Capitalisme fossile, le livre

Au cours des trois dernières années, les visiteurs assidus du site Carfree ont pu bénéficier de l’exceptionnel privilège de lire en avant-première quelques-uns des premiers jets de ce qui, après de longues heures de labeur, d’écriture, de correction et de synthèse, est devenu un livre: « Capitalisme fossile, de la farce des COP à l’ingénierie du climat. » (1)

On remercie ici les Editions Utopia d’avoir su faire le bon choix de restreindre le texte, d’en percevoir son unité autour du capitalisme fossile et au final d’avoir publié le livre.

Par les temps caniculaires de ce milieu d’été, il peut être utile de se rafraîchir la mémoire sur l’origine du réchauffement climatique mais aussi, avant lui, sur le désastre planétaire de l’économie de pillage rendu possible par la puissance de feu des énergies fossiles.

Répétons-le aussi fort que dans le livre après le constat de la farce des COP: aucun Etat ne lèvera le petit doigt pour le climat, tous sans exception font partie du maillage planétaire du capitalisme mondialisé. Au Nord comme au Sud, tous participent à la marchandisation du monde et assurent les systèmes de gardiennage répressif au service des transnationales. Ainsi le système est verrouillé.

Depuis les « folies fossiles des sixties » et l’unification forcée du monde sur le modèle étasunien de consommation massive d’énergie, le capitalisme a fait émerger une classe d’Erostrate milliardaires et sa hiérarchie sociale qui prospère dans le désastre de l’incendie planétaire. Et ce constat fut fait très tôt, bien avant le premier choc pétrolier. Au début des années 1960, dans son « Printemps silencieux » Rachel Carson révélait le désastre environnemental et l’hécatombe de la faune sauvage de l’industrie des pesticides. A la même époque Herbert Marcuse dans « L’Homme unidimensionnel » décryptait l’entreprise de destruction massive du capitalisme avec le développement technologique au service de la domination de la nature et l’homme… Vers la fin des années 1970, André Gorz, lui aussi conscient du désastre, réfléchissait sur la force sociale capable d’abattre ce statu quo mortifère du capitalisme. En début d’analyse, il notait l’impasse fatale: « Jamais le capitalisme n’a été aussi peu capable de résoudre les problèmes qu’il engendre. Mais cette incapacité ne lui est pas mortelle: il a acquis la faculté, peu étudiée et mal comprise, de maîtriser la non-solution de ses problèmes; il sait survivre à son mal-fonctionnement. Il en tire même une nouvelle force… » (2) Quelque trente ans plus tard, en 2008, Naomi Klein conceptualisa ce nouvel état délibérément destructeur de l’économie en parlant de « stratégie du choc et montée d’un capitalisme du désastre… » (3) Le réchauffement climatique se pose comme la clef de voûte du système économique de développement lancé sur des chapeaux de roue sur le modèle étasunien dès la première décennie d’après-guerre.

Impossible de comprendre le blocus incendiaire des Erostrate milliardaires sans se remémorer l’histoire du capitalisme fossile…

Aujourd’hui, arrivées au bord du précipice climatique, les bonnes volontés ne manquent pas pour sauver le climat, mais toutes viennent se briser sur le mur de l’arbitraire brutal des Etats. Ainsi à l’heure d’un choix historique, il n’est pas certain qu’une force sociale puisse contrer le jusqu’auboutisme incendiaire d’un capitalisme plus que jamais ivre d’énergie fossile. Mais si, par miracle, une telle occurrence se présente, rendant possible d’agir sur la cause première des ravages planétaires, mieux vaut avoir une connaissance claire de l’histoire du capitalisme et de sa logique foncièrement destructrice et prédatrice repérée, il est vrai, depuis ses origines.

Sommaire
Introduction, Le monde comme il va
Présentation du livre
1. Repères de malfaiteurs menteurs
2. Quand cessera la farce des COP ?
3. Folies fossiles des sixties
4. L’esprit du capitalisme 1
5. L’esprit du capitalisme 2
6. Climatiser le désastre ou le combattre ?
7. Géo-ingénierie ethnique des origines
Epilogue : Cibler la cause plutôt que le symptôme

JMS – Juillet 2019

(1) Jean-Marc Sérékian, Capitalisme fossile, de la farce des COP à l’ingénierie du climat, Editions Utopia mai 2019
(2) André Gorz, Adieux au prolétariat, Editions Galilée 1980
(3) Naomi Klein, La Stratégie du Choc vers la montée d’un capitalisme du désastre, Edition Actes Sud 2008

Jean-Marc Sérékian

A propos de Jean-Marc Sérékian

Rédacteur du site Carfree France, spécialiste des questions d'énergie et de biodiversité.

4 commentaires sur “Capitalisme fossile, le livre

  1. Pédibuspedibus

    Bravo J-M.Sérékian… !

    Maintenant il faut fédérer toutes ces grandes personnalités autour du projet commun :

    mettre bas les masques les décideurs, jusqu’aux faux-cils (!) de la com officielle, des entreprises, partis politiques dominants, média…

     

    Plus sérieux :

    J-M.Sérékian, Aurélien Barrau, Greta Thunberg et bien d’autres encore… :

    rencontrez-vous, publicisez et mettez en place de façon complètement indépendante des assises mondiales du climat, où toutes les initiatives locales encouragées viendront congruer.

     

  2. Letard

    Bonjour à tous,

    Grâce à un mauvais usage de la pensée capitaliste, celle centrée sur le capital comme étant l’or ou l’argent, le système capitaliste cause et a causé l’empoisonnement de toute l’humanité.

    Grâce à ce capitalisme d’idioties généralement, si pas universellement, nous nous empoisonnons avec ce que nous mangeons, nous buvons ou respirons.

    Mais même, nous nous empoisonnons avec des produits qui servent à nous laver ou à laver.

    Le pire, pour moi, ce sont des automobilistes qui nous empoisonnent dans des embouteillages mais qui s’y empoisonnent beaucoup plus que nous. Ce serait moins le cas s’ils laissaient au moins quand ils conduisent ou essaient de conduire, au moins 30 mètres entre eux et un ou des pots d’échappement du véhicule motorisé qui le précède et qui roule ou essaie de rouler.

    Mais, alors, si tous les automobilistes le font, garder une distance d’au moins 30 mètres,, il n’y aurait plus d’embouteillage, pour moi.

    L’embouteillage de voiture est, pour moi, un produit du capitalisme d’idioties.

    La nature et le vivant nous ont, pour le moment, démontré depuis plus de 4 milliards d’années qu’elle appliquait un capitalisme naturel qui permet la survie depuis 4 milliard d’année de la nature et du vivant grâce surtout à l’énergie solaire.

    Ce capitalisme, c’est la préservation du capital santé et celui de l’air pur et pas ce capitalisme d’idiots centré sur le gain d’argent ou d’or.

    Qu’en pensez-vous, s’il vous plaît? Merci.

    A votre service. Danny

  3. vince

    Oups ! merci Danny ! J’étais passé à côté de cet article du fort estimé Jean-Marc Sérékian dont je vais m’empresser d’acquérir le bel ouvrage, vu le travail sur le sujet qu’on a pu lire ici.

    Pour en revenir à la discussion effectivement le capitalisme est la cause de tout, mais, même dans le capitalisme il y avait moyen de ne pas céder au tout-voiture.

     

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Question anti-spam * Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.