Du bruit pour rien

Le 8 juillet dernier, la secrétaire d’Etat à l’écologie Chantal Jouanno a présenté de nouvelles mesures pour « lutter efficacement contre le bruit ». Elle ne fait que reprendre les vieilles recettes éculées de ses prédécesseurs. Après quatre décennies d’échec, nos gouvernants continuent à se foutre de la santé publique en ne s’attaquant pas à la racine du problème. L’intérêt des constructeurs automobiles passe avant tout.

Deux tiers des Français se disent gênés par le bruit à leur domicile (1). Deux tiers ! Le bruit provoque trouble du sommeil, stress, anxiété, dépression, fatigue intense, troubles de l’audition, agressivité… Ainsi que la destruction de la convivialité. « Les impacts des bruits ne sont donc pas seulement d’ordre sanitaire mais peuvent altérer le climat social d’un quartier ou d’une ville. » (2)

La responsable ? La circulation automobile, qui représente la principale source de nuisances sonores. Et pourtant, les gouvernements censés se préoccuper de santé publique laissent les flots de métal hurlant se déverser dans les rues. « Le réseau routier et la circulation automobile citadine, de jour comme de nuit, ne cessent de s’accroître. En conséquence, les niveaux sonores mesurés en façade n’ont pas diminué depuis trente ans. » (3)

Chantal Jouanno fournit une nouvelle illustration de l’incurie de l’Etat dans le domaine. La secrétaire d’Etat à l’écologie fait croire que le gouvernement se préoccupe de la plèbe en présentant ses mesurettes anti-bruit. Ah, on peut se féliciter des 240 millions d’euros « investis chaque année par l’Etat et les collectivités locales, en augmentation de 20 % par rapport à la situation avant le Grenelle de l’environnement » (4). A titre de comparaison, cette somme représente la construction de 44 kilomètres de routes en 2×2 voies. C’est dire l’importance qu’accorde l’administration à la lutte contre le bruit.

Ces fonds pharamineux serviront, entre autres, à installer « des murs antibruit et des chaussées absorbantes » (5). La technologie va nous sauver. Et puis on mettra quatre observatoires du bruit dans les agglomérations, sur le modèle de bruitparif à Paris. Ils pourront observer qu’effectivement il y a beaucoup de bruit dans les agglomérations.

Mais surtout, ne diminuons pas le trafic automobile en favorisant les transports en commun et la mobilité autonome (marche, vélo, rollers, brouettes…). Surtout, ne réduisons pas drastiquement la vitesse, ne fermons pas des rues entières à la circulation. Ça, c’est du passéisme d’ayatollah de la décroissance qui risque de déplaire à Renault.

Sourec: http://pedaleurop.over-blog.com/

(1) Selon l’enquête « les Français et les nuisances sonores », menée par l’institut TNS SOFRES en mai 2010 pour le ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer.
(2) Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), « Effets biologiques et sanitaires du bruit », 2007.
(3) Ibid.
(4) Communiqué de presse du cabinet de la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie.
(5) « Nous allons nous attaquer au bruit des transports », interview de Chantal Jouanno dans Le Parisien, 8 juillet 2010.

Pierre Thiesset

A propos de Pierre Thiesset

Journaliste et écrivain français, auteur du blog "L'Europe du Nord à vélo"

12 commentaires sur “Du bruit pour rien

  1. Gari

    J’ai habité quelques années dans un appartement donnant directement sur un boulevard très passant. J’ai déménagé principalement à cause du bruit. J’ai trouvé un autre appartement dans une résidence calme, à 100m de la route la plus proche (je ne compte pas la route qui permet juste d’entrer et sortir de la résidence, qui est peu fréquentée et où les voitures sont lentes).

    Seul petit bémol : forcément, cet appartement coûte plus cher. Ne pas être emmerdé par les bagnoles coûte de l’argent…

    Cela dit, le surcoût mensuel de mon appartement est inférieur au coût mensuel d’une voiture, donc je m’en sors quand même pas trop mal, mais ça me fait quand même mal au coeur de payer pour avoir le droit de n’être pas agressé par la circulation automobile…

  2. MinouMinou

    Mais enfin quoi ?! Quelle poésie que d’être réveillé par des voitures qui font chauffer leur moteur… Et cette odeur délicate ! Et ce doux bruit, dans Paris, de vroum-vroum et de klaxon, qui berce les nouveaux-nés ! Pas besoin des tendres bras et de la douce voix de Maman, les bagnolards s’en chargent.

    De quoi vous plaignez-vous, passéistes ?! Hommes des cavernes ! Terroristes ! Marcher avec ses pieds ça fait maaaal ! Vite, abolissons le corps, ne soyons qu’esprit ! Fusionnons avec le métal et le plastique ! Au diable la volonté ! Abdiquons nos muscles ! Allons jusqu’au bout de notre logique : coupons-nous les jambes, préparons une mixture pour nos moteurs ! Pour que la fête continue encore quelques années.

    Sans les jambes, la fête est plus folle !

  3. Anthony GrégoireBaillecyclist

    Pour lutter efficacement contre le bruit, il faut faire taire Chantal Jouanno, elle m’agresse un peu le tympan.
    Et moi, je ne suis pas agressé par le bruit des voitures, en plus je paye moins cher de loyer, car je suis ds un quartier difficilement accessible aux voitures, où il est impossible de se garer, même pour un vélo, ce qui en plus de me faire les jambes, me fait les bras en devant monter le vélo sur l’épaule jusqu’à mon appart.
    Il reste ces saletés de scooters, qui apparaissent pour beaucoup de mes voisins l’alternative à la voiture!
    i z’ont toujours une solution, ils sont machiavéliques!!

  4. Nicolas

    Il y avait du bruit dans ma ville, alors je suis allé vivre à la campagne (vous comprenez, moi j’aime la nature !).
    La maison et l’auto – indispensable, quand on vit à la campagne – ont augmenté mes frais généraux, mais au moins, je suis au calme.
    Alors je les plains les habitants de la ville !

  5. CarFree

    « Alors je les plains les habitants de la ville ! »
    Tu les plains de devoir supporter le bruit de ta voiture quand tu viens en ville?

  6. Nicolas

    <>
    Exactement. Pourquoi, où est le problème ?
    Je faisais évidemment de l’humour, pour ceux qui n’auraient pas compris, en tentant de mettre en avant l’absurdité de nos réflexes automobilistiques.
    J’ai pourtant déjà entendu ce type de discours que je reprend au second degré, même s’ils sont caricaturaux. Un collègue m’a un jour assuré qu’il valait mieux de longs trajets en auto, car la pollution d’une voiture froide sur une courte distance était plus importante, sans réaliser que sur un trajet long, la voiture était froide sur les premiers kilomètres. Un autre m’a assuré qu’à la campagne, les pollutions se diluaient dans l’espace ambiant ; il oubliait ainsi les derniers kilomètres en ville à l’arrivée sur son lieu de travail !

  7. Gilles ChomelLécoLomobiLe

    L’enrobé anti-bruit, c’est bien gentil, mais il ne faut pas perdre de vue que son efficacité décroît vite dans le temps parce que les aspérités se remplissent rapidement de poussières et de boue.

    Ceci dit, je ne suis pas contre le principe de l’enrobé antibruit ou de l’enrobé favorable à l’albédo ou qui aurait d’autres propriétés écologiques.

    Je déteste les postures anti-technologiques a-priori telle que l’anti-productivisme de Paul Ariès.

  8. Anthony GrégoireBaillecyclist

    Ce que dit le code du travail, face à un risque:

    1 – Eviter les risques ;
    2 – Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ;
    3 – Combattre les risques à la source ;
    4 – Adapter le travail à l’homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de
    travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en
    vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci
    sur la santé ;
    5 – Tenir compte de l’état d’évolution de la technique ;
    6 – Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n’est pas dangereux ou par ce qui est moins
    dangereux ;
    7 – Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l’influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral, tel qu’il est défini à l’article L. 1152-1 ;
    8 – Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de
    protection individuelle ;
    9 – Donner les instructions appropriées aux travailleurs.

    Le mur anti bruit, protection collective, arrive en 8e position des actions à entreprendre, lecolomomobile tu nous fait pire que ces textes qui ne sont qu’un strict minimum.
    Et pour le bruit des boulevards en ville, tu nous mets des murs entre la route et le trottoir!
    J’espère que t’as signé l’appel à la candidature de Paul Ariès pour 2012.

  9. Vincent

    Je me dis que, bien souvent, le seul moyen, se serait de faire sauter la chaussée pour qu’ils ne passent plus !

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