Le Bagnolo-Trophée 2011 est attribué à la ville de Paris

Après Toulon en 2009 et Marseille en 2010, Carfree France décerne son bagnolo-trophée 2011 à la ville de Paris qui, au travers de la mise en place d’Autolib, prétend faire diminuer le trafic automobile en ajoutant 3.000 voitures à la circulation parisienne!

Après le Vélib, Autolib, avant la mise en place prochaine d’Hummerlib? En surfant sur l’image écolo du Vélib, la mairie de Paris met en place un service coûteux de location de voitures qui n’a rien à voir avec de l’autopartage. Les véhicules en location, des Blue Car réalisés par le milliardaire passionné d’Afrique Vincent Bolloré, sont « en trace directe »: autrement dit, il est possible de déposer le véhicule dans une station différente de celle de départ. Conséquence, un « jockey » ramène la voiture à la station de départ et… repart en métro à sa station d’affectation! Le projet ne risque donc pas de désengorger ni les rues ni les transports en commun souvent saturés qui auraient besoin, eux, de plus de financements!

Car le projet Autolib va coûter très cher aux collectivités locales et donc aux contribuables, et les financements publics ne sont pas extensibles à l’infini. Ce qui ira à Autolib n’ira pas aux transports collectifs!

Selon le contrat signé par Bolloré, chaque commune de l’agglomération parisienne s’engage à subventionner à hauteur de 50.000 euros chacune des 1.120 stations Autolib qui doivent être mise en place dans l’agglomération parisienne. Pour la seule ville de Paris, cela représente déjà 25 millions d’euros pour les seules stations! La région Ile-de-France met aussi la main à la poche, il est vrai qu’elle n’a aucune infrastructure de transports collectifs à financer… Et ce n’est pas fini…

Dans le contrat, Bolloré prendra en charge le déficit prévisible de l’opération, jusqu’à 60 millions d’euros par an. Si le déficit est supérieur, qui paiera ? Le contribuable, bien entendu!

Pour le reste, Autolib est une vaste opération de promotion pour la Blue Car de Bolloré, il le dit d’ailleurs lui-même dans ses interviews, son intention n’est pas de faire du bénéfice, mais d’exploiter commercialement l’image internationale de Paris associée à ses véhicules. Et si déficit il y a, les parisiens paieront.

Et déficit, il y aura très probablement. Selon Bolloré, la rentabilité financière de l’opération sera atteinte avec 80.000 abonnés. Les élus franciliens d’Europe Ecologie parlent quant à eux de 200.000 abonnés nécessaires… Dans les deux cas, l’opération est très mal engagée. Car si on imagine un instant que Bolloré atteigne ses objectifs, cela représente alors une voiture pour 27 abonnés (ou 1 voiture pour 67 abonnés selon les chiffres d’EELV). Le système risque de s’enrayer rapidement quand les mêmes abonnés voudront accéder aux mêmes voitures au même moment…

Autrement dit, comme dans le cas de Vélib, le service ne conviendra pas aux utilisateurs qui ont absolument besoin d’un mode de déplacement à un moment donné. Le manque de fiabilité sera rédhibitoire. Pour les utilisateurs occasionnels, Autolib peut être intéressant, comme Vélib d’ailleurs, mais alors le projet montre toute son incohérence.

Car la véritable cible d’Autolib, ce ne sont pas les parisiens possédant une voiture, qui ne vont pas massivement vendre leur voiture du jour au lendemain pour un système aléatoire qui ne pourra jamais leur garantir la disponibilité d’une voiture, mais les 50% de parisiens ne possédant pas de voiture et se déplaçant en transports en commun, à vélo ou à pied!

Le parisien qui a déjà une voiture et l’utilise tous les jours pour aller travailler en banlieue ne va pas la vendre pour dépendre d’un système Autolib qui ne pourra jamais lui assurer la disponibilité permanente d’une voiture. Par contre, le parisien sans voiture qui veut par exemple aller au musée ou au cinéma pourra effectivement être intéressé par une voiture Autolib, au lieu de prendre les transports en commun ou le vélo!

Où est le bénéfice écologique et économique d’une telle opération? On voit bien que derrière l’opération Autolib, le véritable objectif est de fournir une voiture à ceux qui s’en passaient jusqu’à présent! Et le plus scandaleux, c’est que l’ensemble de l’opération se veut « verte », « citoyenne », « respectueuse de la planète », etc. sous prétexte que la Blue Car est une voiture électrique, ou plutôt nucléaire

Et même probablement pire que ça… Le temps de rechargement des batteries (4 heures) s’effectuera notamment en fin de journée durant les pics de consommation, encourageant le recours à l’énergie nucléaire, à la production de centrales thermiques très polluantes et à l’importation d’électricité. Ce n’est donc pas non plus un mode de déplacement écologique.

Et le reste est à l’avenant: construction de parkinglib souterrains dans toute la capitale, pillage du lithium pour construire les batteries, des coûts à réévaluer quand les premiers actes de vandalisme vont apparaître (Cf Vélib), accidents nombreux à prévoir qui augmenteront les coûts et diminueront encore plus la disponibilité des véhicules et, cerise sur le gâteau, exploitation forcenée et généralisée de la main d’œuvre.

Car, à vrai dire, le seul point positif qu’on aurait pu voir avec la mise en place d’Autolib, c’est la création de centaines d’emplois pour accueillir les automobilistes, transporter les voitures, etc. Problème, voici les conditions de travail proposées pour les forçats d’Autolib: payé au Smic horaire, 4 euros le panier repas, 10% de plus pour travail de nuit, pas de 13ème mois, pas de prime de participation aux bénéfices, etc. Vive l’électro-mobilité!

Pour toutes ces raisons, Carfree France décerne donc son Bagnolo-Trophée 2011 à la ville de Paris et, en particulier, à son maire Bertrand Delanoë, pour faire de Paris la ville de la bagnole.

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9 commentaires sur “Le Bagnolo-Trophée 2011 est attribué à la ville de Paris

  1. Tassin

    Génial! Enfin un article qui résume toutes les tares de ce système Autolib.
    Merci.

  2. Pim

    (Citation du texte) « Le parisien qui a déjà une voiture et l’utilise tous les jours pour aller travailler en banlieue ne va pas la vendre pour dépendre d’un système Autolib qui ne pourra jamais lui assurer la disponibilité permanente d’une voiture. Par contre, le parisien sans voiture qui veut par exemple aller au musée ou au cinéma pourra effectivement être intéressé par une voiture Autolib, au lieu de prendre les transports en commun ou le vélo! »

    J’ajouterai cet argument issu du de l’expérience Velib. Le système Autolib va probablement aussi inciter ces 50% de Parisiens sans voiture à en acheter une. En tout cas, c’est ce qui s’est produit avec l’effet Velib. Si au départ les vélocistes parisiens voyaient d’un mauvais oeil le vélib, ils ont finalement vite remarqué que les gens achetaient leur propre vélo pour ne pas être dépendant du système, et de ses inconvénients. Ceci a eu pour effet de multiplier les ventes de vélos à Paris.

    Autre remarque : c’est clairement un investissement sans risque pour Bolloré Blue Car, puisque c’est une énorme campagne publicitaire financée par Bollorée à hauteur max de 60MEur (il faudrait comparer ce chiffre aux autres campagnes voitures, mais je pense que c’est peu). Le reste de la campagne publicitaire sera financé par le contribuable sans qu’on ne lui donne le choix! –> Après la pub non sollicitée, on vient d’inventer la pub obligatoire!

  3. MOA

    Paris, bertrand delanoë, vincent bolloré et la Blue Car méritent amplement le Bagnolo-trophée.

    Félicitations messieurs.

  4. Gari

    Bravo pour l’article, que j’applaudis des deux mains.
     
    Petit commentaire cependant sur la fin de l’article :
    « le seul point positif qu’on aurait pu voir avec la mise en place d’Autolib, c’est la création de centaines d’emplois pour accueillir les automobilistes »
    Je suis toujours dubitatif vis-à-vis des arguments de type « ça-génère-de-l’emploi ». Je ne vois pas en quoi c’est un point positif. Je préfère, et de très loin, financer une personne qui ne travaille pas (chômage, RSA, etc.) que financer une personne qui fait un métier nuisible…
    (Oui, au bout du compte, c’est de toute façon nous qui finançons dans les deux cas)
     
    Note : je dis cela parce que j’appelle à un monde qui n’érigerait pas en vertu sacré le fait de « travailler » (c’est à dire, effectuer n’importe quel acte aussi nuisible soit-il contre de l’argent). Je suis moi-même payé à effectuer un métier nuisible.

  5. velo for ever

    apres 2009 la ville de toulon est bien partie pour le trophé 2012 :

    Mr Falco (maire de toulon) a pris un arrêté municipal pour interdire aux cyclistes la piste cyclable du pont des gaux (Av Aristide Briand) pour autoriser le stationnement des voitures sur cette piste cyclable !! (elle est toute neuve !! )
    Une nouvelle action qui démontre le peu d’intérêt que porte la mairie de Toulon à ses habitants qui circulent à vélo !!!

    aujourd’hui indignez vous!!! recopiez ce texte et envoyez le par mail à :


    HubertFALCO@mairie-toulon.fr

    Mr le Maire je m’indigne contre l’arrêté municipal que vous avez pris pour interdire aux cyclistes la piste cyclable (av aristide briand) pour y autoriser le stationnement des voitures!!
     

     
    En espérant que vous annulerez cet arrêté au plus vite!!!!
     

     
    Un citoyen indigné

    merci de votre soutien!!!

  6. Frafffraff

    le but d’autolib est de fluidifier le trafic en libérant des places de parking.
    il s’agit d’inciter les parisiens qui n’utilisent qu’occasionnellement leur voiture personnelle se débarrassent de cette dernière, cela libèrera de nombreuses places de parking.
    s’il y a plus de place de parking disponibles, il y aura moins de bagnoles garées en double file ou sur des places de livraisons, et donc, un trafic plus fluide.
    et accessoirement, il y avait plus de voiture électriques, je pourrais peut être respirer normalement lorsque je pédale. si la blue car est loin d’être écolo, au moins, elle ne pue pas, avec un peu de chance, elle sera également silencieuse.
    a l’annonce d’autolib, j’ai cru que notre maire se plantait, je n’en suis plus si sûr, j’attends de voir.
    pour finir, je trouve malheureux de taper sur un maires qui a cassé la moitie de la ville pour faire des pistes cyclables, qui tente de récupérer les quais de seine pour les piétons et qui s’engage sur la politique sociale, contrairement aux baltringues du gouvernement.
    j’habite Paris depuis bientôt 10 ans, j’ai vu mon cadre de vie s’améliorer nettement depuis qu’il est la. j’ai voté pour lui et je ne le regrette pas, je revoterai pour lui s’il se représente.
     

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