L’ironie du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est un tel phénomène global qui impacte de plus en plus l’ensemble de nos modes de vie qu’il tend à provoquer des effets quasiment ironiques qui seraient presque drôles s’ils n’étaient pas si graves.

L’effet ironique peut-être le plus connu du réchauffement climatique est sans doute la climatisation. A mesure que les températures deviennent année après année de plus en plus élevées, les systèmes de climatisation se développent, que ce soit dans les bâtiments ou dans les véhicules. Cette course à la climatisation provoque une hausse importante de la consommation d’énergie et donc des émissions de CO2… qui participent à l’augmentation du réchauffement climatique, qui nécessitera donc encore plus de climatisation…

Un autre effet relevant du cercle vicieux concerne le relâchement de quantités phénoménales de méthane dans l’atmosphère. Le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2. Stocké sous la glace dans de nombreuses régions du Grand Nord, il tend à être « libéré » des glaces avec le réchauffement climatique, accélérant par la même occasion le réchauffement de l’atmosphère. Plus le climat se réchauffe, plus nous relâcherons du méthane qui accélérera le réchauffement

On pourrait parler aussi des feux de forêts de plus en plus fréquents liés à la sécheresse elle-même provoquée par le réchauffement climatique. Ces feux de forêts relâchent, en retour, quantités de carbone dans l’atmosphère qui viennent contribuer plus encore à l’effet de serre et au réchauffement climatique.

Concernant les forêts, il faut citer l’arnaque ahurissante de ce que les industriels appellent « biocarburants » ou autres « biodiesels » produits dans des « bioraffineries » (les industriels ne manquant pas d’humour…). Comme nous avons pu le voir récemment, pour produire ce biodiesel, on utilise massivement de l’huile de palme produite dans les pays tropicaux en provoquant la déforestation. Pour produire du carburant qui va émettre du CO2 dans l’atmosphère, on détruit donc des surfaces phénoménales de forêts vierges qui sont des puits à carbone.

D’autres effets plus inattendus voient le jour. Ainsi, ce glacier suisse qui tend à disparaître l’été avec la fonte des glaces causée par le réchauffement climatique. La solution? Couvrir le glacier avec des couvertures de protection… Comptez environ 10 euros par m² couvert et sans doute des quantités importantes de CO2 pour fabriquer et transporter en camion ces couvertures spéciales, autant d’activités qui participeront au réchauffement climatique et donc à la fonte de ce glacier…

Mais, la palme de l’ironie revient sans doute aux compagnies pétrolières qui exploitent (pardon, qui pillent) le pétrole dans le Grand Nord. En Alaska, l’exploitation du pétrole, y compris son transport par pipeline, se fait sur un sol gelé en permanence que l’on appelle le permafrost. Problème: avec le réchauffement climatique causé en grande partie par les émissions de CO2 provoquées par la consommation du pétrole, le sol devient de moins en moins gelé en permanence, ce qui limite les capacités d’exploitation du pétrole. Les compagnies pétrolières développent donc toute une industrie visant à maintenir le sol gelé le plus longtemps possible dans l’année, y compris en plaçant des tubes réfrigérants dans le sol!

« Pour être honnête, le dérèglement climatique est plutôt bon pour nos affaires », se satisfait Ed Yarmak, fondateur d’Artic Foundations, qui a vendu des milliers de ses tubes métalliques réfrigérants aux compagnies pétrolières installées en Alaska. En partie enterrés dans le sol, ils en expulsent la chaleur, afin de lutter contre la fragilisation des routes de glace, des pipelines et des bâtiments.

Selon le journaliste Alex DeMarban, « c’est l’indubitable ironie d’une industrie pétrolière travaillant à étendre la saison hivernale, pour exploiter les hydrocarbures qui contribuent à plus de réchauffement climatique et d’émissions de gaz à effet de serre, qui eux-mêmes réduisent cette saison hivernale. »

Enfin, un autre effet ironique mérite d’être rappelé. Avec le réchauffement climatique, de nombreuses zones du Grand Nord jusque-là inaccessibles deviennent des espaces potentiellement exploitables pour l’industrie pétrolière. Le dégel en cours ouvre ainsi des perspectives fabuleuses pour l’industrie pétrolière qui pourra aller forer à des endroits encore inaccessibles il y a peu. Ces quantités phénoménales d’hydrocarbures qui vont pouvoir être extraites grâce au réchauffement climatique pourront alimenter entre autres les réservoirs des voitures et participer à encore plus d’émissions de CO2 et donc de réchauffement climatique…

Notre destin est peut-être de finir comme la planète Vénus dont l’atmosphère est presque entièrement composée de dioxyde de carbone et dont la température moyenne dépasse les 400°C.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

6 commentaires sur “L’ironie du réchauffement climatique

  1. Pédibuspedibus

    ouais, ça pue le lemming roussi à plein nez cette histoire…

    … on devrait sérieusement réfléchir à envoyer sur mars nos foldingues d’extractivistes ! Là-bas le réchauffement climatique – s’ils y arrivent – n’aura peut-être pas les mêmes conséquences…

  2. marmotte27

    Le plus ironiue c’est que toutes les solutions existent. Le réchauffement pourrait être de l’histoire (!) dans quelques décennies..mais la folie continue…

  3. Françoise

    Merci pour cet intelligent article pour lequel vous vous êtes donné la peine de faire un tour d’horizon complet (ou presque) des tenants et aboutissants de cette horrible cauchemard : le réchauffement climatique. Tout ce qu’avait prévu le GIEC est bien réellement en train de se réaliser. J’ai encore en mémoire l’exposition de la Villette à Paris en 2004 et tout ce qui nous avait été montré comme éventail de scénarios-catastrophes si rien n’était fait. Et comme non seulement rien n’a été  fait pour éviter la catastrophe, mais qu’au contraire tout a été fait pour la faire se produire plus vite, sans qu’il soit tenu aucun compte des avertissements des scientifiques, nous y sommes déjà. Merci encore d’avoir rappelé que d’autres choix auraient été possibles.

  4. Vince

    Selon une étude suisse récente, il y a un lien entre l’incapacité à se projeter dans l’avenir et l’égoïsme des comportements (on s’en doutait légèrement) :

    [url=https://www.unige.ch/communication/communiques/2018/cdp180425/]Pas de futur pour les égoïstes, révèle leur cerveau.[/url]

    [url=https://usbeketrica.com/article/ecologie-egoisme-science] Si vous n’êtes pas écolo, c’est que vous êtes égoïste.[/url]

    [url=https://www.tdg.ch/savoirs/sciences/Une-zone-du-cerveau-inactive-chez-les-egoistes/story/17833835] Une zone du cerveau inactive chez les égoïstes.[/url]

     

  5. Christophe

    Finalement, créer de nouveaux problèmes permet de créer de nouvelles solutions à commercialiser et donc de nouveaux marchés… Le système économique dominant actuel est un cercle vicieux qui mènera à notre autodestruction ainsi qu’une bonne partie du vivant.
    On n’aura pas besoin d’une catastrophe externe comme les dinosaures, c’est sûrement ça l’étape ultime de l’évolution : nous sommes capables de nous faire disparaître nous mêmes !

  6. Letard

    Bonjour,

    Ce que des scientifiques me démontrent mais n’osent pas dire, c’est que l’utilisation des systèmes de ventilation et des systèmes de  climatisation des des habitacles de voiture contribuent , pour moi, à en empoisonner plus les occupants sans qu’ils s’en rendent vraiment compte.

    Par exemple, l’irritation de la peu dans les habitacles de véhicules surchauffés pourraient nous en signaler la présence importante d’oxyde d’azote qui peut se transformer en acide nitrique avec l’eau de la sueur, ce qui ronge et irrite la peau.

    Mais grâce aux système de climatisation dans la plupart des habitacles d’automobiles, les occupants n’en ressentent pas ou plus les effets.

    Et comme avait déjà dit quelq’un de très connu dont j’ai oublié le nom, nier les faits n’empêchent pas les faits de se produire (et les effets aussi, les conséquences.

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