De quoi Macron est-il le nom ?

L’An 01 du Parti unique

En agitant l’épouvantail Le Pen, les patrons du CAC 40 et de la presse ont réussi à faire plébisciter Macron. Plus que l’âge du candidat qui fait les Une unanimes des journaux, un tel niveau de manipulation de l’opinion publique pour élire un président conçu comme un produit marketing est sans nul doute une première dans l’histoire. Grande victoire politico-médiatique, en effet, le « people style » triomphe du populisme. Ainsi la nouvelle farce vire au tragique pour la démocratie. Et les fastes de la mise en scène au pied d’une pyramide confinent à celui d’un sacre impérial. Le parti unique de l’ordre est « En Marche. »

Le 18 Brumaire du fanfaron Macron

L’oligarchie affairiste française renouvelle son personnel et son dispositif de représentation. Elle n’a plus besoin du système droite-gauche pour introniser son homme de paille qui cette fois-ci s’annonce comme son homme de main… Avec ce pseudo-duel arrangé du second tour – un candidat représentant le néolibéralisme financier contre une candidate aux idées néolibérales franchouillardes – la problématique environnementale s’est retrouvée tout simplement annihilée… Les Français sont invités à penser que le jeune Macron serait l’homme de la situation, voire l’homme providentiel pour faire barrage à la menace fasciste…

Un candidat antisystème ? La blague !

Ce jeune Président a fait l’objet d’un culte de la personnalité dans la presse nationale et même internationale. Cependant on en sait suffisamment sur le cas Macron. Marie Bénilde, l’auteure de « On achète bien les cerveaux » croque de manière saisissante le personnage: « M. Macron plaît à la presse et à ses dirigeants. Et pour cause: son discours libéral, europhile, atlantiste et moderniste évoque une synthèse des éditoriaux du Monde, de Libération, de L’Obs et de L’Express qu’un acteur de théâtre expérimental aurait entrepris de hurler sur scène… » (1).

Interrogés par Bastamag, deux sociologues auteurs du livre « Les prédateurs au pouvoir » ont une formule encore plus laconique: « c’est l’oligarque parfait« ; ils ajoutent: « Emmanuel Macron est un extraordinaire porte-parole de l’oligarchie et de la pensée unique » (2).

Ce nouveau Président a effectué un passage par la French-American Foundation dans le cadre de son programme « Young Leaders« . Dans cette fondation, on peut noter cinq cents personnalités françaises, parmi lesquelles F. Hollande, F. Pellerin, N. Vallaud-Belkacem, V. Pécresse, J.M. Colombani, C. Ockrent, A. Minc, M. Pigasse, A. Juppé… C’est au sein de cette structure qu’Édouard Philippe a rencontré E. Macron en 2012. L’actuel locataire de Matignon était alors maire du Havre; il participait, comme le Président, au séminaire de deux ans organisé depuis 1981 par la fondation privée, où une douzaine de jeunes Français côtoient les élites américaines de la même classe d’âge.

Un journaliste inscrit le nouveau locataire de l’Élysée, sans détour, dans la liste déjà longue des « mercenaires français à la solde des milieux d’affaires étasuniens » (3). Bien avant son intronisation, un article « Mine responsable, un nouvel oxymore » en ligne sur le site alternatives-projets miniers, situait le cas Macron dans sa fonction internationale: « il est depuis longtemps la tête de pont transatlantique de Wall Street dans l’Hexagone » (4).

Les dessous d’une immaculée conception

L’origine de celui que la presse encense comme le  divin enfant qui va sauver la France ne relève pas de l’immaculée conception. Le jeune énarque, déjà bien introduit dans le secteur des grandes banques, avance dans le sillage idéologique de Jacques Attali (celui qui aurait créé des millions d’emplois et dit que Whirlpool est une anecdote …). Sous ce patronage, l’enfant prodige en profite pour se faire remarquer par un grand nombre de personnes « influentes »; ce qui servira bien pour la campagne électorale !

On sait, en effet, qu’il a commencé sa carrière comme banquier d’affaire chez les Rothschild… Mais pour sa rapide ascension politique, deux fonctions clefs dans les arcanes du pouvoir doivent être signalées. Tout commence avec le mandat de Sarkozy en 2007. Il est mis en incubation intellectuelle à un poste de  rapporteur adjoint de la « commission pour la libération de la croissance ». Comme le note M. Bénilde, « là, il siège au milieu de 17 patrons et anciens patrons, et il remplit son carnet d’adresses« . Et réciproquement, le jeune homme s’est imprégné de la bonne parole néolibérale…

Sous Hollande, Macron continue sa carrière dans les arcanes du pouvoir à un poste tout aussi stratégique comme secrétaire adjoint à l’Élysée. Là encore tout le beau monde et tous les hommes qui comptent passent par Macron pour s’adresser au Président. Le carnet d’adresses devient vite pléthorique.

Durant deux mandats, un à droite, l’autre à gauche, le rapporteur adjoint et le secrétaire adjoint devenu candidat du « ni-ni » puis Président aura été biberonné à la pensée unique de l’oligarchie française. La suite de son histoire en surface, lorsqu’il succède en 2014 à Arnaud Montebourg au ministère de l’économie, on la connaît.

Quelques-uns de ses hauts faits de guerre au service des milieux d’affaires

Le futur candidat à la présidence convainc F. Hollande de ne pas plafonner les plafonds des grands patrons.

Il est la cheville-ouvrière du fameux CICE, ce crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi offert aux patrons dans le cadre du « Pacte national pour la Croissance », en continuité idéologique avec la « commission (Attali) pour la libération de la Croissance ».

Contrairement à A. Montebourg, le « Young Leader » renvoie l’ascenseur en cédant Alstom à General Electric. Cette entreprise française avait mis au point les grandes éoliennes avec l’argent des contribuables jusqu’en 2014 – et dans le cadre du CICE. En un clin d’œil toute la technologie et tous les brevets ont traversé l’Atlantique pour devenir la propriété de l’entreprise américaine.

Dans la lignée d’A. Montebourg qui voulait que la France « redevienne un pays minier« , son successeur au poste ministériel autorise l’extraction des ressources sableuses dans la baie de Lannion (Bretagne)… même si, par la suite, il nie avoir signé l’autorisation.

Versant salarial, il est l’éminence grise de la casse sociale avec la « loi travail », dite « loi El Khomri ».

La « loi Macron » impose en catimini un amendement favorisant l’ouverture du projet Cigéo, centre d’enfouissement de déchets nucléaires très contesté de Bure.

Grâce à cette loi qui porte son nom, il libéralise les lignes nationales de bus dans le but essentiel de mettre fin au monopole public sur le transport de voyageurs… en dépit des conséquences environnementales.

Les Rois mages de la campagne électorale

Mediapart montre la préparation de campagne du candidat d’En Marche: « pour financer sa campagne, Emmanuel Macron a réussi à mobiliser près de 13 millions d’euros de dons en un temps record. Loin de l’image cultivée par En Marche! d’une campagne aussi spontanée que populaire, un puissant réseau de banquiers d’affaires a discrètement ouvert ses carnets d’adresses au nouveau président » (5).

Cet homme éclectique obtient le soutien de personnes dans des secteurs très variés: A. Madelin, D. Cohn-Bendit, R. Hue, D. Cazeneuve, E. Valls, B. Pompili, J.P. Raffarin, F. Bayrou, P. Laurent, BHL, L. Berger, P. Gattaz, L. Parisot, P. Bergé, P. Drahi, des caciques du PS et de LR, des banquiers et patrons du CAC 40…

Il fait croire qu’il s’oppose au Président sortant alors qu’il est dans la continuité de ses deux prédécesseurs. Le fin du fin: donner l’illusion de tout changer pour que rien ne change au niveau des objectifs.

Dans le Tohu-Bohu du « dîner de gala » de la farce Macron, le poupon éructe quelques bourdes. La plupart sont significatives de cette pensée unique de la classe dominante qui n’a peur de rien et affirme pour asséner. On apprend ainsi que les ouvrières sont « ignorantes » et que les habitants du Pas-de-Calais sont « alcooliques« ; Pour l’Algérie, il révèle un vieux refoulé national: « La colonisation est un crime contre l’Humanité« … pour se rétracter très rapidement ! Le site agoravox, dans un article: « Hollande – Macron La grande magouille » fait une brève anthologie des bourdes et boulettes du candidat en campagne (6).

Sans originalité, il se dit du « ni-ni », mais il est du Oui-Oui à l’affairisme et à l’extractivisme qui ne sont, comme on le sait, ni de droite, ni de gauche. Au stade du capitalisme du désastre, de la casse sociale et de la crise environnementale, la finance qui désormais s’active à visage découvert n’a en effet que faire de ces notions de droite et de gauche. La course au profit ne se préoccupe que d’ingénierie sociale, de pouvoir économique et politique. Sous le visage angélique de l’enfant prodige, on retourne à la brutalité ancestrale de la lutte des classes.

Ainsi, durant ces deux périodes électorales (présidentielles et législatives), le système a fait sa mue. La dislocation très médiatisée des vieux partis sert de décorum à l’avènement d’un homme providentiel pour la France.

L’image de la naissance miraculeuse du « mouvement » avec l’adoration des Rois mages et de son affirmation contre des forces hostiles – les marchands du temple politique – construit le personnage du sauveur. Les journalistes nous révèlent la signification d’ »En Marche »: les deux lettres majuscules sont celles d’Emmanuel Macron. Plus pragmatiquement, le fonctionnement de ce « mouvement » est très pyramidal et ne diffère évidemment pas de celui d’un parti ou plus justement d’une firme transnationale. C’est donc sans surprise qu’on découvre que 90 % de son équipe est  issue des finances et de l’assurance. Le recrutement des futurs cadres de « son mouvement » s’opère essentiellement du côté des professions libérales, des jeunes passés par les « Grandes Écoles »…

A l’exemple de firmes qui fusionnent pour accroître leur puissance, le dit mouvement « En Marche » ratisse large, à droite, à gauche et jusque chez les écolos carriéristes pour la création d’un parti unique. Ainsi la seconde étape de La République En Marche (nouveau nom du « mouvement » pour les législatives) est de laminer La France Insoumise pour la conquête absolue du pouvoir puisque la France acquise au FN est déjà par sa nature soumise… à l’ordre du néolibéralisme.

Le nouveau gourou évangélique du capitalisme décomplexé ne se sent pas obligé à mettre en place ses promesses électorales – d’ailleurs souvent floues. Mis au pouvoir directement par l’oligarchie, « Macron, le Petit » exécutera ce qu’elle lui dira.

On arrive donc à une situation assez semblable à celle des États-Unis : Quelle que soit la couleur politique du locataire de la Maison Blanche, les intérêts pétroliers gouvernent.

Concédons qu’Emmanuel Macron est plus mignon que Donald Trump.

Après le sacre, le voile tombe

Le système reprend les rênes. Avec la constitution du nouveau gouvernement – le n°1- E. Macron nomme Édouard Philippe premier ministre. On ne pouvait pas mieux choisir pour s’inscrire dans la continuité technocratique nationale. Le nominé est diplômé de l’IEP Paris et de l’ENA. Mais surtout, il a sévi à un poste clef du pouvoir en tant qu’ancien directeur des relations publiques chez Areva. A ce titre, il a blanchi, verdi ou embelli l’image d’une entreprise aujourd’hui en faillite et les conditions d’exploitation de l’uranium très controversées au Niger. Bref, en tant que grand démagogue d’Areva et premier palefrenier de Juppé, c’est déjà un personnage fossilisé de l’Ancien Régime !

Coup de théâtre, E. Macron a trouvé des atomes crochus entre Nicolas Hulot et Édouard Philippe pour l’intégrer à son gouvernement. Mais bien sûr personne n’est dupe sur la fonction qui l’attend dans ce gouvernement. Les deux hommes sont des communicants dans les vases sordides de la République. « C’est bien l’argent des grands spéculateurs les plus pollueurs qu’il blanchit, ou verdit, dans sa fondation ! » déclarait en 2008 un député du Modem (7). La fondation qui porte le nom du ministre de la « transition écologique et solidaire » a été ou est financée par EDF, RTE, Bouygues, TF1, Saint-Gobain, Carrefour, Autoroutes du Sud de la France, Kering, L’Oréal, Lesieur, SNCF, Veolia… (8). En 2015, ces contributions se montaient à 2,5 millions d’euros (plus de la moitié du budget de l’association). Après tant d’argent sale accumulé auprès de grandes firmes, ce contorsionniste de haut vol en rhétorique écologique ne peut plus se défausser. Par pragmatisme ou opportunisme, il finit sa carrière en grande pompe au service du greenwashing de la 5e République.

Pour l’instant, les positions du successeur de Ségolène Royal sont les suivantes: pour la sortie du nucléaire – seulement après Fukushima ; pour l’arrêt du projet d’aéroport NDDL – tout en tenant un peu compte du résultat du referendum ; pour l’installation des compteurs « intelligents » linky (énorme arnaque concoctée par Enedis, ex-ERDF) ; contre l’exploitation du gaz de schiste. E = m c², a priori les atomes crochus risquent de faire des étincelles… Tôt ou tard, il devrait y avoir des frictions avec le chef du gouvernement ou le Président ? Pour le moment, l’équipée doit faire bloc pour passer le cap les législatives ! Dans cette perspective, le gouvernement va tout faire pour donner le change… en s’ouvrant aux problèmes environnementaux, sociaux et économiques. La façade doit être lisse et verte jusqu’au 18 juin.

Dans le sillon sanglant de la 5e République

Durant la campagne présidentielle, la candidate FN a eu le monopole de la dénonciation de Macron comme l’homme de main de la « mondialisation » et de la casse sociale en France. Machiavélisme médiatique, ces attaques – justifiées – sortant de la bouche de l’héritière d’un parti fasciste ont eu plutôt tendance à la décrédibiliser et à valoriser son concurrent. Mais au-delà des joutes oratoires des deux personnages, le grand perdant de cette confrontation reste l’environnement, l’une des grandes victimes – lui aussi – de la « mondialisation ».

Actualité oblige, il faut aussi dire un mot sur un point d’unité nationale néolibérale Marine-Macron : la « Françafrique ».

Casse social, loi Travail et état d’urgence : même combat

Le programme d’E. Macron « est la destruction de la sécurité sociale, du code du travail jusqu’au bout, des retraites, parce que son programme est l’ubérisation de la société, le maintien de la 5ème république pourrissante« , dit Jacques Cotta (9).

Logique avec lui-même, notre jeune énarque encensé par les médias et devenue le « Young Leader » d’un parti unique n’a pas caché qu’il gouvernerait par oukase. Comme dans les despotismes d’Asie centrale issus de la dislocation de l’URSS, il faudra bien ça pour imposer la loi « travaille (et tais-toi) ! »

L’état d’urgence veillera au grain. L’élu n’a pas encore eu l’occasion de s’exprimer clairement dans ce domaine. Mais il va sûrement aller dans le sens de l’un de ses mentors en politique, Jacques Attali, qui déclarait: « Aucun gouvernement n’osera plus aujourd’hui revenir sur l’état d’urgence » (10). On le verra bientôt ; la loi du 19 décembre 2016 sur l’état d’urgence prend fin le 15 juillet de cette année… ou plus tôt si la France insoumise est laminée par la vague néolibérale Marine-Macron. L’Hexagone sera alors en situation de parti unique, pensée unique, sans opposition.
 
Françafrique, la machine à sous du système

Avec Macron c’est la fin du refrain obligé d’intronisation présidentiel: « en finir avec la Françafrique« . Il est significatif que le premier voyage présidentiel en dehors de l’Europe ait été au Mali ; pour rassurer ses amis présidents élus à vie et montrer la continuité de la politique africaine dans le pré-carré de la France.

Avec l’aspirateur à richesses de l’aide au développement, l’Afrique est accablée depuis des décennies par une dette illégitime et odieuse intarissable. Et derrière ce dispositif se dissimulent les crimes de l’économie de pillage: déforestation, extraction minière (uranium, coltan, fer, or…) et pétrole. Toute une structure mafieuse s’est mise en place pour tuer, dépouiller les paysans de leurs terres et exploiter les enfants et les adultes dans des conditions parfois proches de l’esclavage.

Ce dossier est suivi par l’Association Survie sur son site « survie-ensemble contre la Françafrique » (11); du point de vue de la critique de l’extractivisme on peut lire le paragraphe « La France à la mine en Afrique » dans l’article déjà cité (4).

C’est un sujet grave, notamment dans le domaine social et environnemental.

E. Macron n’a pas donné non plus son opinion sur l’actuelle politique étrangère étrangement guerrière de l’équipe sortante. Il doit considérer que ces sujets de politique étrangère restent du domaine réservé.

Contorsions écologiques pré-législatives

Il n’en a pas été beaucoup question non plus pendant la campagne électorale. Il est d’ailleurs frappant de constater qu’aucun mot n’a été prononcé sur l’écologie durant le débat d’entre-deux tours.

Le sujet étant très vaste, seuls quelques axes mentionnés dans le programme seront traités ici.
Contraintes électorales obligent, E. Macron s’est déclaré opposé à l’exploitation du gaz de schiste. Mais dans le même temps, il est favorable au CETA (accord entre le Canada et l’Union Européenne). Ce qui signifie que, lorsque ce traité sera ratifié, il permettra, sans contestation possible, l’exploitation du gaz de schiste… en France. Donc, deux positions macroniennes difficilement conciliables… sauf à penser que la deuxième l’emportera sur la première.

Le Macron ministre est très favorable à l’exploitation du gaz de couche en Lorraine – donc en Nord/Pas-de-Calais ! C’est ce que nous apprend le Président de l’entreprise concernée par l’exploration puis l’exploitation du gaz de couche: « Le 24 mai 2016 (…) E. Macron intervenait au colloque Cyclope des matières premières pour défendre l’exploitation du gaz de charbon : Je suis favorable à la poursuite de l’exploitation du gaz de houille en Lorraine, dont les réserves sont prometteuses et qui est bien accepté localement. » L’ancien ministre poursuivait en précisant: « Les gisements de gaz de houille en France sont exploitables sans fracturation hydraulique, dans un territoire au passé minier favorable. C’est une opportunité industrielle à saisir. » En toute logique s’il est favorable à la fracturation hydraulique pour les gaz de couche, il faut s’attendre à ce qu’il le soit aussi pour les gaz de roche mère.

Il a pourtant promis: pas de nouveau permis d’exploration ou d’exploitation de gisements d’hydrocarbures mais aussi de gaz de schiste sous son quinquennat ! Mais il y en a déjà tellement en cours qu’il semble difficile d’en rajouter. Au dernier décompte disponible en 2016, il y avait 62 permis accordés (PERH) et 130 demandes en cours ! Le problème est que la transparence n’est pas à l’ordre du jour puisque, actuellement, le site du ministère n’est plus accessible sur ce sujet !

Secret de Polichinelle, E. Macron est pro-nucléaire : ses atomes crochus avec l’atome sont « ni-ni » inscrits dans le sillon atavique de la 5e République. « Nous croyons au nucléaire, non pas parce que c’est un héritage du passé mais parce qu’il est au cœur de notre politique industrielle, climatique et énergétique (…) Le nucléaire, c’est le rêve prométhéen. » Trop jeune pour connaître Tchernobyl, il n’a rien vu a Fukushima, peut-être s’est-il aperçu de la faillite d’Areva…

Manifestement fossilisé dans le Plutonium national, le nouveau Président est aussi favorable à la construction ad vitam aeternam des EPR (à Flamanville et à Hinckley Point en Angleterre…). Sans originalité par rapport à ses prédécesseurs, Macron est donc aveugle à la « Radieuse Bérézina » du fleuron industriel national (12). Il a appris sa leçon par cœur, son discours sent la vieille France, la soupe réchauffée de Valéry Giscard d’Estaing: une source d’énergie sans danger pour l’humanité pour assurer l’indépendance énergétiquement nationale avec de l’uranium africain. Il est vrai que la Françafrique, c’est 100% du Made in France.

On le sait, Fessenheim, la plus vieille centrale nucléaire nationale, a atteint sa date de péremption. Notre rayonnant dirigeant s’enfonce dans le sillon de la déraison en récitant sa leçon: on fermera quand l’EPR de Flamanville démarrera. Ce qui correspond à ce que voulait déjà Hollande en fin de mandat; et surtout cela signifie que le bon Macron écopera et assumera la responsabilité des malfaçons aujourd’hui connues de la cuve du réacteur. Il faut rappeler que l’EPR devait être fini en 2012 et coûter 2,8 milliards. En l’état actuel, les dépenses se montent déjà à 10 milliards et l’EPR doit être en fonctionnement au plus tard le 10 avril 2020 – sinon cela sortirait de la légalité ! Au cas où, hypothèse hautement envisageable, l’EPR ne serait pas mis en service, quel sera le scénario envisagé ?

Le néophyte qui ne connaît manifestement rien à l’écologie et au nucléaire veut récolter des voix chez les Verts. Pour cela il jongle avec les pourcentages et annonce vouloir faire baisser de moitié le nucléaire d’ici 2025, ce qui signifie la fermeture d’une vingtaine de réacteurs. C’est techniquement possible. Encore faut-il commencer par démanteler le lobby nucléaire : CEA, EDF, Areva, Andra… On touche là au dispositif civil de l’Etat profond au service du complexe militaro-industriel et de la dissuasion atomique française.

Quand il évoque la Guyane – une île d’après lui – le nouveau Président est très favorable à l’exploitation d’une très vaste mine d’or en pleine forêt tropicale par une entreprise russe réputée maltraiter ses ouvriers.

Pour lutter contre la pollution de l’air – qui a augmenté en France – et les émissions de gaz à effet de serre, le locataire de l’Élysée va suivre la feuille de route de la loi de transition énergétique: sortie des énergies fossiles, fermeture des centrales au charbon. Ce ne sont que des intentions ! Par ailleurs, il n’est absolument pas fait mention des camions et des avions avec les conséquences dans les domaines de la pollution et du climat.

Les réponses de notre dirigeant concernant le projet d’aéroport à NDDL sont à géométrie variable… selon qu’il s’adresse aux élus de la région nantaise ou à des opposants à ce cadeau pour Vinci (WWF…).

Le jeune énarque veut favoriser la production de voitures électriques. Cela a une incidence chez Renault puisque cette entreprise va chercher en Afrique du coltan nécessaire pour les batteries. « Les voitures électriques ne sont probablement pas aussi « propres » que vous le pensez. Les clients doivent savoir que ces voitures vertes sont peut-être polluées par les souffrances des enfants qui travaillent en République Démocratique du Congo« , affirme Amnesty International (13). Aucun problème de conscience pour le poupon Macron.

Il veut rénover 500 000 logements par an… sans dire comment il va faire.

L’artificialisation des sols n’a pas été évoquée directement… Sauf par un soutien d’E. Macron. Il s’agit de Corinne Lepage qui a affirmé sur France-Inter qu’il n’y aurait pas artificialisation des sols ! Comment cela se fera ? Promesse électorale – tenue également par le supporter du FN. Quadrature du cercle dans le contexte actuel quand on sait que les poids lourds du BTP sont les parrains de Macron ; Le vieux mot d’ordre de « La Croissance » n’est-il pas: « Quand le BTP va, tout va ! » En l’occurrence et de toute évidence: avec le Béton la croissance est plus le problème que la solution.

Pioché dans le bric-à-brac du programme Macron

Pour rappel, quelques points évoqués avant que le candidat ne devienne Président :
– Fermer toutes les centrales à charbon au cours du quinquennat… Ce qui exclut de fait une sortie immédiate du nucléaire même en cas de catastrophe.
– Élimination progressive des pesticides ; vieille promesse, la France est et reste la première fille de l’Église des pesticides en Europe.
– 50 % de produits bio, écologiques ou issus de circuits courts dans la restauration collective ; bonne nouvelle ! Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais cela fait un quart de siècle qu’on en parle et l’on devrait déjà être à 100%.
– Organiser une conférence mondiale sur la biodiversité ; ces conférences existent déjà depuis un demi-siècle avec une efficacité nulle. L’imposture de la COP 21 à Paris et des conférences environnementales ne laisse présager rien de bon sur l’évolution politique des élites concernant la 6e extinction des espèces.
– Réformer la politique agricole commune (PAC) ; on ne compte plus les réformes dans ce domaine.
– Organiser le Grenelle de l’alimentation ; pitié, plus de Grenelle, « ça commence à bien faire. »
– Développer les voies pour les bus, VTC et le covoiturage ; cela fait 60 ans qu’on attend !
– Privilégier la modernisation des réseaux de transport existants et les petites lignes ; cela signifierait remettre des autoroutes ? Par ailleurs, moderniser les petites lignes signifierait ne pas prioriser les grandes lignes ? Étonnant de la part des partisans de la ligne néolibérale !

Bref, tout ça est très vague, voire utopique pour cette nouvelle équipe, tant dans le contenu que dans les échéances. L’oligarchie « En Marche » n’a pas pu se dispenser de ce qui fait le charme médiatique des campagnes électorales. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ; il serait dommage de s’en priver…

Le Meilleur des Mondes Numérique

Un sujet très important dans la pensée algorithmique de la macroniquerie n’a pas été abordé. Le Meilleur des Mondes numérique, de la robotique et du transhumanisme est central dans la pensée unique de l’élu de l’oligarchie. Il fera l’objet d’un prochain article.

Une évidence « En Marche »

Gouvernement par ordonnance, état d’urgence en permanence, casse sociale par la loi « travaille et tais-toi », extractivisme exacerbé sur tout le territoire, saccage des paysages sans entrave, politique énergétique fossilisée jusqu’à l’asphyxie, gaz de schiste et de couche, nucléaire à perpétuité jusqu’à la catastrophe, Françafrique… On le voit, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le voile tombe. Surdoué, le « candidat antisystème » n’a eu aucune difficulté à se fondre dans sa fonction pour devenir l’homme à tout faire le plus dévoué du système. Les prémices du parti unique des affairistes étaient déjà en germe avec les alternances dans la continuité et les cohabitations… C’est désormais une exigence de l’oligarchie et une évidence « En Marche » avec celui qui a été intronisé Président.

Mai 2017

Pierre Rose, membre des collectif Houille ouille-ouille 59/62 et Anti-THT 59/62
Jean-Marc Sérékian auteur de « Radieuse Bérézina » Ed. Golias 2015

Notes

1- Le Monde Diplomatique ; mai 2017
https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/160517/emmanuel-macron-fabrique-pour-servir-le-candidat-des-medias
2- https://www.bastamag.net/Pincon-Charlot-Emmanuel-Macron-est-un-extraordinaire-porte-parole-de-l
3- Le Monde Diplomatique ; novembre 2016
http://www.monde-diplomatique.fr/2016/11/QUATREPOINT/56762
4- http://alternatives-projetsminiers.org/mine-responsable-un-nouvel-oxymore/
5- https://www.mediapart.fr/journal/france/210517/macron-leaks-les-secrets-dune-levee-de-fonds-hors-norme
6- http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/hollande-macron-la-grande-191584
7- Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques à l’Assemblée nationale ; 2008
8- http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/nicolas-hulot-ou-le-syndrome-de-63787
9- citation de Jacques Cotta, auteur de « l’imposteur » paru en 2014 ;Ed. Balland
10- https://www.publicsenat.fr/lcp/politique/jacques-attali-aucun-gouvernement-n-osera-plus-aujourd-hui-revenir-l-etat-d-urgence-13
11- http://survie.org/
12 Jean Marc Sérékian « Radieuse Bérézina » Ed. Gollias ; 2015
13- http://www.amnesty.be/IMG/pdf/afr_62_3183_2016_ext_fra.pdf

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

4 commentaires sur “De quoi Macron est-il le nom ?

  1. Jeanne à vélo

    Emmanuel Todd synthétisait le tout récemment dans une émission d’Arrêt sur images en parlant du conformisme sidérant de Macron. Votre billet l’explicite parfaitement.

  2. Vince

    Je n’ai pas lu l’article en entier mais je suis en général peu adepte des partisans de la théorie du complot dénonçant l’oligarchie secrète qui tient en secret les vraies ficelles du pouvoir et surtout, je ne vois pas tout à fait le rapport avec l’automobile… à part qu’on a un xième gouvernement de plus qui soutient la croissance comme on en a toujours eu mais ça ce n’est pas plus Macron qu’un autre.

    Bon on avait aussi une élection kidnappée par une grande partie des électeurs qui choisiraient volontiers un régime extrême et que partant de là, on n’a pas eu une vraie élection…

    Mais votre article est tout simplement extrémiste lui aussi : vous en arrivez à critiquer un candidat qui souhaite fermer les centrales à charbon et qui prône l’élimination progressive des pesticide sous prétexte qu’il ne va pas le faire. Il aurait mieux valu qu’il promette de développer le charbon ? Sérieux ?

     

  3. antoine

    Je n’ai absolument aucune sympathie pour le personnage et sa politique, mais votre article est bien représentatif du sort fait aux trentenaires (et vingtenaires) dans la société francaise.

    Vous qualifiez Macron de « poupon », « young leader » et insistez lourdement sur son âge au long de votre article. En utilisant de tels adjectifs, ce sont tous les trentenaires que vous infantilisez. Rien d’original, vous ne faites que répéter les unes des principaux médias qui ont toutes, ou presque, insisté sur son âge pour le qualifier, comme si l’âge était la qualité première d’un individu.

    Je vous imagine soixantenaire, pour tenir de tels propos. Vous êtes bien représentatif de votre génération qui a tellement peur de vieillir qu’elle va jusqu’à redéfinir le découpage des âges. Il n’y a pas si longtemps, être trentenaire était être « dans la force de l’âge », d' »âge moyen », et non pas « jeune » et encore moins « poupon ». Imaginez la frustration et l’humiliation de certain.e.s trentenaires qui se voient cantonné.e.s à une semi-minorité qui n’en finit pas de durer.
    L’allongement de la « jeunesse », c’est un double effet pourri: une précarisation accrue des vingtenaires et des trentenaires (pensons notamment à la hausse vertigineuse des loyers depuis la fin des années 90 couplée à la précarisation très forte des premières années de travail salarié) qui rend ma génération moins solide financièrement que la précédente, et de ce fait moins indépendante, les deux vont de pair, et donc plus infantilisée. Certaines personnes, comme en Grèce, en sont à devoir retourner chez leurs parents à trente ans passés. C’est déjà assez pénible comme ça, alors si en prime on doit se taper le mépris de la génération précédente…
    Lisez Louis Chauvel, et ses analyses sur le creusement des fractures générationnelles en France, cela vous évitera peut-être de colporter ce dédain pour qui est plus jeune que vous.

  4. Sylvain

    Juste une question…

    Quel est le rapport avec, je cite : la vie sans voiture…thématique du site internet Car Free ?…

    Sylvain.

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