toute possibilité de discussion et permet dans le même temps, d’apaiser les consciences dans la population. Cette formule assure en un seul temps une reconnaissance de fait de la faute et en sorte une promesse de réparation. Elle se veut consolatrice pour les habitants et surtout elle permet d’obtenir leur résignation. « Que pensez-vous de l’abattage des grands arbres dans votre quartier ? » « C’est triste, oui !

C’est vraiment triste, dommage mais… « Ils vont replanter des arbres ! » Forclusion immédiate de tout débat et évacuation de la signification réelle et de la symbolique du « meurtre » délibéré et ostentatoire sur les écosystèmes en milieu urbain. Le patrimoine paysager et historique de la ville saccagé, s’en va sous la promesse et l’espérance de ces deux phrases qui semblent se répondre comme en écho…

Cependant les arbres abattus et replantés n’appartiennent pas aux mêmes catégories floristiques et écologiques. Les grands arbres représentent et définissent la strate arborescente, dont l’espérance de vie centenaire est faite pour traverser les siècles. Leur abattage correspond de fait à la destruction délibérée d’un écosystème. Les arbres replantés appartiennent à la strate arbustive, plus facilement amovible, ils peuvent rapidement apparaître et disparaître, s’adapter aux caprices de la mode et aux esthétismes horticoles les plus débiles. Et, chose nouvelle et nécessaire, ils sont choisis pour ne plus nuire au « devenir usine » programmé pour la ville.

Il est donc important de ne pas se laisser enfermer dans la pure logique mathématique de la propagande officielle du : « on replantera des arbres ! » La réduction du monde vivant à une arithmétique d’arbres interchangeables, abattus et replantés est d’une perversité politique volontairement mortifère et véritablement exemplaire. Elle répond non seulement à la logique des marchés publics et se fait encore une fois au profit des hommes d’affaires. Elle étend au monde vivant la notion de « l’usage unique », de l’interchangeabilité. Pour la population, elle institue l’acceptation de fait de la logique marchande et impose la résignation inévitable devant le désastre écologique, présentée comme nécessaire de la « Modernité ». Une dépense d’énergie colossale pour détruire des écosystèmes, facturée au prix fort aux contribuables de la ville, Il y a là un véritable projet politique et une volonté permanente d’application de la « double peine » financière ; spoliation de la population pour la privatisation de l’espace public par sa mise en chantier permanente…

Dans les Chiffres, le budget « espace vert » de la ville de Tours « explose ». De quoi impressionner plus d’un amoureux de la nature, mais dans le détail des factures on s’aperçoit qu’il s’agit plutôt et encore d’un budget « chantier public », hydrocarbure, pesticide, irrigation intégrée, plantation, terrassement, piquage et repiquage. Un chantier horticole permanent et réitéré à chaque printemps. Indéniablement la ville n’arrête plus de planter des « arbres ». Mais il s’agit en réalité d’un « gouffre financier » voulu et entretenu en permanence par l’état- major municipal et facturé au prix fort à la population. Et à chaque étape on change de catégorie floristique dans le sens de la « désertification » : élimination de la strate arborescente au profit des arbustes puis des arbrisseaux et après des sous-arbrisseaux buissonnants, pour finir par la strate herbacée en privilégiant des essences annuelles. A chaque chantier, la débilité des choix devient de plus en plus manifeste et brutale et les essences privilégiées de plus en plus inadaptées au climat.

Des variétés horticoles de « pin parasol » nains se sont mises à proliférer dans la ville. Dans le nouveau quartier des « Deux Lions », leur multiplication est déjà impressionnante. Ils ont remplacé les anciens chênes dans ce secteur en sur-urbanisation ainsi que les saules et vieux frênes qui longeaient le Cher…De toute évidence ils sont là, plantés en nombre, pour dénaturer, défigurer et faire oublier le paysage ancien. Ils le font aussi en masquant dans le même temps la superbe perspective de l’allée de platanes centenaires sur la route de Joué les Tours, préparant déjà le terrain pour l’abattage programmé, de cette allée historique. Le « dossier » est déjà bien ficelé dans le programme de l’oligarchie technique de la ville. La débilité écologique de ce choix est évidente lorsque l’on connaît la migration nationale, vers le Nord, des chenilles processionnaires liée à cette esthétique horticole…

Ces arbres plantés pour la dénaturation du paysage font l’objet de tous les soins. Un arbre entouré de quatre arbres ou bien encore, peut-être par souci économique, un arbre entouré de seulement deux ou trois arbres, c’est ainsi que se présentent la plupart des nouveaux arbres dont parlent des autorités quand elles claironnent, sans mauvaise conscience : « on replantera des arbres ». Un de ces arbres est encore vivant. Il est immédiatement reconnaissable. Ce survivant se situe au milieu des deux, trois ou quatre autres arbres qui eux sont méconnaissables. Ils sont morts et réduits à leur plus simple expression. Reliés par des sangles ils servent de tuteurs à l’arbre central agonisant…

Ville usine pour « usager » de la ville

On ose à peine y croire tellement la chose paraît inimaginable. Où cela nous mène t-il ? Pour quiconque veut faire l’effort de comprendre, en toute liberté d’esprit, quel projet politique se trame dans ce vacarme assourdissant du chantier permanent, la chose apparaît vraiment impensable. Et pourtant on y va ! Quelle signification donner à ces « mises à mort » en série sur la place publique ?

Avec l’abattage systématique des grands arbres, l’état major de la ville de Tours confirme sans ambiguïté sa farouche volonté de faire « table rase du passé ». Elle marque ainsi ostensiblement, son ralliement au Grand Projet de ville pour le « troisième millénaire ». Centre urbain à vocation concentrationnaire, la ville se conçoit comme une unité de gestion intégrée, de populations concentrées en grand nombre et utilisées dans leur fonction particulière de surconsommation. Indéniablement, dans ce nouveau cadre là, les grands arbres ne sont d’aucune utilité pour le bon fonctionnement d’un système concentrationnaire…

Une rupture nouvelle et cette fois-ci totale, confirme la fuite en avant vers le néant écologique total de la ville de Tours. Par l’abattage systématique des arbres il s’agit de bien circonscrire les habitants dans leur stricte fonction attitrée « d’usagers de la ville ». Dans l’esprit de son état major et de son oligarchie technique cette ville nouvelle peut évoluer en « vase clos » et se débarrasser de ses anciens et résiduels écosystèmes urbains, de ses vieux et grands arbres. Avec une frivolité déconcertante la ville semble pouvoir choisir à loisir son environnement spécifique sur de simples critères de modes esthétiques ou économiques.

Jusque dans la première moitié du vingtième siècle les villes étaient restées en interrelation étroite et permanente avec les campagnes environnantes, c’est désormais pour la ville de Tours, de l’histoire ancienne… La vocation concentrationnaire de la ville est maintenant clairement affichée par les pleins pouvoirs donnés aux engins de chantier. La politique de multiplication des supermarchés qui envahissent la ville, commercialisant marchandises et services, réaffirme en permanence le statut de surconsommation attendu des « usagers de la ville ».

Dans le même temps pour accroître le « bien être » global de la ville estimé sur le niveau de consommation, la densité de population est optimisée. Et la chose est impressionnante, dans certains secteurs déjà surpeuplés de la ville elle est prévue pour doubler ou tripler en l’espace de quelques années. Encasernement social grâce à la crise, ou « logement social malgré la crise » (1) dans certains quartiers de la ville l’entassement de la population atteint un tel niveau que l’on peut sans exagération parler de « Grand Renfermement » de l’Age Contemporain ». Le moindre lopin de terre est « valorisé », transformé en encasernement ou supermarché. L’adéquation entre ces pôles de développement semble animer les préoccupations de l’état major de la ville de Tours. Les arbres tombent et immédiatement après le BTP bétonne !

Pour rendre habitable une zone humide d’une grande valeur pour la biodiversité et longtemps restée « zone inondable » « inconstructible », des travaux gigantesques ont été entrepris. Dans ce nouveau quartier des « Deux Lions », la densité des habitants a d’emblé été prévue en surpopulation et immédiatement mise en adéquation avec la « Grande Distribution ». Vingt ans de combat écologiste pour la sauvegarde de la « Loire Sauvage » sont anéantis par la mise en chantier de se quartier, correspondant exactement au projet du « Tours de l’An 2000 » de Jean 1er le Visionnaire, réalisé comme prévu en temps et heure…

Dans la « novlangue » de la « Modernisation économique », les termes techniques utilisés pour décrire le « Chantier permanent » sont consensuels et rassurants, aucun doute aucune dissonance ne se fait entendre. Tous les mots, les phrases et discours pétillent dans des consonances plutôt valorisantes, en exprimant l’unanimisme de la classe politique.

Par le principe directeur du chantier perpétuel le Grand Timonier de la ville de Tours « Jean II de la Déjantée Urbanité», héritier en ligne directe de « Jean Ier le Visionnaire », tient bon la barre et le cap de son père pour se faire l’homme politique de la fuite en avant vers le néant écologique total. Bénéficiant d’un nouveau Partenariat Public Privé et grâce au Parti Unique de la classe politique, la stérilisation, artificialisation, et la sécurisation de l’espace urbain se font sans entrave, entièrement confiées aux engins de chantier des sociétés amies gestionnaires des « cadres de vie ».

La ville de Tours est maintenant fin prête par son fonctionnement autonomisé et automatisé à sa totale privatisation. Les multinationales sont aussi fin prêtes. Devenues multidisciplinaires dans la gestion des systèmes concentrationnaires des populations en milieu urbains, elles sont prêtes à recevoir, clé en main le cadeau d’un « bassin de population » en croissance accélérée.

Le Partenariat Public-Privé revu et corrigé…

Par les « Chantiers Permanents », la chose n’a pas échappé aux observateurs nationaux (2), la ville de Tours est lancée à plein régime vers sa privatisation. Le PPP fonctionne parfaitement, dans sa nouvelle version revue et corrigée par le Parti de la Classe Politique Unifiée. La privatisation s’opère de l’intérieur même de l’institution publique (3). Dans cette version « modernisée », la puissance publique, ne peut plus être considérée comme « défaillante » (4). Elle a intégré sa nouvelle fonction et assure avec largesse le financement du Partenariat Public Privé. Le financement de ce dernier est totalement porté à la charge des contribuables de la ville.

La logique idéologique qui anime le fonctionnement de l’institution « publique » est en fait déjà totalement privatisée. La « puissance publique », remplit pleinement son rôle d’interface « démocratique » entre les multinationales pour lesquelles se multiplient comme par magie, les marchés publics et les « usagers de la ville » dont elles veulent gérer le « cadre de vie ». L’autonomisation et l’automatisation des prises de décision au sein même de l’oligarchie technique, permet de multiplier à souhait les « Grands Chantiers » et dans la foulée, « d’acter » en temps réel « le principe » d’une fiscalité en croissance accélérée.

Dans un langage de cycliste de compétition célèbre, le Conseil Général d’Indre et Loire informe la population « qu’à l’insu de son plein gré », la « démocratique institution élue » a été « amenée à prendre les mesures qui se sont imposées !» Et, comble du mépris hautement significatif, c’est dans la volumineuse liasse hebdomadaire des prospectus publicitaires que l’on découvre la lettre du Président du Conseil Général.

Les réfractaires à la propagande publicitaire ne sont donc pas concernés et ont pu être épargnés du charabia de cette lettre informative. Uniquement destinée aux réels « usagers de la ville », on leur fait savoir très poliment qu’ils sont conviés à entériner la « sage » décision administrative de leur spoliation automatisée. Malgré le gouffre financier, le cap des « Grands Chantiers » est maintenu et l’autofinancement de la privatisation de la ville se fait en permanence par la magie du PPP rénové.

Après le massacre des grands platanes sur le boulevard Tonnelé, un nouveau panneautage a fait sont apparition. Aux cotés du panneau jaune initial de la ville intitulant « Requalification du boulevard », le massacre des platanes disqualifiés par la modernisation, deux nouveaux panneaux ont fait leur apparition. Ils nous promettent un « avenir radieux ». Sur un grand panneau blanc, celui du « maître d’œuvre » du chantier, où l’on peut voir le logo de la ville de Tours associé avec celui de « Cégélec », fort probablement une multinationale multidisciplinaire spécialisée dans la gestion des systèmes concentrationnaires urbains (5). Un autre panneau de couleur bleu marine où l’on peut lire : « Eurovia », « nos équipes aménage votre cadre de vie », certainement encore « une société [anonyme] [amie] de Vinci » [qui nous veut du bien],…

Là où vivaient des grands arbres en paix profondément enracinés dans la terre, des engins de chantier creusent maintenant la terre pour s’approprier totalement le sous-sol… Un cadeau du Parti de la classe politique unifiée servi aux multinationales et financé dans le cadre du PPP rénové… En 2009 sur le Boulevard Tonnellé, il n’y aura pas de Printemps. Six mois de chantier dans un vacarme insensé sont à nouveau (6) imposés à la population dans le cadre du PPP rénové…

Un volumineux parallélépipède rectangle bleu

Au beau milieu de l’agglomération tourangelle, une surface de terre de plusieurs hectares a disparue ensevelie sous le bitume. Totalement artificialisée et stérilisée elle est d’une parfaite « platitude » pour correspondre à sa « valorisation » en parking à voiture. Au milieu de ce néant écologique total, s’élève triomphant, un immense parallélépipède rectangle de couleur bleu intense, en contraste total avec le décor environnant. Sur les parois latérales un pictogramme de couleur jaune intense en caractère latin, « annonce la couleur » « IKEA ». Inutile de savoir lire, l’esthétique criarde et débile de cet ensemble est suffisamment informative. Pour les initiés, les « bonnes intentions » de ce mastodonte de la grande distribution relève du magnétisme et de la fascination. Capable d’engloutir des dizaines de milliers d’adeptes chaque jour, la fête de la consommation est ouverte au plus grand nombre.

Le « Géant Bleu » est venu gratifier la ville de Tours de sa présence, pour son engagement franc et volontaire de « ville du troisième millénaire » à vocation clairement concentrationnaire. Le 22 octobre 2008 jour d’ouverture c’est la «Méga fête » de la consommation, la ville de Tours reçoit son label « Géant Bleu ». Liesse populaire, les portes du mastodonte sont grandes ouvertes et « Le Grand Timonier » de l’agglomération peut s’offrir un « bain de foule » dans la grande tradition des paternalismes républicains.

Cet imposant parallélépipède rectangle aux fondations douteuses posé à la hâte sur cette immense surface stérilisée, affirme et symbolise dans sa laideur ostentatoire la puissance de PPP rénové et la volonté de « fuite en avant » du parti de la classe politique unifiée.

Le monde de la circulation automobile est encore, et avec force, confirmé dans son autorité sur la ville. Le bassin de « chalandise » pour ce volumineux parallélépipède bleu englobe des millions d’habitants et déborde largement sur l’ensemble des départements limitrophes. Toute une armée d’automobilistes est mise en mouvement perpétuel. Et, par bataillons de milliers « d’acheteurs militants » ils peuvent venir s’engouffrer dans ce grand « bahut bleu » pour alimenter de leur personne la « Méga fête » perpétuelle de la consommation. C’est ainsi que le statut exigé pour les habitants est imposé : automobiliste travailleur la semaine et automobiliste consommateur le samedi. Pas encore le dimanche mais c’est pour bientôt, car de fait, une aussi grande surface de parking restant vide un jour de la semaine c’est un « manque à gagner » et un véritable « crève cœur » pour homme politique ou dirigeant d’entreprise qui se respectent.

La ville du troisième millénaire s’est débarrassée de ses usines, « externalisées » ou délocalisées pour devenir elle-même usine gestionnaire de population dans une « méga-fête » perpétuelle de la surconsommation.
Près de 300 emplois ont été créés par le « Géant Bleu ». Ils ont été annoncés sur un ton triomphal par la presse officielle et le Parti de la Classe Politique Unifiée ; un véritable événement économique… Mais en réalité seulement une goutte d’eau dans l’océan des licenciements et des délocalisations en chaîne.

On pourrait croire, lorsque les incréments de licenciement se font par dizaines de milliers de personnes, que ces accès de joie constituent une énième manifestation d’irresponsabilité des représentants de la classe politique. En fait dans la « méga-fête de la consommation, ils assument parfaitement leur rôle dans leur fonction d’animateur démagogique de la ville. La réalité est cependant encore plus sombre, car c’est sans compter que pour chaque emploi créé ici dans la « distribution » par « Le Géant Bleu » c’est des centaines d’emplois « directs » et surtout des milliers, « indirects », créés dans la déforestation massive des forêts primitives… Pour gérer cette face cachée liée à sa volonté d’expansionnisme anti-écologique (7) « Le Géant Bleu » IKEA bénéficie d’un « Greenwashing » énergique et efficace par le Panda Géant du WWF (8).

Au-delà même de son activité commerciale propre, IKEA assume donc de multiples fonctions sociales, économique politique psychologique… La précarisation et le « Malaise dans la Civilisation » avec tout son cortège de souffrances se révèlent comme une source nouvelle inépuisable de sublimations, auxquelles satisfait pleinement « Le Géant Bleu ». Entraîneur de compétition en matière de surconsommation « Le Géant Bleu » assure en permanence dans tous les domaines utilitaires ou fantasmagoriques, la possibilité de « trouver le petit objet » « pas cher » pour satisfaire les pauvres créatures en souffrance. Par « l’achat compulsif » « sans se ruiner », « Le Géant Bleu » assure de manière illusoire mais très efficace une possibilité de sublimation sociale très personnalisée. Sur le plan psychoaffectif il permet d’améliorer l’ordinaire d’un quotidien de plus en plus précaire.

En ayant compris la relation subtile entre souffrance et sublimation, la ville du troisième millénaire occidental semble vouloir s’organiser autour de ce nouveau « Capital comportemental » accumulé depuis des décennies de vie, en ville. Par les us et coutumes acquis en milieu urbain depuis plusieurs générations dans le courant de la deuxième moitié du vingtième siècle, la « Méga Fête » de surconsommation semble pouvoir se perpétuer et s’accroître indéfiniment…

Avril 2009

JMS

Fin de la Troisième partie

(1) « Tours info » n° 103 décembre 2008
(2) Le chantier permanent qui caractérise aujourd’hui la ville de Tours n’a pas échappé à la presse nationale. Le Point n° 1900 12/02/2009 Tours : les grands chantiers – Dossier Régions – Lepoint.fr L’aspect financier, c’est-à-dire le « gouffre financier » imposé aux contribuables est aussi brièvement évoqué. Par contre le désastre écologique ne fait pas l’objet de ce numéro, mais il peut se deviner cependant, sur la photo qui illustre la couverture de ce numéro… Le néant écologique s’impose pour la perpétuation du monde de la circulation automobile.
(3) Dans les « milieux de gauche » on continue à opposer « Public » et « Privé ». En réalité le puissant secteur « Public » qui a caractérisé la deuxième moitié du XXème siècle n’était qu’une étape nécessaire dans le développement du capitalisme, qu’une transition obligatoire vers le capitalisme des multinationales. Certains secteurs économiques comme l’énergie et en particulier l’armement et le nucléaire ne pouvaient se développer que par une spoliation massive de la population, « les contribuables », et c’est bien le « secteur public » qui a mené les opérations, il en est de même de l’aménagement du territoire, de la dévastation des campagnes pour la construction du monde de la circulation automobile…
(4) Le dogme du PPP étant « la puissance publique est défaillante le recours au secteur privé est indispensable ».
(5) Cegelec aux dernières nouvelles cette « ex-filiale d’ingénierie électrique d’Alstom, est passée sous le contrôle du « fonds souverain du Qatar »…
(6) Le boulevard avait été refait à neuf il y a quelques années…
(7) Pour quelques aspects récents de la face cachée de IKEA
http://www.novethic.fr/novethic/v3/article.jsp?id=104607
(8) WWF s’est en effet spécialisé dans le « greenwashing » (blanchiment écologique) des multinationales. D’autres entreprises bien connues comme « Les ciments Lafarge » s’offrent aussi les services de ce « blanchisseur écologique » et peuvent ainsi reverdi, lancer leur projet grandiose et dévastateur sur des sites naturels classés Natura 2000 ; extraction de sable et granulats marins dans le Morbihan entre Gâvres, Groix et Quiberon.

Crédit image: www.flickr.com

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

3 commentaires sur “Un Jardin de la France en béton armé (3)

  1. feenix

    Que rajouter à cet article ?
    sinon que 1. je suis d’accord. tout abattage d’arbre m’a toujours paru criminel, d’autant qu’un arbre n’appartient à personne, pas même au propriétaire du terrain sur lequel il prospère, encore moins à une classe politique à la tête d’une ville…
    2. que fait la population à Tours ? les gens donc laissent faire… parce que l’alternative est : la bagnole ou la vie ? la conso ou la vie ?? etc
    3. j’adhère depuis quelques mois à wwf, je verse mensuellement une petite somme… Dois-je cesser ? que reprochez vous à wwf plus précisement ?

  2. Vincent

    Que dire si ce n’est que de telles politiques incohérentes vont se retourner contre leur créateur ? Il se passe la même chose avec les animaux, notamment en Asie, ou leur habitat naturel (la nature vierge) est détruit au nom de l’exploitation forestière, de l’extension des villes etc… Ces animaux ont fini par passer de l’état d’inoffensif à celui d’agressif envers les humains, jetant de ce fait un nouveau climat d’insécurité. Il va se passer ici la même chose, une dégradation de la société, des relations humaines par l’enlaidissement des villes pour finir, peut-être, par une révolte contre les élus ? Espérons que ce jour là, l’homme ne refasse pas sortir son plus profond instinct animal…

  3. Jean-Marc SérékianJMS

    Les associations de protection de la nature ne sont plus ce qu’elles étaient. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts en un quart de siècle. Le courant écologiste international s’est institutionnalisé en établissant des partenariats de plus en plus compromettants avec des multinationales dont le caractère dévastateur sur l’écosystème est maintenant connu de tous. Le WWF s’était fortement impliqué dans le passé pour la sauvegarde de la « Loire Sauvage » en participant au mouvement d’opposition à la construction de nouveaux barrages sur la Loire. C’était dans les années 1980 contre l’autocrate Jean Royer de Tours et la mobilisation populaire et écologique était très forte à cette époque. Un quart de siècle plus tard les grandes associations naturalistes nationales se sont lamentablement fourvoyées dans le « Grenelle de l’Environnement ». Le Léviathan technocratique s’est ainsi assuré de leur neutralité. Il peut relancer sa politique des « Grands Chantiers » : nouveaux autoroutes, lignes TGV, centrales nucléaires et aéroports, contournement et abolition de la « Loi Littorale » pour relancer le bétonnage, ainsi que biocarburants, pesticides et OGM… Comment expliquer cette victoire facile et totale du Léviathan technocratique sur les associations naturalistes, alors qu’en apparence la conscience de la crise écologique semble générale ? La question est politique, elle implique une compréhension et une critique nouvelle du capitalisme. Sur ce sujet les associations naturalistes sont intrinsèquement incompétentes. Elles sont donc condamnées, en toute innocence ou en pleine conscience, à coopérer pour continuer à exister : coopération avec l’institution politique, collaboration avec les multinationales… Dans l’espace-temps politique ouvert par la Seconde Guerre Mondiale le capitalisme à « L’Age Atomique » (voir Günther Anders « Hiroshima est partout ») le capitalisme doit être considérer comme le stade suprême du militarisme (voir sur Carfree « La mondialisation du STO par l’auto »)
    A Tours « Tout va pour le mieux dans le Meilleur des Mondes », le Léviathan technocratique municipal agit en toute liberté. Les préoccupations de la population sont suffisamment nombreuses et variées pour ne point s’apercevoir du désastre écologique de la politique municipale. C’est l’objet de cette série d’articles « Un jardin de la France en béton armé » d’illustrer, faute de mieux, le militarisme du capitalisme contemporain. Sur un bassin de population de 300 000 habitants les personnes conscientes du désastre écologique de la politique municipale ne dépasse pas au mieux les cinquante personnes et ils ont en face d’eux le Partie de la Classe Politique Unifié et avec « Les Verts » compris…

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