« L’expérience usager de la route »

Lorsque l’on travaille dans le secteur du numérique, il est un concept qui est très en vogue depuis quelques années: l’expérience utilisateur.

De quoi s’agit-il ?

En version courte, il s’agit de rendre aussi simple que possible l’utilisation de l’interface d’un logiciel pour un utilisateur.

Même si le terme est désormais utilisé à tort et à travers, il reste qu’à mon sens il s’agit d’un excellent principe à appliquer aussi souvent que possible.

Concrètement, il s’agit par exemple de guider un utilisateur dans les étapes successives de l’interface: s’il y a 3 étapes à remplir, on affiche au centre l’étape un, et en dessous un gros bouton « Aller à l’étape 2 » et ainsi de suite plutôt que de faire un menu caché dans lequel il y a une page qui lie vers chacune des étapes et tant que celles-ci n’ont pas été remplies, le logiciel plante sans message d’erreur.

Vous l’aurez compris, avec l’expérience utilisateur, il s’agit de suggérer un « bon » choix, en faveur d’un « moins bon », sans forcément l’interdire pour autant.


Exemple d’interface

Quel rapport avec la mobilité urbaine ?

Je pense qu’il serait bon que les régulateurs des usages de la routes appliquent ces principes à ce que l’on pourrait appeler « l’expérience usager de la route. »

De nombreuses agglomérations souhaitent décourager l’utilisation de la voiture en ville pour d’excellentes raisons (pollution, manque d’espace public, accidents, etc.), pourtant il me semble que le travail de suggestion n’est pas correctement effectué.

Pourquoi un usager prend-il sa voiture plutôt qu’un autre moyen de transport ?

1. Réduction du temps de trajet.
2. Petit confort personnel (moindre effort physique, au chaud, à l’abri de la pluie, protégé du monde extérieur).
3. Transport d’affaires lourdes ou de nombreuses personnes.

Si le 3ème point est certainement une raison légitime de prendre la voiture, il est en revanche possible de décourager les autres points.

Voici par exemple des mesures qui iraient dans ce sens :
– Réduire le nombre de voies dédiées aux voitures.
– Réduire la vitesse limite de circulation.
– Communiquer sur l’intérêt d’utiliser les moyens de transport alternatifs (santé, économies, urbanisme, etc.).

Si la voiture en ville était terriblement lente, au point où il serait systématiquement deux fois plus rapide de se déplacer autrement, je serais curieux de voir combien la laisseraient au parking et opteraient pour des solutions multi-modales.

Bien-sûr, à l’inverse il faut que l’expérience des solutions encouragées soit irréprochable sinon on ne fait pas confiance à celui qui crée l’interface, comme ce fût le cas par exemple pour les plateformes de VOD qui fonctionnaient moins bien que leurs concurrentes illégales.

Dans notre cas, cela implique :
– Toujours plus de pistes cyclables, à défaut des doubles sens cyclables.
– Un système de transport en commun efficace, prioritaire sur la route.

Bref, je voudrais que la ville me guide de la manière suivante :

« L’interface urbaine »

Augustin Riedinger

A propos de Augustin Riedinger

Contributeur de Carfree France

2 commentaires sur “« L’expérience usager de la route »

  1. Prolo

    Je ne suis pas sûr que ça marche : l’expérience usager sur le Web concerne des décisions prises immédiatement. Ce n’est pas le même état d’esprit qu’anticiper des difficultés à venir en choisissant tel ou tel outil. Pour reprendre ton analogie, c’est comme si tu voulais faire un site Web qui, pour des raisons écologiques, incite à utiliser un ordinateur au lieu d’un smartphone. Une fois que les gens ont acheté leur smartphone et sont bien calés dans le canapé, ils ne vont pas aller rendre le smartphone au magasin et démarrer l’ordinateur dans le bureau : ils vont juste éviter d’aller sur ton site.

    Sauf que la décision d’acheter un matériel, d’aller quelque part (sur un site Web ou dans une ville) obéit à des mécanismes différents de la décision immédiate de cliquer sur tel ou tel bouton.

    L’ « expérience usager » marche bien sur la route quand elle a un impact direct et en temps réel : je doute qu’elle modifie le choix d’un véhicule, mais elle modifie le comportement immédiat. Les ralentisseurs et autres « bandes rugueuses », les rétrécissements de voie, les radars, la présence d’un véhicule de police… ressemblent davantage à ce que tu appelles l’expérience usager.

    Peut-être que tu devrais te tourner du côté de la théorie de l’ « emmerdement maximum », qui me semble s’appuyer sur une logique à plus long terme que l’ergonomie des sites Web. C’est une guerre d’usure pour inciter à moyen/long terme à se passer de la voiture, ce qui implique des décisions planifiées : on achète un véhicule pour plusieurs années, on organise ses routines familiales et logistiques à l’échelle de plusieurs mois, on planifie plus ou moins ses déplacements de la semaine..

  2. Letard

    Bonjour à tous,
    L’expérience usager de la route se vit sur la route ou la rue et pas ailleurs et certainement pas dans un logiciel. Dans un logiciel de déplacement, vous pouvez-vous voir vous déplacer si préalablement vous avez accepté d’être géolocalisé par ce logiciel.
    Dans la réalité en rue ou sur la route, vous vous voyez vous déplacer parce que votre cerveau imagine que des objets inanimés se déplacent et vous en donne une vision pour vous signaler que vous vous déplacez.
    C’est encore plus comme cela que voient comme un rêve éveillé, les automobilistes assis à leur volant , surtout qu’ils n’ont pas les pieds sur terre conduisant assis à leur volant.
    Donc quand vous vous déplacez, votre cerveau imagine et vous fait voir des déplacements qui n’existent pas pour vous renseigner que vous vous déplacez.
    Pour ce qui est des déplacements réels de choses ou de gens, votre cerveau doit aussi inventer ces déplacements.
    Ce qui signifie que la personne ou l’objet (exemple une voiture) qui se déplace n’est pas vu forcément à sa place réelle ou il (pour l’objet) elle (pour la personne) se trouve réellement quand vous vous déplacez.
    Quand vous vous déplacez les choses ou les gens que vous voyez ne sont pas forcément où vous voyez ou croyez qu’ils sont.
    Et, c’est d’autant pire quand vous allez plus vite.
    La seule solution, pour moi, est d’essayer d’éviter les accidents mortels. Et vous avez plus de 9 chances sur 10 de rester vivant en cas de choc à moins de 30 km/h.
    Donc,  pour moi, la vitesse des véhicules et des gens devrait être à moins de 30 km/h en rue pour éviter des chocs mortels.
    Pourquoi les responsables de la mobilité et de la sécurité routière ne le signalent pas ou ne le font pas signaler pour toutes les agglomérations du pays, de l’Europe ou du monde ?
    Peut-être parce qu’ils agissent ou semblent agir non pas comme des responsables mais des gestionnaires de voieries de papier.
    Qu’en pensez-vous, s’il vous plaît ? Merci.

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