Massacre à la tronçonneuse pour que passe le tramway à Tours

tramway-le-moins-ecologique

« Le tramway le moins écologique de France » (1) c’est à Tours « dans le Jardin de la France » qu’il se trouve. Dans cette ville pour préserver ou accroitre coûte que coûte les prérogatives inaliénables de l’automobile, la « mobilité durable » se fait sur des champs de cadavres.

L’année 2009 est l’une des plus noires de l’histoire de la ville en termes de massacre à la tronçonneuse pour la privatisation de l’espace publique. Après l’abattage de l’allée des platanes du boulevard Tonnellé en janvier (2) et la tentative avortée de destruction du Parc Grandmont en juin (3), c’est au tour de la magnifique allée de jeunes Cèdres de l’avenue de l’Europe d’être abattue pour que puisse passer le Tramway, sans nuire à la circulation et au parking automobile.

Dans cette large et récente avenue de la ville, six axes quasi exclusifs son dédiés aux voitures. Quatre le sont pour leur circulation et deux pour leur stationnement. Le tramway doit faire sa place sans les déranger mais la place manque pour la privatisation de l’espace.

A l’annonce du projet de tramway, une inquiétude pour les Cèdres et même une protestation s’était exprimée en provenance de quelques riverains de cette avenue ; relayée par la « Vélorution de Tours » et quelques personnes préoccupées par la préservation des grands arbres dans la ville (4), elle avait imposé à l’état major municipal, un repli tactique momentané le temps de réviser sa copie… « Rien n’est arrêté ! Le maitre d’œuvre travaille sur le tracé depuis la mi-juin, laissons-lui la capacité de créer. Ces planches qui figurent au dossier, sont là à titre indicatif. Les études sont en cours. Rien n’est acté » pouvait-on lire dans « La Nouvelle République » du vendredi 7 août 2009. Le journaliste «amphorique » de cet organe de propagande municipale se permettait même l’habituel commentaire débile « Après le faux pas du bois Grandmont, en juin dernier, pour la nouvelle ligne de bus à haut niveau de service, la sensibilité « écolo » a été réveillée et le tramway a plutôt intérêt à ne pas toucher aux arbres… » (5)

Après quelques mois de révision, le verdict tombe, les cèdres ne seront pas abattus (6). Tel est le résultat affirmé à la « réunion publique » orchestrée dans le cadre formel de la « démocratie participative ». Non abattus, certes, ils seront seulement amputé de leur branches. Réduits à l’état de tronc sur six mètres de hauteur, un moignon céphalique de quelques branches résiduelles leur donnera au mieux un aspect de pin parasol et au pire de bananier emmanché d’un long tronc.

Tel est la réalité du projet administrativement pensé et imposé à des arbres faits pour se déployer et traverser les siècles… Devenus économiquement « inutiles et nuisibles » pour le bon fonctionnement de la ville projetée comme un bassin de chalandise, ces cèdres doivent certainement depuis longtemps aussi abriter une faune discrète de roitelets huppés ou même triple bandeaux. Ces petits oiseaux invisibles aux passants et dont le chant discret est censuré par le vacarme automobile, sont en tant que passereaux des espèces protégées. Mais, non menacées, l’élimination de leur habitat ne mobilisera pas les associations naturalistes, l’état major municipal a donc, de ce côté-là, les « mains libres » pour son énième massacre à la tronçonneuse.

Dans sa logique mercantile des marchés publics les seuls axes encore accessibles aux mises en chantiers sont immanquablement ceux où se trouvent des grands arbres. Les surfaces arborées à des axes, ces axes deviennent discontinues et les arbres résiduels de ces axes à leur tour amputés de leur branche.

L’avenue de l’Europe était l’une des plus arborées de la ville. Deux alignements d’arbres périphériques et un alignement central, trop « romantique », trop généreuse en nature, cette conception ancienne de la ville est devenue incompatible avec la nouvelle politique utilitaire et concentrationnaire de gestion optimisée de l’espace urbain.

Dans l’immédiat il n’y a aucune urgence à la création d’une ligne de tramway dans ce secteur périphérique mais proche du centre de la ville, si ce n’est de créer une dynamique de spéculation immobilière dans ce quartier populaire tranquille. C’est l’une des fonctionnalités nouvelles des Tramways modernisés dans les futures villes mégalopoles conçues comme des « bassins de chalandise » de dimension régionale.

Les heureux habitants du centre ville élargi de la nouvelle Mégalopole régionale accédant au statut de capitale commerciale, sont invités à se déplacer en Tramway pour faciliter l’afflux automobile de la clientèle en provenance des zones périphériques de la Région Centre…

Conçue comme un bassin de chalandise, La Mégalopole Tourangelle du 21e siècle persiste et signe dans sa logique d’élimination systématique de son économiquement « nuisible » et « encombrante » strate arborescente…

Tours le 27 novembre 2009.

JMS

(1) Le tramway le moins écologique de France – le blog velorutiontours
http://velorutiontours.over-blog.org/article-33895938.html
(2) http://carfree.fr/index.php/2009/06/26/un-jardin-de-la-france-en-beton-arme/
(3) Tramway et automobile, désastres écologiques en série pour l’expansionnisme d’un “bassin de chalandise”
(4) http://pressibus.free.fr/blogcvl/arbres.html#Europe
Les cèdres de l’avenue de l’Europe en Danger !
(5) http://pressibus.free.fr/blogcvl/a/Arbres/nr2009-08-07.jpg
(6) Tours.maville.com Le futur tramway dévoile son “ sillon ”

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

6 commentaires sur “Massacre à la tronçonneuse pour que passe le tramway à Tours

  1. Cleripage

    C’est vraiment à pleurer. L’arbre mérite notre plus grand respect, il est beau et durable. Nous ne sommes que des fourmis éphémères à côté de ces géants . L’arbre est un symbole de vie, on ne respecte plus ni les animaux, ni les hommes et jamais on n’a respecté les arbres. La vie ne mérite donc pas le respect ?. Je suis sans doute un sentimental, et en affaires (qui est une guerre) comme a la guerre (qui est une affaire), on ne fait pas de sentiments.
    Mais qui donc à porté de tels hommes aux responsabilités de nos villes, de nos régions de nos pays, de notre planète. Nous, encore nous !
    Il est temps que cela change et que l’on arrête de faire des « affaires » pour « croitre » plus vite. Retrouvons la sagesse de certains peuples anciens qui savaient que s’en prendre à la nature était un suicide.

    Cette nouvelle m’attriste profondément, autant que lorsque je pense à l’Amazonie et à toutes ces forêts en péril. Mes condoléances les plus sincères aux tourangeaux..

    Désespoir …

  2. PHILIPPE H

    A Douai (59), on à couper des dizaine d’arbre, dont certains surement centenaire, en face du nouvel Hopital……
    pourquoi ? je n’en sait rien , je vous tient au courant.

  3. Pim

    @Ecologique : un commentaire hors du commun. Heureusement que tu es là pour relever le niveau du débat!

  4. Tassin

    Pour info, je rappelle qu’un arbre (feuillu) absorbe environ 30kg de CO2 par an… Soit l’équivalent de la combustion d’à peine 13L d’essence…
    Donc en 1 seul trajet avec quelques personnes ne prenant pas leur voiture ce bilan est compensé.
    Maintenant c’est vrai qu’un arbre c’est plus qu’une pompe à CO2, ça purifie l’air et entretient de la biodiversité.

Les commentaires sont clos.