L’homme a mangé la Terre

Ce documentaire de Jean-Robert Viallet réalisé en 2019 retrace l’histoire de deux siècles de progrès ahurissants. Deux siècles d’industrie, d’inventions, de développement économique, d’évolution de nos modes de vie et de nos modes de consommation qui ont fait basculé la Terre dans une nouvelle ère géologique qui porte le nom d’Anthropocène.

Après deux cents ans de capitalisme industriel, on réalise que l’impact de l’homme sur la nature est irréversible. L’homme est devenu une force tellurique, et la Terre est entrée dans une nouvelle période géologique. Cette période porte un nom: l’Anthropocène, l’ère de l’homme.

Derrière la belle histoire du progrès il y a en fait une autre histoire. Une histoire écrite par des puissants. Des dirigeants politiques plus ou moins inspirés, des industriels, des énergies fossiles et de la chimie, des lobbyistes et des financiers en tous genres qui, en deux siècles, ont façonné nos modes de vie sans jamais cesser de servir leurs propres intérêts

De la révolution industrielle à aujourd’hui, ce documentaire constitue un décryptage minutieux de la course au développement qui a marqué le point de départ de l’ère de l’anthropocène et de la détérioration continue de la planète.

Quelque 1 400 milliards de tonnes de CO2 sont aujourd’hui prisonnières de la basse atmosphère. Réchauffement climatique, déforestation, inondations, épuisement des ressources, pollutions, déchets radioactifs… : en deux siècles, la course au progrès et à la croissance a durablement altéré la planète, la crise environnementale se doublant d’une rupture géologique, avec l’avènement de l’ère anthropocène. Portée par l’exploitation des énergies fossiles – du charbon de la révolution industrielle en Angleterre au tout-pétrole de la domination économique des États-Unis –, l’industrialisation et ses corollaires, taylorisme et colonialisme, entraînent une exponentielle production de masse. Un processus qu’accélère la Première Guerre mondiale, les firmes chimiques mobilisées pour tuer l’ennemi se reconvertissant dans la destruction du vivant avec les herbicides, insecticides et fertilisants de l’agriculture intensive.

Alors que l’urbanisation s’étend, la voiture, qui sonne le glas du tramway, se généralise, et l’Amérique s’inspire du modèle autoroutier nazi. La Seconde Guerre mondiale engendre une nouvelle organisation du travail, laquelle devient la norme, et annonce l’ère nucléaire de la guerre froide. Dans sa démesure, l’homme rêve déjà d’usages civils de l’atome (y compris pour l’abattement de montagnes et la dissolution des calottes glaciaires !). Le plastique et le béton deviennent les piliers de la consommation de masse, dévoreuse de matières premières et antidote à la contestation sociale, jusqu’à la révolution numérique.

Dans l’extrait ci-dessous, l’accent est mis sur le travail du lobby automobile pour « discipliner les piétons » et leur faire entendre qu’avec la voiture, « la rue ne leur appartient plus… » A la fin de l’extrait, il est question d’un épisode oublié de l’histoire de l’automobile, à savoir le rachat des compagnies de tramways aux USA par les industriels de l’automobile pour démanteler le tramway et asseoir la généralisation de l’automobile individuelle. Andy Singer avait détaillé cette histoire méconnue dans son ouvrage « Pourquoi nous conduisons (le passé, le présent et le futur de l’automobile en Amérique). »

Liaisons dangereuses

En balayant, avec de formidables archives issues du monde entier, deux siècles de progrès jusqu’à l’ère du big data, le film remonte aux sources de la crise écologique, en interrogeant avec précision les enjeux scientifiques, économiques et politiques qui y ont conduit. Fourmillant d’informations, il éclaire l’histoire de cette marche folle, et les liaisons dangereuses entre industries militaire et civile. Entre capitalisme et mondialisation imposés par les grandes puissances, un décryptage passionnant du basculement dans l’anthropocène, funeste asservissement de la nature par l’homme.

L’homme a mangé la Terre
Un film de Jean-Robert Viallet (France, 2019, 1h38)
Avec la collaboration à l’écriture de Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz
D’après L’événement Anthropocène. La Terre, l’histoire et nous, Éditions du Seuil

3 commentaires sur “L’homme a mangé la Terre

  1. Pédibuspedibus

    … déjà au milieu du siècle précédent l’historien des techniques et de l’urbanisme Lewis Mumford dressait un bilan infernal de la période historique qui accoucha de la ville industrielle, avec ses « trois éléments générateurs : la mine, l’usine et les voies ferrées (1) ».

     

    Trois éléments principaux concouraient à la formation d’un nouveau type de complexe urbain : l’usine, la voie ferrée, le taudis. Ils constituaient ensemble la ville industrielle, informe réceptacle d’une population de quelques milliers d’âmes. Ce chiffre de population pouvait être multiplié par dix ou par cent, on ne découvrait pas dans ce conglomérat une seule institution capable d’en faire une cité dans la pleine acception du terme, c’est-à-dire un lieu où se conserve l’héritage des communautés antérieures, où la facilité des échanges et des rapports sociaux porte à leur plus haut degré le potentiel des activités humaines. Même les organes fondamentaux de la cité de l’âge de pierre faisaient défaut.

    [… ]

    L’agglomération carbonifère, la « conurbation » de Patrick Geddes, nouveau prototype urbain, n’était ni vraiment séparée de la campagne ni rattachée à un noyau urbain historique. Conglomérat de moyenne densité d’occupation, elle s’étalait parfois sur des centaines de kilomètres carrés. Aucun centre n’apparaissait de façon distincte, aucune institution capable de rapprocher les individus et les groupes, aucun organe politique susceptible de faire un tout de cet ensemble d’activités. Des sectes, des fragments d’anciennes institutions sociales demeuraient, comme des débris épars sur la rive boueuse d’un cours d’eau après une inondation : un no man’s land de la vie sociale. Ces nouvelles villes n’avaient aucune activité artistique, culturelle ou scientifique propre, elles ne se souciaient même pas d’en importer les éléments de centres d’origine plus ancienne. Lorsqu’un bénéfice était réalisé il était dépensé en d’autres lieux : rentiers et financiers les utilisaient à leur seul profit, ou parfois fondaient, par dotation philanthropique, une institution quelconque dans une grande ville lointaine, tel le Music Carnegie Hall à New York. Les capitales en bénéficièrent longtemps avant que les donateurs dispensent de semblables largesses dans les villes qui les avaient enrichis.

    On peut dire que l’activité industrielle automobile a pris le relais de la période « carboniphage » pour produire à une échelle encore plus large la destruction des milieux, avec les  impacts les plus sensibles en territoires urbain et périurbain. Dire qu’il reste encore des géographes français pour parler de richesse du périurbain en termes de relations sociales…

    (1) La cité à travers l’histoire (réédition 2011), Agone p. 643 et suiv.

     

  2. Pédibuspedibus

    https://www.terrestres.org/2020/09/16/lettre-aux-salariees-et-salaries-de-laeronautique-toulousaine/

     

    … une tentative récente bien intéressante à Toulouse, en provenance d’un groupe de chercheurs* qui appelle à démanteler les secteurs industriels sans avenir, du fait de leur impact socio-environnemental, au nombre desquels l’aéronautique et… la bagnole…

     

    *

    L’Atelier d’écologie politique (Atécopol), créé à l’automne 2018, souhaite participer à la construction, à Toulouse et en région Occitanie, d’une communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques.

  3. vince

    Tous les jours je fais mon trajet à pied et tous les jours j’entre en sidération de voir mes congénères chacun dans son tank particulier. Je mets mon masque covid pour amoindrir l’odeur des pots d’échappement.

    Un tank particulier chacun pour se déplacer comment peut-on gâcher autant d’énergie pour un simple déplacement…  grotesque.

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