L’autorefoulement et ses limites, ou la dénégation sans limite

L'autorefoulement et ses limites, ou la dénégation sans limite

Les éditions Descartes & Cie ne s’honorent pas en publiant L’autorefoulement et ses limites. Ce texte, aussi abject que court, ne laisse aucune place à l’esprit rationnel, rigoureux qui caractérisait René Descartes. Ici, Mathieu Flonneau se livre à une psychologisation de prisunic pour tenter de discréditer toute critique de l’automobile. Raté. En foulant au pied la droiture cartésienne, c’est lui-même que l’auteur discrédite.

Sur la couverture, deux bagnoles s’immiscent dans un dessin extrait du test de Rorschach (*). Et avant la préface, un nuage de mots entoure « automobile » : inconscient, tabou, fétichisme, sacré, mythe, effusion, rêves, phantasmes, projection, transfert, pulsion, dépression, résilience, névrose, haine, amour refoulé, déni, reniement, retour de refoulé, sublimation, surmoi, psyché, expiation, condamnation, thérapie, cure, hypnose, soin, paronia [sic, sic, sic et resic]… Ca se veut psychanalytique. C’est juste pathétique.

« Il y a dans la haine de l’automobile une forme de haine de soi », assène Mathieu Flonneau, historien « amoureux de la voiture » et testeur de divan. La critique radicale de la déesse sur quatre roues ne peut provenir que de névrosés, des frustrés, schizophrènes, riches démagogues et hygiénistes. Peu importe si les arguments développés depuis les années soixante montrent l’irrationnalité du système automobile, son inefficacité, son coût exorbitant, les dévastations qu’il engendre sur le plan environnemental, sur la santé des individus, la destruction de la convivialité, la perte d’autonomie, de liberté, les flots de sang versés sur la route, les peuples affamés par les agrocarburants… L’auteur ne juge pas nécessaire d’étayer ses sentences. Pour débattre du fond, il n’y a personne. A quoi bon ? La critique de la voiture est jugée « trop intellectuelle ».

Mathieu Flonneau n’hésite pas à s’arranger avec les faits. « L’automobile doit achever son processus de civilisation : elle doit moins tuer et moins polluer, mais indiscutablement et presque de façon invisible – tant les sensibilités sont exacerbées relativement à ces défauts ! – c’est ce qu’elle fait ! » Un « défaut » : 1,3 million de morts par an sur les routes (source : Organisation mondiale de la Santé). Les névrosés qui s’alarment de ces « défauts » font preuve d’une sensibilité exacerbée… La vie humaine n’a plus aucune valeur pour les propagandistes du culte de la voiture. Qui n’hésitent pas à mentir effrontément : contrairement à ce que raconte l’imposteur, la pollution émise par le système automobile ne baisse pas, ni le nombre de tués (à l’horizon 2030, l’OMS prévoit 2,4 millions de morts par an, hécatombe routinière).

« Et si l’auto faisait aussi République ? »

Oublions les cadavres, la voiture, c’est la liberté, martèle l’historien des pots d’échappement. Tout comme la guerre c’est la paix. La voiture, c’est l’égalité, la fraternité, la démocratie, la vitesse. C’est le progrès, le meilleur des mondes, l’affranchissement, la croissance. C’est un « vecteur de richesse et de développement », de prospérité. Mieux : « Et si l’auto faisait aussi République ? » On se demande comment les révolutionnaires se sont passés de voitures en 1789. Bref, soyons conservateurs : « La mort de l’automobile est-elle probable ? Non. Est-elle souhaitable ? Moins encore d’un point de vue libéral humaniste. » Rien que ça.

Le justicier a l’impression de partir en croisade contre le politiquement correct, croyant l’automobilisme persécuté, dans une « ambiance médiatique anti-automobile qui surdétermine de façon négative et inconsciente le rapport sociétal contemporain à l’automobile ». Il cherche à « resituer l’automobile dans la dynamique des bonnes raisons positives qui ont conduit à l’acquiescement général devant une automobilisation massive et générale », à réhabiliter Pompidou, à lutter contre la diabolisation, l’ « intégrisme du discours » des anti-voitures. Et surtout, à dé-cul-pa-bi-li-ser les automobilistes.

L’affligeante stupidité de ce bouquin destiné au pilon se révèle de manière caricaturale dans les quelques jugements péremptoires vomis sur le mouvement antiproductiviste. Mathieu Flonneau décèle une « conspiration » chez les objecteurs de croissance. Et il ose les associer au Vélib. Trois secondes de recherche auraient suffi à un écrivain un tant soit peu préoccupé par la pertinence de ses propos pour constater que les premiers critiques des vélos en libre-service financés par la pub, ce sont les écologistes antiproductivistes. Mais la profondeur est ici exclue.

Ce travail bâclé constitue néanmoins un document réjouissant pour tous les opposants au délire motorisé. Il montre que les promoteurs de la bagnole n’ont plus aucun argument rationnel à opposer aux critiques grandissantes. Il ne leur reste plus qu’une psychologisation de bas étage, il ne leur reste plus qu’à jeter l’opprobre sur les antibagnoles, qu’à les insulter. Parce qu’ils n’ont plus rien à dire sur le fond. Ils sont à bout de souffle, vaincus. Pendant que l’agence internationale de l’énergie reconnaît que le pic de production pétrolière a été atteint en 2006, leur système s’effondre.

Source: http://pedaleurop.over-blog.com/

(*) Ce test prétend déterminer la personnalité, selon l’interprétation de tâches…

Mathieu Flonneau, L’autorefoulement et ses limites, Descartes & Cie, 2010, 14 euros.

Pierre Thiesset

A propos de Pierre Thiesset

Journaliste et écrivain français, auteur du blog "L'Europe du Nord à vélo"

14 commentaires sur “L’autorefoulement et ses limites, ou la dénégation sans limite

  1. Legeographe

    « Il y a dans la haine de l’automobile une forme de haine de soi », assène Mathieu Flonneau, historien « amoureux de la voiture » et testeur de divan.

    N’y aurait-il pas aussi chez les amoureux de la voiture une haine des autres, du pauvre, du piéton, du lent, du cycliste, de l’agriculteur vivrier, etc. ? Juste une question comme ça…

    Mille mercis, Pierre Thiesset.
    Si quelqu’un a d’autres axes de lecture de ce bouquin apparemment pauvre en bons arguments, je suis tout ouïe.

  2. CarFree

    Mathieu Flonneau est le VRP en chef du lobby automobile. Exemple avec ce « Colloque international » de 2009 qu’il organisait au siège même du Comité des Constructeurs français d’Automobiles (Arc de Triomphe) sur le thème « Généalogies de l’anti-automobilisme ». Un colloque « universitaire » dont les partenaires étaient l’Automobile Club de France, l’Association Internationale Permanente pour les Congrès de la Route, le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles, le Comité d’Histoire du Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire et l’Union Routière de France…
    Que du beau monde pour « apporter une réflexion collective ouverte, sereine et sans tabou, qui entend remonter aux sources des processus d’opposition, de dénonciation, voire de rejet radical du phénomène automobile en en dressant une typologie »…
    Mais à part ça, la Recherche est « impartiale », « indépendante » et « objective »…
    Voir ici: (l’affiche du colloque vaut le détour)
    http://routenostalgie.over-blog.com/article-29311146.html

  3. MOA

    « Il montre que les promoteurs de la bagnole n’ont plus aucun argument rationnel à opposer aux critiques grandissantes. Il ne leur reste plus qu’une psychologisation de bas étage, il ne leur reste plus qu’à jeter l’opprobre sur les antibagnoles, qu’à les insulter. »

    C’est exactement ce que l’on peut constater ici même sur CarFree. Je n’ai pas souvenir d’avoir lu un seul argument « pro-voiture »qui tienne la route… au contraire des insultes et des tentatives de dénigrement. Peut être Monsieur Flonneau est un des trolls de carfree… allez savoir…

    Quoi qu’il en soit, je trouve Mathieu Flonneau rigolo…. notez, c’est aussi un médicocre manipulateur mais il est surtout rigolo.

    Je précise que je n’ai pas lu le livre, je me fie donc uniquement à l’article (dont l’auteur est digne de confiance, lui).

  4. Tassin

    Énorme l’affiche. J’aime bien le thème « entre critiques légitimes et autophobie ». Qui est en charge de définir la légitimité de la critique ??

  5. Legeographe

    Tassin, vous vous questionnez là-dessus :
    J’aime bien le thème « entre critiques légitimes et autophobie ». Qui est en charge de définir la légitimité de la critique ??

    Je rajouterais :
    Qui est en charge de définir qui est dangereux dans notre monde ? Les gouvernants (exemple : Wikileaks dont on veut abattre plus que le représentant Julian Assange, puisqu’on veut même interdire le principe de journalisme de vérité qui fait mal)…

    Qui est en charge de définir qui est fou dans notre monde ? Les médecins un petit peu, mais surtout en grande partie l’opinion. Untel ne sait pas calmer ses sentiments, il ne montre aucune envie de docilité, conclusion « il est forcément fou ». L’opinion est à la fois ce qui fait la démocratie dans son essence et la détruit dans sa pratique.

    Qui dicte ce que sera l’avenir ? Les technophiles des multinationales, aidés par l’opinion consumériste qui croit en la pleine divinité de Prométhée.

  6. paladurpaladur

    Ce n’est qu’un mercenaire en service commandé… C’est méprisable de se vendre pour justifier l’automodébilisme!

  7. Gilles ChomelLÉCOLOMOBILE

    Ca me fait penser à cet autre psy qui avait fait une thèse sur le « deuil de la voiture » chez la personne âgé: Rendez-vous compte: vers 70 – 80 ans, l’homme doit renoncer à conduire: le type avait analysé le traumatisme psychique de renoncer à sa voiture !

  8. Tassin

    @ Legeographe.

    Faut me tutoyer quand même 😀
    D’ailleurs un jour faudra que tu passes faire du couchsurfing à la maison, à force de parler sur Carfree et sur les forums CS… 😉

  9. Vive_Les_Routes_Infernales

    « Mathieu Flonneau » visiblement encore une victime de l’endoctrinement technocratique et en passant universitaire (*1) où les arguments économiques prennent de plus en plus le pas sur le besoin de connaissance! Merci les sponsors industriels! Si on se donne d’ailleurs un peu de peine on s’aperçoit que les 3/4 des études (psycho-santé sciences semi molles 🙂 ) essaient de faire passer de simple corrélations pour des relations de causes à effets! Mais quoi d’étonnant finalement quand la majorité des neurones sont empoisonnés de mille manières différentes (air, eau, nourriture, ondes, stress, micro-organismes pathogènes etc.). Bref .. peu importe finalement les motivations de M. Flonneau (dépendance automobile profonde, naïveté et inconscience écologique, ou tout simplement une généreuse donation des milieux automobiles ?) Mystère, mais comme on dit pas de fumée sans feu, et cette paperasse dégoulinante de préjugé et d’ignorance socio-écologique (je l’ai pas lue … je vais quand même poas l’acheter! Mais je devine) permet à votre génial narrateur d’approcher la matrice à l’origine de cet affront littéraire au bon sens :

    Les critiques des système sociaux en vigueurs émanent principalement des gens qui sont dans la marge,parce que quand vous avez passé toute votre vie dans la course sociale vous n’avez plus d’énergie pour la critique et les remise en question tandis que quand vous vous êtes fait éjecter du système vous n’avez que trop de temps pour critiquer et ressasser! Il est donc normal que l’on trouve probablement plus de gens avec des problèmes psychologiques dans la contestation et la marge que chez les élites officielles, simplement parce que l’accumulation des problèmes personnels vous met forcement dans la marge et pousse aussi à la révolte, on arrive donc à la constatation que :

    (1) certaines personnes seront poussées à réviser leur mode de vie et le mode de fonctionnement de la société à cause de leur propres problèmes, elle seront donc étiquetée comme contestataires.

    (2) d’autres personnes peuvent être poussée à la contestation pour de simple raisons objectives et cartésiennes et elles seront aussi étiquetées comme contestataires.

    (3) amalgamer les deux groupes pour faire ressortir la prédominance des problèmes ne trompe évidemment que les plus naïfs. Il s’agit en fait d’une erreur de discernement des populations étudiées! erreur de base première année universitaire indigne d’une publication 🙂

    Encore une fois j’ai pas lu le bouquin et j’ai lu l’article en diagonale, mais bon c’est plus ou moins toujours les même salades d’enculage de mouches et d’avalage de couleuvres en bloc (je parle ici évidemment des litanies pro-automobiles). Dites moi si j’ai bien deviné 🙂

    « ambiance médiatique anti-automobile » : mais pas du tout au contraire, des affreuses publicités gluantes apparaissent toutes les 4 pages dans 90% des journaux vous imaginez les couillent en or qu’ils se font avec ça? Par contre on crie évidemment à la persécution à la première contrariété!

    (*1) à mon avis si on continue comme ça on va devenir tellement con qu’on sera plus capable de faire progresser quoi que ce soit au niveau scientifique, mais juste capable de maintenir une sorte d’illusion glauque à coup de sophisme! Regardez l’espérance de vie au USA commence à décliner et c’est toujours des stats qui concernent des gens qui sont nés il y a plus de 70 ans! Donc né sans la pollution chimique majeure et bénéficiant de tout l’arsenal médical! Honnêtement un enfant qui nait maintenant je lui donne 50 ans d’espérance de vie et je suis très optimiste! C’est à dire que je ne tiens pas compte d’une pollution majeure genre nucléaire ou avec une guerre à la clé.

  10. Age de pierre

    Finalement, à bien y lire, vos quelques réactions ne font que confirmer le bienfondé de l’auteur : autorefoulement.

  11. MOAMOA

    Age de pierre « Finalement, à bien y lire, vos quelques réactions ne font que confirmer le bienfondé de l’auteur : autorefoulement. »

    Et voilà… c’est là que ça déconne… quand vous dites « à bien y lire ». Et oui, vous n’avez pas « bien lu ». Sans quoi vous nous auriez épargné votre pauvre petite provoc.

  12. MinouMinou

    « Finalement, à bien y lire, vos quelques réactions ne font que confirmer le bienfondé de l’auteur : autorefoulement. »

    Bon sang, mais c’est bien sûr ! C’est d’une logique imparable, Age de pierre ! Bravo ! Nous sommes démasqués !

    Répétez après moi :

    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »
    Critique de la bagnole = « confirmer le bienfondé de l’auteur »

    Et que tous les antibagnoles me copient ça 100 fois pour la rentrée !
    On ne critique pas l’universitaire. L’universitaire est la Voix de la Raison.

    Tiens, vous me recopierez ça 100 fois aussi :

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

    Je ne critiquerai plus Mathieu Flonneau, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’ Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

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