Fin de la voiture, utopie ou fatalité?

Les rencontres du R.E.V.E.S. (Réseau d’Éducation Varois pour l’Environnement et la Solidarité) m’accueillent le 5 octobre prochain pour une conférence intitulée : « Fin de la voiture, utopie ou fatalité? ».

Vous trouverez ci-dessous le texte reprenant la trame de cette conférence, qui utilise de nombreuses idées déjà développées sur Carfree, mais qui n’est bien sûr pas exhaustif.

Je vous invite donc à venir à cette conférence pour aller plus loin et pouvoir échanger sur le sujet. Une autre conférence est proposée le même jour sur la pollution atmosphérique.

Rencontres du R.E.V.E.S.
Dimanche 5 octobre 2014
Parc de la Navale à la Seyne-Sur-Mer
Entrée gratuite

Le programme se trouve en intégralité sur : http://reves83.fr/

Anthony GREGOIRE

affiche-reves

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La fin de la voiture individuelle : Utopie ou fatalité ?

La voiture pour tous est une parenthèse dans l’histoire de l’homme qui se refermera. On peut choisir de refermer cette parenthèse tranquillement et se tourner vers d’autres choix ou subir cette fin qui risque d’être violente et d’en subir les conséquences sociales et économiques.

L’histoire

La voiture n’est pas une évolution naturelle, elle est née en 1771 mais a commencé à se développer à la fin du 19e siècle, pas sans opposition. Elle fut surnommée la tueuse de poules et était souvent accueillie dans les campagnes par des jets de pierre. L’automobile club a donc joué un rôle important pour la faire accepter en organisant des courses où était offert le repas et la boisson aux visiteurs, selon la vieille méthode, toujours autant d’actualité, du pain et des jeux. Adolf Hitler participa aussi à sa démocratisation en développant la Volkswagen ou voiture du peuple et les infrastructures nécessaires à une circulation de masse.

L’occupation de l’espace

En ville, l’espace dédié à la voiture atteint 80%. Intéressons nous d’abord à l’espace qu’occupe une voiture la majorité de son temps : le parking ! Pour une voiture, il y a 8 places de parking, car il faut toujours en trouver une de libre quand on se déplace. Il faut donc 80m² pour garer une seule voiture.

Mais pour se déplacer, une seule voiture a besoin d’encore plus de place. Place qui augmentera avec la vitesse de la voiture : distance de sécurité x largeur de voie. On a donc à 50km/h : 30m x 3 = 90m² et sur autoroute : 130 x 3 = 390m² qu’on pourrait également multiplier par le nombre de voies car les voies supplémentaires servent à doubler et non pas à circuler.

Une voiture étant occupée en moyenne par 1.2 personne (source ADEME), on se rend bien compte du privilège que s’octroie et qu’octroie l’Etat à chaque possesseur d’une voiture.

Cette vitesse et cette infrastructure rendent l’utilisation de la voiture totalitaire, son utilisation interdit de fait ou rend difficile d’autres modes de déplacement (à pied, à vélo, à cheval) et même de trouver un emploi (permis B et véhicule personnel exigé). Les transports en commun souffrent également du développement massif de la voiture.

L’espace physique ne suffit pas à la voiture, elle a également colonisé l’espace mental. Regardez autour de vous, vous verrez rapidement des publicités pour les voitures dans les rues, à la télé, dans la presse (parfois déguisées en article) mais aussi dans les programmes pour enfants où la voiture devient le héros. A l’école, la sécurité routière est un prétexte pour mettre les enfants dans la peau d’automobilistes.

Le coût pour la société

On a pu voir l’espace utile à la voiture, sans compter ponts, tunnels, et cet espace a un coût très élevé qui pèsera sur l’ensemble des contribuables, pour leur construction et leur entretien.

Mais, nous dira-t-on, avec la répression routière, il y a de l’argent ! Effectivement, la répression a rapporté 1.7 milliards d’euros en 2013. Mais comparons ces recettes au coût de l’insécurité routière (perturbations du trafic, interventions des secours, réparations, soins, assurances) qui s’élève à 22 milliards d’euro, et ne prend pas en compte le coût des maladies causées par la voiture comme l’obésité, les maladies cardiovasculaires, les maladies dues au bruit, etc.

Ces dépenses participant à la croissance économique du pays, l’Etat subventionne donc l’industrie automobile et l’achat de voitures neuves. (prime à la casse, prime d’achat de voiture électrique)

L’illusion de la vitesse

On peut se poser la question : Pourquoi acceptons-nous et défendons-nous la voiture ? Pour aller plus vite ! Pour gagner du temps !

Ivan Illich, a calculé dans les années 70, la vitesse réelle de la voiture, en incluant les frais liés à celle-ci (carburant, réparations, assurance…). Il arrive à une vitesse moyenne de 6 km/h en ville (à peine plus qu’un piéton) et à 18 km/h hors agglomération (à peu près la vitesse d’un vélo). A Toulon, chaque automobiliste passe en moyenne 37h par an dans les embouteillages.

De plus, avec l’avènement de la voiture, les services de base se sont éloignés des lieux de vie, ce qui nécessite d’autant plus de déplacement.

Les alternatives

L’alternative présentée le plus souvent n’est pas une alternative à la voiture mais seulement un changement de carburant. Mais on voit bien qu’une voiture électrique, à hydrogène, etc. ne change rien aux problèmes exposés précédemment.

Certains écoquartiers allemands ont comme règle pour y habiter de ne pas posséder de voiture, cependant, des voitures en autopartage sont disponibles, ce qui limite de manière considérable le nombre de voitures et les kilomètres parcourus en voiture par foyer.

Les transports en commun peuvent être développés : des villes comme Nantes et Grenoble qui ont redéveloppé leur tramway sont souvent citées comme des villes agréables à vivre.

Dans les années 20, il y avait 4 fois plus de voies ferrées qu’aujourd’hui, desservant un grand nombre de villages. Il doit être possible un siècle plus tard de faire mieux ou juste aussi bien !

80% des trajets en voiture font moins de 10km et 50% moins de 5km, le vélo apparaît comme une solution dans de très nombreux cas. Il existe de nombreux vélos différents adaptés à de nombreuses configurations de vie, des vélos cargo ou remorques pour les courses, pour les enfants, son chien… des tandems pour rouler en couple, avec un enfant,… des vélos couchés pour le confort du dos, en version tricycle pour des problèmes d’équilibre, électrique pour un peu d’assistance, etc.

On peut favoriser le covoiturage et le stop, c’est la moindre des choses pour les automobilistes d’offrir un trajet à ceux qui ont choisi de libérer notre monde d’une voiture.

Bibliographie :
Reconquérir les rues, Nicolas Soulier
Energie et équité, Ivan Illich
CARtoons le cauchemar automobile, Andy Singer
L’hommauto, Bernard Charbonneau
Vélogistique, Marcel Robert
Dictionnaire critique de l’automobile, Petit glossaire de l’altermobilité, Gilles Chomel et Marcel Robert

Sites internet :
http://carfree.fr/
http://lamassecritique.fr

Anthony Grégoire

A propos de Anthony Grégoire

Mouvement d'organisations pour une culture alternative (M.O.C.A.)

5 commentaires sur “Fin de la voiture, utopie ou fatalité?

  1. Vincent

    Anthony Grégoire > L’alternative présentée le plus souvent n’est pas une alternative à la voiture mais seulement un changement de carburant. Mais on voit bien qu’une voiture électrique, à hydrogène, etc. ne change rien aux problèmes exposés précédemment.

    La « voiture à hydrogène » est une voiture *électrique*. On remplace simplement la batterie par un réservoir et un moteur pour produire l’électricité.

    Et pour la plupart des gens, les problèmes évoqués n’en sont pas : leur problème, c’est le prix du carburant, et le problème de l’État, c’est la facture pétrolière et la raréfaction du pétrole qui nous pend au nez.

  2. Gari

    A propos de la vitesse de 6km/h des voitures une fois les externalités intégrées, je rappelle que c’est un argument qui ne fait pas mouche pour la simple raison que les gens préfèrent travailler 19h et se déplacer 1h à 100km/h en voiture plutôt que de se déplacer 20h à 5km/h.
    Autrement dit, les 19h de travail précédent sont un emmagasinage d’énergie potentielle. Celui qui ne jure que par les vacances en voiture, faisant ses 2000km aller/retour, emmagasine bien ces 2000km tout au long de l’année par son travail…

  3. Anthony GrégoireAnthony

    Un petit retour de cette conférence, qui d’après les retours que j’en ai eu fut très appréciée. Il m’avait été demandé un support powerpoint, j’ai donc laissé défiler des images des campagnes carfree et des dessins d’Andy Singer. J’ai commencé par le poème de Gaston Couté « Automobilisme ».
    Environ 40 personnes y ont assisté (ce qui était la capacité d’accueil prévue). Les personnes présentes étaient intéressées par la question, les échanges furent intéressants et le choix de ne pas parler de pic de pétrole ni de pollution à écarter la réponse typique scientiste de la découverte d’une voiture « propre » et de se poser des questions sur la place de la voiture dans nos villes, nos campagnes, nos cerveaux et comment elles les ont transformés. Il y avait le salon de l’automobile, le même jour dans la même ville, c’est peut être là-bas que j’aurai dû aller!
    C’était la 1ère fois que je faisais une conférence, le résultat est positif et si certains veulent que je vienne en faire une lors d’un évènement, c’est possible (si pas trop loin de chez moi, en PACA).

  4. CarfreeCarfree

    Merci Anthony pour ce retour, c’est bien noté, si on a des demandes d’interventions de ce type en région PACA, on pensera bien sûr à toi!

Les commentaires sont clos.