Du plomb dans l’aile et dans la cervelle

L’édition 2010 de l’état de l’environnement en France revient sur une des pollutions majeures de notre pays, la pollution des sols au plomb. Globalement, la contamination des sols est très large. Elle est en particulier à relier au trafic routier longtemps responsable de l’essentiel de la pollution anthropique au plomb. Pollution au plomb qui est issue des manigances des grands groupes automobiles pour imposer son usage dans l’essence et dissimuler au public sa dangerosité pour l’homme et l’environnement.

Selon l’édition 2010 de L’environnement en France, « certaines pollutions des sols sont, par excellence, une « mémoire » des pratiques passées. Ainsi, la pollution au plomb (carte) renvoie-t-elle à un trafic automobile sans pot catalytique et ne bénéficiant pas de la technologie de l’essence sans plomb. Les pollutions se sont accumulées et apparaissent comme un legs qu’il faudra longtemps supporter« .

Beaucoup des utilisations historiques du plomb ou de ses composés, comme l’essence plombée, sont désormais proscrites en raison de la toxicité du plomb pour le système nerveux (saturnisme en particulier).

Pour la santé humaine, un risque existe dès lors que le plomb ou certains de ses composés peuvent être inhalés (sous forme de vapeur ou de poussière) ou ingérés, et assimilés par l’organisme.

Les personnes les plus vulnérables sont les enfants et les femmes enceintes, puis les personnes âgées. Les enfants sont souvent les plus touchés car leur organisme absorbe proportionnellement plus de plomb que celui des adultes.

Mais c’est aussi l’ensemble de la faune et de la flore qui sont directement impactés par ces concentrations élevées en plomb dans les sols qui jouent également un rôle dans la diminution de la biodiversité.

Du plomb dans la cervelle

Certains pensent peut-être qu’il s’agit d’une conséquence dommageable de l’industrialisation en général, et du développement de l’automobile en particulier. Une sorte d’accident industriel qu’on a pu stopper quand l’évolution des technologies a permis de se passer de l’incorporation du plomb dans l’essence.

Erreur: une enquête de Jamie Lincoln Kitman, « L’histoire secrète du plomb« , retrace un aspect largement ignoré de l’histoire économique et industrielle du XXe siècle : l’introduction délibérée du plomb dans l’essence et les manigances des grands groupes automobiles pour imposer son usage et dissimuler au public sa dangerosité pour l’homme et l’environnement.

Intrigues, manipulations, ententes secrètes, pressions, chantages et procès se succèdent tout au long du siècle jusqu’à l’interdiction récente de l’essence plombée aux Etats-Unis et dans l’Union européenne.

Les aventuriers de l’essence plombée ont pollué le monde, à grande échelle et pour leur profit, nous laissant pour des dizaines ou des centaines d’années encore des sols largement pollués et dans certains endroits, gorgés de plomb.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

3 commentaires sur “Du plomb dans l’aile et dans la cervelle

  1. LGV

    La question sera : « faut il contrôler plus longtemps un nouveau produit ? »

  2. CarFree

    Ou alors: « faut-il interdire un nouveau produit tant qu’on a pas prouvé son innocuité? » (principe de précaution)
    Sauf qu’on interdit alors 80% des produits en vente libre, dont la voiture…

  3. Gari

    Lorsqu’il s’agit d’un produit destiné à être produit et utilisé massivement, j’aurais tendance à dire « oui ».
    Dans le cas d’un produit moins diffusé, je suppose qu’il faut réfléchir un peu plus…

    Cela dit ma première réaction serait de conditionner tout changement technique majeur à un véritable référendum, avec réel débat publique (et pas campagne d’acceptation comme c’est le cas actuellement pour les pseudos-débats organisés notamment sur les nanotechnologies), afin que le pouvoir de décider du présent et de l’avenir de notre société soit rendu au peuple et non à quelques technocrates.

    Oui, ça ferait un sacré paquet de référendum.

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