Bruno Le Maire contre les méchants communistes

Alors que la filière automobile française est, une fois de plus, en grande difficulté, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a sorti, une fois de plus aussi, notre carnet de chèque, pour faire ruisseler une pluie d’argent public vers tous les fabricants et constructeurs qui délocalisent pourtant depuis des années maintenant.

Apparemment, même les dizaines de milliards du CICE ou autres exonérations diverses et variées ne suffisent plus pour maintenir à bout de bras une filière automobile « sinistrée. » Les gens ne veulent plus du diesel tueur, la spécialité française pourtant depuis l’époque de Jacques Calvet, l’ancien PDG de Peugeot PSA. Et comme la voiture électrique ne décolle pas et que la voiture hybride est un véritable scandale écologique, on est dans une impasse.

En toute logique, il faudrait investir massivement dans les transports en commun et les rendre gratuits tout en mettant enfin en place une véritable politique ambitieuse en matière d’aménagements cyclables. Cela aurait l’avantage, d’un point de vue économique, de soutenir et développer des emplois locaux difficilement délocalisables (chauffeurs et techniciens dans les réseaux de transports publics, ouvriers pour l’aménagement et l’entretien des réseaux de Transports en Commun en Site Propre (TCSP), et tout le secteur local de la vente et de la réparation de vélos.

C’est cette économie-là qu’un ministre de l’économie responsable devrait soutenir, et non pas une industrie automobile française à la dérive qui délocalise à l’étranger depuis des années. Car, tout l’argent donné à la filière automobile va servir au bout du compte à délocaliser plus en investissant dans des usines à l’étranger. Cela fait en effet des années que l’on donne des milliards d’argent public à la filière automobile pour « maintenir l’emploi » et le résultat, c’est le journal Les Echos qui le donne: « La production de voitures dans l’Hexagone a baissé de près de 40 % entre 2005 et 2017. »

Et aux dernières nouvelles, le journal L’Express annonce même que « la production automobile va chuter de 20% en France en 2020. »

Disons le tout net, l’industrie automobile française est un puits sans fond d’argent public. Les fabricants encaissent les profits et les dividendes et l’Etat français signe régulièrement des chèques avec notre argent soi-disant pour « sauver l’emploi. » Si notre argent sert aussi accessoirement à payer l’anniversaire ou le mariage princier de Carlos Ghosn au Château de Versailles, c’est sans doute pour aider une industrie « sinistrée… »

Ce n’est pas grave, Bruno Le Maire, qui est le prototype même de l’Ancien Monde, l’apparatchik de droite ayant écumé toutes les élections depuis une quarantaine d’années, préfère les bonnes vieilles recettes qui ne marchent plus depuis longtemps et qui sont en outre criminelles d’un point de vue environnemental et climatique, à savoir inonder une fois de plus d’argent public la filière automobile « sinistrée » qui délocalise à tour de bras depuis des années maintenant.

Ainsi, à la journée de la filière automobile, le 2 décembre 2019, Bruno Le Maire a volé une fois de plus au secours d’une filière automobile française en grande difficulté. Selon le journal Le Monde, le ministère de l’économie lance deux fonds de soutien et nomme même un « M. Relocalisation. »

Et Bruno Le Maire ne se contente pas de donner librement notre argent aux constructeurs de voitures, il leur déclare en plus son amour inconditionnel à un point où cela frise même l’indécence et le ridicule. On savait déjà que Bruno Le Maire puise ses sources directement aux mamelles du lobby routier, mais là on atteint le summum de la lèche:

Bruno Le Maire aime la voiture, Bruno Le Maire adore la voiture… La voiture, c’est la France! Vive la république et garde à vous!

Vous l’aurez compris, la voiture c’est la liberté, et tous ceux qui n’aiment pas les bagnoles c’est rien que des vilains méchants communistes. Alors que nous, on est des gentils capitalistes qui inondons d’argent public les industriels de la bagnole pour qu’ils puissent se gaver de dividendes tout en délocalisant massivement les emplois à l’étranger.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

14 commentaires sur “Bruno Le Maire contre les méchants communistes

  1. Noel

    Un texte d’une grande justesse par rapport à ce ministre qui est une véritable catastrophe pour améliorer la qualité de la vie de tous les citoyens. Mr LEMAIRE continue à servir une petite minorité et s’accoquiner avec le lobby automobile en servant au passage les constructeurs allemand. Quel dommage d’être gouverné par une telle médiocrité. Que des raisonnement à courte vue.

    Honte à ce personnage néfaste qui sert uniquement les siens (les capitalistes). Quand les politiques seront-ils en capacité de prendre des décisions cohérentes comme indiquées dans le texte sur les transports collectifs, les itinéraires cyclables etc…, et en accompagnant les vraies activités porteuses d’avenir pour tous et la planète en organisant sérieusement cette transition?

    A chacun de prendre ses responsabilités mais il n’est plus possible de demander toujours aux même et de continuer à mentir d’une manière éhontée. Aucune amélioration naîtra sans prendre en compte l’humain et l’environnement dans lequel nous sommes.

    Noël

  2. Zfred

    Le tout dans un contexte ou la filière automobile accroit le déficit commercial de la France de 10 milliards d’euros chaque année.  Du coup, investir dans des infrastructures routières, lancer des plans de relance à la conso automobile et cie, c’est aussi inciter les euros « français » à partir ailleurs, qu’en dites-vous monsieur le ministre de l’économie ?

    https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/lautomobile-creuse-le-deficit-commercial-de-la-france-1126041

  3. vince

    « Je ne suis pas contre la voiture parce que j’aime conduire ». Ca c’est de l’argumentation.

    Faisons fi de toute argumentation économique ou sanitaire et restons dans le foetal, le canapé ambulant et chauffé qui vibre sous le fessier.

    Au moins on ne bassine pas avec les « on n’a pas le choix!  » etc.

    On ne respecte pas suffisamment la liberté d’être emprisonné dans une petite boîte dans les bouchons, on le dit toujours, la liberté c’est précieux.

    Je ne suis pas contre le réchauffement climatique car j’aime l’été, ça marche aussi ?

  4. Ikook

    La voiture, c’est la liberté… surtout celle de ne pas payer d’impôts en France:

    « Le siège de la nouvelle entité Fiat-Chrysler-Peugeot-Citroën sera installé en Hollande. En effet, le pays offre des conditions fiscales très avantageuses aux multinationales et PSA-Fiat ne devrait pratiquement pas payer d’impôts. Sur ce même modèle, la major pétrolière Shell ne paie pas d’impôts dans ce paradis fiscal. »

    Source: http://www.2000watts.org/index.php/energies-fossiles/peak-oil/1136-energies-economie-petrole-et-peak-oil-revue-mondiale-novembre-2019.html

  5. zit

    Ahhhh, mais ce matin, sous une bonne pluie, je n’ai jamais doublé autant de pétrozaures, tous cul à cul, roulant plus lentement que des escargots…

  6. Volga

    Bonjour a tous,

    Vos point de vue sont très intéressant.

    Pour moi le quotidien des professionnels de l’auto est loin d’être aussi simple. Et l’état est vraiment pas vue comme une aide.

    D’ailleurs le parallèle avec le communisme est fort intéressant. Car très rare les modèles qui subsistent avec aucun malus. Du coup le choix est restreint et peux nous amener a nous souvenir de l’automobile Allemande de l’Est.

    N’oublions pas ce qui est lié économiquement a l’industrie automobile:

    .Certes il y a la production 16% de tout produit manufacturé en France. (Ou sont les téléphones, les ordinateurs etc…) (voitures et équipementier)

    .Les sous traitant de rang 2,3 et plus. Usine qui peuvent travailler pour différents domaines industrielles donc pas inclu dans mes 16%. Mais ce n’est pas a négligé, ce sont des superbes Pme rien que la Haute Savoie doit en compter 400

    .A tout ça s ajoute les sociétés de services qui travaillent avec eux et pour les employés. Supermarché électricien, telecom, économie local

    .Sans oublier les distributeurs qui doivent ce battre avec une législation changeante plusieurs fois par ans. Et des marges ridicule. Moins de 200€ en moyenne sur un Twingo.

    Souvent les voitures roulants en France n’ont pas été assemblé en France. Cependant presque chaque voitures du monde va avoir des pièces fabriqués en France.

    Avec Valeo, faurecia et tout les équipementier de rang inférieur.

    Qu’en pensez vous?

  7. vince

    Cependant rien ne dit que de passer d’un système économique basé sur l’automobile à un autre système ne générerait pas tout autant une économie florissante (relance des centres villes, des transports en commun, du train, des petits commerces).

    Avec d’autres superbes PME, et moins de pollution/destruction de la nature.

  8. Volga

    C’est vrais, mais par quoi remplacer l’industrie automobile? Lors de mes études un prof m’avait raconté l’histoire de l’automobile sous formule de compte. Il ce passait au USA post grande dépression. Et permet un parallèle entre la solution au chômage (l’auto) et son côté néfaste (les morts et l’écologie). Le compte raconte que l’automobile est vendu directement par le diable. Des âmes contre le chômage.

    Mais ce compte donne la planète et les vies au diable. Car a l époque il ne savait pas quoi manufacturer d’autres.

    Aujourd’hui ce peux être différent, mais la vien un autre ennemi pour moi.

    Amazon, wish, alimachin qui regorge de produits fabriqués a l autre bout du monde.

    Car le transport maritime et aérien est un cataclysme écologique bien supérieur a la voiture particulière?

  9. kervennic

    Il y’ a une certaine naivete « gauchiste » (au sens de Kaczinsky) à s’offusquer de cet amour des structure etatiques pour la bagnole. Les transports motorisés sont une pompe a frics pour les etats, a tous les niveaux. La puissance phénoménale développée par le pétrole permet de multiplier le ponctionnement de facon discrete.

    C’est avec cet argent, entre autre, que l’on peut payer des profs, des programmes culturels, des hopitaux…

    C’est vieux comme le monde: les etats ont toujours privilegié les solutions standards, taxables plutot que les solutions locales et controllé par un petit nombre (agriculture plutot qu’horticulture, industrie plutot qu’artisanat, globalisation et transport de masse plutot qu’autofisance locale et trajets courts).

    Qu’est ce que l’etat va donc pouvoir retirer comme taxe d’un velo quand une voiture consomme 100 fois plus de valeurs a l’année…

    Moi je suis pour la byciclette et je deteste la bagnole, mais c’est clairement un objet anti economique qui mettrait pas mal de gens au chomage et ferait fondre certains revenu. J’estime que c’est un « mal » necessaire, mais il faut etre honnete et annoncer les choses clairement.

  10. Pédibuspedibus

    Moi je suis pour la byciclette et je deteste la bagnole, mais c’est clairement un objet anti economique qui mettrait pas mal de gens au chomage et ferait fondre certains revenu. J’estime que c’est un « mal » necessaire, mais il faut etre honnete et annoncer les choses clairement.

    houlà…! pas si sûr… si on recense les dépenses nécessaires pour sortir du système automobile un plan Marshall semble une bien p’tite obole à côté… :

    qu’on pense déjà à l’échelon du réseau viaire urbain à requalibrer et à végétaliser : les centaines de kilomètres à traiter pour une agglo moyenne avec des travaux lourds de suppression des files de parking, de plantation d’arbres d’alignement (mitigation du réchauffement climatique avec l’atténuation du phénomène d’îlot de chaleur en ville…), d’élargissement de trottoir, de pose de mobilier urbain – dont les arrêts de bus et tram supplémentaires – ou encore de suppression/requalification des innombrables parkings qui y abouchent…

    ensuite qu’on songe aux dépenses nécessaires à la construction de l’offre de transport de substitution rien que pour les réseaux de tram et de RER, à renforcer, étendre ou créer…

    et puis, last but not least, pensons aux sommes astronomiques à provisionner dans les établissements publics fonciers pour réellement attaquer le chantier de la ville dense…

     

    Autant de postes de dépenses qui ne vont pas directement vers le vélo mais qui vont avec la reconversion du système de déplacement actuel, avec des retombées très favorables pour les modes alternatifs de déplacement, modes actifs et transport en commun essentiellement…

     

    L’Etat a cru bien faire à une époque lointaine, en économisant les ressources qu’il aurait eu à allouer pour le transport, en internalisant la dépense au niveau des ménages avec l’automobilité, mais le calcul final est piteux et même désastreux, ce n’est pas sur nos ondes qu’on va reprendre le discours… Enfin si… on se fera plaisir… avec une première recension des externalités négatives qui coûtent à tous, dont l’Etat, recension inventaire à la Prévert, sans hiérarchiser… :

    – soutien financier du secteur automobile (en lien avec l’article sur Lemaire…)

    – pandémie d’obésité et comorbidités en lien avec l’insuffisance d’activité physique liée à l’usage de la bagnole…

    – pollution atmosphérique, nuisances diverses, coupures urbaines, perte d’urbanité des rues… à conséquences directes sur la santé publique…

    – perte d’économie d’agglomération pour les agglos dans la course à la métropolisation, du fait des encombrements croissants…

     

    … et puis il ne manquera pas de monde ici pour compléter la liste. En restant dans la symbolique de l’aide financière d’après Seconde Guerre mondiale, après ce petit développement, on peut se demander si la manne du XXIe s. ne tomberait pas naturellement avec, « comme un seul homme », tout le monde en même temps qui se sépare de sa fichue bagnole…

     

  11. vince

    La voiture permet de payer des profs, des programmes culturels et des hopitaux.

    C’est vrai que sans la voiture il n’y aurait ni prof ni théâtres ni hopitaux *

    La voiture en revanche ne coûte rien à la société, elle ne nécessite pas d’infrastructures coûteuses, ne détruit pas l’environnement et n’engendre pas de coût médical.

    *L’école obligatoire, la création du collège, l’essor de la médecine et la création de la sécurité sociale précèdent largement celle du parc automobile dont on voit que l’apogée se situe dans les années 80 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_automobile_fran%C3%A7ais

  12. Ouhla

    En même temps, quand l’usine Ford de Blanquefort (symbole de la mondialisation et de la toute-puissante automobile) ferme, tout le monde s’indigne.

    il faudrait savoir ce que l’on veut, n’est-ce pas ?

  13. AAlain

    Les méchants communistes, ce sont eux qui défendent le maintien de l’emploi dans l’usine FORD de Blanquefort, c’est bien ça ?

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