Comment montrer l’espace occupé par l’automobile

La voiture n’est pas qu’un problème de pollution, de bruit, d’accidents de la route ou de réchauffement climatique. C’est aussi un problème majeur d’occupation et de consommation d’espace au sein des villes.

On ne parle pas ici de l’arrogance du stationnement automobile qui s’approprie une grande partie de l’espace public en ville, mais de la place prise par toutes les voitures en circulation, très souvent pour transporter une personne seule.

C’est l’ingénieur civil autrichien Hermann Knoflacher qui commence dès 1975 à traiter la question en inventant la « gehzeug » ou « marchemobile » en français pour permettre au piéton d’occuper l’espace que prend approximativement un automobiliste. Sa marchemobile est idéale pour protester contre la primauté accordée à l’automobile dans la ville, ou simplement pour se promener au milieu de la circulation.


La « marchemobile » de Hermann Knoflacher

16 marchemobiles de ce type ont été utilisées à Salzbourg en septembre 2009 pour souligner l’espace confisqué par les voitures et réclamer les mêmes droits en « espace » pour les êtres humains, à savoir les piétons.


Démonstration de la ville de Salzbourg (Autriche) en septembre 2009 sur le Staatsbrücke, un pont au centre de la ville, pour mettre en valeur la quantité d’espace requise par les différents modes de transport.

Le concept a été développé ensuite pour le vélo, sous le nom de vélomobile et destiné à organiser des manifs spatiales à vélo.

En juin 1981, des militants québécois du Monde à Bicyclette (MAB) à Montréal organisaient une Manif Spatiale (« Space Demonstration« ) où des cyclistes circulaient dans les rues munis d’un cadre de bois occupant l’espace d’une automobile.


Manif Spatiale du Monde à Bicyclette à Montréal (Québec) en juin 1981

Cette manif spatiale a ensuite été reproduite à Edmonton (Canada), Minneapolis (USA) et à Londres (Grande-Bretagne), où environ 30 de ces vélos spéciaux ont été construits afin d’arpenter les rues de la ville.

Ce type d’expérience montre l’absurdité de notre société de l’automobile où chaque voiture (occupée en moyenne par 1,2 personne en agglomération) occupe environ 10m² (à l’arrêt). Si tous les vélos urbains se munissaient de ce cadre de bois, ne serait-ce que pour maintenir une distance de sécurité vis-à-vis des voitures, on assisterait peut-être alors à de gigantesques congestions de vélos et de voitures en milieu urbain…

Plus récemment, ce type d’expérience a été reproduit en 2014 à Riga en Lettonie dans le cadre de la Journée internationale sans voiture.


Journée sans voiture de Riga (Lettonie) le 22 septembre 2014

Les « voitures » construites à cette occasion étaient en bambou, ce qui montre la diversité des possibilités en la matière.

Ce type d’action a au moins deux intérêts: un intérêt pédagogique pour montrer aux gens et aux automobilistes la place prise par la voiture et un intérêt en terme de mobilisation collective d’un groupe de militants, au travers par exemple de vélorutions, de masses critiques ou de journées sans voiture.

8 commentaires sur “Comment montrer l’espace occupé par l’automobile

  1. auie

    Le concept a été développé ensuite pour le vélo, sous le nom de vélomobile et destiné à organiser des manifs spatiales à vélo.

    Sans doute une mauvaise traduction, car une vélomobile est un véritable véhicule.

  2. Xavier

    Merci de rapporter ces initiatives originales, qui ne manqueront pas d’inspirer les vélorutions !

    Dans la même idée de démontrer l’occupation de l’espace par la voiture, quelqu’un aurait-il/elle connaissance de cartographie de ces espaces, notamment dans les zones urbaines ? Si, de la même manière, on pouvait estimer l’évolution de cet espace au cours des dernières décennies, peut-être que ces chiffres, en rendant visible et concret un fait qu’on subit tous sans presque s’en rendre compte, auraient un impact sur l’état d’esprit des aménageurs… ?

  3. Pédibuspedibus

    salut Xavier… ! une simple consultation du cadastre (Géoportail) te donne les limites de l’espace viaire (Géoportail comporte des instruments de calcul, comme la distance et la surface ; idem pour gougoule) : contructions encadrant les trottoirs encadrant la chaussée… attention, assez souvent les trottoirs servent impunément de parking :  Google Maps- Street View combinés avec Google Earth donnent l’évolution dans le temps du phénomène…

    avec un logiciel de dessin gratis – Inkscape par ex. – on peut s’amuser à calculer les parts relatives des aires d’occupation pour la bagnole et la marche (avec Inkscape activer Extensions/Visualisation d’un chemin/Mesurer un chemin/Type de mesure : aire/Appliquer…)…

    les actions pédagogiques citées dans l’article – hélas – nous renvoient assez loin en arrière…

  4. PMeBC

    J’aime bien cette approche, mais je me demande si c’est vraiment pédagogique. Je crains qu’une manifestation avec ce genre de chose ne soit prise pour une tentative de bloquer les rues….vous savez les voitures se déplacent vite et avec vos vélos qui prennent 10 mètres carrés vous n’avancez pas et vous bloquez le passage!

    Qu’en pensez-vous?

  5. Alexandre Oberlin

    Pour compléter l’introduction de l’article,  je dirais que l’automobile est aussi la cause racine de l’enlaidissement du patrimoine naturel et architectural ainsi que de l’extermination de la faune et de la flore, que ce soit directement par les routes, autoroutes et parkings ou indirectement par la vérole de l’habitat individuel pour tous qu’a permis son développement incontrôlé.

    Quant aux cadres de bois pour les vélos ou les piétons, ils sont infiniment moins dangereux et nauséabonds qu’une voiture occupant le même espace.

  6. JessicaB aka AnDroKtoNe

    Excellente idée qui devrait être reprise au moins une fois par an dans toutes les villes pour démontrer la place énorme qu’occupe la voiture dans nos communes.

     

    Je ne pense pas que ça puisse être pris pour une tentative de blocage de la rue si l’on explique pourquoi on fait ça.

    Il faut de la pédagogie sinon en effet les gens étant pour beaucoup flemmards ils chercheront la raison la plus simpliste qui leur vienne à l’idée.

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