Peut-on dire que le Paris-Dakar est un truc de gros con?

Mystères de l’Internet. Le 6 janvier dernier, un magazine en ligne publiait un papier intéressant au titre évocateur: « Le Paris-Dakar est-il un truc de gros con ? » Quelques jours plus tard, l’article disparaissait du site Internet. Auto-censure ou plainte des organisateurs du Paris-Dakar? Comme rien ne se perd vraiment sur Internet, voici l’article intégral tel qu’il a été enregistré par la Waybackmachine du site Archive.org.

Le Paris-Dakar est-il un truc de gros con ?

Derrière la « formidable aventure humaine », un désastre écologique et un délire ringard de backpackers du gasoil.

Le 6 janvier, chaque année, la France doit faire face à deux échéances éprouvantes : l’épiphanie (et l’overdose de frangipane qui va avec) et le début du Paris-Dakar. Un alignement des astres qui ne doit rien au hasard. La galette des rois et le plus long rallye-raid du monde entrent tous deux dans une catégorie bien particulière de « rendez-vous incontournables » – ceux auxquels on participe chaque année en se promettant de ne jamais recommencer.

Cette fois encore, le journaliste Lionel Chamoulaud, véritable Albert Londres des dunes, a déroulé son argumentaire : 9000 kilomètres de course, 14 étapes, 525 concurrents, 190 motos, 105 voitures et 42 camions… Avec, à la clé, l’exaltation de « l’esprit d’aventure » et la promesse de vivre une « formidable aventure humaine ».

La vérité, c’est que le Dakar est un truc de gros con. Premier indice : rappelons que le « Rallye Dakar » – de son vrai nom – se tient depuis bientôt 10 ans en… Amérique du Sud. Au mieux absurde, au pire ridicule. Voire franchement révoltant : « Je trouve scandaleux qu’on utilise le nom Dakar pour un rallye qui se fait hors de la ville et ne rapporte rien au pays », avait pesté – à juste titre – Youssou N’Dour en 2014, date à laquelle il occupait la fonction de ministre du Tourisme du Sénégal.

Plus grave, le Dakar est aussi la grand-messe du pot d’échappement : avec 40 000 tonnes de CO2 recrachées dans les bronches sud-américaines, l’édition 2018 s’annonce prometteuse en terme de bilan carbone. Et ce n’est pas les tentatives un peu lourdingues de greenwashing des sponsors de la course – 200 000 dollars versés à une asso de lutte contre la déforestation en Amazonie en 2012, par exemple – qui vont changer la donne. D’autant que le Dakar a aussi quelques exploits culturels à son actif. En 2009, un site archéologique chilien avait été détruit par le passage de la caravane. La grande classe.

Pire encore, l’esprit de cette course incarne ce que l’Occident et sa consternante quête de sensations fortes a de plus triste à offrir. Car le Dakar, c’est avant tout une réunion de quinquas en quête d’un peu de folie, un rassemblement de backpackers du gasoil partis à la rencontre de l’altérité à bord d’un gros 4×4. Il suffit d’allumer trois minutes France 4, chaîne qui diffuse la course, d’entendre l’insupportable mantra – « quelle formibdable aventure humaine » répétée en boucle – pour avoir instantanément envie d’éteindre sa télé.

Mais le grand paradoxe du Dakar, c’est qu’en dépit des polémiques qu’elle suscite à chaque édition, la course continue d’exister. Avec 1200 heures de retransmission télé diffusées dans 190 pays, elle est l’un des événements sportifs les plus populaires au monde. Les populations locales restent elles aussi fidèles : plus de 4 millions de personnes se sont massées sur les bords des routes en 2017. Ce qui ne veut rien dire: en France, on est bien 65 millions à se taper la galette des rois.

Source: https://web.archive.org/web/20180109225318/https://www.vice.com/fr/article/xw4vnw/le-paris-dakar-est-il-un-truc-de-gros-con

Dessin: Riss pour Charlie Hebdo N°549

AutoMinus

A propos de AutoMinus

Rédacteur de Carfree France, spécialiste des questions psychologiques de l'automobile, en particulier concernant le 4x4, les courses de formule bourrin, le paris-dakar, les courses de quad, la moto et toutes les conneries motorisées qui polluent la vie

8 commentaires sur “Peut-on dire que le Paris-Dakar est un truc de gros con?

  1. AxelosAxelos

    En 91 il y avait 500 connards sur la ligne de départ !

    (ceci n’est pas une insulte gratuite mais une référence à œuvre engagé)

  2. donc jouant

    oui on peut le dire !

    vous pouvez le dire ? euh oui je peux le dire ! ah bravo il est magnifique ! on l’applaudit bien fort !

  3. WITTMANN CLEMENT

    Excellent bravo. C’est remarquablement bien écrit. J’avais contacté la fondation Nicolas Hulot pour avoir l’avis de la nouvelle présidente. Elle est sans avis . Même réponse de « l’écologiste  » François de Rugy. Nous préparons une action devant les locaux d’Amaury Sport. Pour participer clement.wittmann21@orange.fr   merci

  4. Vince

    Bien sûr qu’on peut, et cela a été fait maintes fois.

    Renaud avait chanté :  Renaud – 500 Connards

    Dans médiapart on trouve un article assez fatal https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/060118/paris-dakar-cest-reparti

    Où on retrouve la juste citation de Agir pour l’environnement « l’émission de gaz à effets de serre uniquement par plaisir semble obsolète. L’automobile n’est plus un objet de plaisir mais d’usage. Il serait temps que les organisateurs en prennent conscience ». « L’image véhiculée est celle de l’absence de limites. Le Dakar incite les spectateurs à acheter des 4×4 polluants et à aller toujours plus vite ». Stephen Kerckhove

     

     

     

     

  5. JMB

    Je m’insurge contre le parallèle fait avec la galette qu’elle soit à la frangipane ou non !

    😀

  6. David p

    Sur YouTube, exactement sur cette vidéo https://youtu.be/dS8MIux7-ks ou loeb abandonne, j’ai posté juste le commentaire suivant.

    Moins de carburant de gaspillé.

    Sur 2 réponses je me suis fait insulter.

     

     

  7. vince

    Il n’y a que la vérité qui blesse.

    Les réactions sont à la hauteur de l’enjeu et de la responsabilité. Plus personne ne peut ignorer que le Dakar pollue.

Les commentaires sont clos.