Manu le gilet jaune

On attendait (ou pas) depuis des mois un soi-disant projet de planification écologique qui allait mettre enfin la France sur la voie d’une prise de conscience écologique et on obtient… une déclaration d’amour d’Emmanuel Macron pour la bagnole.

On aura rarement fait plus démagogique que l’intervention présidentielle à la télévision dimanche dernier. Comment en effet réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici à 2030 par rapport à 1990? Selon Emmanuel Pompidou, pardon Macron, en construisant des millions de bagnoles…


Ce qui est très important pour nos Français, c’est qu’on est attachés à la bagnole, on aime la bagnole et moi, je l’adore. »

Emmanuel Macron, le 24 septembre 2023

Tout le monde l’aura très bien compris, il s’agit ici de plaire à celui qu’Emmanuel Macron appelle « Jojo le gilet jaune… » En fait, Emmanuel Macron « adore » surtout la démagogie avant d’adorer la bagnole. Avec un carburant à 2 euros le litre, je pense qu’il est même étonné que des hordes sauvages de gilets jaunes n’aient pas encore pris d’assaut l’Elysée.

Comme chat échaudé craint l’eau froide, il préfère se la jouer « Manu le gilet jaune » et dégainer un chèque de 100 euros pour le smicard en bagnole histoire d’éviter si possible que les gilets jaunes mettent une nouvelle fois la France à feu et à sang.

Rassurons-le, les gilets jaunes voulaient renverser « le poudré » en 2018 alors que le prix du carburant était à seulement 1,5 euros le litre. Aujourd’hui, il est à 2 euros et on ne les entend plus, sauf pour crier de temps en temps « libertay, libertay » quand ils entendent parler de Pass sanitaire…

Mais bon, il est entendu qu’Emmanuel Macron n’a jamais rien compris aux enjeux écologiques, ce qui est normal quand on a les yeux rivés sur les profits du CAC40. D’ailleurs, qu’est-ce au fond qu’Emmanuel Macron si ce n’est un Jean Lecanuet qui aurait réussi?

C’est d’ailleurs tour droit sorti des années 1970 et du Pompidolisme triomphant qu’Emmanuel Macron vient nous donner des leçons d’écologie. Comme de bien entendu, ce sera à Jojo le gilet jaune de payer la facture et de changer ses comportements, surtout pas au système productiviste, au libéralisme débridé ou à l’actionnariat prédateur.

Et en guise de transition écologique, on aura droit à la sempiternelle ritournelle de la voiture électrique, ce qui là aussi en dit long sur l’incompétence profonde d’Emmanuel Macron en matière écologique. Il fait en effet partie de la secte des productivistes qui pensent que remplacer un parc automobile mondial d’1,5 milliards de « bagnoles » thermiques par 1,5 milliards de « bagnoles » électriques sera bénéfique pour l’environnement ou pour le climat.

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En plus, l’électrification annoncée depuis maintenant 20 ans du parc automobile reste assez largement un mirage. L’Etat aura beau subventionner à coup de bonus d’argent public les voitures électriques, elles restent inaccessibles pour Jojo le gilet jaune et son vieux diesel condamné à rester à la porte des ZFE. Et ce n’est pas la miette, pardon le chèque de 100 euros, qui permettra à Jojo de s’acheter une Tesla.

J’ai d’ailleurs toujours été épaté par ce miracle du libéralisme: les riches qui contestent sans cesse les impôts sont les premiers à récupérer des milliers d’euros d’argent public sous forme de bonus automobile pour acheter leur deuxième ou troisième voiture électrique pour madame ou les enfants. Et tous ceux qui gagnent juste assez pour payer des impôts sont en général bien incapables de débourser les sommes monstrueuses demandées pour s’équiper d’une voiture électrique, même en comptant le bonus. En fait, la plupart des gens qui roulent en diesel payent des impôts pour que les professions libérales comme les chefs d’entreprise, les médecins, avocats, etc. s’achètent des voitures électriques grâce aux subventions publiques…

Etonnant, non? A une époque, l’impôt servait à prendre de l’argent aux riches pour le reverser aux pauvres. Aujourd’hui, on prend surtout aux pauvres pour financer le train de vie des riches… Mais bon, vous saviez déjà tout ça si vous avez vu la réception royale de Charles III à Versailles…

C’est pourquoi, nous conseillons à « Manu le gilet jaune » de relire le texte magnifique d’André Gorz sur la bagnole écrit en 1973 et dont voici la première phrase: « Le vice profond des bagnoles, c’est qu’elles sont comme les châteaux ou les villa sur la Côte: des biens de luxe inventés pour le plaisir exclusif d’une minorité de très riches et que rien, dans leur conception et leur nature, ne destinait au peuple. »

Source: L’idéologie sociale de la bagnole – 1973

Image: https://twitter.com/GuillaumeTC

4 commentaires sur “Manu le gilet jaune

  1. zaph

    Et oui Manu adore tellement la bagnole qu’il a encore oublié le vélo dans son plan .

    L’insee nous indique que 70 % des trajets domicile-travail de 2 à 5 km restent réalisés en voiture aujourd’hui ; que 9 conducteurs sur 10 sont seuls dans leur voiture

    Au lieu d »inciter à l’usage du vélo, il préfère subventionner la voiture à hauteur de 100 euros/an. Certes cette somme est ridicule eu égard au cout réel d’utilisation mais si 10 millions de foyer fiscaux sont éligibles c’est 1 milliard de finances publics pour financer la dépendance à la voiture.

    A mettre en parallèle avec les 700 millions pour des rer métropolitains ou les 250 millions annuels du plan vélo présenté par la première Ministre   .

    On n’a pas eu encore assez chaud cet été!

     

     

  2. pedibus

    patience Zaph :

    les Chinois ne vont pas tarder à foutre cette putain d’industrie automobile €uropéenne par terre…

    dès lors ce sera près d’un demi-milliard d’Européens – et moaaaaaa, et moaaaaaa – qui pourront cesser d’être « amoureux de la bagnole », histoire enfin de commencer à respirer un peu…

    Sept cent millions de chinoisEt moi, et moi, et moiAvec ma vie, mon petit chez-moiMon mal de tête, mon point au foieJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Quatre-vingt millions d’indonésiensEt moi, et moi, et moiAvec ma voiture et mon chienSon Canigou quand il aboieJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Trois ou quatre cent millions de noirsEt moi, et moi, et moiQui vais au brunissoirAu sauna pour perdre du poidsJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Trois cent millions de soviétiquesEt moi, et moi, et moiAvec mes manies et mes ticsDans mon p’tit lit en plume d’oieJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Cinquante millions de gens imparfaitsEt moi, et moi, et moiQui regarde Catherine LangeaisÀ la télévision chez moiJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Neuf cent millions de crève-la-faimEt moi, et moi, et moiAvec mon régime végétarienEt tout le whisky que je m’envoieJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Cinq cent millions de sud-américainsEt moi, et moi, et moiJe suis tout nu dans mon bainAvec une fille qui me nettoieJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Cinquante millions de vietnamiensEt moi, et moi, et moiLe dimanche à la chasse au lapinAvec mon fusil, je suis le roiJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    Cinq cent milliards de petits martiensEt moi, et moi, et moiComme un con de parisienJ’attends mon chèque de fin de moisJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vie
    J’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vieJ’y pense et puis j’oublieC’est la vie, c’est la vieJ’y pense et puis j’oublie

    https://www.youtube.com/watch?v=grn7SMp_EDs

    bon OK, une chanson de 1966  de Jacques Dutronc (écrite par Jacques Lanzmann) c’est pas tout jeune… mais avec nos jeunes vieux au plus haut sommet du poulailler français ça rajeunit :
    Dutronc avait 23 ans à l’époque…
    et on voit mal sa majesté pharaonique Kronkrounette II se trémousser sur l’air d’une musique de rock psychédélique français… pour nous vanter son amour pour les belles bagnoles électriques…

    boaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

  3. Lydie

    Comment se fait-il que malgré toutes les alertes de toutes natures ne permettent pas de voir le raisonnement ainsi que la pensée des décideurs évoluer vers de nouvelles manières de réfléchir et d’apporter des idées nouvelles dans l’intérêt collectif et le bien public?

    Quelle tristesse d’assister à un tel gâchis et d’hypothéquer l’avenir de nous tous sur la terre.

    Serait-il possible de mieux se comprendre entre nous tous et avancer avec bon sens.

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