L’Ethique protestante et l’esprit du vélo

Le vélo connaît un tel développement en Hollande qu’il apparaît désormais nécessaire de faire un « saut d’échelle » en faisant du vélo le mode de déplacement prioritaire. Pendant ce temps, la pratique du vélo en France peine à décoller… Comment peut-on expliquer l’importance du vélo dans les pays du Nord de l’Europe comme la Hollande par exemple et, inversement, pourquoi les pays latins comme la France sont-ils à la traîne en matière de pratique vélo?

Participant il y a quelques années à l’élaboration d’un Plan de Déplacement d’Entreprise (PDE), je proposais naturellement de mettre en place un certain nombre de mesures destinées à favoriser le vélo (douche sur le lieu de travail, stationnement vélo, prime pour les utilisateurs de vélo, etc.). C’est alors que le « chargé de mission développement durable » de l’entreprise en question prend la parole pour dire en substance: « c’est très bien tout ça, mais ici on n’est pas en Hollande! »

Le sous-entendu était clair, on pourrait faire à peu près n’importe quoi pour le vélo, jamais on atteindrait le niveau de pratique du vélo que connaît un pays comme la Hollande. Si les faits semblent malheureusement donner raison à cette personne jusqu’à aujourd’hui, ne serait-il pas possible d’arriver à expliquer pourquoi « ici on n’est pas en Hollande »?

La Hollande tout le monde connaît, ses tulipes, ses coffee-shops et ses vélos! En fait, la pratique du vélo dans ce pays est actuellement d’actualité suite à une dépêche AFP qui a fait le tour du monde sous l’angle: « regardez le vélo en hollande, c’est l’enfer sur terre! »

Dans cette dépêche, il est question « d’embouteillages de cyclistes », de « rage cycliste », de « non respect des règles de sécurité », « d’accidentologie cycliste en hausse », etc.

Cette dépêche AFP se fonde en fait sur des citations provenant de l’union des cyclistes néerlandais (Fietsersbond). Et ce que dit cette association, c’est que la pratique du vélo a explosé ces dernières années en Hollande et que les infrastructures (pistes, bandes, stationnement, etc.) n’ont pas suivi le rythme. En gros, la Hollande est sans doute un pays qui investit le plus pour le vélo, mais ce n’est pas assez au regard de l’explosion de la pratique!

En tout cas, il n’est pas vraiment question d’embouteillages de cyclistes (en tout cas au sens habituel concernant les voitures) ou même de « rage cycliste » comme il peut y avoir une « rage au volant ».

C’est tout simplement l’expression d’un cycle vertueux: le pays a fait de gros efforts pour développer la pratique vélo, qui en retour a explosé et réclame désormais encore plus d’aménagements…

Un article du journal Le Monde donne la mesure du problème pour la ville d’Amsterdam:

Chaque jour, 490 000 personnes enfourchent leur vélo pour parcourir un total de 2 millions de kilomètres dans cette ville de près de 800 000 habitants. En 1992, elles étaient 340 000, soit une augmentation de 44 % en vingt ans.

A la gare centrale d’Amsterdam, il y a un gigantesque parking vélo de 10.000 places et il est plein! Mais le plus incroyable, c’est sans doute la part modale du vélo et plus généralement la répartition équilibrée de tous les modes de déplacement, comme le montre ce graphique:

C’est typiquement le camembert que beaucoup de villes françaises rêveraient d’avoir… Sauf qu’en Hollande, la part du vélo continue d’augmenter et les choses sont en train de bouger. Un article de Bicycle Dutch montre à quel point les hollandais sont en avance et donc à quel point nous sommes en retard:

Pour faire face à la situation de la meilleure façon possible, il y a eu un colloque récemment à Utrecht, (27 septembre 2012) où des experts de différents domaines d’expertise (gestion des routes, l’aménagement urbain, le comportement humain, etc.) ont échangé des idées. La conclusion de cette conférence »Fiets Meer, Meer Ruimte ‘(Plus de vélo, plus d’espace), c’est que le vélo est devenu si important aux Pays-Bas qu’il doit reprendre la position de la voiture comme moyen de transport dominant quand il s’agit de planification de la ville et tout ce qui s’y rapporte. Un soi-disant «saut d’échelle» est nécessaire et l’Union des Cyclistes saisit toutes les occasions de le rappeler aux municipalités néerlandaises.

Car le problème est limpide: à Amsterdam comme dans toutes les villes, l’automobile utilise environ les 2/3 de l’espace affecté aux transports (circulation+stationnement).  Car la voiture est un mode de déplacement particulièrement gourmand en espace (en plus d’être énergivore). Sauf que la voiture ne représente que 19% des déplacements à Amsterdam… Comment accepter le fait qu’un mode de déplacement qui ne représente que 19% accapare les 2/3 de l’espace disponible?

Récemment (septembre 2012), la ville hollandaise d’Utrecht a réalisé son nouveau plan de transport dans lequel elle proclame le vélo « principal moyen de transport dans la ville »… Le voici, le « saut d’échelle ». Face à l’explosion de la pratique du vélo, il faut faire du vélo le mode de déplacement numéro 1 et lui affecter par conséquent le maximum d’espace disponible… au détriment de la voiture.

Et certains Hollandais en arrivent même, de manière tout à fait pragmatique, à parler de « ville sans voitures ». Et si, pour que la pratique du vélo continue à progresser dans de bonnes conditions, la solution n’était tout simplement pas d’interdire la voiture?

Sur Carfree France, on ne peut évidemment qu’être ravi de ce type de questionnement. Mais surtout, cela prouve une chose essentielle. On ne décrétera pas la « ville sans voitures » en claquant des doigts, elle s’imposera comme une évidence le jour où les vélos n’auront plus assez de place pour circuler. En d’autres termes, il faut d’abord saturer les rues de vélos pour pouvoir poser la question qui se pose désormais en Hollande: « Comment accepter le fait qu’un mode de déplacement qui ne représente que 19% accapare les 2/3 de l’espace disponible? »

Donc, revenons à notre question initiale. Pourquoi ici, ce n’est pas la Hollande? En termes de pratique, les meilleures villes françaises comme Strasbourg, ont une part modale du vélo qui atteint péniblement les 10%. La plupart des grandes villes françaises ont des parts modales vélo comprises entre 1% et 5%… Et on ne peut pas dire qu’en France, c’est la « faute à la pluie, à la neige, au froid, au vent ou au relief »…

En Hollande, il pleut en effet un jour sur deux (j’exagère à peine), l’hiver on se pèle les couilles, il neige même au printemps et du vent, il y en a! Alors  oui, c’est plat (enfin à peu près), mais beaucoup de villes françaises sont plates aussi… Et surtout, la plupart des grandes villes françaises sont moins étendues qu’Amsterdam, ce qui facilite la pratique vélo…

Alors, il est où le problème? Bien sûr, la première réponse qui vient à l’esprit est la suivante: la pratique vélo est très importante en Hollande car les Hollandais investissement beaucoup dans le vélo (pistes, bandes, stationnement, etc.). Sauf qu’en disant cela, on ne répond pas à la question.  Ou alors il faut la reformuler ainsi: pourquoi les Hollandais investissement-ils massivement dans le vélo? Parce qu’ils sont moins cons que nous?

Peut-être… Ou aussi parce qu’ils n’ont pas la même mentalité. C’est peut-être cliché de le dire, mais je pense que sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, il y a une véritable différence entre « culture latine » et « culture nordique ». Car les Hollandais ne sont pas les seuls à être « bons » en matière de pratique du vélo, on aurait pu aussi citer le Danemark, l’Allemagne ou la Suède et la Norvège…

D’ailleurs, ce n’est sans doute pas un hasard si la meilleure ville française en matière de vélo est Strasbourg, une ville quasiment allemande! (j’attends les scuds de lecteurs sur ce point…).

Il y a dans les pays du Nord au sens large une sorte de rationalité que les pays latins semblent moins développer, y compris dans un pays soi-disant cartésien comme la France. Est-ce lié à une tradition religieuse, protestantisme versus catholicisme? Je n’irai pas jusqu’à dire que la religion influence la pratique du vélo, mais je pense que ce n’est pas un hasard si le catholicisme s’est développé prioritairement dans les pays latins et le protestantisme dans les pays nordiques. Également, ce n’est sans doute pas un hasard si les pays latins sont largement bagnolards et les pays nordiques plus branchés « vélo ».

Dans l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber souligne que cette éthique est « entièrement dépouillée de tout caractère hédoniste, son but étant de gagner de l’argent, toujours plus d’argent en se gardant des jouissances strictement de la vie ».

Avec le catholicisme, on est dans l’apparence, la liturgie, le baroque, l’affichage. Avec le protestantisme, on est plus dans une certaine forme d’ascèse, de rationalité, d’efficacité, autant de qualités propres… au vélo!

Car personne ne pourra soutenir qu’il est rationnel d’utiliser un engin qui pèse plus d’une tonne et qui rejette plus d’une tonne de CO2/an pour transporter en moyenne 1,2 personne, soit environ 100 kg.

Vous me direz, quasiment plus personne ne va à l’église aujourd’hui. Certes, mais osons une hypothèse audacieuse. Si l’Italien, l’Espagnol ou le Français qui ne va plus à l’église aujourd’hui préfère afficher aux yeux de tous une voiture achetée très cher qui « en jette plein la vue », n’est-il pas en train de continuer à faire vivre les rites et la liturgie de l’église catholique? Bon, c’est peut-être tiré par les cheveux, mais il y a bien une fracture culturelle du vélo en Europe.

Et franchement, si ce n’est pas la culture au sens large qui explique la différence de pratique vélo entre pays nordiques et pays latins, alors la seule explication, c’est que nous sommes vraiment plus cons que les autres! En plus, ce devrait être théoriquement le contraire, les pays du Sud ont le beau temps, rarement de la pluie et pas ou peu de neige et les pays du Nord trouvent le moyen de nous surpasser en matière de pratique vélo. C’est à ne rien y comprendre…

Mais si mon hypothèse est la bonne, alors ça va être coton pour remonter la pente. Car aucun argument rationnel ne pourra convaincre un Latin de renoncer à sa « super belle grosse bagnole » pour mettre son cul sur une selle de vélo! Car dans cette hypothèse, son choix n’est pas « rationnel » mais « émotionnel ». Bien plus, en restant dans les clichés, si on admet que le Latin est foncièrement « tricheur dans l’âme », vous aurez beau mettre des contraintes à sa pratique automobile (stationnement prohibitif, amendes, etc.), il s’évertuera à les éviter ou les contourner. Bien mieux, il en fera même « un sport »!

Donc, pour que les Latins mettent massivement leur séant sur une selle de vélo, je ne vois qu’une solution: il faut rendre le vélo dé-si-ra-ble! Et inversement, tourner en ridicule les automobilistes… Cela veut dire, réaliser des campagnes de communication montrant les automobilistes comme les ringards qu’ils sont. Systématiquement, il faut faire apparaître l’automobiliste comme un idiot (celui qui perd tout son argent, celui qui est bloqué dans les bouchons, celui qui tourne des heures à la recherche d’une place de stationnement, etc.) Et j’irai même jusqu’à utiliser des fanas de tuning avec volants en peau de mouton…

De l’autre côté, tout devrait être mis en œuvre pour montrer le vélo sous un angle « fashion », « cycle chic« , avec communautés branchées (pignon fixe, etc.), « identité vélo », « beaux vélos », « belles fringues », etc. Et surtout, que ce soit sur internet ou dans des campagnes de communication, montrer des jolies filles et des beaux mecs bien habillés à vélo. D’accord, j’ai conscience du total sexisme de ma proposition, mais on s’adresse à des Latins bordel de merde!

Imaginez un instant un Latin typique dans sa bagnole et expliquez-lui que le vélo est aussi rapide que sa voiture tout en coûtant 20 fois moins cher. Il s’en fout le Latin, alors je ne vous parle même pas d’une tentative d’explication sur l’impact de sa bagnole sur le réchauffement climatique!

Il faut ringardiser définitivement l’automobile (le processus a déjà commencé) et présenter le vélo comme LE truc des winners, pour tomber les filles, pour avoir la ligne, pour avoir plein de fric, pour être dans le coup, etc.

Le problème, c’est que ce n’est pas la peine d’attendre une hypothétique campagne de communication gouvernementale sur le vélo (d’ailleurs, vous en connaissez des campagnes de ce type?). Il faut se prendre en main. Il faut que tous les designers, publicistes, dessinateurs, illustrateurs, vidéastes, réalisateurs, photographes, etc. sensibles à notre vision des choses inventent les visuels qui ringardisent définitivement la bagnole et qui montrent le vélo comme le symbole de la branchitude.

Marcel Robert

A propos de Marcel Robert

Fondateur du site Carfree France et auteur des livres "Vélogistique", "Pour en finir avec la société de l’automobile" et "Îles sans voitures".

24 commentaires sur “L’Ethique protestante et l’esprit du vélo

  1. bruno le hérisson

    Article parfois sociologie de bistrot , mais la pirouette de conclusion me plait bien.

  2. Eunoia

    Même si le Batave est plus rationnel que le Latin, je pense que la pratique du vélo y est surtout facilitée par l’organisation spatiale de la ville et par la densité et la répartition de la population.
    Les villes n’y ont pas été défigurées par l’arrivée de l’automobile. Les villes sont des bourgsde rues pavées avec leur centre, leur grand’place et les quartiers de petites boutiques. Bon, les petites boutiques ne sont souvent que des grandes enseignes et vendent toutes les mêmes choses mais on y trouve le nécessaire à des prix très bas. On a pas besoin de prendre la voiture et de faire des kms pour trouver un supermarché moins cher. Ca, ça n’existe tout simplement pas. Les supermarchés sont dans le centre et accessibles, pas chers. La population habite dans des rues concentriques ou dans des quartiers plus récents, mais rarement très loin des commerces, des écoles, des services. On y va à vélo sur de lourdes machines avec paniers, sièges enfants, etc. que l’on gare juste devant.
    Les néerlandais ont des problèmes de transport pour aller au travail (leurs autoroutes sont pleines entre 15h et 19h? et le réseau de train est défaillant) mais, en dehors de ça, leur organisation spatiale est parfaite.

  3. Pim

    Je n’approuve pas la totalité des propos, mais par contre, il est certain que la campagne promotionnelle pro vélo et anti bagnole (en la tournant en dérision) pourrait être très efficace. Malheureusement, le principal annonceur publicitaire aujourd’hui est l’industrie automobile, et elle a (encore) les moyens de dépenser des milliards là dedans, ce que les assos vélos et/ou collectivités n’auront jamais.
    En attendant, c’est le vélo et les ptits cons d’escrolos que les publicitaires ringardisent

  4. Groumpf

    Bientôt la rue aux vélos et les voitures reléguées sur d’exigües « pistes carrossables » à la vitesse ultra limitée ?

  5. ex BATAVE

    Français vivant en hollande de 11 à 16 ans j’étais scolarisé dans « l’école Française Vincent Van GOGH ».
    75% des élèves et moi même venions à vélo en cours. Même les moins intégrés.

    Pas d’esprit culturel du Nord ou du Sud en vigueur, d’ailleurs on ne parlait quasiment pas la langue, mais nous suivions simplement l’exemple du nombre! sans parler de l’agrément des aménagements cyclables et de la sécurité. Et puis c’était toujours plus amusant que les Transports en communs ou la voiture de maman…

    Les hollandais sont des marchands près de leurs sous, limite pingres. Le choix du vélo est avant tout un choix économique compris par les élus aussi bien que les citoyens.

    Ce qui bloque en France c’est l’âge et la mentalité de nos dirigeants et élus, qui sont tous soit vieux, soit véhiculés avec chauffeur ou les deux.
    Essayez de faire comprendre à un vieillard de 75 ans qui n’a jamais fait du vélo en ville que c’est un moyen de transport efficace!
    Dans 20 ans peut être….. quand ils seront partis

  6. Julien

    Article relativement incohérent, tu ne peux pas prouver que c’est la tradition protestante qui a favorisé la pratique du vélo! Par contre, une planification locale, qui ne fait pas d’avancée révolutionnaire mais respecte les habitudes locales est possible à trouver dans ‘ces pays là’.
    Enfin, d’autres pays autrement plus catholiques ne sont pas mauvais au niveau de la part modale, cf la Suisse et l’Autriche.
    En conclusion, c’est le modèle centraliste de la France, du Royaume-Uni (pourtant protestant!) et des pays du Sud de l’Europe qui a imposé après la guerre un modèle moderniste du tout voiture, ce qui explique l’énorme différence aujourd’hui. Et oui, ça va nous prendre des décennies pour rattraper les Pays-Bas, mais grâce à la Décentralisation, ça arrivera peut-être plus vite 😉

  7. Vincent

    Merci pour l’article. Quelques commentaires:

    > Participant il y a quelques années à l’élaboration d’un Plan de Déplacement d’Entreprise (PDE), je proposais naturellement de mettre en place un certain nombre de mesures destinées à favoriser le vélo (douche sur le lieu de travail, stationnement vélo, prime pour les utilisateurs de vélo, etc.). C’est alors que le « chargé de mission développement durable » de l’entreprise en question prend la parole pour dire en substance: « c’est très bien tout ça, mais ici on n’est pas en Hollande! »

    Famous last words… La France a été à la fin des années 70 un des derniers pays prospecté par McDonald’s, sans doute parce qu’ils se disaient qu’ils n’avaient pas beaucoup de chance de marcher dans un pays aussi gâté sur le plan culinaire. Une trentaine d’années après, la France est sa filiale étrangère la plus rentable 😉

    > A la gare centrale d’Amsterdam, il y a un gigantesque parking vélo de 10.000 places et il est plein!

    D’abord, une observation : Amsterdam est sous-équipé en bornes pour attacher les vélos, ce qui fait que les gens doivent soit avec difficulté tenter d’attacher leur monture au mobilier urbain, soit ne pas l’attacher du tout (d’où vols importants, ce qui fait que les gens préfèrent rouler avec des vélos globalement pourris).

    Ensuite, on s’étonne qu’Amsterdam n’ait pas encore lancé son Vélib local, qui permettrait de régler une partie du problème de parking. http://en.wikipedia.org/wiki/Bicycle_sharing_system#Netherlands

    > Et certains Hollandais en arrivent même, de manière tout à fait pragmatique, à parler de « ville sans voitures ».

    Ça existe : Venise. Très reposant (pour les oreilles, pas pour les genoux).

    > Avec le catholicisme, on est dans l’apparence, la liturgie, le baroque, l’affichage. Avec le protestantisme, on est plus dans une certaine forme d’ascèse, de rationalité, d’efficacité, autant de qualités propres… au vélo! […] Bon, c’est peut-être tiré par les cheveux, mais il y a bien une fracture culturelle du vélo en Europe.

    Je ne pense pas que ça soit capilotracté : le Protestantisme a justement pour origine le rejet de l’esbrouffe du Catholicisme de l’époque. C’est toujours aussi vrai dans la vie quotidienne en Europe du nord aujourd’hui… ce qui fait que les Français sont souvent vus là-bas comme des gens arrogants et de mauvaise foi.

    > Mais si mon hypothèse est la bonne, alors ça va être coton pour remonter la pente. Car aucun argument rationnel ne pourra convaincre un Latin de renoncer à sa « super belle grosse bagnole » pour mettre son cul sur une selle de vélo!

    Si personne n’arrive à inventer dans les vingt ans qui viennent une alternative viable au pétrole pour les transports, une essence à 25€/litre devrait beaucoup contribuer à changer les choses…

  8. Jean-Marc

    Attention, Marcel R., de ne pas confondre corrélation et causalité…

    Exemple de corrélation :
    – Les USA sont les champions du monde des tueur en série sur les campus universitaires par des ado nés dans le pays
    – Les ados US sont les ado qui ont le plus regardé de films de Walt Disney pendant leur jeunesse.

    Il y a corrélation :
    le point commun… la corrélation, c est qu’ils sont aux USA;
    mais avoir regarder la petite sirène ou fantasia n est pas (obligatoirement) la cause de Columbine

    (de même, ils ont bu plus de coca et mangé plus de hamburger… mais là, du fait des colorants, des édulcorants de synthèse, et des graisses trans, en particulier dans leur cereales du petit déj, peut-etre qu’il y a causalité avec leur proportion de cereal killers…)

    Dans 20, 30 ou 50 ans, quand les danois et hollandais n’auront gagné « que » 50% de cyclistes en plus,
    et que la france en aura gagnée 1 000% de plus (plus facile, car elle part de bcp plus bas…), que faudra-t-il dire ?
    (j extrapole à partir des tendances des 2 dernières années)

    La raison de cette progression française, fasse à la stagnation nordique, sera alors expliquée par l esprit latin, qui fait que le cycliste ne reste pas sur la voie cyclable, mais n hésite pas à utiliser la chaussée, où il ralenti l automobiliste, ce qui entraine un désavantage pour les voitures, donc incite à un report vers le vélo…

    c.f. pour la causalité différente de la corrélation :
    http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/11/21/le-chocolat-engendre-t-il-des-tueurs-en-serie/

    sur le devenir radieux du vélo en france, par rapport au devenir moins merveilleux en hollande et danemark,
    c.f.
    http://owni.fr/2011/05/17/la-data-enfourche-son-velo-sur-les-routes-de-leurope/

    Si on regarde la proportion de vélos à paris, amsterdam, et copenhague, on est admiratif :5 – 46- 60
    Près de 10 fois plus pour amst., et plus de 12 fois plus de vélos pour CPH ! Soit 11 fois plus en moyenne !

    Par contre, quand on regarde la proportion de voitures, je déchante :
    11 – 24 – 18
    soit, en moyenne, 2 fois plus de voitures qu’à paris…

    ensuite, en regardant le site copenhagenize.com, on comprend POURQUOI, malgré 11 fois plus de cyclistes, ils « réussissent » à avoir 2 fois plus d automobilistes :

    Ainsi, le créateur de copenhagenize.com explique très bien que le maire (c.f. http://www.copenhagenize.com/2012/11/lord-mayor-of-car-penhagen.html ) et que la police de copenhague (http://www.copenhagenize.com/2012/10/the-danish-polices-abuse-of-power.html), passent leurs temps à créer des difficultés aux cyclistes (voire, quand ils le peuvent, aux TEC), et implantent plein de parkings à voiture… alors que la population n en veut pas….

    c.f. autre choix politique, la chasse aux vélos-taxi :
    http://www.copenhagenize.com/2012/11/pedicabs-latest-victim-of-copenhagens.html

    http://www.copenhagenize.com/2012/11/the-85th-percentile-folly.html
    Le pb des vitesses en ville : à CPH, il n y a (quasi pas?) pas de zones 30 : ils lorgnent vers NY et Paris, pour tenter d obtenir des zones 30, mais actuellement sans succès…

    sur l esprit protestant, ou l esprit obéissant au-delà de ce que demande la législation, 2 articles :
    http://www.copenhagenize.com/2012/11/car-culture-rules-this-bicycle-street.html
    http://www.copenhagenize.com/2012/09/desire-lines-of-16536-bicycle-users.html

    Dans le 1er, une piste cyclable sur trottoir, et 2 voies « tous véhicules » à coté :
    les cyclistes restent TOUS sur le trottoir
    => aux heures de pointes, il leur faut TROIS FEUX D’ATTENTE pour passer ce carrefour, alors que la seule voiture de cette photo passe le feu sans jamais attendre à un rouge

    -> avec 1/3 de cyclistes (ceux qui tournent à droite, sans s occuper du feu) sur le trottoir, 1/3 (ceux qui vont tout droit) sur une voie, 1/3 (ceux qui vont à gauche) sur l autre voie, tous les cyclistes passeraient le feu en 1 seul vert… par contre, chaque voiture serait elle aussi obligée d attendre un feu rouge à chaque carrefour….

    Dans le 2eme lien, 16 536 cyclistes à un carrefour.

    Oui, en france, à un carrefour très cycliste, aujourd’hui, il faudrait 5, 20 ou 50 fois plus de temps pour en avoir autant…

    MAIS, une fois ce chiffre atteints, en étudiant les traces, au lieu d avoir UN SEUL cycliste sur 16 536 qui prend le chemin le plus cours (la trace rose qui passe près du centre, qui utilise la voie « tous véhicules » et se place entre les voitures,
    il y aurait -selon moi- de 200 à 8 000 fois plus de cyclistes à utiliser la voie « tous véhicules », et donc à entrainer un apaisement de la vitesse de circulation des voitures.

    Pour les dépenses…
    Il faut relire le dossier, en plusieurs partie « the state of CPH congestion »
    ici la 4eme partie : http://www.copenhagenize.com/2012/09/the-state-of-copenhagen-congestion-part.html
    les autres parties sont trouvables dans les liens sous cet article.

    Dans ce dossier, on apprend que la part de dépenses publique + privée légalement obligatoire (parkings par ex) qui croit le plus est la part automobile, que la part cycliste décroit, et que, si la part TEC croit… en fait, celà illustre une décroissance niveau réseau, un désinvestissement dans les réseaux, caché par un gaspillage de l argent des TEC :

    CPH a choisi de construire le TEC le plus cher et le moins accessible aux usagers (besoin d escalators et de marcher dans des couloirs souterrain – nécessite des tunneliers très coûteux pour la construction, et la construction d’un réseau pour les véhicules ainsi que pour les usagers) : un métro… le pire des investissement en TEC, au niveau coût..

    (un réseau très dense de transport de surface en voie propre, prioritaire à tous les carrefours, à forte cadence, type métro, mais en surface, coûte bien moins cher, et est plus accessible, plus rapidement, et ne nécessite pas d entretien spécifique à la charge des TEC (c est l entretien et l’éclairage des rues et trottoirs qui sert); c.f. les Bus à Haut Niveau de Service, qui explosent actuellement en france… mais celà marcherait encore mieux sans pétrole : Tram à HNS ou trolley à HNS.

    Là, conséquence de la politique pro-voiture du maire, et de la non-appropriation de la chaussée par les cyclistes; actuellement, et depuis quelques années, la part du vélo à CPH est stagnante…
    Pendant ce temps, bien que largement moindre, elle augmente un peu près partout ailleurs en ex-Europe de l Est.
    Le créateur de copenhagenize.com -malgré la proportion incroyable de cyclistes chez lui- est admiratif et très attentif à ce qui se passe en France, avec par exemple, les double sens cyclables, les tournez-à-droite, les vélos en libre service (ils viennent d’être supprimé à CPH, après des années et des années de bon et loyaux service : http://www.copenhagenize.com/2012/10/goodbye-bycyklen.html ), mais, plus que tout, LES ZONES 30.

    Leurs voitures ont des nationales dégagées de vélos en ville.
    Nous, grâce à nos vélos (et autres 2 roues), elles ont des départementales, voire des chemins forestier : chez nous, attention aux « ornières », c’est-à-dire aux cyclistes, piétons, 2RM ou véhicules garés qui peuvent « surgir » à tout moment, nécessitant qu’on roule moins vite pour s adapter à la situation.

    Quand certains hollandais auront pris conscience qu’attendre 3 rouges à un feu, quand il y a 2 voies dégagées juste à coté, des voies qu’on a LE DROIT d’utiliser, alors cette pratique sera peut être remise en cause… et après cela l’évolution des choses ré-accélérera aussi à CPH.

    En attendant, ils naviguent entre faible progression et faible diminution…

    On peut admirer le niveau impressionnant d’usagers du vélo qu’ils ont atteints, et copier certaines de leurs pratiques; mais rien n empêche un pays latin d avoir bcp plus de vélos en circulation…
    suffit de regarder des images d avant 1930 pour s en rendre compte… ou -si la tendance depuis 2002 se poursuit- de voir le niveau qui sera atteints en france après 2030.


    Une anecdote, qu’un cycliste m a racontée :
    Cuba, autour de 19xx (1974, 1989? j ai oublié lequel des 2… le choc pétrolier, ou la chute de l’URSS):
    personne ne veut de vélos : c est vieux, moche, pas rapide, une voiture de 40-50 ans rafistolée est bien mieux, bien plus prestigieuse.

    Ceci, malgré l embargo, qui empêche d avoir des voitures neuves, car l’essence quasi gratuite coule à flot :
    pour « s acheter la loyauté » de Cuba au bloc communiste, l’URSS échange du pétrole contre du sucre de canne, à un cours sans aucun rapport avec les cours mondiaux.

    Mais voilà… pour raison budgétaire, à un moment, l’URSS décide d arrêter (donc c est sans doute 74, après la montée des cours du pétrole), et de vendre le pétrole au plus offrant, au cours mondial, en arrêtant d acheter du sucre au-delà de ses besoins
    -> chute de l’offre de pétrole, et explosion de leurs prix, achetés au cours mondiaux -> explosion de la demande de vélos pourris et hors d’usage…

    2 jours avant la décision de l’URSS, on pouvait très bien analyser Cuba comme un pays latin, trop fier pour utiliser le vélo…
    Mais la réalité est dure… si un mode de transport est dépendant de l extérieur, s’il consomme énormément alors qu’on peut faire pareil ou mieux (bienfait pour la santé) pour bcp bcp moins, alors certains abandonneront le mode de transport le moins performant.

  9. Le cycliste intraitable

    Les protestants à vélo, les catholiques en bagnole ? C’est réducteur. Les pays anglo-saxons sont majoritairement protestants, du fait du schisme anglican au Commonwealth et de la tolérance religieuse aux États-Unis. Pourtant, la bagnole y est reine.

    D’un autre côté, Ferrare et Munich, deux villes catholiques, sont particulièrement agréables à vélo. Les Hongrois, qui associent fortement leur patrie à la religion catholique, sont aussi nombreux (19 %) à enfourcher la petite reine, bien que la voirie laisse souvent à désirer. Et quid des Flamands, Belges car catholiques ?

    L’attachement des Hollandais à la bicyclette provient en partie du fait que ce moyen de transport était un moyen de s’opposer aux Allemands motorisés. Mais une autre donné ne doit pas nous échapper : en 1700, la majorité de la population était déjà urbaine. Cette culture urbaine ancienne est favorable aux rues apaisées et à la concertation. Et les politiques, sans constructeur automobile pour les convaincre de construire toujours plus d’infrastructures, ont rapidement compris qu’il était impensable que la voiture devienne le principal moyen de déplacement des habitants.

    Moralité : il est temps d’achever les constructeurs automobiles français.

  10. Jean-Marc

    « elle augmente un peu près partout ailleurs en ex-Europe de l Est. »

    oups, il faut lire :
    « elle augmente un peu près partout ailleurs en ex-Europe de l OUest ».

  11. apanivore

    Une hypothèse de plus serait que, vivant sur un territoire très exposé aux aléas climatiques, les néerlandais seraient plus sensibles, se sentiraient plus concernés par le changement climatique d’origine humaine, et voudraient peser dans le bon sens.

    Plus précisément que protestants, les néerlandais sont calvinistes. Le grand foyer du calvinisme c’est Genève… euh c’est assez loin des Pays-Bas question cyclo-amicalité. Peut-être parce que c’est une ville francophone ? De mes déplacements en Suisse et en Belgique j’ai cru constater que la « frontière » du vélo coïncide plus ou moins avec la frontière linguistique, quand on passe de la Wallonie à la Flandres ou que l’on franchit le « rideau de röstis », le nombre de vélos explose.

  12. Marcel RobertMarcel Robert Auteur

    Merci pour tous vos commentaires, je ne vais pas répondre dans le détail mais juste apporter quelques précisions.

    D’abord, je tiens à rappeler le but de l’article: essayer de comprendre pourquoi la pratique du vélo est plus forte ailleurs qu’en france afin de trouver des leviers pour changer les choses. (vaste ambition!)

    Sur la « sociologie de comptoir », je ne suis pas sociologue et je ne prétends pas l’être. En outre, ici c’est Carfree France, pas une revue universitaire. Donc j’assume le terme « sociologie de comptoir » et je crois d’ailleurs que je l’exprime à plusieurs endroits dans l’article, en particulier quand je parle des « clichés ».

    Sur le fond, je ne dis pas que le protestantisme est l’unique raison du développement du vélo. J’essaye simplement de comprendre pourquoi le vélo est plus développé dans certains pays. Dans les hypothèses, la tradition protestante pourrait selon moi avoir un impact, mais c’est dans tous les cas une raison parmi d’autres. Certains essayent d’expliquer le phénomène en parlant d’urbanisme, de densité, de commerce, d’aménagement, etc. Mais c’est selon moi comme parler de l’importance des investissements dans les pistes ou les bandes… D’accord, mais alors posons la question suivante: pourquoi les hollandais ont-ils conservé un urbanisme propice au vélo, pourquoi ont-ils gardé des commerces de proximité? etc. etc.

    Certains disent que cela n’a aucun rapport avec le protestantisme mais disent dans le même temps: « Les hollandais sont des marchands près de leurs sous, limite pingres. Le choix du vélo est avant tout un choix économique compris par les élus aussi bien que les citoyens. » Alors je pose la question: pourquoi sont-ils « pingres »? pourquoi font-ils ce choix économique du vélo? Inversement, pourquoi aimons-nous « dépenser notre argent »?

    Quelqu’un parle du modèle « centraliste » qui expliquerait une faible part du vélo. C’est à mon avis une idée intéressante, je n’y avais pas pensé sous cet angle, ce serait sans doute intéressant de creuser cette question. Ceci dit, est-ce que l’Espagne est un pays centraliste?

    Autre hypothèse intéressante à mon avis, le fait qu’il n’y a pas de constructeur automobile historique en hollande. Nous on traine des boulets (renault et peugeot). Mais ne dites pas cela à Alain Prost car il pense que « la france est un pays autophobe ». (véridique!)

    Pour le réchauffement climatique, peut-être, mais à ma connaissance les hollandais ont toujours fait beaucoup de vélo même avant qu’on se préoccupe de cette question. Je crois que la pratique du vélo a seulement légèrement baissé dans les années 50 à 70 avec la massification de l’auto, quand dans le même temps elle s’effondrait en France. Donc, pourquoi le vélo est-il resté important dans un pays comme la hollande à travers le temps?

  13. Julien

    L’Espagne était très centraliste jusqu’à la fin du régime de Franco. Depuis, des progrès ont été fait, surtout dans les zones motivées (par exemple Barcelone, qui a de très belles pistes cyclables).

    Enfin, l’argument des constructeurs historiques est relativement peu recevable, le meilleur exemple est l’Allemagne, où certaines villes et régions ont des politiques cyclables très poussées tout en restant ‘LE’ pays de la voiture.

    Pour conclure, la croyance en une société ou le vélo a sa place n’est jamais disparue en Hollande, l’Etat et les villes ont continué à investir et on a la situation actuelle; en France en plus de vouloir convertir dans les années 50-70 le pays entier au tout bagnole (oui, je sais, ce n’est pas fini, ils essayent encore, mais ce n’est rien par rapport à il y a 30 ans), on n’a pas maintenu une variété de moyens de transport, cad les transports en communs et la bicyclette.

    Je reste quand même optimiste, les Français sont les plus gros consommateurs/pratiquants de vélos en Europe, il faudrait juste les faire venir en ville! Et pour cela re-transformer la ville du tout-bagnole en une ville plus diverse, comme on en trouve.. dans l’Europe du Nord 🙂

  14. CarFree

    La France est sans doute plus centralisatrice que l’Allemagne ou certains pays nordiques, mais il y a quand même eu la décentralisation de 1982: « les collectivités s’administrent librement »
    D’ailleurs l’état français ne finance rien ou presque en matière de velo car cela relève justement des collectivités locales. Mais que font-elles ces collectivités? Allez voir le budget « routes » de n’importe quel conseil General ou agglomération et mettez en rapport l’argent mis dans le velo, on est loin du compte…

  15. Jean-Marc

    @ Marcel
    « essayer de comprendre pourquoi la pratique du vélo est plus forte ailleurs qu’en france (afin de trouver des leviers pour changer les choses). »

    toutes choses étant multi-causes,
    et souvent, certaines conséquences deviennent des causes d elles-même (ainsi : plus il y a de TEC, plus il y a de personnes qui les prennnent.. donc plus il y a de TEC/plus il y a d étalement urbain, moins une voiture permet d aller d un point à un autre, donc plus il y a de voitures, donc plus il y a d étalement urbain), compliquant encore les analyses sur le moyen/long terme;
    il est donc très difficile de trouver une explication à un fait complexe s’étirant sur des années.

    il existe cependant une réponse minimale et obligatoirement valable à toutes choses.

    Pourquoi ? (les hollandais font plus de vélos que les FR et ont gardé les maisons mitoyennes?/les français sont les champions d europe des supermarchés et des banlieues avec pavillon à 4 murs non mitoyens ?/…)

    Réponse : en 1er point… parce que c’est possible :
    parce qu’ils le peuvent et/ou peuvent difficilement faire autrement :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:World_population_density_map.PNG

    Remarque : ceci explique en partie la hollande-vélo par sa forte densité, la france-voiture par sa faible densité… mais ni le danemark (+/- faible densité), ni l italie (+/- forte densité) ne sont explicables ainsi :

    la france est la championne d europe en terme de territoires agricoles (devant l espagne et la pologne) => elle a la possibilité d’étendre ses villes sur la campagne.

    rappel historique : les boulevards Hausmaniens :
    contre la ville de type médina historique, dans lesquels les parisiens levaient une baricade grâce à une charette et 3 cageots, l Etat français décide de créer des rues très larges, des 2×2 voies de fiacres, où l armée pourra venir avec ses canons, et où la population aura du mal à bloquer la rue; il dé-densifie (c.f. « La Curée » de Zola).
    (dé-densification au niveau de la rue : l’immeuble haussmanien, de 4 étages, 2 fois mitoyen, est un bâtiment dense : c est le boulevard ou l’avenue, sur lequel il est batti, qui n est pas dense)

    Plus tard, la france est devenue la championne d europe (du monde? à voire si les USA nous battent ou pas… si le pays de Wallmark (1er groupe mondial de supermarchés/malls) fait « mieux » que le pays de Carrefour (2eme groupe mondial)) des abords de villes moches, des zones commerciales avec supermarchés.

    A l’opposé, la hollande manque de terres… au point d en rechercher sur la mer (polder) :
    Ils n’ont physiquement pas l espace pour élargir leurs villes pour accueillir des boulevards entre chaque rangées de maisons.

    En celà, se battre contre l’étalement urbain, contre l’ouverture d’une nouvelle voie, d’une nouvelle autoroute, ou d’un nouvel aéroport en pleine campagne participent du combat contre le tout voiture;
    à l’opposé, se battre pour une rue piétonne, à 20 km/h ou à 30km/h favorise la transition vers une moindre dépendance au pétrole.


    Sur un autre point, le centralisme/le fédéralisme :
    le centralisme est un frein dans un 1er temps (jusqu’à ce que le pouvoir central comprenne qu’il faut changer), puis il peut devenir un accélérateur (pour rattraper son retard… voire parfois, à de rares occasions, pour dépasser les autres).

    Donc, si on est dans un état centralisé, l’important, c est de faire comprendre (au plus vite) au pouvoir central certaines réalités (par ex : l’étalement urbain rend l’économie moins performante, car celà entraine un gaspillage en déplacements chers, dépendant de ressources de l extérieur).
    Quand ces données seront intégrées par le plus grand nombre de personnes au pouvoir, alors un gouvernement central pourra édicter des lois accélérant les choses.

  16. Ben

    Les Pays-Bas, j’y travaille.
    1- Il faut savoir qu’ici il y a une surtaxe (BPM) sur les voitures de 40%!!! En outre les routes et autoroutes sont bondées et ça ne roule pas. En conséquence, pour rouler en voiture il faut être 1) très riche et 2) peu pressé.
    2- Il est vrai que les infrastuctures vélo sont extraordinaires (pistes cyclables, feux, amémagements, balisages, cartes) même si les parkings sont effectivement saturés (effet du succès). D’autre part, les trams sont souvent prioritaires sur les voitures (les feux changent à l’approche des trams). Etc.
    3- Ce n’est pas une légende: c’est plat ici, il ne pleut pas souvent et le vent est finalement modéré.

    Mais finalement je pense que c’est surtout le coût de la voiture qui est vraiment dissuasif (surtaxe de 40% à l’achat et taxe de roulage annuelle très élevée). Sans cela les hollandais se déplaceraient comme tout le monde avec une voiture. C’est la nature humaine.

    Conclusion: toucher au portefeuille est malheureusement la seule stratégie efficace en terme de politique (en parallèle aux infrastrucures ad hoc)… Surtaxons encore plus les voitures (pour financer les infrastructures vélos, trams et trains) et vous verrez que les gens sortiront leur vélo et se déplaceront autrement. Le dialogue pro-vélo ne prêche que les convaincus, à savoir les cyclistes…

  17. Anne-Lise

    En tant que protestante, française, et pratiquant le vélo à Paris depuis plus de 20 ans, j’aimerais exprimer que le vélo a sans aucun doute à voir avec l’éthique protestante : simplicité, humilité, discrétion, sincérité, goût de l’effort personnel… Qui devrait être quelques belles vertus partagées par tous ceux qui se réclament de la religion chrétienne, qu’ils soient catholiques, orthodoxes, calvinistes, luthériens, évangéliques, baptistes, j’en passe et des plus minoritaires.

    Je songe, puisque c’est la mode, à monter un groupe Facebook des protestants à vélo, mais j’ai peur que leur peu de goût pour ces mondanités si ostentatoires ne les retiennent de s’y inscrire 😉

    Et à présent, j’attends avec impatience le témoignage d’un catholique à vélo qui viendra nous expliquer combien le cyclisme a tout à voir avec sa foi !

  18. Gwenael

    A Anne-Lise.
    Il y a beaucoup plus pertinent bien avant Max Weber.
    Au sujet des rapports entre la foi chrétienne et le cyclisme, dans « De la passion considérée comme course de côte », Alfred Jarry prouve que l’invention du cyclisme est due au Christ et aux deux larrons qui pédalent en montant le Golgatha, couchés sur leur croix et appuyant des pieds sur leurs clous, la couronne d’épine étant une roue increvable. Le départ aurait été donné par Ponce Pilate et Sainte Véronique qui prit le cliché sur son voile, la première reporteresse de l’histoire des courses cyclistes.

  19. apanivore

    Il y a des valeurs qui n’ont pas besoin d’une religion pour être défendables et défendues.

    Pour moi le vélo n’a rien à voir avec la religion.

    Un argumentaire pas plus compliqué à faire que celui de l’article pourrait prouver que le vélo est un moyen de transport profondément républicain. Liberté, égalité, fraternité : les valeurs de la bicyclette.

    L’esprit du vélo, si tant est qu’il existe, ne devrait pas être amalgamé à autre chose.

  20. Robin

    Pour Anne-Lise : si elle crée un groupe facebook des protestants à vélo je m’y joindrai avec plaisir. Cela dit je ne suis pas sûr de rester encore sur Facebook longtemps…
    Et puis j’en profite pour faire un peut d’autopromo avec cet article que j’ai écrit il y a deux ans pour parler de mon quotidien de « pasteur à vélo »: http://www.evangile-et-liberte.fr/article_396_Chroniques-dun-pasteur-a-velo
    Cela dit, pour revenir au sujet de l’article de Marcel Robert je pense (ou plutôt j’espère bien) qu’un prêtre catho, qu’un rabbin ou qu’un imam pourrait écrire la même chose !

  21. JiBOM

    Je connais deux contre-exemples, à commencer par moi-même, catholique – certes non pratiquant depuis 5 ans environ – et adepte des pieds, du vélo et des transports en commun.
    Et puis, il y a une ancienne collègue, qui ne veut pas entendre parler de religion et qui ne jure que par la bagnole. Elle a adopté un style de vie à l’américaine en faisant construire une grande maison isolée mais pas loin d’un échangeur routier et, en plus, son mari travaille chez Renault. Autant dire qu’ils ne sont pas prêts de changer !

    En tout cas, merci Robin pour le lien vers votre article.

  22. LomoberetLomoberet

    Pourtant le Chef suprème de l’Église catholique fait du vélo.
    Et on parle de temps en temps.
    L’encycliste du Pape !

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