Mais où faut-il donc envoyer les Grecs?

Pas de blague vaseuse sur les Grecs et la destination à laquelle certains les convieront de toute façon. Pas de blague, d’autant que les Grecs, cela crève les yeux, c’est nous. On annonce la mort de notre formation sociale et économique depuis si longtemps que je me garderai de vous infliger ma propre prédiction. Cela chie, à n’en pas douter, et je crois comme bien d’autres que ce n’est que le début. Seulement, faut-il rejouer la scène mille fois vue opposant les crapules capitalistes au peuple embobiné et même ridiculisé?

Ridiculisé, oui, car enfin, ignore-t-on réellement qu’un capitaliste – capitaines et chevaliers d’industrie tendrement enlacés – ne pense qu’au blé et jamais au sort de la société qui lui permet d’engranger? Si notre peuple, près de deux siècles après la naissance du mouvement ouvrier, suivi de son cortège de mutuelles et de syndicats, ne le sait pas, tirons ensemble l’échelle. Il ne le saura jamais. Et en ce cas, ce serait à se demander s’il ferait beaucoup mieux dans le cadre d’une société mieux faite. Ce serait, vous noterez que j’ai courageusement choisi le conditionnel. En vérité, je crois que chacun sait à quoi s’en tenir. Les maîtres du monde, et de la France, accumulent tant d’argent qu’ils ne savent quoi en faire, et précipitent par leur cupidité et leur sottise la crise écologique qui ne fait que commencer. Elle ne fait que commencer, et elle est sans commune mesure avec la crise financière en cours.

Mais stop. Restons-en à cette dernière. Faut-il se réjouir, avec Mélenchon, de l’annonce d’un référendum en Grèce, dont on ne connaît d’ailleurs pas la question? Pour ma part, je prétends que non. Pourquoi cela? Est-ce que cela fait de moi un définitif ennemi du peuple, comme le penseront sûrement les mélenchonistes ici égarés? De l’idée qu’ils se font du peuple, assurément. Car, que je sache, nul ne remet en cause en ce moment les raisons concrètes pour lesquelles quelques millions de Grecs se sont englués dans la dette. Beaucoup, récitant leur habituel bréviaire, accusent le marché financier de faire ce qu’il fait sans jamais se fatiguer. Mais nul n’interroge les dépenses concrètes soutenues, voire désirées par une partie considérable du peuple grec. Et ces dépenses s’appellent, entre autres: bagnoles, télés à écran plasma, téléphones portables, vacances je ne sais où, malbouffe, jouets et vêtements chinois, etc.

Autrement dit, quiconque accuse la spéculation sans mettre en cause l’aliénation de masse par les objets est un charlatan de la politique.  Qui nous prépare d’amères défaites en prétendant nous armer pour le triomphe. Qu’on me comprenne bien: je suis pour la destruction du système industriel. Lequel inclut évidemment les bandes parasites qui, en Bourse, jouent la vie des autres. Mais qu’on ne compte pas sur moi pour défendre la manière de consommer et de vivre, c’est-à-dire la manière de détruire, des Grecs. Qui est exactement la même que la nôtre. Commençons donc par un langage qui ne sente l’odeur terrible de la mort. Qui osera?

http://fabrice-nicolino.com/

Fabrice Nicolino

A propos de Fabrice Nicolino

Journaliste français spécialisé sur les questions d'écologie

16 commentaires sur “Mais où faut-il donc envoyer les Grecs?

  1. Tassin

    Certes oui.
    Mais il ne faut pas oublier les raisons pour lesquelles les Grecs ont eu un accès au crédit pour consommer toutes ces saloperies. Et là il faut se retourner vers les banques, leurs publicités pour le crédit dont les vannes ont été grandes ouvertes et le maquillage des comptes du pays par Goldman Sachs. Dont le vice-président de l’époque est passé depuis cet été : président de la BCE!
    C’est quand même bien fait non?

  2. Joshuadu34Joshuadu34

    Au delà du problème sociétal posé par la surconsommation, symbole même du monde capitaliste, il convient aussi, puisqu’on parle de la Grèce et du référendum, de ce poser la question de la réalité démocratique !
     
    Ceux qui ont encore l’illusion que nous sommes en démocratie feraient bien, aujourd’hui, de se boucher les oreilles, de se cacher les yeux ! L’exemple de ce que pensent les élites de la démocratie est maintenant flagrant ! Et cet exemple nous vient de Grèce !

    En effet, ce pays et son gouvernement, poussé à cette solution par des mouvements sociaux d’une ampleur rarement vue, met en place un simple référendum, procédure démocratique puisqu’elle consiste à interroger le peuple sur des mesures qui vont directement les affecter dans leur quotidien et pour lesquelles le gouvernement est secoué par une rue de plus en plus grondante.

    L’étonnement est général, même pour nous, tellement il est évident que les mesures imposées aux grecs sont antisociales et seront, sans aucun doute, repoussée lors de cette démarche ! Comment imaginer, même lors des plus moutonnieres des réactions, qu’une majorité puisse accepter de subir la misère qu’elle conchie déjà pour aider les banques a engranger des bénéfices monstrueux ? Pourtant, le gouvernement grec n’avait pas vraiment le choix, dans le fond ! Soit il persistait et, pour sauvegarder les bénéfices de banques étrangères, et d’un marché pariant sur sa chute, il continuait dans une lancée ne pouvant conduire que sur un soulèvement, soit il saupoudrait d’une touche démocratique, travaillant sur l’acceptation plus qu’hypothétique d’un plan de misérabilisme par un semblant de démocratie…

    C’est cette seconde voie qu’il a choisit, en toute logique, dans un dernier espoir de sauver son cul…

    Mais on voit aussitôt le monde entier hurler, enfin, quand je dis le monde, je parle, bien entendu du monde des possédants et de leurs laquais, et gesticuler devant le danger que représente pour eux une telle démarche ! Que le peuple qui, c’est bien connu, se comporte en égoïste, préférant sauvegarder des fins de mois difficiles au sauvetage des paris fait par des banques qui risquent de perdre 10 % de leurs bénéfices, puisse être consulté dans une démarche qui le concerne pourtant directement est totalement incompréhensible pour eux !

    Et Sarko ou Merkel, entre autres, qui pourtant prétendent défendre une démocratie, grondent maintenant le gouvernement grec pour avoir mis en place une démarche qui ressemble vaguement à de la démocratie, rendant voix au peuple… Bel exemple du respect de la démocratie !!!

    Remarquez, on avait déjà vu, en fRance, le peu de cas que le président fait de la démocratie, s’asseyant sur une décision populaire pour passer, en force, un accord sur lequel les français s’étaient pourtant exprimés par un « non » franc ! Alors que d’autres que lui osent mettre en danger les bénéfices des banques françaises, même si le sauvetage de ces bénéfices signifient misère et exclusion pour des centaines de milliers d’humain, c’est inacceptable !

    Cette joute aura au moins eu l’intérêt de mettre en évidence une chose, enfin encore plus en évidence que ça l’était, pour les imbéciles encore aveuglés par les mirages d’une pseudo démocratie : C’est la finance qui dirige le monde, et la démocratie, telle qu’on nous la propose, n’est qu’une manipulation permettant de laisser à une majorité le plaisir de croire qu’ils se mettent eux-même la carotte dans le cul !

    Et après ça, dès l’année prochaine, le gouvernement français viendra nous présenter une élection pendant laquelle il nous demandera à quelle sauce nous comptons être bouffé, en prétendant qu’il s’agit de démocratie ? Les réelles décisions, nous le voyons de façon flagrante, sont hors de notre portée, ne concernent pas ceux qui vont, pourtant, avoir à les subir, sans doute parce que nous sommes bien trop cons pour comprendre qu’il faut bien que nous subissions un peu (beaucoup) de misère pour que nos dirigeants et leurs amis continuent à s’en foutre plein la gueule…

    Et bien, cette sauce, crachons la ! Préparons un nouveau « no élection day », préférons rejoindre les indignés, les révoltés de toutes couleurs dans un mouvement débarrassé des parasites politiciens et syndicalistes (c’est les mêmes) pour imposer une réelle démocratie, celle de la rue, par la rue et pour la rue !

  3. MinouMinou

    « Est-ce que cela fait de moi un définitif ennemi du peuple, comme le penseront sûrement les mélenchonistes ici égarés ? »
     
    Ahlala, Monsieur Nicolino, vous pensez trop vite ! Si je suis 100% d’accord avec vous, par exemple quand je suis, comme vous « pour la destruction du système industriel », est-ce que cela fait de moi un « nicoliniste » ? Et que savez-vous de ce que pensent « les mélenchonistes » ? C’est quoi « les mélenchonistes » ? Des gens qui boivent ses paroles ? Est-ce que parce que j’admire en partie votre conception lucide de l’écologie, cela fait de moi un buveur de vos paroles, un « nicoliniste » ? Aller hop un petit paquet fourre-tout, ça permet toujours de se mettre en valeur. Il est tant de devenir adulte, Monsieur Nicolino. Je suis d’accord avec l’essentiel de votre article. Suis-je un nicoliniste ?

  4. GG

    Faudrait voir à quand même pas pousser Mémé dans les orties !
    Je suis d’accord avec Minou pour dire que les conceptions nicoliniennes en matière d’écologie et de ressources naturelles sont intéressantes. D’un strict point de vue technocratique. Mais pour la question sociale ça mérite un zéro pointé !
    Est-il apparu à M. Nicolino que la crise de la dette grecque est avant tout une crise de la dette souveraine ? qu’ont à voir là-dedans les achats de bagnoles rutilantes d’une fraction de la population grecque ? Avez-vous des chiffres, monsieur, de la fraction de leur revenu qu’utilisaient, par exemple, les instituteurs-trices grecs, avant la crise, pour acheter des « saloperies » ou pour acheter du logement, de la bouffe, ou que sais-je encore ? Faites donc un tour sur Eurostat, c’est gratuit, vous aurez la structuration de la consommation dans chaque pays en fonction du niveau de revenu.
    Par exemple en 2005 bien avant la crise, pour le troisième quintile de revenus, les grecs ont dépensé seulement 3,7 % de leur revenu en achat de véhicules perso, les français 7,2% soit presque le double. Et on parle bien sûr en pourcentage, en revenu absolu les grecs étant moins riches que nous la différence est encore plus importante. Et encore faut-il souligner que la Grèce est un pays assez montagneux où le rail n’est pas très facile à mettre en place.
    Mais on papote, venons-en au fait. Au risque de passer pour un mélenchoniste obtus, voire un stalinien décati, je me permets, M. Nicolino, de vous poser la question puisque vous semblez réagir, et à l’annonce du référendum par Papandréou, et à l’appréciation qu’en fait Mélenchon : alors, vous êtes pour le oui ou pour le non ?
    On peut faire des beaux systèmes parfaits pour expliquer, selon sa vision des choses, ce qu’il conviendrait de faire pour ne pas gaspiller les ressources naturelles. C’est très bien et moi-même, je suis le premier à le faire. Mais il faut aussi concevoir que le monde dans lequel nous vivons comporte des interactions sociales qui ne se laissent pas dissoudre par l’ardeur technocratique dons vous faites preuve, qui d’ailleurs à ce niveau se rapproche un peu de la notion mélenchonesque de « planification écologique », au moins dans l’intention.
    Les choses sont pourtant assez simples : le monde ne se divise pas principalement entre d’un côté des gens qui se vautrent dans la consommation, riches ou pauvres, et de l’autre les gentils décroissants qui, bien plus intelligents, auraient réussi à se désaliéner de la Marchandise. Rien de plus faux. La Marchandise est partout.
    Le monde se divise plutôt principalement entre ceux qui détiennent le capital et ceux qui leur sont soumis, appelez-les comme vous voulez, les prolétaires, les salariés, etc… Comme on n’est plus au 19eme siècle de toute façon il n’y a plus un terme qui convient tout-à-fait. Sauf bien sûr si on raisonne au niveau international.
    Vous semblez accorder une bien grande importance à la consommation aliénée. Mais on ne consomme que ce qui est disponible sur le marché ou fourni par les services publics. Les ouvriers des industries de biens de consommation sont les premiers à souffrir du mode de production basé sur l’obsolescence programmée et sur le caprice du consommateur, qui produit les gestes répétitifs au travail, la production just-in-time, le stress etc… Il n’y a pas besoin d’avoir fait polytechnique pour deviner qu’une unité de production qui fabrique des bagnoles recèle forcément plus de souffrance au travail qu’une qui fabrique des autorails.
    C’est avant tout dans l’acte de produire que les gens sont aliénés. Ils sont aliénés parce qu’ils ne maîtrisent pas, individuellement et collectivement, le proçes de production. Si on veut des biens durables et la fin du gaspillage, il faut donner le pouvoir au producteurs. Tout le pouvoir. Ne rien laisser au patron.
    Tant que la croissance, plus ou moins forte, avec bien sûr des crises, faisait augmenter le gâteau et donc la part de gâteau des plus pauvres, le système pouvait fonctionner sur sa logique mortifère et les gens comme vous étaient d’une grande utilité. Mais maintenant que le pic pétrolier corsette la croissance et que le système prends l’eau, il faut choisir son camp. Vous ne semblez pas prendre le bon chemin. Ce n’est pas en envoyant les Grecs se faire voir chez les Bulgares qu’on va avancer vers un réseau ferré européen digne de ce nom, par exemple.
    Et ce n’est pas en expliquant à l’ouvrier dont le cycle de travail consiste (situation rencontrée récemment) en une manipulation réalisée avec les membres en extension, répétée 212 fois par heure en moyenne, pendant huit heures, en 3*8, que pour le bien de la planète et de son porte-monnaie il doit parcourir les quelques km qui le séparent de son domicile à vélo. Ou bien vous pouvez essayer, mais franchement l’efficacité du résultat…
    Je pense plutôt que la bonne façon de faire, réaliste et pédagogique, consistera à travailler avec les organisations syndicales et à leur apporter des outils théoriques et pratiques pour développer le covoiturage : 3 ou 4 par voiture, des rendez-vous à heures fixes pour prendre le temps de rouler sans danger, ça lutte contre l’individualisme et pour la cohésion.
    Quand on aura réduit à cinq heures ou moins la journée de travail, et baissé les cadences, il sera toujours temps de faire la promotion du vélo. Le cul devant mon ordinateur toute la journée, je peux bien faire mon petit quart d’heure de sport le matin pour aller bosser, mais je doute que la dame qui nettoie mon bureau l’entende de la même oreille.
    Même si ce n’est pas exactement ça le programme du front de gauche, je pense que les exemples que je donne correspondent pas mal à la stratégie Mélenchon. Il n’y a qu’a voir, au PCF, l’évolution fulgurante des mentalités sur ces questions. Par exemple sur notre-dame des landes, ils sont très partagés. Il s’agit d’une véritable tentative de reconquête idéologique de la classe par des éléments avancés qui rejettent le productivisme. Il reste à ce que ce qui n’est pour l’instant qu’un programme « électoraliste » fasse souche et que des modes d’action et de lutte se dégagent. En effet il ne suffit pas d’avoir le « bon gouvernement », comme disent les zapatistes, mais il faut également des rapports de force concrets sur le terrain. Jusqu’ici ces luttes étaient défensives et il n’y a eu que quelques exemples d’implication des travailleurs en tant que travailleurs.
    Quand on fait de la politique (j’englobe dans le terme aussi bien la politique « politicienne », comme disent certain, qui consiste à se présenter aux élections, que la politique « sociale », qui consiste à s’organiser pour mettre le dawa dans toute institution qui passe à portée de la main, faculté, entreprise, autoroute…), quand on fait de la politique donc, il faut s’appuyer sur des forces sociales qui ont une certaine consistance. Certains ont choisi la petite bourgeoisie : ils sont tiraillés entre modem et PS (et pas le bon bout du PS, car il y en a un).
    D’autres ont choisi la classe ouvrière, et pas seulement avec Mélenchon, il y a aussi chez les libertaires. Même s’il y a fort à parier que l’idéologie n’est pas pour rien là-dedans, je pense que du strict point de vue de l’efficacité de la lutte écologique ce n’est pas une mauvaise affaire.
     
     

  5. Tassin

    @ GG :
     
    Excellente plaidoirie! Pragmatique, ouvert et intelligemment radical. J’adhère à 100%.

  6. Joshuadu34Joshuadu34

    […] « Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous avez plus de raisons de travailler et d’être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. Parce que, prêtant l’oreille aux fallacieuses paroles des économistes, les prolétaires se sont livrés corps et âme au vice du travail, ils précipitent la société tout entière dans ces crises industrielles de surproduction qui convulsent l’organisme social. Alors, parce qu’il y a pléthore de marchandises et pénurie d’acheteurs, les ateliers se ferment et la faim cingle les populations ouvrières de son fouet aux mille lanières. Les prolétaires, abrutis par le dogme du travail, ne comprenant pas que le surtravail qu’ils se sont infligé pendant le temps de prétendue prospérité est la cause de leur misère présente, au lieu de courir au grenier à blé et de crier : «Nous avons faim et nous voulons manger ! … Vrai, nous n’avons pas un rouge liard, mais tout gueux que nous sommes, c’est nous cependant qui avons moissonné le blé et vendangé le raisin…» […]
     
    […]Si les crises industrielles suivent les périodes de surtravail aussi fatalement que la nuit le jour, traînant après elles le chômage forcé et la misère sans issue, elles amènent aussi la banqueroute inexorable. Tant que le fabricant a du crédit, il lâche la bride à la rage du travail, il emprunte et emprunte encore pour fournir la matière première aux ouvriers. Il fait produire, sans réfléchir que le marché s’engorge et que, si ses marchandises n’arrivent pas à la vente, ses billets viendront à l’échéance.[…]
     
    […] Les capitaux abondent comme les marchandises. Les financiers ne savent plus où les placer ; ils vont alors chez les nations heureuses qui lézardent au soleil en fumant des cigarettes, poser des chemins de fer, ériger des fabriques et importer la malédiction du travail. Et cette exportation de capitaux français se termine un beau matin par des complications diplomatiques : en Égypte, la France, l’Angleterre et l’Allemagne étaient sur le point de se prendre aux cheveux pour savoir quels usuriers seraient payés les premiers ; par des guerres du Mexique où l’on envoie les soldats français faire le métier d’huissier pour recouvrer de mauvaises dettes. […]

    […] Et cependant, en dépit de la surproduction de marchandises, en dépit des falsifications industrielles, les ouvriers encombrent le marché innombrablement, implorant : du travail ! du travail ! Leur surabondance devrait les obliger à refréner leur passion ; au contraire, elle la porte au paroxysme. Qu’une chance de travail se présente, ils se ruent dessus ; alors c’est douze, quatorze heures qu’ils réclament pour en avoir leur saoul, et le lendemain les voilà de nouveau rejetés sur le pavé, sans plus rien pour alimenter leur vice. Tous les ans, dans toutes les industries, des chômages reviennent avec la régularité des saisons. Au surtravail meurtrier pour l’organisme succède le repos absolu, pendant des deux et quatre mois ; et plus de travail, plus de pitance. Puisque le vice du travail est diaboliquement chevillé dans le cœur des ouvriers ; puisque ses exigences étouffent tous les autres instincts de la nature ; puisque la quantité de travail requise par la société est forcément limitée par la consommation et par l’abondance de la matière première, pourquoi dévorer en six mois le travail de toute l’année ? Pourquoi ne pas le distribuer uniformément sur les douze mois et forcer tout ouvrier à se contenter de six ou de cinq heures par jour, pendant l’année, au lieu de prendre des indigestions de douze heures pendant six mois ? Assurés de leur part quotidienne de travail, les ouvriers ne se jalouseront plus, ne se battront plus pour s’arracher le travail des mains et le pain de la bouche ; alors, non épuisés de corps et d’esprit, ils commenceront à pratiquer les vertus de la paresse.[…]
     
    « Le droit à la paresse » de Paul Lafargue. 1880 (cité dans le dernier n° d’Urtikan : http://www.urtikan.net/ ), texte complet
     
    Plus d’un siècle plus tard, quelle odeur de prophécie…

  7. Joshuadu34Joshuadu34

    autre extrait qui explique à lui seul ton texte :
     
    […]En présence de cette double folie des travailleurs, de se tuer de surtravail et de végéter dans l’abstinence, le grand problème de la production capitaliste n’est plus de trouver des producteurs et de décupler leurs forces, mais de découvrir des consommateurs, d’exciter leurs appétits et de leur créer des besoins factices.[…]

  8. Joshuadu34Joshuadu34

    Papa et Maman Europe ont grondé, et le gouvernement grec s’assied sur sa démarche démocratique. Mais c’est le peuple grec qui se fait empapandréouter !
     
    Remarquez, la Grèce étant le pays de naissance de la démocratie, il était logique qu’on y enterre son cadavre…

  9. MinouMinou

    Dieux tout-puissants, je suis d’accord avec Joshua ! Je suis donc joshuatiste ! Joshuaïen ?

  10. Tassin

    @ Joshuadu34 :
     
    Tant mieux! Cela va renforcer la colère des Grecs et faire tomber le gouvernement au plus vite.
    La Grèce a tout intérêt à faire défaut sur sa dette et nous à ne pas filer notre argent aux banques via le plan de « sauvetage » (sauvetage des banques privées européennes et non pas sauvetage de la Grèce).

  11. Joshuadu34Joshuadu34

    Minou, ce n’est pas la première (ni la dernière j’espère) fois que nous sommes d’accord, ce que je te repproche, ce n’est ni nos accords, ni même nos désaccords, ce qui permet souvent de faire débat et d’avancer nos idées, c’est le ton que tu prends, trop souvent, qui tourne au donneur de leçons irréprochable, indéfectible… Quand tu viens expliquer ton point de vue, ça ne me pose aucun problème, même si je peux être mitigé sur certains points… Commence par arrêter de te poser en robin des bois, relevant ce qui te gène sans jamais réellement apporter TON propre point de vue, et la discution pourra se faire !
     
    Tassin, c’était le sens de ma première intervention, la mise en place de la démocratie par la rue et pour la rue… Pas que j’apprècie la « violence » (encore une fois, ce terme est litigieux puisque de la violence, surtout lors des manifs grecques, il y en a surtout côté police, il n’y a qu’à rechercher les images, notamment celles ou l’on voit des manifestants pacifiques se faire tabasser à sang…), mais il est malheureux de constater que cette « violence » est, trop souvent, nécessaire aux mouvements… Maintenant, le nombre aussi permet d’éliminer cette violence et celle-ci ne s’applique pas quand les manifestants sont autonomes et nombreux… Mais même non violentes, les mots ont leur importance puisque certains gouvernements (le gouvernement israelien, pour ne citer que lui) ont même été jusqu’à appeler les rassemblements pacifistes (mouvement contre le mur) « terrorisme pacifique »… La sémantique a une part importante dans la compréhension de ce qui se passe !
     
    Sinon, concernant la Grèce, et les mouvements, alors que les « interviews » journalistiques se prolongent (quartier et population bien « choisie » pour laisser penser que les grecs sont pro-europe et pro-accord), une manif, encore, hier, dont personne n’a parlé a réuni des dizaines de milliers de manifestants contre les plans d’austéritée. Encore une fois, rien n’est dit concernant les revendications, ni même concernant les charges policières provocatrices et sanglantes… Aujourd’hui, encore un appel, des syndicats cette fois-ci, à manifester à Athène. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants prévus, mais pas un média français n’en parle, hormis le « Courrier International » lors des reprises d’articles étrangers… Mais chut, moins on en parle, moins c’est visible, moins ça donne d’idées…

  12. Alain

    Nicolino a raison: la crise grecque est une crise de la sur-consommation et du crédit. Et rien à battre du social:
    L’autre jour, j’ai vu des « pauvres grecs » se plaindre qu’ils ne pouvaient plus payer leur facture d’électricité, mais pas un mot sur leur consommation et surtout, 3 portables sur la table de cuisine!
    En fait, ils veulent continuer à gagner plus, toujours plus pour acheter toujours plus. C’est la gangrène capitaliste. POINT BARRE.

  13. MinouMinou

    Donc si c’est la gangrène il faut couper. Dans les médias et dans la publicité. Est-ce que ce sont les hommes politiques de droite qui ont le plus de pouvoir ? Sans les médias, ils n’ont aucun pouvoir. Aucun.
     
    Vous verrez que quand la majorité se réveillera (trop tard), quand elle aura compris que les pires ordures sont ceux qui propagent l’idéologie capitaliste : les médias, elle les guillotinera. Peut-être qu’elle les guillotinera avant les hommes politiques.
    Je pense (ce n’est que mon avis) que les médiacrates et leurs larbins sont des ordures pires que les responsables de l’UMP et du FN. Ce sont eux qui propagent que la croissance est « la seule politique possible », qu’ils sont « le cercle de la raison », qu’ « il n’y a pas d’alternative », etc. Il faut aller leur péter la gueule, c’est eux le pouvoir.
     

  14. Joshuadu34joshuadu34

    Minou, tu as, dans un tout nouveau mensuel lancé ce mois ci par Frémion, un article de Vaneighem qui résume parfaitement ce point de vue là ! A lire, parce que c’est rare de trouver des écrits intéressants, donc j’en profite pour faire un peu de pub… Surtout que les petits mickeys, signés, par Frémion, Jiho et autres grands succèdent à des articles ma foi pas mal du tout…
     
    ça s’appelle « LA BARRICADE« , c’est mensuel, et ça coute 3,50 €

  15. MinouMinou

    Merci pour le conseil, je vais voir ça. Mais si Veneighem m’intéresse est-ce que je suis vaneighemiste ? 🙂

  16. MinouMinou

    Et au fait je croyais que c’était pas bien de critiquer les journalistes ? Tu as changé d’avis ?

Les commentaires sont clos.