La voiture électrique au Salon de l’auto, et le climat dans tout ça?

Bruxelles, Belgique — Alors que l’on déroule le tapis rouge pour les voitures électriques au Salon de l’Auto, Greenpeace rappelle que celles-ci ne suffiront pas à faire du secteur ‘Transports’ un secteur en phase avec l’urgence climatique. Les promoteurs du Salon de l’Auto peuvent l’encenser à tout va, ils ne seront vraiment « En route vers demain » (ce que clame le thème du Salon) lorsque sobriété des voitures et refonte de notre mobilité seront leurs vraies priorités.

L’industrie automobile ne manque pas de faire la promotion de ‘nouvelles technologies’ et parmi celles-ci, la voiture électrique tire particulièrement bien son épingle du jeu. Selon divers spécialistes, la place de la voiture électrique au sein du marché de l’automobile restera limitée. Aucune voiture électrique n’est d’ailleurs à vendre dans ce salon qui en fait pourtant la promotion…

Dans ces conditions, elle ne pourra que jouer un rôle mineur dans l’effort international pour contrer les changements climatiques au cours des prochaines années. Or, c’est précisément à court terme qu’il faut agir pour le climat, le GIEC (groupe d’experts internationaux sur le climat) estimant que les émissions globales de gaz à effet de serre doivent amorcer leur diminution en 2015 au plus tard… De plus, le secteur Transports reste le troublion de la classe climatique en affichant, à l’inverse des autres secteurs, des émissions de gaz à effet de serre à la hausse.

Revoir la mobilité d’abord

L’essor de la voiture électrique n’est pas exempt de pièges, véritables ornières pour le climat. Un de ces pièges est par exemple le fait que les voitures électriques seront plus chères à l’achat et plus économiques à l’usage. Le risque de voir le nombre de kilomètres parcourus exploser est donc grand. Leur autonomie étant limitée, le risque de les voir s’ajouter au parc automobile traditionnel n’est pas à exclure. Leur vocation étant plutôt citadine, il n’est pas impossible que les voitures électriques fassent de l’ombre à une mobilité beaucoup plus durable (transports en commun, vélo…). Promouvoir les voitures électriques sans travailler sur l’ensemble de la mobilité n’a donc pas de sens. Ce devrait être le job principal des décideurs politiques.

Un autre piège à éviter serait de se satisfaire des progrès engrangés avec les voitures électriques. L’effet positif des nouvelles technologies, sobres en carbone, est souvent réduit à peau de chagrin du fait que les voitures restent souvent trop puissantes et trop énergivores. Les jeeps hybrides en constituent un exemple type. En soi, le moteur électrique présente une meilleure efficacité énergétique que le moteur à explosion mais il est cependant nécessaire de tenir compte de l’efficacité lors de la production d’électricité. D’autre part, même dotée d’un moteur électrique, une voiture électrique doit faire preuve de sobriété, ne fût-ce que pour augmenter son autonomie. Il est donc nécessaire d’évoluer vers des modèles moins puissants et moins rapides.

Rendre l’ensemble des voitures plus sobres

Les véhicules actuellement sur le marché sont encore beaucoup trop énergivores. Cette situation risque malheureusement de perdurer. Fin 2008, l’Union européenne a voté des normes de réduction d’émissions considérablement édulcorées suite au lobbying intense de l’industrie automobile. La législation accorde elle aussi une place de choix aux voitures électriques. Une fois encore, ce n’est pas aussi idyllique qu’on pourrait le penser. Les voitures électriques sont légalement perçues comme des véhicules ne présentant aucune émission de CO2. D’autre part, pour un constructeur, introduire une voiture électrique dans sa gamme lui permet de limiter ses efforts de réduction au niveau des modèles classiques. L’efficacité de la législation s’en trouve considérablement affaiblie. Pour Greenpeace, il est essentiel d’obtenir la révision de cette législation pour la rendre plus ambitieuse et apte à relever le défi climatique.

Par ailleurs, les voitures électriques fonctionnent avec de l’électricité dont la production n’est toujours pas optimale. Cette situation qui risque de se prolonger pendant la prochaine décennie vient considérablement ternir l’image ‘verte’ de la voiture électrique. Son entrée sur la scène climatique fait tâche avec la décision de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires et tous les honneurs qui sont faits de nos jours à une technologie obsolète comme le charbon.

Source: www.greenpeace.org

Greenpeace

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Organisation Non Gouvernementale (ONG) de défense de l'environnement

8 commentaires sur “La voiture électrique au Salon de l’auto, et le climat dans tout ça?

  1. PHI

    Pour rendre les voitures plus sobres, on peut commencer par diminuer leur masse : les voitures de nos grands-parents pesaient nettement moins d’une tonne, aujourd’hui les petites citadines dépassent la tonne… L’évolution de la Clio de la première à la quatrième génération en est un exemple flagrant.

    On peut aussi diminuer leur puissance mécanique. Là on touche à un point plus délicat car puissance est synonyme de confort pour les femmes, et de… puissance tout court pour les hommes.

    Pour limiter le nombre de voitures, on peut aussi apprendre à s’en passer en se rapprochant le plus possible du lieu de travail ou de transports en commun y menant, ou en partageant l’usage de sa voiture via le covoiturage ou l’autopartage associatif.

    Èlectrifier le parc automobile sera pertinent le jour où on aura inversé les tendances actuelles en matière de transport, notamment hors des centres urbains.

  2. CarFree

    Bonjour Madame Sylvie,
    pourquoi ne pas dire que le site que vous promouvez est celui de Renault? Est-ce trop honteux à dire? Sinon, laissez-moi rire, le seul tournant que des entreprises comme Renault connaissent, c’est celui du marketing…. 🙂

  3. Franck

    Le mythe de la voiture électrique. Encore une belle bêtise pour ne pas sortir de la sainte ère automobile ! En effet, cela ne fera que déplacer les problèmes : l’électricité pour l’instant provient de l’uranium, dont les ressources ne sont pas inépuisables, les batteries nécessitent des ingrédients également épuisables. Faut-il rappeller que pour l’instant nous ne sommes « que » 20% des privilégiés à puiser sur 80% des ressources planétaires. Imaginons l’ensemble des humains vouloir une voiture électrique, c’est irréalisable ! Nous sommes sur une planète aux ressources FINIES, donc cessons cette gabégie !. Oui aux pistes cyclables, oui aux transports en commun « lents » type TER et non TGV !

  4. Gari

    « On sent bien qu’il y a un réel tournant au sein du marché automobile et des constructeurs. On se dirige vers une économie verte et la voiture électrique est au cœur du changement des politiques des entreprises.
    Voir le site:http://www.mobilite-durable.org/ »

    Toute la langue de bois du développement durable en trois phrases, je pense qu’il eut été difficile de faire pire.
    Marginalisation de l’opposant (« on sent bien » semble poser comme une évidence que tout le monde est conscient de la réalité du fameux tournant, ce qui exclut de fait toute personne en désaccord…), verdisation à outrance (économie verte, mobilité durable, il ne manque que le développement durable pour compléter le tableau), déification de la voiture : elle est présentée comme le pilier fondamental (le « coeur ») du changement de toutes (mazette !) les entreprises, etc.

    Bravo, bravo !

  5. Legeographe

    « L’essor de la voiture électrique n’est pas exempt de pièges », ce paragraphe (le quatrième) est très très bon.

  6. Pim

    C’est grâceà des sites de marketting aussi mensongers que mobilite-durable.org que l’on a aucune chance de faire changer les comportements des gens ou de diminuer les émissions d’ici 2015 (soit dans 5 ans seulement). Ca vend du faux vert toxique qui pique les yeux, de la fausse écologie etc.

  7. Legeographe

    Pour Sylvie, je rappellerai ce très bon article, certes très long (c’est pour cela que je vous guide vers un paragraphe précis).

    C’est sur la page suivante :
    http://carfree.fr/index.php/2007/10/15/quand-la-voiture-devient-automobile/

    Et il faut entrer la fonction « rechercher » (ctrl + F, sur un PC ; commande [ou Pomme] + F, sur un Mac) et copier-coller ce qui suit ci-dessous :
    Un nouveau front est ouvert. A la « Prévention Routière » il faut ajouter la « Prévention Atmosphérique »

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