ZAPA (Zones d’Actions Prioritaires pour l’Air)

zapa

La loi Grenelle II a accouché d’une idée intéressante, à défaut d’être originale car elle existe déjà dans plusieurs pays européens (Allemagne, Italie, etc.): les Zones d’Actions Prioritaires pour l’Air (ZAPA). Le but est de définir des zones, en général au centre des villes, où les voitures les plus polluantes seraient interdites, totalement ou partiellement.

Le ministère du Développement durable et l’ADEME ont annoncé en décembre 2010 le nom des 6 collectivités retenues pour participer à l’expérimentation de Zones d’Action Prioritaires pour l’Air – ZAPA : Grand Lyon, Grenoble-Alpes Métropole, Clermont Communauté, Pays d’Aix, Plaine Commune (Saint-Denis) et la ville de Paris.

Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, « il s’agit de la mise en œuvre d’une mesure phare de la loi Grenelle II pour améliorer la qualité de l’air. C’est un enjeu de santé publique : la pollution de l’air diminue l’espérance de vie de 9 mois pour chaque Français et l’exposition aux particules fines causerait 40.000 décès chaque année. Les zones d’actions prioritaires pour l’air, dites ZAPA, doivent permettre de renforcer la lutte contre la pollution atmosphérique et notamment de réduire les émissions de particules et d’oxydes d’azotes (NOx)« .

Plus de 160 villes en Europe ont déjà mis en place des actions similaires et certaines expérimentations à l’étranger ont démontré qu’il est possible d’obtenir une baisse de 20 à 30% de la pollution, notamment par l’interdiction de circulation de certains véhicules hautement polluants.

Dans ces zones, l’accès aux véhicules contribuant le plus à la pollution atmosphérique sera donc limité, voire interdit.

Automobile et lave-vaisselle

Selon Le Monde, les véhicules concernés par cet accès limité et le dimensionnement des zones ne sont à ce stade pas encore définis. A Paris, la municipalité réfléchit notamment à interdire, dans certaines zones, les « 4×4 et les vieux diesels », recensés comme les plus polluants. Un comité de pilotage a été créé, réunissant la mairie, les villes voisines de banlieue, la région IDF et la préfecture de police. Quatre scénarios sont envisagés pour cette restriction, les principales zones d’interdiction étant délimitées par les autoroutes autour de Paris ou la limite du boulevard périphérique.

Interdire les « 4×4 et les vieux diesels »… voilà au moins une mesure qui va relancer la presse automobile et qui va pouvoir alimenter pendant un bon bout de temps les forums internet spécialisés dans la bagnole… Sauf que la réalité semble en fait un peu plus complexe que ce qu’avance le journal Le Monde, qui nous a habitué à un peu plus de sérieux.

Le droit français ou européen ne permettent en effet pas de distinguer les voitures selon leur mode de transmission, traction avant, propulsion arrière ou traction intégrale. Si une réglementation pour limiter la circulation des voitures polluantes doit être mise en place, elle ne pourra se baser que sur des données réelles et vérifiables, relatives aux émissions de polluants toxiques des véhicules. Donc par leur respect des normes antipollution. (Moteur-Nature)

C’est le ministère de l’écologie qui devrait donc créer un étiquetage des véhicules, « un peu comme les lave-vaisselle ou les réfrigérateurs qui ont des notes A,B,C,D,E,F,G », précise Denis Baupin, adjoint (Europe Ecologie Les Verts) à l’environnement à la mairie de Paris. « La marge de manœuvre des collectivités consisterait à choisir ce qu’elle interdit, par exemple les véhicules estampillés G et F ou seulement les G », poursuit-il.

On voit bien que tout le problème est l’identification des véhicules les plus polluants. Et on peut trouver des 4×4 récents qui respectent beaucoup plus les normes antipollution que certains véhicules diesel des années 80 ou 90… Donc, malgré les discours volontairement alarmistes de la presse, il ne s’agit pas d’interdire les 4×4 en ville… Dommage, diront certains…

En outre, on voit bien le risque qui consisterait à interdire les plus vieilles voitures, celles des plus pauvres, au nom de la protection de l’environnement, tout en dédouanant les grosses voitures récentes, et fortement émettrices de CO2, des plus riches. Les ZAPA ne seraient alors rien d’autre que des Zones d’Action Prioritaire pour l’Argent!

Mes camions sauvent la planète!

Par contre, on pourrait très bien envisager d’interdire par exemple tous les diesels non équipés d’un Filtre à particules, c’est politiquement suicidaire mais techniquement envisageable, sauf que cela ne résout qu’une partie du problème. Car, malgré ce que pensent beaucoup d’autophiles convaincus, le filtre à particules ne filtre absolument pas toutes les particules toxiques, seulement les plus grosses, laissant passer les microparticules les plus dangereuses qui viennent ensuite se loger au cœur de nos poumons.

De manière générale, il est assez navrant de constater que les plus grands partisans de l’automobile, ce que l’on appelle en général les « passionnés » de la voiture, n’y connaissent en général rien en matière de pollution et d’émissions polluantes de leur propre (sale) voiture…

Plus grave, je parlais il y a quelques temps à un responsable d’un parc de camions (une centaine de camions quand même) qui m’assurait que ses camions n’émettaient plus du tout de CO2 depuis les dernières normes en vigueur… Il était persuadé que les filtres équipant ses camions « retenaient le CO2 ». Le Greenwashing publicitaire permanent finit par laver complétement le cerveau de certains. Vous me direz, c’est un peu le but de la manoeuvre…

Tout cela pour arriver à une conclusion en forme de point d’interrogation? Quand on voit ce qu’est devenue la Taxe carbone, on peut s’interroger sur la future consistance des ZAPA, qui vont passer en 2011 à la moulinette technocratique et politicienne avant d’aboutir à une mesure qu’on peut espérer, à ce stade, pas trop édulcorée pour se résumer uniquement à un énième éco-blanchiment gouvernemental…

Vers la simplification

Au vu des éléments pour l’instant disponibles, on voit tout de suite la complexité et le coût important de la future mise en œuvre des ZAPA. Car il faut non seulement définir des zones (périmètres, surfaces concernées) et des types de véhicules polluants avec mise en place probable de vignettes sur chaque voiture, mais il faut en plus prévoir un système de contrôle et de surveillance, très probablement à base de vidéosurveillance afin de laisser passer certaines voitures et en interdire d’autres.

Tout ceci va prendre beaucoup de temps, coûter très cher pour obtenir dans le meilleur des cas une « baisse de 20 à 30% de la pollution ».

Si l’objectif final est la diminution de la pollution en ville, pourquoi ne pas interdire tout simplement la circulation des voitures en ville, de toutes les voitures hormis certains cas particuliers (ambulances, police, etc.)? Cette mesure, beaucoup plus simple à mettre en place, aurait en outre une efficacité beaucoup plus importante pour réduire la pollution en ville… En outre, la définition des périmètres concernés pourrait être somme toute assez simple: partout où il existe un système de transports collectifs urbains!

Et avec une mesure de ce type, on peut envisager une diminution de la pollution en ville proche de 100%…

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

12 commentaires sur “ZAPA (Zones d’Actions Prioritaires pour l’Air)

  1. Alain

    tout çà, c’est du pipi de chat, car les vraies ZAPA sont les endroits où on dépasse les normes sanitaires mais vu les endroits pas près que ce soit pris en compte:
    – Périphérique autour de Paris.
    – L’A10 à Tours dans sa partie urbaine.

    Vous voyez les Zélus (faux culs de première) décider d’interdire les voitures sur le périph’ ou les camions sur l’A10 qui traverse le centre de Tours? Moi pas. Donc ils inventent une connerie tout en laissant crever les gens dans les vraies zones qui devraient avoir une VRAIE action.

    Un turc de bobos soutenus par les verts, bobs de première. Voilà tout ce qui se passera.

  2. LanimO

    comme c’est étonnant, encore une mesure amplifiant la gentrification des centres villes!
    t’as pas une voiture neuve? tu reste sur le trottoir ou dans ta piste cyclable d’un metre cinquante!
    j’suis plus pour la solution envisagée dans le dernier paragraphe.

  3. claude38

    Un grand nombre de vehicules essence sont équipés de kit pour rouler au superethanol E85 qui ne polluent pratiquement pas et, comme aux USA un nombre croissant avec de petits generateurs d’hydrogenes vendus en kit qui réduisent la pollution à néant. Le systeme pantone est aussi très populaire et la municipalité de Vitry sur Seine s’en équipe! Le comble du comble de l’absurdité c’est que ces modifications ne sont pas homologuées par la DRIRE voire même interdites, bien que soient vendu librement l’E85 tout comme ces kits. Divers moyens d’optimiser la combustion des carburants et de ne pas polluer sont exposés regulierement sur les forums et resultent de l’initiative et ingeniosité individuelle. N’en deplaisent aux sceptiques, aux lobbies et aux censeurs deroutés par la libre circulation des infos sur internet (qui bien entendu n’ont jamais expérimenté) les resultats sont là, sauf de suspecter tous les intervenants de mentir collectivement. Ce phenomène, qui vient des usa, prend de l’ampleur et resulte d’un désir collectif de se liberer des energies polluantes. Il serait donc très préjudicable à la cause environnementale et totalement irrationnel de ne pas tenir compte des efforts de certains propriétaires de vehicules pour réduire leur consommation et de les pénaliser au même titre que les possesseurs de vehicules polluants au risque de se retrouver à terme avec une legislation en porte à faux avec la réalité. C’est pourquoi il est fondamental de dépasser les mentions uniformes affichées sur les cartes grises à partir des informations fournies par les constructeurs et d’individualiser les criteres d’evaluation des émissions de co2 par un contrôle technique personnalisé. De cette manière celui qui ne pollue pas ne sera pas pénalisé au même titre que celui qui pollue beaucoup. A moins qu’on ne cherche à le décourager, mais c’est un autre problème!

  4. CarFree

    Aux dernières nouvelles, il y aurait 8 agglomérations concernées par les ZAPA, et non plus seulement 6 comme dans le projet initial. Les 8 agglomérations éligibles aux ZAPA sont: Paris, Saint-Denis, Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Nice et Aix-en-Provence. Nice et Bordeaux rejoignent donc l’expérimentation qui devrait durer 3 ans. Selon NKM, ministre du développement durable, « la plupart de ces 8 agglomérations sont visées par un contentieux européen pour non-respect des normes de qualité de l’air, ce qui pourrait valoir à la France de sévères amendes ».

  5. JiBOM

    Ces ZAPA sont une bonne idée à mon avis. Mais elles se heurteront à une prise en compte insuffisamment globalisante du problème de la pollution de l’air. S’il est vrai que cette dernière est présente surtout en milieu urbain – concentration des lieux d’intérêt d’où concentration du trafic -, j’ai peur qu’une grande partie de ce trafic soit générée par des rurbains ayant systématiquement besoin de leur voiture pour aller où que ce soit. Filtrer la pénétration automobile dans les villes reviendra, dans beaucoup de cas, à favoriser le développement des zones périphériques de consommation massive. Par conséquent, si cela amène, de façon collatérale, à saturer d’autres axes (urbains ou non), on risque de déplacer le problème sans le régler – du moins au début.

    En définitive, cette expérimentation part d’une bonne intention, mais ne serait-elle pas meilleure si elle était généralisée à tout le territoire national (ne parlons que de la France) et doublée d’une politique renforcée en matière de transports publics, de redéploiement (ou décentralisation) des activités, de lutte contre l’étalement urbain, etc. ?

  6. Jean-Marc

    Bon, sous couvert d ecologie (pour faire rager les pauvres contre l ecologie…), les ZAPA vont être une interdiction des centre-villes aux véhicules les plus anciens.

    Donc une incitation à acheter plus vite un nouveau véhicule, même si l ancien marche encore bien :

    Un bon point pour renault/peugeot et consorts… un mauvais point pour l ecologie.

    2 raisons au mauvais point, en plus de la stigmatisation des ecolo par les pauvres achetant d occase :
    – il faut que chaque nouveau véhicule rembourse son coût eco de construction… ce qui prend du temps.
    Si bien qu avant 25 000km (grand mini), un vehicule neuf va plus polluer qu un vieux qui n a plus besoin d’être construit.

    – les nouveaux diesels, avec filtres ont plus de micro-particules, les plus dangereuses pour la santé (car se retrouvant au plus profond des bronches, dans des alvéoles très petites) que les vieux desiels crachant noir : eux crachent des « maxi »-particules, qui s arrêtent en partie dans les poils du nez, ou dans la gorges, et qu’on peut stopper par des filtres : on se mouche, on crache, et ils sont partiellement enlevé. Les micro restent au contraire plus longtemps et crééent plus de cancers…

    Alors qu’il existe une solution simple pour faire écolo, écolo, et écolo :

    les voitures, en moyennes, en centre ville, roulent à 16 (17?) km/h,
    mais accélèrent à +/- 50 entre 2 ralentissements/freinages :
    hors, c est les accélérations qui polluent le plus, et les freinages qui sont le plus gros gaspillage d energie (une fois un mobile lancé, c est plus efficace, énergétiquement, d entretenir le mvt).
    C’est les accélérations et la vitesse max qui sont sources du max de bruit.
    C’est les voitures collées entre elle (non respect des distances de sécu) et la vitesse qui sont qui sont accidentogène et une importante cause de mortalité :

    -> passer de 50 à 45km/h toutes les villes, celà entraine :

    1- moins d’accidents et de morts par accidents (baisse de 4% des morts par km de vitesse max en moins; soit, en théorie, -4×5=-20% de morts en ville à 45% par rapport à 50… comme ils ne roulent pas à 50/45 en permanence, même si c est -10%, c est deja énorme…)
    2- moins de pollution (accélérations moins longues, car on rejoint plus vite la voiture de devant)
    3- moins de pollution sonore

    Une solution très simple, très efficace, facile à même en place, qui ne stigmatise pas une partie de la population (les pauvres).
    Généralisable sur tout le territoire (urbain) en une seule loi, du jour au lendemain (suffit de préciser que tous les panneaux 50 sont à interpréter comme des 45, le temps de les changer).

    Ses defauts ?
    Elle ne rend pas service à peugeot/renault, au contraire…
    Elle ne stigmatise pas les pratiques « ecolo »

    Remarque : la vitesse moyenne ne devrait quasi pas changer : de moins de 0,5km/h… dans un sens, ou l autre.

    (ou l autre : sur l autoroute A31, en passant les passages à 130 à 110, la vitesse moyenne des véhicules a augmentée…)

  7. apanivore

    Tiens c’est marrant « 40 millions d’automobilistes » critique la mesure qui selon elle va pénaliser les pauvres qui ne peuvent pas s’acheter de voiture récente et « appelle donc à la mise en place d’une nouvelle incitation à l’achat sur le modèle de la prime à la casse ».

    Ils sont désespérant de bêtise.

  8. Jean-Marc

    autre avantage des ZAPA, pour l’UMP et les croissantistes :

    En étant soit-disant ecolo sans tout à fait l’être, elles mettent les vrais écolo en porte à faux :

    doivent-ils soutenir cette mesure,
    ou la dénoncer… et ainsi rendre le discours plus confus pour ceux qui ne le suivent qu’indirectement…

    un joli piège : dans les 2 cas, ils sont perdants :
    – soutien à une mauvaise mesure, qui fera que de bonnes mesures ne seront pas prises (hé ! on en fait deja assez ! !, ou, comme dit Sarko au salon de l agri, le 6 mars 2010 : « l’écologie, çà commence à bien faire !)
    – dénonciation -> pour non spécialistes : « l’écologie, on n y comprend rien… » (entre le mercure des lampes basses conso, les panneaux PV non recyclables, les éoliennes qui tuent les chauve-souries,….)

  9. BromptonAddictBromptonAddict

    Sur une photo du discours de NKM, on voit une lettre qui ressemble très fortement au sigle d’Areva.
    Le gouvernement a bien l’air d’être vendu au lobby nucléaire… NKM dit donc oui aux voitures nucléaires.
    Ce n’est pas parce que NKM fait partie des nantis français que ses 2 enfants seront moins sensibles aux radiations nucléaires d’un prochain accident nucléaire français. Il faudrait peut-être qu’elle y réfléchisse.
    http://www.leparisien.fr/environnement/pour-nkm-l-avenir-en-ville-est-aux-petites-voitures-et-a-l-electrique-05-04-2011-1394958.php

  10. Eco-mobilite.tv

    Face au non respect des normes de pollution atmosphérique, la France a opté pour les ZAPA. Leur équivalent anglais, les « Low Emission Zones »qui existent depuis 2008, semblent avoir fait leurs preuves Outre-Manche puisqu’elles ont permis une amélioration sensible de la qualité de l’air. En effet, aujourd’hui, 96 % des véhicules entrant dans la capitale respectent les seuils d’émissions. Quelles solutions ont été mises en place ? Voici quelques pistes à explorer :

    http://ecomobilite.tv/2011/04/20/ouste-gros-pollueurs/

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