Les compagnies pétrolières sèment la mort et la destruction

Irak, Birmanie, Caucase. Les compagnies pétrolières ne reculent devant rien une fois qu’il s’agit d’assurer leurs profits.

par POL DE VOS

En Birmanie, (officiellement Myanmar), un pays d’Asie, le pouvoir est aux mains d’une poignée de généraux qui se font appeler le ‘SLORC’, ou State, Law and Order Restoration Council (Conseil pour le Rétablissement de l’Etat, de la Loi et de l’Ordre). La dictature s’appuie sur le travail forcé massif, la torture, le viol et les exécutions absolument arbitraires. La compagnie pétrolière française Total et la société américaine Unocal y ont lancé une joint-venture avec le SLORC pour la construction et l’exploitation d’un gazoduc allant du golfe de Birmanie à la frontière de la Thaïlande.

Dans ce projet, la dictature birmane voit une source importante de fonds externes et l’a donc soutenu dès le départ. Les généraux ont obligé la population locale au travail forcé dans le projet et ont étouffé dans l’oeuf toute forme de protestation. Aujourd’hui, la dictature et les multinationales collaborent de façon intense. Bien avant la signature du contrat, le SLORC avait déjà chassé des dizaines de milliers d’habitants des villages «importuns».(1)

L’armée birmane patrouille régulièrement le long des routes voisines du pipeline, à bord des véhicules que les groupes pétroliers mettent à sa disposition. Les officiers commandant les deux bataillons cantonnés dans le secteur où est établi le QG de Total, ont en effet reçu de nouveaux véhicules en guise de cadeaux, ainsi qu’une année de fourniture d’essence gratuite.(2) Malgré des plaintes détaillées et de massives protestations internationales, Total continue tout simplement à poursuivre sa collaboration avec la dictature. En effet, les profits s’avèrent plus qu’alléchants.


Total collabore étroitement avec la dictature birmane. Au point d’obliger des groupes entiers de la population locale aux travaux forcés au profit du groupe français. (Photo Damien Lewis)

Un drôle de couple

Au Sud du Tchad, un groupe pétrolier, sous la direction d’Esso-Afrique, veut prospecter dans une nouvelle région. En 2002, il compte pomper 200.000 barils par jour et les acheminer vers la côte par un pipeline qui traversera le Cameroun. La Banque Mondiale va mettre des fonds de développement à la disposition de ce «Projet pétrolier et d’installation de pipeline Tchad-Cameroun», de façon à limiter les risques financiers des compagnies pétrolières. Selon le document du projet, 4,5% des recettes pétrolières seront réservées au développement de la région. Toutefois, aucun plan concret n’a encore été élaboré à ce propos.

Au contraire, on s’est limité à proposer des mesures en vue de décourager une immigration massive dans la région. Ainsi, on a entre autres insisté sur l’importance d’une limitation du développement des infrastructures et du progrès social de la région. Au Cameroun, le pipeline va provoquer d’incroyables dégâts environnementaux dans la région côtière.

En outre, il existe un risque de fuites et de pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques. Une étude récente de l’Université britannique de Warwick a estimé que les dégâts à l’environnement se chiffreraient annuellement à quelque 1,5 milliards de dollars (60 milliards de BEF), soit environ 104 dollars (4.160 BEF) par an et par habitant.(3) Des critiques font référence à de précédentes expériences en Afrique noire, où le pétrole est le premier produit d’exportation. Au Nigeria, au Cameroun, en Guinée équatoriale, au Gabon, au Congo-Brazzaville et en Angola, le pétrole représente entre 40 et 90% des revenus à l’exportation.

Mais la population elle-même ne voit que très peu de cette richesse. Presque tous ces pays producteurs de pétrole gardent à peine l’équilibre au-dessus de la moyenne des pays les moins développés. Au Nigeria, Shell a collaboré à une dictature sanglante. Et on peut difficilement imputer au hasard le fait que l’Angola, dirigé par un gouvernement progressiste et indépendant, est ravagé par le terrorisme des milices de l’Unita, mises sur pied en leur temps par la CIA.

Depuis lors, la population a déjà subi 1,5 million de morts!(4) N’empêche que la Banque Mondiale continue à défendre le projet avec enthousiasme. D’après elle, les 300 puits de pétrole et les 1000 km du pipeline, dans lesquels on a investi 3,5 milliards de dollars (140 milliards de BEF), constituent la meilleure façon d’augmenter considérablement les revenus des autorités du Tchad et du Cameroun et d’accélérer le développement de ces pays. Mais le Cameroun objecte que les suppléments de revenus en provenance de cette exploitation pétrolière serviront en grande partie à rembourser la dette extérieure, dont une part importante retournera à… la Banque Mondiale.

A en croire le site internet d’Esso, la multinationale développe un gigantesque projet humanitaire au Tchad et au Cameroun: photos de visages souriants, rapports rassurants quant aux effets sur l’environnement,… La réalité est tout autre.

Guerre avec la Russie?

«(La guerre du Golfe a été) le symbole de l’inquiétude des Américains au sujet de la sauvegarde des réserves de pétrole et de gaz naturel», a déclaré Bob Dole, en son temps leader des Républicains américains.(5) Le million et demi de morts provoqués par la guerre et le maintien de l’embargo contre l’Irak ont donc servi en premier lieu à alimenter la soif de profit des multinationales. Mais Dole a également indiqué qu’une nouvelle série de conflits pétroliers étaient également en vue dans le Caucase: «La région qui nous crée des soucis continue à s’étendre en direction du nord et comprend la Caucase, la Sibérie et le Kazakhstan.»

Les gouvernements occidentaux sont fin prêts à défendre les intérêts de leurs multinationales. En tant que secrétaire d’Etat à la Défense du président américain Bush, Dick Cheney a joué un rôle central dans la guerre de Golfe 1991. Plus tard, Cheney est devenu le n° 1 de la plus importante firme de services du monde international du pétrole, la Halliburton Company de Dallas. Jusque hier.

Aujourd’hui, il est candidat à la vice-présidence auprès de Bush junior.(6) Il défend opiniâtrement une intervention militaire encore plus importante dans le Caucase. Mû par des considérations d’ordre humanitaire, sans doute? Ou pour assurer de meilleures positions aux multinationales américaines du pétrole face aux Russes?

Stephen J. Blanck, un expert du Strategic Studies Institute, nous l’explique: «Les responsables gouvernementaux nient avec la régularité d’un métronome que ce genre d’interventions militaires ne cache que de mauvaises intentions. Mais la Russie a de bonnes raisons d’être méfiante. Ces activités ne signifient pas impérativement (sic) la préparation d’une invasion mais bien, en tout cas, l’extension de la zone de sécurité et d’influence vers des territoires estimés d’intérêt vital par Moscou.» Et d’ajouter: «C’est clair. La tension accrue entre l’Est et l’Occident restera encore assez longtemps à l’ordre du jour en Europe.» (7)

Source: www.ptb.be

1 EarthRights International (ERI) and South Asian Information Network (SAIN). Total denial, A Report on the Yadana Pipeline Project in Burma. (http://metalab.unc.edu/freeburma).
2 Le Nouvel Observateur, mars 1999.
3 www.environmental defense.org.
4 Demain le monde, janvier 1999.
5 Frankfurter Algemeine Zeitung, 15 juin 1992, cité dans Poker Menteur (EPO), p.136.
6 www.stopnato.com, 10 août.
7 The next stage of Nato-Russian relations, in Nato after enlargement, US Army War College, Washington, 1998. Cité dans Poker Menteur (EPO), p.115.

Site agréé post-pétrole

Antivoitures

A propos de Antivoitures

Rédacteur du site Carfree France