La Course aux énergies

Ça y est, c’est fait ! Après un an de galère le livre est enfin publié. Ce sont les éditions libertaires qui en ont assuré sa publication sous le titre « La Course aux Énergies ».

Le titre d’origine était « La notion d’énergie dans le meilleur des mondes »

La Course aux énergies – courtcircuit-diffusion-distribution
http://courtcircuit-diffusion.com/La-Course-aux-energies

Les visiteurs et lecteurs assidus de carfree ont pu bénéficier de l’exceptionnel privilège de lire en avant première les divers chapitres individualisables en article de ce livre, presque la moitié sur les 33 chapitres. Certains de ces articles mis en ligne comme « Les carottes Antarctiques sont formelles » ont bénéficié d’un feu critique intense et en ont fortement profité pour être complètement réarrangés. D’autres malheureusement n’ont suscité aucun commentaire…

Voici en « mise en bouche » l’introduction du livre

La plupart des livres consacrés à l’énergie et à l’écologie abordent ces sujets d’un point de vue essentiellement technique en s’appuyant sur des notions solides et sérieuses, « très scientifiques ».

La profusion des chiffres submerge immédiatement le lecteur et lui impose d’emblée une attention scolaire en face d’une autorité hautement compétente. Ce flux massif de chiffres en nombres altère de fait la réflexion et censure l’aspect essentiellement politique du problème de l’énergie.

Dans ces textes techniques l’homme est souvent considéré comme une entité abstraite et sans histoire. On parle de l’homme en général en tant qu’être consommant de l’énergie, avec comme modèle standard de référence l’automobiliste occidental. Les aspects sociétaux, en particulier la hiérarchisation des rapports sociaux qu’implique la maîtrise des énergies sont passés au second plan. L’ethnocentrisme occidental domine sans cesse ces analyses strictement techniques du sujet « énergie et écologie ».

De l’homme on dit qu’il a « besoin d’énergie pour vivre » et par conséquent il faut produire de l’énergie. Ainsi la boucle est bouclée, le sujet est suffisamment complexe pour être monopolisé par des spécialistes et l’on est bien obligé d’accepter leur autorité et certains des dégâts collatéraux inhérents aux conversions énergétiques…
Ici, dans ce livre, l’optique est explicitement politique. Les différents chapitres se lisent comme des histoires ou des illustrations d’une histoire humaine recentrée sur l’énergie. Les chiffres sont absents ou réduits à seulement des ordres de grandeurs. En plus de deux cent pages, on ne parle même pas du « prix du baril » ou de l’énergie en général…

Dans une perspective historique et une optique politique, ce « prix du baril », faisant régulièrement les gros titres des journaux, devient un aspect très secondaire pour comprendre l’importance de l’énergie dans la civilisation industrielle.

L’ethnocentrisme occidental des analyses « autorisées » est révélé et dénoncé… Les paysans du monde et les peuples indigènes sont réaffirmés dans leur existence autonome, indépendante de la société industrielle. On rappelle aussi qu’ils sont justement les principales victimes des différentes politiques énergétiques, et même, que leur disparition ne relève pas seulement de dégâts collatéraux mais d’une véritable « guerre aux chaumières » inhérente aux politiques énergétiques ; avec notamment les grands barrages et autres prospections pétrolières…
Le texte débute comme un pamphlet anti-nucléaire. C’est le préalable indispensable puisque cette énergie est présentée ouvertement aujourd’hui comme la solution incontournable « pour « sauver la planète » ; thèse à laquelle un certain nombre de personnes célèbres étiquetées « écologistes » se rallient maintenant sans mauvaise conscience.

Avec le nucléaire on a à faire à une énergie où les aspects militaires sont explicitement liés à l’industrie civile. On verra qu’il en est de même avec toutes les énergies : la course à l’énergie sublime dans le civil la course aux armements…

Dans les premiers chapitres Anne Lauvergeon, la patronne d’AREVA, est mise en scène comme une Alice révolutionnaire dans son pays des merveilles nucléaires. Sous le pseudonyme de Sainte sœur Anne, on la découvre comme une bien heureuse, élue des dieux, en train de s’initier aux notions élémentaires d’écologie. C’est l’héroïne de la première partie du livre, avec son bagage culturel de polytechnicien elle va nous servir de guide éclairé pour nous faire découvrir la notion abstraite d’énergie. Au cours du texte, ses analyses sur les problèmes énergétiques vont nous révéler les inconséquences catastrophiques inhérentes au nucléaire. Dans sa lancée pour « sauver la planète » elle va aussi nous révéler le militarisme intrinsèque de toute politique énergétique à partir du moment où elle s’engage dans la « course à l’énergie ».

Un chapitre illustre en particulier l’absurdité intrinsèque de l’opposition nucléaire militaire et nucléaire civil. On y découvre en effet que le nucléaire civil s’avère d’une efficacité militaire supérieure au nucléaire militaire proprement dit.

Dans une perspective générale de l’histoire, qui reste encore celle de la dialectique du maître et de l’esclave (plus que celle de la lutte des classes), l’objectif de la guerre est bien en définitive une conquête des hommes pour les faire travailler. De ce point de vue là, le nucléaire civil surpasse sans conteste le nucléaire militaire. C’est ici une illustration particulière de la thèse d’Ivan Illich soutenue dans les années 1970 dans son opuscule « Énergie et Équité »…

Au 19e siècle la classe dominante est celle capable de costumer les hommes et de leur mettre un fusil dans les mains. Au 20e siècle avec les maîtrises diverses des énergies le classe dominante est celle capable de mettre les hommes au service des automobiles ou autres machines.

Au fil du livre, le rôle de guide de la patronne d’Aréva sur la notion d’énergie va progressivement s’atténuer. Il va falloir avancer seul sans repère technique pour entrer dans le domaine politique.

Après l’illustration de la supériorité guerrière du « nucléaire civile » sur le nucléaire militaire, la deuxième partie du livre va généraliser, à toutes les énergies (y compris celles dites « renouvelables »), les critiques faites au nucléaire.

Ainsi, on a un tableau d’ensemble de l’histoire humaine et de l’histoire naturelle raconté avec pour fil conducteur l’énergie… Pour paraphraser Karl Marx, on pourrait dire en remplaçant la « lutte des classes » : « l’énergie est le moteur de l’histoire ! »

En rassemblant tous les éléments du drame, on obtient ceci : si l’on reprend la formule commune « l’argent est le nerf de la guerre » on a « la guerre est le nerf de la science » et « l’énergie est le nerf de l’histoire »…
Les derniers chapitres,« De Karl Marx à Ivan Illich, la roue de l’histoire déboussolée », rappellent, en passant par Jean Giono, la thèse pacifiste et réaffirment l’urgence première de la décroissance énergétique.

JEAN-MARC SÉRÉKIAN
LA COURSE AUX ÉNERGIES
Ce qu’on vous dit… et ce qu’on vous cache
Editions Libertaires
* 2011
* – 14×21
* – ISBN: 978-2-919568-00-0
* – 12.00€

http://courtcircuit-diffusion.com/La-Course-aux-energies

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

7 commentaires sur “La Course aux énergies

  1. Jean-Marc Sérékianjms

    C’est une question très simple et très difficile à la fois.
    Le livre expose dans leur complexité toutes les « mauvaises » et « savantes » utilisation de l’énergie. Alors je peux me contenté pour répondre à la question par un seul exemple parmi les « bonnes » utilisations de l’énergie : la cuisson du pain.

  2. huor

    @JMS ma question était-elle mal formulée parce que ta réponse me laisse pantois;-)

  3. Goodmusik

    Une « Bonne » utilisation d’énergie serait la cuisson du pain au bois effectivement, ou encore la croissance des végétaux (dont le bois donc !) avec l’énergie du soleil. Gratuite et illimitée. La seule véritable source primaire d’énergie de la Terre, dont le pétrole, le gaz et leurs amis dérivent (sauf les énergies minérales comme l’uranium dont le stock est fixé une fois pour toutes).

    Une mauvaise ? La voiture, surtout lorsqu’elle est lourde et puissante.

    Après toute classification n’est pas évidente une fois évacués les exemples caricaturaux. Disons qu’une mauvaise utilisation de l’énergie dégrade notre milieu naturel 🙂

  4. apanivore

    Attention, le bois comme source d’énergie n’est pas forcément renouvelable. Tout dépend d’où vient le bois et comment on l’exploite.
    Et la combustion du bois est généralement très polluante et peu avoir des conséquences sanitaires graves. Le bon vieux feu de cheminée malgré son authentique attrait n’est pas très écologiquement responsable.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bois_%C3%A9nergie

  5. Jean-Marc SérékianJMS

    @ Huor
    J’ai longuement réfléchi à la question sans pouvoir lui trouver une réponse suffisamment synthétique et concise . Puis j’y ai renoncé.
    Aujourd’hui en prenant mon repas de midi, tourmenté par une autre réflexion, j’ai compris qu’elle pouvait très bien servir de réponse à la question.
    Le capitalisme industriel représente le triomphe du militarisme sur les diverses civilisations agro-pastorales. Cet antagonisme trouve son origine dans le néolithique. Puis il se structure socialement à l’age de fer. Et surtout la domestication du cheval individualise techniquement et durablement la caste des guerriers. Pendant des millénaires les trois ordres sociaux en jeu d’affrontement politique sont « ceux qui prient » « ceux qui combattent » et « ceux qui travaille la terre », les prêtres les nobles guerriers et les paysans travailleurs…
    Partout dans le monde que se soit par la guerre traditionnelle ou par le développement industrielle le capitalisme est en guerre perpétuelle aux chaumières.
    Que ce soit par un « barrage des trois gorges » en Chine ou par l’installation d’usines automobiles en Inde ou une plateforme aéroportuaire à notre Dame des Landes en France le capitalisme industriel s’affirme comme stade suprême du militarisme. Il est bien en guerre contre la paysannerie et le monde rural en général.

    Donc pour répondre à la question :
    Le militarisme, aujourd’hui à son stade suprême représenté par le capitalisme industriel, est une mauvaise utilisation de l’énergie et celles que peuvent faire les diverses civilisations rurales, sont plutôt « bonne » utilisation de l’énergie.

  6. huor

    @JMS enfin une très bonne réponse à une question pas si simple
    il y aurait alors un déséquilibre dans l’économie physique et un détournement des technologies afin d’appauvrir et non d’enrichir.
    @+ le feu, l’avenir est la réfléction à se qui a été, se qui sera et se qui ne sera plus. réapproprions-nous le feu et son utilisation du peuple par le peuple et pour le peuple; je crois qu’il faut relire la constitution et la respecter.
    @ ceux, individuellement qui brûlent du pétrole tous les jours: croyez-vous que vous serez seul comme dans votre voiture dans l’avenir, qu’il n’y a pas d’espoir dans un futur collectif? Plus simplement imaginez-vous faire du tandem seul déprimant! Les réponses est réorganisez-vous, mobilisez-vous; penser au lendemain qui chante en chorale.
    @ quotidienneneté (citoyenneté) la seule urgence et vous le savez, retourner dans le temps universel de l’agape, l’amour fraternel pour celà risquer tout et persévérer
    @moi-même je sais que je n’arriverais pas à parler comme çà en public et que j’utilise un support légèrement vicieux en ce moment 😉

Les commentaires sont clos.