L’irresponsabilité du piéton

Le Code de la route va être promulgué. Ce n’est plus qu’une question de mois ou d’années. Il est particulièrement sévère à l’égard des piétons, et c’est justice.

Jusqu’ici, l’on avait simplement oublié de réglementer le piétonisme, et cette négligence était la cause de nombreux accidents. A une époque où la plupart des citoyens roulent en automobile ou à bicyclette, le piéton constitue un danger public, contre lequel on ne saurait prendre trop de précautions.

Désormais, le piéton n’aura plus le droit de renverser les automobiles, les motocyclettes, voire les modestes vélocipèdes, grâce à ces manœuvres inconsidérées dont il s’était fait une spécialité. On va l’obliger à raisonner ses actes et, s’il doit se formaliser de cette obligation, les autres, du moins, y trouveront leur compte.

C’est un principe nouveau qui se trouve ainsi posé en matière de circulation. Du coup, le piéton perd le privilège redoutable de l’irresponsabilité, qu’il partageait avec les aliénés et avec les juges.

Le coup sera dur pour lui et ces nouveaux débuts lui seront pénibles. Ce sera tout un apprentissage à faire, à la suite duquel on pourrait très bien lui faire passer un examen. Car il est insensé de lâcher ainsi des piétons, non munis d’un permis d’aller à pied, parmi tant de véhicules fragiles.

Si la situation lui parait intenable, le piéton aura d’ailleurs une ressource : celle d’acheter une automobile…

Source: La Revue de l’Automobile, 25 juillet 1911.
Image: Le code de la route offert par l’Automobile-Club du Nord de la France (1965)

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