Vivement la reprise pour qu’on se retrouve coincés dans les embouteillages!

Certains articles de la presse quotidienne ont ceci d’intéressant qu’ils montrent de manière involontaire l’absurdité de la société de l’automobile. C’est le cas aujourd’hui d’un article du journal Le Monde qui nous explique que la crise économique fait baisser les embouteillages.

« Avec la crise, l’autoroute devient trop chère pour les Portugais« , nous annonce Le Monde. Le Portugal est en effet le pays où la circulation a le plus diminué en Europe, avec une baisse du taux d’embouteillages de 50% en 2012, et de 68% sur les trois premiers mois de l’année. La raison de cette baisse des embouteillages qui devrait ravir les automobilistes? La crise économique!

Avec l’augmentation du prix de l’essence, des frais d’entretien des voitures et du prix des péages, les automobilistes portugais prennent de moins en moins leur voiture, ce qui réduit mathématiquement les embouteillages. Sauf que les automobilistes en question ne semblent pas particulièrement « ravis ». En fait, si on lit l’article en question entre les lignes, on comprend que les automobilistes préfèreraient être dans les embouteillages plutôt que de laisser leur voiture au garage du fait de la crise…

Quelle est cette société reposant sur une économie dont la « bonne santé » se mesure au nombre d’embouteillages? C’est la société de l’automobile bien entendu!

Mais le meilleur est à venir. On apprend ainsi que le Portugal a été contraint par ses bailleurs de fonds à rendre certaines de ses autoroutes payantes. En échange d’une aide exceptionnelle de 78 milliards d’euros, accordée en mai 2011, le Portugal a du en effet mettre fin à la gratuité de certaines de ses autoroutes les plus fréquentées.

Étonnamment, les autoroutes portugaises étaient donc gratuites jusque là car elles étaient considérées comme « un outil de désenclavement et de croissance économique ». Bel exemple de croissance économique quand le pays en est rendu à mendier 78 milliards d’euros à « ses bailleurs de fonds »…

Également, il faut savoir que le Portugal est un gros bénéficiaire des aides européennes depuis de nombreuses années. Or, près d’un quart des fonds de développement régional provenant de l’Europe a été consacré aux routes! Tout ceci au nom du « désenclavement » et de la « croissance économique »… pour arriver au résultat actuel qui ressemble plus à une banqueroute qu’à autre chose.

En fait, nos sociétés « investissent » depuis des décennies des centaines ou même des milliers de milliards d’argent public pour le développement des réseaux routiers et autoroutiers au nom de la croissance économique pour arriver à la crise économique actuelle qui n’en finit plus. On nous aurait donc menti?

Chaque tronçon de route ou d’autoroute construit en Europe a provoqué nuisances et destructions de la biodiversité, pollution et émissions de CO2, mais chaque étude technique a en général conclu que « cela en valait la chandelle au nom de la croissance économique et de la création d’emplois »…

Aujourd’hui, il y a des dizaines de millions de chômeurs en Europe, la crise économique est bien là mais on peut se satisfaire d’avoir des routes et des autoroutes partout. Sauf qu’il y a de moins en moins de monde pour les utiliser vu qu’elle coûtent de plus en plus cher et que les gens ont de moins en moins d’argent…

On nous dit que la croissance revient, qu’on sent un frémissement, un début de fin du tunnel. Bonne nouvelle pour l’économie, les premiers mois de l’année montrent une reprise de 4% de l’encombrement sur les routes…

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

9 commentaires sur “Vivement la reprise pour qu’on se retrouve coincés dans les embouteillages!

  1. Laurent

    Montrer l’absurdité de ces destructions et gaspillages rebaptisées investissement au nom de la croissance et de l’emploi et débouchant in fine sur le surendettement et le chômage c’est salutaire .
    Au fond depuis un siècle nous n’avons fait que rendre plus coûteuse et complexe la satisfaction des mêmes besoins : nourriture, logement, santé,transport…

  2. Vincent

    > Sauf que les automobilistes en question ne semblent pas particulièrement « ravis ». En fait, si on lit l’article en question entre les lignes, on comprend que les automobilistes préfèreraient être dans les embouteillages plutôt que de laisser leur voiture au garage du fait de la crise…

    Autre explication : les gens se déplacent moins qu’avant ou moins confortablement (routes nationales « dans un état déplorable » vs. autoroutes rapides et en bon état) parce qu’ils n’ont plus l’argent pour ça.

    > Quelle est cette société reposant sur une économie dont la « bonne santé » se mesure au nombre d’embouteillages? C’est la société de l’automobile bien entendu!

    Le PIB est en effet critiqué depuis longtemps comme un indicateur très mal fichu.

    Outre qu’il ne prend en compte que les activités commerciales (exit le temps passé avec ses enfants ou le coup de main donné à ses amis), il ne prend pas non plus en compte le coût des matières premières, considérées comme gratuites : la fin des hydrocarbures qui se profile sera d’autant plus pénible à vivre…

    > On nous dit que la croissance revient, qu’on sent un frémissement, un début de fin du tunnel. Bonne nouvelle pour l’économie, les premiers mois de l’année montrent une reprise de 4% de l’encombrement sur les routes…

    Wishful thinking. La croissance est liée à l’énergie, et comme l’énergie bon marché est derrière nous…

    « Le prix du pétrole gouverne-t-il l’économie ? »
    http://www.manicore.com/documentation/petrole/petrole_economie.html

  3. Jean-Marc

    -68% d’utilisation des autoroutes en 2 ans…
    jolie chute, en peu de temps…

    Celà m amène à une réflexion,
    en rapport aussi avec

    – ce que dit Laurent (http://carfree.fr/index.php/2013/08/21/yasuni-le-choix-de-la-defaite le 22 août :« C’est en quelques semaines que le royaume uni s’est installé dans une économie de guerre après 1940. Mais tant qu’il n’y a pas de contrainte forte nous conservons nos habitudes aussi nocives fussent elles et nous fermons les yeux. »)

    – ou ce que dit Vincent (http://carfree.fr/index.php/2013/08/30/transporter-de-petites-charges-volumineuses-a-velo/#comment-27067 « J’avais d’ailleurs contacté toutes les boutiques à Paris pourvues d’un mail/formulaire pour leur demander s’ils louaient des remorques : seules deux à Paris le font. » )

    A- l adaptation rapide à des changements de situations :

    En plus des anglais en guerre,
    on pourrait parler
    – de la france occupée après 1940, qui n’avait plus de pétrole (importé), qui envoyait une majeure partie de sa viande, son fer et son charbon en allemagne.
    – de la france de 14, quand les femmes ont découvert la chaine des usines et la coupe à la garçonne (pour que les cheveux ne soient pas pris par les courroies) : des travaux et un look considérés comme anti-féminins juste avant…

    Mais, il n’y a pas que les guerres mondiales, qui influencent des habitudes ancrées « de tout temps », en créant (temporairement) un monde différent du monde « de tout les jours » :

    – 68, avec la hausse des prix du carburant, puis la grève généralisée… permettant de découvrir (entre autre) des autoroutes vides… avec des gens à pied et à vélo dessus
    – la grande grève des camions de 95 (supermarchés se vidant progressivement de certains produits non ré-approvisionnés)
    – la grève de raffineries, en france en oct. 2010, avec queues dans les dernières station essence approvisionnées
    – les vols au sein ou vers les USA, après le 11 sept. 2001
    – les vols au sein, ou vers l europe, après le volcan islandais (avril 2010)

    Certaines pratiques ont disparues, sans conflit majeur… ou avec juste un très léger coups de pouce d’un acte isolé :

    – le port du chapeau, qui était la norme, avant 1950 [en fait, c est la voiture, qui a eu la peau du chapeau : les voitures ne sont plus conçues suffisement haute pour permettre de garder son chapeau sur la tête à l’intérieur.. et donc, le mettre/l enlever dès qu’on monte/descend devient une contrainte- d ailleurs, les gendarmes ont utilisé très longtemps la 4L, car c’était la seule voiture qui leur permettait de garder leur képi sur la tête (comme l exige(ait ?) le règlement)]
    – le vol supersonique : alors que les védettes, les chefs d entreprises, les politiques utilisaient le concorde pour traverser l atlantide à plus de 900km/h, maintenant, plus personne (hors militaires), même avec l’avion privé le plus cher, ne se déplace plus au-delà de 800km/h… et même, très majoritairement, sous les 400km/h
    (l accident du concorde à roicy en 2000 a été le coups de grâce… mais les vols supersoniques, qui étaient restés confinés à une élite, étaient deja en regression).

    Ainsi, des choses « normales » aujourd’hui, peuvent très bien être profondément changées dans l avenir, sans que le monde ne s’écroule.
    (comme dit l’un des premier texte chinois (repris-entre autre- par Bouddha) : « 
    La seule chose immuable dans l’univers, c’est le changement« )

    B- la disparition des lieux de vente destinés aux non-motorisés

    mon grand-père handicapé et ma grand-mère, sans moyens de locomotion autres que leurs pieds, vivaient dans une village de moins de 2 000 habitants sans commerces ni services (docteur, coiffeur, vétérinaire,..) , entourés de villages de moins de 5 000 habitants avec peu de commerces et services.
    Pourtant, une camionnette passait pour vendre le pain, des laitages, de la viande et charcuterie, journaux et divers autres produits :
    ils ne manquaient de rien.
    (et les coiffeurs, docteurs,…, passaient : seul le dentiste entrainait une « expédition » au bourg voisin)

    Ceci, même si leurs achats dépendaient des volumes transportables dans la camionnette : ainsi, ils n avaient pas de briques de lait UHT, mais -rarement- du lait d’un voisin paysan, qu’ils faisaient bouillir sur le feu, ou, plus souvent (pour le café au lait ou autres boissons coupées au lait), de poudre de lait régilait/candia.
    De même, ils ne buvaient pas d eau en bouteille ni -à par le vin- d autres boissons en bouteille.

    Des années plus tard, chez mes parents, passaient deux camionnettes :
    une d’un boulanger, et une d un gros paysan, vendant des oeufs.
    donc des produits frais (pain) ou +/- frais (oeufs frais).

    maintenant, les rurbains qui se sont installés dans le village de mes grands-parents font tous leur courses en voiture, au gros bourg à 10km de là, ou à l agglo à 20km de là : la camionnette, faute de clients, n existe plus.
    De même pour les 2 camionnettes de mes parents.
    Seuls camionnettes qui existents encore :

    les camions réfrigérés (3 réseaux concurrents sur la même zone ! ! !) et « le camion » (une quincaillerie ambulante)
    -> on est passé de produits frais et locaux, passant quotidiennement (pain) ou hebdomadairement (oeufs), à des produits de très longue conservation (congélés) passant mensuellement ou à du made in china increvable, tant qu’on ne le déballe pas, passant quelques fois par an.

    C est comme pour la location de remorque a vélo :
    les marchés, pour le pain quotidien/l oeuf hebdo a disparut avec la multiplication des voitures.

    Mais, quand il y aura 3, 4 ou 5 fois plus de ménages sans voiture qu’actuellement, alors, les locations de remorques, saccoches, les commerçants ambulants, les places de vélos-trains, et tout un tas d autres biens et services destinés aux familles sans voiture (ré) apparaitront et se multiplieront.

    C est le pb, quand on est minoritaire, en avance sur une des mutation actuelle de la société :
    pour l’instant, tant qu’une majorité des gens font leur courses dans des hyper/super en zone commerciale, les solutions alternatives n’ont pas de clients leur permettant d émerger.

    [C est pourquoi, il est essentiel de faire ses courses à vélo/pied chez le commerçant indépendant proche de chez soi, tant qu’il existe encore… non seulement celà permet de faire moins de km qu’en allant en zone commerciale hors de la ville, d avoir une relation dh’umain à humain avec ses commerçant (et non de carte bleu à enregistreurs de carte bleue), mais celà permettra de pouvoir aller chez lui demain et après-demain, au lieu de se plaindre de sa fermeture… alors qu’on n allait jamais chez lui (j ai des connaissances ainsi : ne faisant jamais leurs courses en local… mais déplorant la fermeture d’un commerce où ils mettaient les pieds une fois tous les 3 ans….)]

    Ainsi, je ne m’inquiète pas :
    plus il y aura de gens à vélos,
    plus il y aura de famille sans voiture,
    et plus les commerces adaptés aux achat locaux, aux familles sans voiture, refleuriront.

    L essentiel, c est juste d atteindre une taille critique, une taille suffisante, pour que les familles sans voitures puissent faire vivre certains commerçants.
    Forcément, pour les premiers, quand la structure n est pas encore mise en place, c est un peu plus dur…
    Mais, au vu du nombre de cyclistes urbains que je croise, les choses vont (lentement… très lentement…) dans le bon sens.

    N.B.
    c.f. les livreurs de lait anglais :
    les anglais utilisent bcp de grand breaks (parfois électriques) pour leurs livraisons de lait,
    mais, il y a qq décenies, ces tournées étaient faite en attelage à traction animale :
    Ce qui compte, c est la tournée desservie et la charge tractée; et non la « rapidité » pour parcourir les rues, entre 2 arrêts,
    Donc, pas besoin de pétrôle ni de batteries, pour avoir des commerçants ambulants.

    au contraire, la lenteur des déplacements, entre chaque point de vente, est même un avantage :
    rater le commerçant devant chez soi (le temps de trouver l argent, et de savoir ce qu’on achète), et pouvoir le rejoindre à pied 100m plus loin, à son arrêt suivant, est très pratique…)

  4. Jean-Marc

    Précision, sur les marchands ambulants de mes parents :

    c’était à une époque où une minorité de femmes travaillaient, et où elles n avaient pas accès à la voiture la semaine (soit le ménage n avait pas de voiture, soit il n en avait qu’une seule, et la semaine, le mari s en servait pour aller travailler).

    Ainsi, une majorité de femmes, la semaine, étaient sans accès à la voiture (ou alors, tard, après le retour du mari).

    Je ne sais pas si on verra plutôt le retour des marchands ambulants, ou plutôt la multiplication des commerces de proximité permettant d’y aller à pied/en vélo (les 2 pouvant être liés, avec des livraisons en cargo-bike pour les personnes ne pouvant aller au commerce du coin), ou un mélange des 2.

    J espère juste qu’on n assistera pas uniquement à une multiplication des achats par internet à une centrale internationale, avec livraison par camion,
    comme ce qui se fait (par certains) avec amazon, un site qui ne crée aucun emplois local, aucune plus-value locale… sauf la pollution des camions livrant dans ta rue…. alors qu’ils vendent les même produits, au même prix (loi Lang), qu’une librairie locale….
    Librairie locale où on peut parfois faire une commande par internet, mais où on peut tjrs faire une commande par tél ou en y passant.

  5. Tassin

    Je connais assez bien le Portugal et cette nouvelle n’est pas forcément si excellente que ça.
    Les routes secondaires passent dans de nombreux villages et leur fréquentation en hausse est une catastrophe pour la qualité de vie des gens. En plus l’état de ces routes est franchement dangereux pour 2 raisons : augmentation du traffic et baisse du budget entretien à cause de l’austérité de la Troïka.

    Quant à prendre le vélo à la place de la voiture au Portugal : n’y pensez même pas, espérance de vie de 20 minutes sur ce pays montagneux, aux routes départementales et nationales étroites défoncées et peuplées de conducteurs fous du volants.
    A part en centre-ville ou dans les rares coins plats du pays il faudra une création massive de voies cyclables pour que ça soit possible.

  6. L'intégriste ferroviaire

    @Jean-Marc
    Je crois qu’on est plusieurs à pouvoir témoigner la même chose sur la vie rurale.
    Faut pas oublier mon dada : on rouvrira des lignes de chemin de fer fermées.

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